Le Grand livre – Connie Willis



Quatrième de couverture :

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?

Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Âge.

Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.

Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…


Mon avis :

Si vous aimez la science-fiction et le Moyen Âge, alors ce livre est fait pour vous ! Mais quelle claque mes aïeux !!! Le Moyen Âge, vous le savez, c’est mon dada (comme le dirait Omar Sharif… pour ceux qui se souviennent de cette pub…). La science-fiction, j’en lis de manière épisodique. Je n’aime pas tout non plus. Ici, le thème est bien connu puisqu’il s’agit du fameux retour dans le temps. Et justement, cela aurait pu être du réchauffé et desservir le livre. Mais il n’en est rien. Certes, il y a bien quelques petites longueurs mais à la limite, je trouve qu’elles attisent encore plus la curiosité du lecteur. Les évocations de la période médiévale sont magistrales… et je pèse mes mots.

Le récit est à double voix. On suit d’un côté la panique dans le bureau d’études puisque, inévitablement, un grain de sable s’est immiscé dans les rouages du transfert, et, de l’autre, ce que consigne Kivrin dans son Grand Livre qu’elle définit ainsi : « j’ai décidé d’appeler ceci le Grand Livre par référence au Grand Livre cadastral établi sur l’ordre de Guillaume le Conquérant, un registre destiné à permettre de calculer les impôts dus par ses métayers et qui est pour nous une chronique de la vie médiévale ». (P26)

Ce texte cumule les points positifs : agréable à lire, il tient en haleine le lecteur qui, d’ailleurs, en redemande. Il nous apprend également des choses sur cette société du XIVe siècle, un peu moins traitée, en général, dans les romans.

Bref, que dire de plus si ce n’est de vous le procurer au plus vite et de plonger ainsi dans ce monde méconnu ?


Extrait :

Dunworthy alla s’asseoir devant la fenêtre pour consulter le chapitre consacré à la peste noire. L’épidémie avait débuté en Chine en 1333 puis voyagé sur des navires marchands jusqu’à Messine, en Sicile. Elle s’était ensuite répandue en Italie et en France – quatre-vingt mille morts à Sienne, cent mille à Florence, trois cent mille à Rome – puis avait traversé la Manche. Elle était arrivée en Angleterre en 1348, « peu avant la fête de saint Jean-Baptiste », le vingt-quatre juin.

Vingt-huit ans plus tard, alors que Badri parlait d’un décalage insignifiant.

Il s’étira au-dessus du canapé pour prendre les Pandémies de Fitzwiller dans sa bibliothèque.

– Que faites-vous ? lui demanda Colin, d’une voix pâteuse de sommeil.

– Je me renseigne sur la peste noire. Rendors-toi.

– Ils l’appelaient la maladie bleue, à l’époque.

Après avoir apporté cette précision, Colin se tourna vers le mur et Dunworthy emporta les deux livres dans sa chambre. Pour Fitzwiller, la peste était arrivée en Angleterre le jour de la Saint-Pierre, le vingt-neuf juin 1348. Elle avait atteint Oxford en décembre. Londres en octobre 1349, puis elle s’était déplacée vers le nord et, de l’autre côté de la Manche, vers les Pays-Bas et la Norvège. Toute l’Europe occidentale avait été touchée, sauf la Bohême et la Pologne qui avaient fermé leurs frontières et, fait inexplicable, certaines régions d’Ecosse.

La peste dévastait les autres contrées telle une légion d’Anges exterminateurs, ne laissant sur son passage aucun survivant pour administrer l’extrême-onction et enterrer les cadavres. Dans un monastère, elle n’avait épargné qu’un seul moine. Ce rescapé, John Clyn, avait laissé une chronique. « Et, de crainte que les hommes oublient ce dont ils doivent se souvenir, moi, qui ai vu tant de souffrances et le monde entier sous l’emprise du malin, moi qui étais parmi les morts et attendais le trépas, j’ai voulu porter témoignage. »

Il avait tout noté avec la précision d’un historien, avant de succomber à son tour. Au bas de la dernière page de son manuscrit, une autre main avait écrit : « Ici, semble-t-il, l’auteur s’est éteint. » (P320-321)


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8 réflexions sur “Le Grand livre – Connie Willis

  1. j’ai un petit souci avec la SF…
    j’ai commencé « 1984 » et … abandonné en cours de route car cela conforte ma vision pessimiste du futur, et « 2084 » je n’ai même pas envie d’y toucher.
    Tant qu’il s’agit de Bordage ça va encore..

    Aimé par 1 personne

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