Villages – John Updike



Quatrième de couverture :

Owen Mackenzie est un Américain ordinaire – informaticien à la retraite, marié deux fois, père de quatre enfants. Pourtant sa vie est loin d’être paisible : son passé l’aide à combler le vide absurde creusé par la vieillesse, mais lui pèse aussi. Que reste-t-il ? Les villages dans lesquels il a vécu, les femmes qu’il a rencontrées, épouses et maîtresses, ces amours crus et tendres dont il s’est nourri.



Mon avis :

Villages est le premier livre que je lis de cet auteur. Non sans appréhension, je dois bien l’avouer, surtout lorsque j’ai vu le sommaire – un titre sur deux faisant référence au sexe. Je ne sais si cela provient justement de cette appréhension mais j’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire de ce retraité, Owen Mackenzie. Cependant, ma ténacité a été positive puisque passées les trente premières pages, je fus absorbée par la vie de cet américain moyen qui raconte tout simplement, dans un formidable flash-back, son passé, le tout jalonné – on le comprend avec le titre- par les villages qui ont un rôle d’ancrage. C’est là que l’on peut apprécier le talent de cet écrivain qui arrive à nous captiver en racontant le quotidien d’un citoyen lambda.

La technique du flash-back est audacieuse. Le narrateur nous y entraîne non pas grâce à une image furtive du passé, de l’enfance, schéma classique, mais grâce à l’image de sa femme actuelle, Julia, celle avec qui il finira ses jours. A partir de là, Owen va revenir à son premier flirt, Elsie, et égrainer ainsi ses conquêtes (Phyllis, sa première femme ; Faye, sa première maîtresse puis Alissa, Mirabella, Vanessa et Karen). On comprendra alors aisément que le sexe  ponctue également le récit. Et même si les images sont crues, elles ne sont pas là par simple voyeurisme. Le narrateur nous fait part de ses sentiments pour ces femmes qu’il a, somme toute, aimées. La fin du livre revient sur Julia (la boucle est bouclée) mais aussi sur un troisième personnage, la mort, certainement sa dernière maîtresse… cette mort qui avait déjà fait irruption dans sa vie. Mais je n’en dis pas plus pour ne pas tout dévoiler.

Je conseille donc vivement ce roman simple et touchant, à l’image de son personnage, Owen.



Extrait :

Longtemps, sa femme s’est réveillée tôt, à cinq heures, cinq heures et demie du matin. Le rythme biologique de Julia, parfois en désaccord avec celui d’Owen, la laisse, quand elle rouvre les yeux, pleine d’affection pour celui qui l’accompagne dans l’immobile voyage du lit où se traverse une nuit au sommeil imparfait. Elle l’étreint et, malgré ses protestations – il dort encore -, elle l’assure d’une voix douce mais implacable qu’elle l’aime tant, qu’elle est si contente de leur couple. « Je suis si heureuse avec toi. »

Et cela, après vingt-cinq ans de vie commune. Il a soixante-dix ans, elle, soixante-cinq ; il trouve un peu insultant qu’elle estime nécessaire de lui faire cette déclaration: comment pourrait-il en être autrement ? Après toute la peine qu’ils ont faite aux autres, toutes ces épreuves qu’ils ont traversées, ils se retrouvent maintenant de l’autre côté. Elle le tiraille, lui tourne la tête pour l’embrasser sur la bouche. Mais ses lèvres sont gonflées, engourdies de sommeil, ses nerfs désalignés, anesthésiés, et il a l’impression qu’elle veut l’étouffer. Ça le prend à rebrousse-poil, comme on disait autrefois. Après quelques minutes de lutte amoureuse pendant lesquelles il s’obstine à ne pas réagir, se laissant la possibilité de revenir à son précieux rêve, Julia finit par céder et se lever, alors Owen reconnaissant s’étale sur le côté vide, et se rendort une heure ou deux.


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