Elle lui dirait dans l’île – Françoise Xénakis

 

 
 

Quatrième de couverture :
 

Il y a trois ans qu’il est détenu dans l’île où les pierres sont rouges du sang répandu. Depuis trois ans, elle attend l’autorisation de lui rendre visite. Elle lui dirait… Elle a tant de choses à dire ! Elle lui donnerait cette couverture tissée de la laine de ses vieilles jupes, comme font les femmes de ce pays, et elle lui dirait… le laissez-passer est venu. Dans une cellule, les voici face à face, lui l’homme brisé, elle qui veut croire en la vie… A la pointe de cette île, il y a un figuier.


Mon avis :

Françoise Xenakis, vous la connaissez. C’est cette chroniqueuse, journaliste et écrivain aux lunettes rouges que l’on qualifie souvent de « rigolote ». Certes, il est vrai que certains de ses livres le sont mais ce n’est pas le cas de celui-ci. Et pour cause ! L’auteur fait ici, à travers ses deux personnages, Elle et Lui, une dénonciation sans ambiguïté des guerres, de cette mort qui attend toujours au bout du chemin. Lui est prisonnier dans l’île. Elle parvient, au bout d’innombrables batailles administratives, a obtenir le sésame qui lui donnera le droit d’aller le voir. Elle a tant de choses à lui dire. Pourtant, leur rencontre ne sera que silences, que souffrances également.

A travers une prose poétique elliptique, sans ponctuation afin de représenter les pensées, Françoise Xenakis plonge le lecteur dans cet intense chant d’amour poignant.


Extrait :

Une cellule deux escabeaux Elle avança la main pour le toucher Mais dans ses yeux à lui elle vit tant de peur non pas du gardien mais d’elle qu’elle retira sa main et que de sa main droite elle recouvrit sa gauche Vieille habitude Et entrailles déchirées essaya de lui sourire pour le rassurer Et soudain la pluie D’abord les gouttes une à une les gouttes sur les toits des tentes Elle les voit par la lucarne comme des larmes Et le rythme se précipite dense c’est une averse un déluge et aussi brutalement le silence de nouveau Et l’oiseau qui recommence inlassable son appel Et le soleil qui lape les flaques sur les bâches tendues De ses mains il plaque son treillis sur son corps Être dehors sentir cette eau douce sur lui De ses mains elle aussi presse alors ses vêtements secs le long d’elle Elle respire essaie de boire des gouttes qui n’en sont pas

Un long coup au tambour Et tous ces paquets de mots qu’elle avait triés rangés dans l’ordre et qui n’avaient servi à rien La porte s’ouvre Un autre gardien s’avance vers elle Alors elle arrache le gilet qui lui couvrait les bras tandis qu’on la fait reculer Elle se tend et un bref instant son bras reste contre le sien qu’il a tendu lui aussi Elle a senti contre elle ses veines battre sa chaleur puis la pression s’est faite trop forte sur le bras que tirait le gardien et leurs deux bras libres ne se sont plus touchés

Léopoldine, l’enfant-muse de Victor Hugo – Henri Gourdin

 

Quatrième de couverture :

Que sait-on de Léopoldine Hugo ? Qu’elle était l’aînée de la famille. Qu’elle eut une enfance heureuse entre un père et une mère attentionnés, des frères et sœur admiratifs, les poètes et les peintres romantiques amis de ses parents. Qu’elle inspira à Victor Hugo quelques-uns de ses plus beaux poèmes. Et qu’elle mourut noyée, à dix-neuf ans, au cours d’une sortie en barque. Un accident ? Rien n’est moins sûr : Hugo adorait sa fille, il ne pouvait demeurer loin d’elle bien longtemps, il n’autorisa son mariage avec Charles Vacquerie que sous la contrainte, au bout de trois ans de résistance. Après le mariage, il se comporte comme si sa fille n’existe plus. Une cause de profonde douleur pour Léopoldine, déchirée entre les deux hommes de sa vie. La promenade fatale sur la Seine le 4 septembre 1843 ne serait-elle pas un acte de désespoir ? Un siècle et demi après sa mort, au terme de trois ans d’une enquête minutieuse, Henri Gourdin présente une biographie émouvante, la première de l’histoire, d’une des figures les plus énigmatiques de notre littérature, inspiratrice de Demain dès l’aube et des Contemplations. Une plongée au cœur de la famille Hugo.


