Le chansonnier amoureux (ou Carmina Rivipullensia)

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Attention, ce livre n’est pas à mettre entre toutes les mains ! Qui a dit que le Moyen Âge était une période obscure, sérieuse, sans intérêt ? Voilà qui en réconciliera plus d’un avec cette période où l’on savait aussi écrire les choses de la vie quotidienne sans tabou. C’est le cas ici avec le thème amoureux. Ces 20 poèmes sont attribués à une seule et même personne, un moine copiste du monastère de Ripoll. Bien entendu, il s’agit d’une hypothèse. Mais si cela était avéré, voilà qui constituerait un document hors du commun puisqu’il n’existe pas, dans la poésie profane du XIIe siècle (mi même dans celle du XIIIe d’ailleurs), de recueil fait par un auteur. Généralement, les textes étaient épars et ce n’est que plus tard que nous les avons compilés.

Si, je le disais, le fil conducteur est le thème amoureux, on pourra observer une progression : de la découverte de l’amour à ses malheurs. Et si les poèmes peuvent se lire séparément, certains se font cependant échos, ce qui tendrait à prouver la thèse d’un même auteur. Les premiers poèmes restent relativement sages. Mais là encore, au fur et à mesure de la découverte, le ton et le lexique deviennent, tout en restant poétiques, plus sensuels.

Fleuron de la poésie latine, ce chansonnier prouve qu’il existait aussi autre chose que la Fin’Amor, même si ces textes ne sont que purement imaginaires et donc idéalisés…

Extrait : 

Un autre songe

Si se révélait véridique ce que montrent les songes,
j’en serais très heureux, après avoir vu celui-ci.
Une nuit obscure où j’étais couché, solitaire,
devant mes yeux est passée une agréable apparition.
Sa beauté d’abord m’a jeté dans un grand doute :
n’était-ce pas la demoiselle que j’avais le jour hélée ?
Mais dès que la grâce supérieure de celle-ci m’eut frappé,
aussitôt, oubliant l’autre, je lui ai caressé les seins.
Elle est venue dans mes bras, a posé sa poitrine contre la mienne ;
de toutes les manières la belle m’a appliqué des baisers,
et j’en ai ressenti un plaisir que presque aucune autre ne me donnerait
Je lui rends ses baisers. Cependant un vain espoir m’emportait.
Car quand j’ai voulu étreindre son tendre cou,
elle s’est enfuie je ne sais où, sans proférer le moindre mot.
De cela je suis grandement affligé, mais je le serais, je pense, plus encore,
si ce que j’ai obtenu en songe, éveillé je le gardais pour moi.

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