Grand Large – Dourvac’h

 

 

La disparition d’un enfant… La déchirure d’un couple… Bruno subit les affres de la vie. Pourtant, parmi toutes les turpitudes, sur ce chemin de croix, brille un petit bijou : sa fille, Clara, qu’il est obligé de se partager désormais avec la maman depuis que le petit Aurélien a disparu, un beau jour, alors qu’il jouait au bord d’une falaise. Pas de corps mais un décès sous-entendu et un deuil qui ne peut pas se faire, inévitablement. Alors Bruno, peintre de son état, dessine, encore et toujours ces falaises… jusqu’à l’ultime rebondissement…

Waouh ! Quel texte ! D’une puissance, d’une finesse ! On oscille entre le vocabulaire de la petite Clara, enfantin et touchant, les descriptions picturales, petits tableaux magiques déclinés par petites touches et les pensées du narrateur, être torturé, tant mentalement que physiquement puisqu’il se laisse aller dans une déchéance crasse. Cet artiste tiraillé entre ses deux enfants, la mort d’un côté et la vie de l’autre, m’a fait penser à ces poètes romantiques du XIXe siècle, déchirés par la disparition de l’être aimé, clamant leurs vers douloureux dans des paysages souvent composés d’éléments aquatiques. Bruno est devant les falaises comme Lamartine devant son lac.

Vous l’aurez compris, j’ai adoré ce texte délicat qui ne peut laisser indifférent. L’auteur a un talent certain et mérite d’être connu.


Extraits :

Certaines nuits, mon âme sait trouver la clé. Sur mon corps traîne cette solitude, comme un manteau d’habitudes. Moments où nous entrons dans l’automne, long chemin vers L’Autre Royaume.

Aurélien n’aurait pas dû partir avec sa canne à pêche, ce matin-là… Je l’autorisais à prendre seul le chemin côtier si mon travail m’accaparait… Il allait pêcher à trois cents mètres de la maison, sans aucun risque ! Drôle de mercredi au temps incertain… Quelle idée a pu lui traverser la tête ? Un couple d’Anglais l’a vu gravir le sentier dans la falaise blanche à l’ombre des pins. Les gendarmes les ont ennuyés longtemps, longtemps : n’étaient-ils pas les derniers à avoir vu notre enfant vivant ?

* * *

Plonge, mon regard, sur les blanches falaises de Rügen : celles qui ont fait rêver Friedrich (Caspar David : prénoms à peindre le scintillement des étoiles…) !

Âmes des personnages disposées telles trois étoiles, vivant leurs petites vies immortelles dans le bas du tableau… La jolie femme en longue robe rouge, poignets menus, cheveux relevés, que leur montre-t-elle au loin ? Le vieillard retrouvant son chapeau tombé dans l’herbe, se penchant dangereusement… Le jeune homme si pensif, dos tourné, jambes bien fermes… Tous les trois au bord du vertige… Trouée des falaises de craie face à la Baltique… Quel lien mystérieux unit ces Trois-là ? En sauraient-ils plus que nous face à la poussière dorée ? Que saurons-nous de l’infini ? Mystères…

J’ai longtemps peint les paysages qu’a pu voir Aurélien avant de disparaître : ligne d’herbes blotties devant lui face à l’azur… tapis de mer aux miroitements d’émeraude sous ses pieds… aux oreilles, les dernières fulgurances du vent de là-haut puis…

* * *

Il y a l’attraction de la Terre ; la beauté infinie de la mer ; toutes deux viennent à notre rencontre, nous parlent du vide et de la mort.
J’ai peint ces horizons courbes – mille liserés d’or sur les bords de falaise. Parfois une mouette fantomatique vient suivre ce chemin invisible – quelques mètres au-dessus de nos têtes – chemin dont je connais l’existence ; séparant en silence notre vie de notre mort.
Pour l’oiseau aux plumes d’argent, simple sentier d’air chaud : se laisser porter par cette douceur que lui renvoie la clarté de falaise…
Aurélien n’a pu tomber, Aurélien s’est envolé… Il s’est approché du soleil…
N’y a-t-il pas moyen de se hisser à l’intérieur du soleil ?

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7 réflexions sur “Grand Large – Dourvac’h

  1. il est toujours en attente sur ma liseuse!!! quand je dis opération vidage…
    je vois que tu rapatries tous les commentaires publiés sur ton ancien blog, cela fait un
    sacré travail.
    en ce qui me concerne, pour l’instant je me contente du lien …

    Aimé par 1 personne

  2. Ping : Heiraten (Noces) – Dourvac’h – Mes Promenades Culturelles II

      1. Oui Lydia, je pense que je vais le commander (avec celui sur Kafka) directement chez l’éditeur car pas faciles à trouver…ailleurs !
        Ouiii j’ai reçu ta réponse adorable mais entre temps il y a eu les urgences…je te réponds dès que je mets la tête hors de l’eau, gros bisous♥

        Aimé par 1 personne

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