Mon avis :

J’ai lu cet ouvrage après avoir lu celui sur Adèle. J’aurais pu faire l’inverse me direz-vous, mais peu importe. Voilà qui vient en rajouter une couche sur cette famille de frappadingues qu’étaient les Hugo. Encore une fois, celui qui s’enorgueillissait d’être un bon père de famille et un bon grand-père devait avoir des tonnes de poussières (pour ne pas dire autre chose) dans les yeux et un ego surdimensionné (ça, c’est certain !) pour oser asséner ainsi des affirmations qu’il était le seul à croire. Ainsi, lorsque son premier fils naît, Léopold, ce dernier est chétif, de mauvaise constitution. Que pensez-vous alors que va faire Victor ? Le soigner, le choyer ? Que nenni. Il va tout bonnement l’expédier chez son père, Léopold senior, pour ne pas avoir à s’en occuper. Ben tiens ! Manque de chance, le grand-père, croyant bien faire, lui donnera pour le nourrir, du lait de chèvre. Le nourrisson en mourra… et ni Victor ni sa femme ne se déplaceront pour l’enterrement (il faut dire qu’ils étaient un peu coutumiers du fait car pour Léopoldine, ils enverront un ami afin de représenter la famille). Les Hugo étaient adeptes de la métempsycose (que l’on peut également orthographier avec un « h »). Ils étaient donc convaincus que les âmes pouvaient investir un autre corps. Ainsi, lorsque Madame Hugo tombe à nouveau enceinte, nul doute pour eux que c’est le petit Léopold qui revient… Et voilà pourquoi Léopoldine se prénomma ainsi. En parlant d’Adèle Foucher, je ne sais que penser… Était elle soumise à son mari pour accepter tout cela ou bien avait-elle le même caractère ? Pourtant, elle a su lui tenir tête à plusieurs reprises… Bizarre…

La petite Léopoldine, ce n’est un secret pour personne, sera la préférée de Victor. Pourtant, si celle-ci fait preuve envers lui d’un amour sans faille, ce n’est pas vraiment le cas du côté du paternel. Toujours par monts et par vaux, il ne répond que très rarement à ses lettres. Et lorsqu’elle voudra épouser Charles Vacquerie, elle connaîtra le vrai visage de son père. Car on ne quitte pas Victor impunément…

Cette biographie permet de remettre les choses à leur place et d’entrer ainsi dans la vie de cette famille si particulière. Je la recommande vraiment !


Extrait :

Léopoldine n’est pas faite de ce bois-là. L’émancipation de la femme, le progrès social, la marche de l’histoire… rien de tout cela ne l’intéresse vraiment. Elle est aux premières loges des soubresauts qui agitent le monde et annoncent l’avènement d’une ère nouvelle, mais ces évolutions la laissent de glace. Son penchant, c’est la douceur du foyer. Le foyer de son père, dont elle est toujours très proche, et celui qu’elle fondera un jour avec Charles Vacquerie. Car le projet de mariage n’est pas mort. Adèle y est toujours favorable, et elle pousse ses pions avec son habileté coutumière. Victor y est encore opposé, mais il suffirait que Didine lui parle pour qu’il s’incline devant son choix ; il a toujours écouté ses avis et compris ses points de vue.

Le problème, c’est que Didine n’avait pas de point de vue sur la question de son mariage. Il lui semblait que cette histoire la dépassait ou alors ne la concernait pas. Si quelqu’un lui avait demandé son avis, à elle, la principale intéressée, elle aurait été embarrassée pour lui répondre. Elle remarquait l’agitation qui se faisait autour de sa personne, mais elle ne savait pas ce qu’elle devait en penser. Elle attendait seulement qu’une décision tombe, dans un sens ou dans un autre. De toute manière, rien ne pressait. Il fallait attendre que Charles ait une situation, que les revenus du ménage soient assurés, que Victor Hugo se fasse à l’idée de voir sa fille s’éloigner un peu de lui… Eh bien ! Elle attendrait.

Adèle, l’autre fille de Victor Hugo – Henri Gourdin (relecture)

C’est la deuxième fois que je lis cet ouvrage et c’est toujours avec autant de plaisir. Car Henri Gourdin ne fait pas partie de ces biographes rébarbatifs et présomptueux qui ne se bornent qu’à retracer quelques grands moments de la vie d’un illustre personnage. On sent qu’il y met son cœur, sa plume, afin que le lecteur passe un agréable moment tout en se cultivant.

