Les Évangiles des quenouilles

9782226105516

La version la plus ancienne de ce texte remonterait au XIIIe siècle (milieu ou fin). Il s’agit de propos tenus à la veillée par six matrones durant une semaine. Tout y passe : maladies, remèdes, recettes, dictons, bref, toutes les préoccupations de la vie quotidienne. Ces propos révèlent une époque où magie, sorcellerie et superstitions avaient cours.

Ce que l’on pourrait presque considérer comme l’ancêtre de nos fameuses brèves de comptoir, à la truculence inégalée, n’est ni plus ni moins qu’un répertoire de croyances populaires de Flandre et de Picardie qui reflètent et traduisent les soucis et les espoirs des femmes de ces régions.

Ces petits textes sont également révélateurs d’une coutume orale faisant que l’on se rassemblait à la veillée, à la Cour ou dans les chaumières. Ici, les six dames entendent se démarquer. Puisque l’on n’écoute habituellement que les hommes, elles seront les « doctoresses » de leurs propres évangiles. et c’est avec malice qu’elles apportent les dictons, maximes ou autres aphorismes tout en les glosant. Quelqu’un leur servira de secrétaire.

Si l’auteur est inconnu, les hypothèses vont bon train. On penche pour un travail collectif. Il semblerait que ce petit bijou soit dû à Fou quart de Cambray , Anthoine du Val et Jean d’Arras.

Si vous êtes curieux, n’hésitez pas à vous procurer ce petit livre savoureux qui nous en apprend beaucoup, mine de rien, sur les traditions médiévales.

Extraits : (traduction de Jacques Lacarrière)

Première journée

 

LE ONZIÈME CHAPITRE.

Je dis pour aussi vrai et certain qu’Évangile que, lorsqu’un homme couche avec sa femme ou son amie en ayant les pieds sales et puants, et s’il advient qu’il engendre un fils, ce fils aura puante et mauvaise haleine ; et si c’est une fille, elle l’aura puante par-derrière.

GLOSE. Maroie Ployarde dit sur ce chapitre qu’il en advint ainsi de sa cousine, car, partout où elle allait, son derrière rendait une odeur si puante que les assistants se bouchaient le nez, mais sans savoir celui ou celle qui en était cause.

LE DOUZIÈME CHAPITRE.

Pour aussi vrai qu’Évangile, je vous dis que, lorsqu’un jeune homme puceau épouse une jeune fille pucelle, le premier enfant qu’ils ont naît habituellement fou.

GLOSE. Berthe l’Étroite dit à ce propos qu’il en fut ainsi naguère de l’une de ses filles, qu’elle avait mariée au porcher de sa maison, car celui-ci lui demanda pour leur première nuit de leur enseigner comment faire, et il advint que leur premier fils naquit fou et pauvre innocent.

Sixième journée

 

LE DIX-SEPTIÈME CHAPITRE (a)

Aussi quand vous faites votre lessive et que votre chaudron est sur le feu, plein de linge, que le feu est dessous, et que par la force du feu la lessive bout, vous ne devez pas dire : « Ha commère la lessive bout », mais vous devez dire qu’elle rit, autrement tous les draps s’en iront en fumée.

GLOSE. Une jeune fille, le visage enluminé et rubicond, répondit alors : « Cela est vrai, on le sait bien, car une fois que je faisais la lessive de mon fil*, et que mon mari était là, je lui défendis de dire « la lessive bout car si vous le dites, notre fil deviendra paille. » Toutefois mon mari ne put s’empêcher de le dire quand il vit qu’elle riait et ainsi mon fil devint paille. » Et moi, comme secrétaire, je n’osai répondre qu’elle l’avait bue**.

* Le fil servant à attacher le linge.

** Qu’elle avait monnayé sa lessive pour aller boire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s