Les facéties de Pogge

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Gian Francesco Poggio Bracciolini (1380-1459) était un érudit, philosophe, humaniste et homme politique. Cependant, derrière l’homme austère se cache un écrivain bon vivant. Ses Facéties, ou Liber facietarum, en sont la preuve. Petits textes souvent grivois, plus courts que des nouvelles, ils sont pratiquement un genre à part entière dans la mesure où ils introduisent dans de la prose narrative le dépouillement et la concision des conversations quotidiennes. Car il s’agit bien de cela ici. Des personnages, réunis autour d’un secrétaire du ministère de l’Église, discutent de cas rencontrés tous les jours, entretenant ainsi rumeurs et ragots.

Ils n’épargnent personne et rient de tout, y compris d’eux-mêmes. Ces petits textes sont le symbole d’une certaine liberté d’expression car ils touchent souvent aux principes ou aux dogmes inculqués par l’église. A la fin de quelques facéties, on pourra trouver une sorte de considération sur le cas énoncé.

Bien entendu, Poggio eut affaire à des censeurs comme on peut l’imaginer ! Sa verve dérangeait. D’ailleurs, bien qu’ayant écrit bon nombre de textes, on ne retient que ceux-là.

Ils sont truculents et méritent vraiment qu’on y accorde un peu de temps.

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Extraits :

D’un chaste qui n’était que paillard.

 

Un de mes concitoyens, qui voulait passer pour chaste et dévot, fut un jour surpris par un de ses amis en pleine coucherie. Celui-ci lui reprocha violemment de céder au péché tout en prêchant la chasteté. « Oh ! oh ! fit l’autre, ce n’est pas par luxure que je fais cela, comme tu pourrais le croire, mais pour dompter, pour mortifier cette misérable chair, et pour me décharger les reins par la même occasion. » Voilà bien les pires hypocrites, qui ne se privent de rien et veulent toujours couvrir leurs désirs et leurs crimes de quelque honnête prétexte.

 

***

D’une femme folle.

 

Une femme de mon village, qui paraissait frénétique, était conduite par son mari et des parents à une sorcière, sur les ressources de laquelle ils comptaient pour la guérir. Comme au passage de l’Arno on avait mis la femme sur le dos de l’homme le plus robuste, voilà qu’elle se mit soudain à remuer les fesses comme dans l’accouplement, en criant d’une voix forte à plusieurs reprises : « Je veux qu’on me f***e ! » Ces paroles exprimaient la cause de sa maladie. Celui qui la portait éclata d’un tel rire, qu’il tomba avec elle dans l’eau. Tous alors, riant à l’idée du remède, affirment qu’il n’est pas besoin d’incantations pour lui rendre la santé, mais de copulation. Et s’étant tournés vers le mari : “Ta femme ne trouvera pas de meilleur médecin que toi”. Ils s’en revinrent donc, et quand le mari eut couché avec son épouse, celle-ci recouvra son bon sens. Il n’y a pas de meilleur remède à la folie des femmes.
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