Adèle… Adèle H… la deuxième fille de Victor Hugo, « l’autre fille » comme l’appelaient les gens, a toujours vécu dans l’ombre de son aînée, Léopoldine. Tout le monde connaît l’histoire : Celle-ci s’est noyée avec son mari, Charles Vacquerie (j’aurai l’occasion d’y revenir lorsque je ferai la critique de l’autre biographie d’Henri Gourdin : Léopoldine, l’enfant-muse de Victor Hugo). Et tous les écoliers ont eu les larmes aux yeux à la lecture du fameux poème « Demain dès l’aube ». Belle image du père éploré… Oui mais voilà, il s’avère que nous sommes loin d’avoir cerné non pas l’écrivain mais l’homme. Car tout ceci n’est qu’une façade. Sous ses dehors charmeurs, toujours prompt à défendre la veuve et l’orphelin, se cache un fieffé goujat. Et que dire de ce couple hors du commun qu’il forme avec Adèle, sa femme ? Son amant (platonique ?), Sainte-Beuve, est le parrain de la petite Léopoldine. Victor, affecté par le fait que sa femme se refuse à lui, multiplie les conquêtes. Comment voulez-vous que les enfants vivent dans un contexte sain ?

Je parlais de goujaterie… Comment qualifier le fait que, plus tard, Hugo se permette de piquer la fiancée de son fils Charles, Alice Ozy ? Et que dire de sa réaction face à la mort de Léopoldine ? Il n’ira même pas à l’enterrement (pas plus que sa femme d’ailleurs) et demandera à son ami, Alphonse Karr, de représenter la famille. Le chagrin, allez-vous me dire… Je ne le crois pas car, je cite Henri Gourdin, « le courage de se recueillir sur la tombe de sa fille ne lui viendra qu’en 1847, soit quatre ans plus tard. » A partir de là, Hugo essaiera de régir, de façon somme toute tyrannique, la vie de toute sa famille. Opposant à Bonaparte, il est emprisonné mais réussit à s’enfuir. C’est à partir de ce moment qu’il décide de s’exiler à Jersey puis à Guernesey. Il interdit à ses proches de s’éloigner de lui. Mais que faire, comment s’occuper ? Hugo écrit, on s’en doute. Il confie à sa fille son journal de l’exil. Elle est chargée de le compléter chaque jour. Et pour passer le temps, elle s’adonne au spiritisme.

Adèle mère prend enfin conscience que sa fille n’a jamais eu l’amour qu’elle aurait dû avoir et en informe par lettre (!!!) son mari. Rien n’y fait. Ce dernier sera égal à lui-même. Comment s’étonner alors qu’Adèle tombe malade ? Et, comme le souligne à juste titre le biographe, personne ne se dit que ce mal-être qu’elle ressent pourrait venir des conditions de vie imposées par son père ? Adèle est dans une prison dorée : sans véritable amour, filial ou extérieur, mais avec de l’argent. Et que faire de l’argent si on ne peut pas l’utiliser comme on le voudrait ? Elle voudrait voyager mais en a l’interdiction. Il faudra toute la ruse de Mme Hugo pour que sa fille et elle-même puissent enfin aller prendre l’air ailleurs.

Mais Adèle avance en âge, les 30 ans vont bientôt sonner et elle n’est toujours pas mariée. Ses parents lui ont bien proposé des prétendants, sans succès. Elle s’est amourachée d’un soldat, Albert Pinson qui va, sans le vouloir, causer sa perte. Car Adèle a cru déceler en lui de l’amour. Elle va le poursuivre, partir seule pour aller à sa rencontre, de la Nouvelle-Ecosse aux Barbades. Elle fera croire à son mariage, ultime mensonge d’une pauvre enfant qui se sera fait des idées et qui préférera cette solution afin d’échapper au mépris de son père… Ce dernier la considérera comme folle et fera valoir que ce trouble était déjà présent dans sa famille avec son frère Eugène. De retour à Paris, il fera interner sa fille à Saint-Mandé. Sentant sa mort arriver, il désignera le premier amour d’Adèle, Auguste Vacquerie (le frère de Charles, l’époux de Léopoldine), comme tuteur. N’est-ce pas là de la perversion de la part de celui que tout le monde montre en exemple ? Transférée à Suresnes, elle y finira ses jours.

Triste destinée que celle d’Adèle… Le petit père Hugo avait de beaux discours sur l’éducation des enfants… Douce image pour se mettre en valeur. Mais son dernier coup d’éclat, l’enfermement d’Adèle, montre bien la manipulation de celui-ci.

Henri Gourdin s’appuie sur les travaux de l’historien Henri Guillemin, de l’universitaire Frances Vernor Guille, sur la correspondance d’Adèle ainsi que sur les témoignages de l’arrière-arrière-petite-nièce, Adèle Hugo. Hugo était certes un poète, un écrivain , mais Victor n’en était pas moins un homme, avec ses qualités et ses défauts… De gros défauts…