Les incantations de Mersebourg

incantations Mersebourg

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Die Merseburger Zaubersprüche sont des formules magiques germaniques païennes retrouvées au XIXe siècle dans la bibliothèque de la cathédrale de Merseburg. Elles seraient antérieures à l’an 750. Un moine copiste de l’abbaye de Fulda les aurait recopiées au IXe ou du Xe siècle sur une page de garde d’un livre de messe. Elles ont la particularité d’être les seules à avoir été écrites. Du moins, les seules en notre possession.

La première formule concerne la libération de prisonniers. Elle est très courte. Elle met en scène les Idisis que l’on considère aujourd’hui comme étant des divinités qui, comme les Walkyries, devaient être au service d’Odin. L’incantation montre le contexte guerrier. Les divinités sauvent des prisonniers sur un champ de bataille. Le dernier vers contient la formule magique :

Eiris sazun idisi sazun hera duoder.
Suma hapt heptidun, suma heri lezidun,
suma clubodun umbi cuoniouuidi :
insprinc haptbandun, inuar uigandun !

Autrefois les Idisi étaient assises, assises ici et là.
Certaines attachèrent l’ennemi, certaines maintinrent leur armée,
certaines défirent les liens des braves :
Sautez hors des chaînes, échappez à l’ennemi !

La deuxième formule montre la guérison d’un cheval à la patte brisée. Le dieu Odin, considéré, entre autre chose, comme le patron de la magie, va jeter le sort pour guérir le cheval de son fils. L’incantation réside dans le quatrain final.

Phol ende uuodan uuorun zi holza.
du uuart demo balderes uolon sin uuoz birenkit.
thu biguol en sinthgunt, sunna era suister ;
thu biguol en friia, uolla era suister ;
thu biguol en uuodan, so he uuola conda :

sose benrenki, sose bluotrenki,
sose lidirenki : ben zi bena,
bluot zi bluoda, lid zi geliden,
sose gelimida sin.

Phol et Odin chevauchaient dans les bois,
lorsque le poulain de Baldr se foula la patte.
Un sort lui fut jeté par Sinthgunt, et sa sœur Sunna.
Un sort lui fut jeté par Freyja, et sa sœur Volla.
Un sort lui fut jeté par Odin, comme lui seul le savait :

Que soit un os foulé, que soit le sang foulé,
Que soit le membre foulé : os à os,
sang à sang, membre à membre,
comme s’ils étaient collés.

En 1841, l’historien Georg Waitz découvrit ces incantations en étudiant des manuscrits de la collection théologique du IXe / Xe siècle. Il en fit part à l’un des frères Grimm, Jacob, qui était linguiste et philologue. Ce dernier fera mention de cette extraordinaire découverte dans une conférence à l’Académie royale des sciences, en 1842, à Berlin. C’est ce qui les popularisera.

Confession de la belle fille

26Image d’illustration

La Promenade au jardin. La chanson de Garin de Monglenne, XVe siècle (BNF)

 

Ce poème du XVe siècle n’est pas sans rappeler celui d’Alain Chartier, La belle Dame sans mercy. Dans ce texte, une jeune femme se présente au chapelain du Manoir d’Amour, répondant au nom de Bien Celer, afin de confesser ses crimes : elle s’accuse de ne pas avoir répondu à l’amour de son amant. Selon cette dernière, elle a péché contre les sens (elle ne l’a pas regardé, ne lui a pas parlé, ne l’a pas écouté, ne l’a pas serré dans ses bras). D’autre part, elle a commis les sept péchés capitaux et n’a pas accompli les œuvres de miséricorde puisqu’en ne répondant pas à l’appel de son amant, elle l’a laissé désemparé :

 

« Helas, et de les revestir,
j’ay eu petite volonté,
Ainçoys ay voulu devestir
Ung povre de joyeuseté. »

 

Le chapelain l’incite donc à prononcer le Confiteor et lui donne comme pénitence, entre autre, d’accorder son corps et son cœur à l’amoureux transi. Le poème se termine sur une ballade dans laquelle Bien Celer lui donne l’absolution :

 

« L’absolucion vous depars
Ou nom d’Amours, le dieu vaillant.
Et par ainsi de vous me pars.
Or ne soiez plus deffaillant,
N’alez vostre cueur esveillant
A chescun que regarderez.
Quant loiaulte bien garderez,
Vous vendrez a salvacion,
Touz les beaulx motz que vous direz
Soient vostre remission. »

 

Il faut savoir que le thème de la confession est courant au XVe siècle puisque c’est précisément à cette époque que fleurirent les différents manuels sur le sujet.

Ce poème, parodique, on l’aura compris, puisque transposant l’amour physique à l’amour divin, n’a été publié qu’au XVIIIe siècle par Lambert Douxfils. Celui-ci l’avait trouvé dans la bibliothèque des Ducs de Bourgogne. Cependant, il l’écourta. Un siècle plus tard, un poète et critique belge, André Van Hasselt, le publia intégralement.