La poésie médiévale

La poésie lyrique est une poésie qui se veut populaire à la base. En effet, elle était faite de ce que l’on appelle des Chansons de toile, c’est-à-dire des chansons que l’on chantait en tissant. Ces chansons avaient généralement pour thèmes les plaintes d’une dame en mal d’amour, mal mariée, ou célébrant l’arrivée du printemps.

Par la suite, cette poésie est devenue savante, avec l’apparition du lyrisme courtois et l’expression de la fine amor. Les troubadours du Languedoc, qui créent cette poésie au XI°s, sont relayés par les trouvères du nord de la France dès le XII°s. Apparaît ainsi une nouvelle conception de l’amour que les poètes réussissent à intégrer au système des valeurs chevaleresques, féodales. La chanson d’amour devient alors un genre noble par excellence. La dame est placée dans la situation du «seigneur». L’amant, de rang inférieur, est soumis à toutes ses volontés. Cette dévotion à la dame prendra rapidement une dimension mystique et deviendra, à la fin du XII°s, une dévotion à la Vierge Marie, seule Dame digne d’amour. L’amant est le poète.

La forme canonique est en général composée de quatre strophes (ou «coblas») et d’une «tornada», moitié moins longue qu’une «cobla», ce qui correspond, en langue d’oïl, à «l’envoi», où le message s’adresse explicitement au destinataire.

Cependant, la Chanson n’est pas la seule forme pratiquée et l’amour n’est pas le seul sujet. Parallèlement au courant courtois et à l’exaltation de la fine amor, on rencontre une veine satirique, moraliste et politique, très violente, qui s’exprime dans les «sirventès», de structure quasiment identique à celle des chansons, dans les «planhs», c’est-à-dire les déplorations sur la mort de quelqu’un, ou dans les «joc-partis», pièces à deux voix dans lesquelles deux poètes défendent chacun, en général de façon ironique, deux points de vue opposés.

Très vite, l’ensemble de la poésie évolue vers un formalisme conscient et raffiné où le sentiment personnel va moins compter que la virtuosité du fond et de la forme du message.

De ce fait, du XII° au XV°, les sensibilités changent ainsi que le statut du poète. La poésie est souvent une œuvre de commande, elle fait partie du décor de la Cour. De ce fait, il conviendra d’en tenir compte pour des compositions semblant pourtant traiter de sujets appartenant à la vie du poète. Le changement vers le lyrisme personnel se fera, en fait, au XV°s, avec Charles d’Orléans, qui exprimera des événements intimes à travers la forme poétique traditionnelle de la ballade et du rondeau.

On relèvera également l’apparition d’une poésie didactique. Les poètes veulent faire partager leur savoir, une croyance. On donne alors à toute chose, à tout accident particulier, personnel, la portée d’une loi universelle. C’est ce que fera, par exemple, Villon qui, se nourrissant d’expériences vécues (la prison, la condamnation), montre également son dessein de mettre en accusation une société injuste.

Enfin, les grands rhétoriqueurs sont attachés aux formes traditionnelles de la poésie, comme ils sont liés aux cours seigneuriales qui les font vivre. En même temps, ils doutent des valeurs de cette société. Ils considèrent le monde avec effroi et ironie. Avec un style proche du baroque, ils exploitent toutes les ressources du langage, poussent au paroxysme les techniques d’ornementation du discours. Ils expriment un univers arrivé à son terme, où les mots ont plusieurs sens, où l’ambiguïté et la parodie sont partout.

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