Camille Claudel 1915 – Bruno Dumont

Je ne suis pas, habituellement, une fervente admiratrice de Juliette Binoche. Mais je l’ai trouvée magistrale dans ce film ! Elle incarne à la perfection cette pauvre Camille Claudel, enfermée dans un asile, à la demande des siens, près d’Avignon. Elle évolue donc au milieu d’aliénés, elle qui garde toute sa lucidité et dont la seule marotte est de se faire son propre repas car elle a peur qu’on l’empoisonne. Au bout de deux ans, elle n’a qu’un espoir : sortir de ce lieu infâme et reprendre contact avec sa mère qui a coupé tous liens. Et cette petite lueur est alimentée par la venue de Paul, son frère, qu’elle attend comme le messie…

Ce film m’a époustouflée ! Il retrace le parcours psychologique de l’artiste avec un tel réalisme qu’on a l’impression d’être à ses côtés. La réalisation en huis-clos donne une atmosphère étouffée, prégnante. On est en 1915. Camille est enfermée depuis deux ans. On peut facilement imaginer qu’elle puisse alors basculer peu à peu dans la folie. Quant à Paul, que je détestais déjà en tant qu’écrivain, je ne peux que le considérer comme un être vil, pleutre et paradoxal. En effet, il est enfermé dans un catholicisme proche de l’intégrisme. Comment peut-il laisser ainsi sa propre sœur ? Il préfère payer les médecins plutôt que de l’aider. Mais quel c** ! (Oui, tant pis, je le dis). L’atmosphère est également rendue par les couleurs : les personnages évoluent dans un décor sombre. Lorsque les images montrent l’extérieur, elles semblent délavées, symboliques de cette vie qui se retire peu à peu. Les seules touches de couleur sont celles de la nature. Et je ne peux m’empêcher, d’ailleurs, de faire un parallèle avec Van Gogh qui, enfermé à l’asile de Saint-Paul-de-Mausole (lieu de tournage du film alors que Camille Claudel avait été réellement internée à l’asile d’aliénés de Montdevergues, à Montfavet), a peint des tableaux plus colorés que d’habitude, voulant représenter le Midi par un contraste coloré.

Je ne peux m’empêcher de faire un parallèle entre Camille Claudel et Adèle Hugo, toutes deux sacrifiées par leur famille et internées. Camille, vivant seule après avoir quitté Rodin qu’elle trouvait opportuniste (elle pensait qu’il voulait s’accaparer tout son travail ainsi que son atelier. A cette époque, une femme, qui plus est artiste, avait peu de chances de se faire entendre) est accusée, pour ce seul motif, de paranoïa par son frère. Adèle, quant à elle, sera internée à la demande de son père suite à un mensonge (celui d’avoir fait croire qu’elle avait quitté le giron familial pour épouser un jeune homme) ; Une bien grave punition administrée parce qu’elle n’avait pas suivi ce que voulait son géniteur.

Bref, je vous conseille vraiment ce film.

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4 réflexions sur “Camille Claudel 1915 – Bruno Dumont

  1. je fais le même parallèle!!! les « hommes de leur entourage » sont aussi toxiques pour l’une que pour l’autre. la maladie mentale aussi…
    difficile d’être une artiste à l’époque, elle faisait de l’ombre à ces messieurs…
    je crois que je n’arriverai jamais à lire Claudel tant il m’horripile…

    Aimé par 1 personne

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