La folie dans la littérature médiévale – Huguette Legros

folie

 

 

J’ai mis du temps à lire cet essai d’Huguette Legros, non pas parce qu’il est inintéressant – bien au contraire – mais parce qu’il est dense et riche en enseignement. Pour résumer brièvement, il est complet. Il s’intéresse non seulement à la littérature, mais aussi à l’Histoire et, cerise sur le gâteau pour les amateurs, à la syntaxe. Et il m’a d’autant plus interpellée qu’il fait écho, dans certains chapitres, à Gautier de Coinci que je ne vous présente plus. Puisque je parle de chapitres, ce livre se divise en huit parties : une approche, tout d’abord, sur la société médiévale, la perception du fou et le lien entre réel et imaginaire. Vient ensuite une étude sémantique puis une étude du fou lui-même : mode de vie, apparence etc. On passe ensuite à la littérature et aux différentes formes de folie : par amour, en lien avec la religion ; ces folies donnant lieu à des déviances. Huguette Legros va également se pencher sur la mise en scène puis sur les paroles.

Cet ouvrage est à la fois érudit et accessible. Je le recommande tout particulièrement car, encore une fois, je le trouve vraiment exhaustif. Il existe, bien sûr, de nombreux ouvrages sur ce thème car la littérature médiévale a fait de ce personnage une figure récurrente dans les textes. Huguette Legros a pris la peine de les recenser, de recouper les différentes sources et discours. Bref, c’est le fruit d’un travail colossal sur une période relativement étendue (du XIIe au XIVe s).

 

Extrait : 

 

Les fous, au Moyen Âge, ne sont pas enfermés dans des structures spécialisées, même si dans certains cas l’enfermement est nécessaire pour protéger le malade et son entourage. Ainsi, lorsque Amadas est revenu chez ses parents, ceux-ci doivent le séquestrer pour qu’il ne s’évade pas : « Bien le gardent en recelee / En une cambre bien celee » ; de même lors de sa première crise de démence, alors qu’il est soigné par la reine Guenièvre, Lancelot doit être enfermé dans une chambre, comme ce sera encore le cas lorsqu’il est au château de Castel Blanc.

Le fou n’est pas non plus attaché, sauf si sa violence est telle qu’il devient dangereux pour lui et pour les autres. C’est le cas d’Amadas jusqu’à ce que ses parents décident de le libérer de ses entraves ; Lancelot au château de Castel Blanc porte « uns petiz aniaux qu’il li mistrent en piez, por ce qu’il n’alast loing » ; plus tard l’ermite qui veut le soigner doit le faire ligoter par des sergents pour qu’ils puissent l’emmener à l’ermitage ; et finalement, à Corbenic, le roi Pellès dit à ses hommes de le prendre de force pour le conduire au palais Aventureux : « sans lui blecier et li lient les mains et les piez ». (P 18-19)

 

* Amadas et Ydoine (auteur inconnu. XIIIe s)

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