Le Morte d’Arthur (la mort d’Arthur) – Thomas Malory

En 1450, sir Thomas Malory (né vers 1405, décédé le 14 mars 1471), chevalier anglais, est enfermé dans une geôle royale, inculpé de crimes tels que des meurtres, viols, vols, et braconnages. Comme Marco Polo avant lui (enfin… selon la légende !), comme Lancelot du Lac lui-même dans le Lancelot, lors de sa captivité chez Morgane, il passe le temps en faisant œuvre de créateur. Marco Polo a dicté le récit de ses aventures orientales au compilateur Rusticien de Pise, qui se trouvait partager sa prison. Lancelot a peint sur les murs de la chambre où il était enfermé les épisodes centraux de ses amours avec Guenièvre. Thomas Malory réalise, quant à lui la synthèse définitive de tous les romans en vers, et surtout en prose, qui ont traité de la matière de Bretagne. Tout est rassemblé dans son roman, curieusement et mélancoliquement appelé Le Morte d’Arthur (la mort d’Arthur). Pour la dernière fois, un écrivain s’est donné le plaisir de faire revivre les aventures du roi Arthur et des chevaliers de la Table Ronde.

Chapitre I

 

Il advint au temps d’Uter Pendragon, lorsqu’il était roi de toute l’Angleterre et régnait comme tel, qu’il y ait en Cornouailles un puissant duc qui avait soutenu contre lui une longue guerre. Ce duc s’appelait le duc de Tintagel. Le roi Uter fit venir ce duc, lui ordonnant d’amener avec lui son épouse, car elle était réputée belle dame et grandement sage. Elle avait nom Ygerne.

Ainsi, lorsque le duc et sa femme arrivèrent chez le roi, grâce à l’entremise de grands seigneurs ils furent réconciliés. La dame plut beaucoup au roi, il s’éprit d’elle et festoya sans mesure. Il aurait voulu partager la couche de la duchesse. Mais c’était une femme de grande vertu, et elle refusa de consentir aux désirs du roi. Elle avertit le duc, son époux, lui disant. « Je soupçonne qu’on nous a mandés pour que je sois déshonorée. C’est pourquoi, mon époux, je conseille que nous partions d’ici au plus vite pour chevaucher toute la nuit jusqu’à notre château. » Il en fut fait ainsi, et ni le roi ni aucun de ses conseillers ne s’aperçurent de leur départ .

Dès que le roi Uter apprit qu’ils s’en étaient allés aussi soudainement, il entra en grand courroux. Il réunit ses conseillers particuliers et les informa du brusque départ du duc et de sa femme. Les conseillers demandèrent alors au roi d’obliger le duc et son épouse à venir par mandement impératif. « Et s’il refuse de se rendre à votre ordre, alors vous serez libre d’agir à votre guise. Vous aurez fondement à mener contre lui une dure guerre ».

Ainsi fut fait. Réponse fut donnée aux messagers. C’était en peu de mots ceci – ni le duc ni son épouse n’acceptaient de venir au roi. Alors le roi entra en grand courroux. À nouveau il fit remettre au duc un message clair, disant qu’il lui fallait se préparer, renforcer troupes et défenses, car avant quarante jours il viendrait le tirer de son plus puissant château. Quand le duc reçut cet avertissement, il alla aussitôt pourvoir d’hommes et de défenses deux de ses châteaux forts, dont l’un avait nom Tintagel et l’autre Terrabel. Il mit sa femme, dame Ygerne, dans le château de Tintagel, et lui-même prit place dans celui de Terrabel, lequel avait maintes issues et poternes. Lors en diligence accourut le roi Uter avec une grande armée. Il mit le siège devant le château de Terrabel. Il y planta des tentes en grand nombre, de grands assauts furent menés de part et d’autre et bien des gens tués.

Si vive était sa colère et si impérieux son amour pour la belle Ygerne que le roi Uter tomba malade. Vint alors à lui messire Ulfin, noble chevalier, qui demanda au roi les causes de sa maladie. « je vais te les donner, dit le roi. Si je suis malade, c’est de colère, et c’est l’amour que je porte à la belle Ygerne qui m’empêche de guérir. – Eh bien, repartit messire Ulfin, je vais quérir Merlin. Il y apportera remède et votre cœur sera content. » 

C’est ainsi qu’Ulfin partit, et d’aventure il rencontra Merlin sous l’accoutrement d’un gueux. Merlin demanda à Ulfin qui il cherchait. « Ce n’est pas ton affaire, lui fut-il répondu. – Eh bien, dit Merlin, je sais qui tu cherches, car tu cherches Merlin. Donc ne cherche pas plus longtemps, car je suis cet homme-là. Si le roi Uter veut bien m’en récompenser et s’il peut s’engager à satisfaire mon désir, il en tirera plus d’honneur et de profit que moi, car je ferai en sorte qu’il obtienne tout ce qu’il souhaite. -je m’engage, repartit Ulfin, à ce que, dans la limite du raisonnable, ton désir soit satisfait. – Eh bien, dit Merlin, le sien sera exaucé et comblé. Poursuis donc ton chemin. J’aurai tôt fait de te rejoindre. »

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