Katia VERBA : ses œuvres

Passionnée de théâtre depuis l’enfance, Katia Verba regardait Au théâtre ce soir à la télévision et déjà rêvait d’être comédienne. Sa première expérience, elle la doit à Bertold Brecht avec Grand Peur et Misère du troisième Reich. Elle suit une formation théâtrale de trois ans en province et décide d’être comédienne. Elle monte sur Paris, s’inscrit au Cours Florent et entreprend parallèlement une formation de psycho-graphologue. Elle écrit une pièce courte, L’Affaire des Poisons, et assiste des metteurs en scène sur différentes pièces. Elle monte sa compagnie “ Treteaux le soir ” et joue dans plusieurs comédies.

Passionnée d’écriture, elle décide de prendre la plume et écrit sa première vraie pièce légère et intimiste, mais non dénuée de rebondissements et de quiproquos, Black Shadow.

Comme il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, elle met en place deux autres projets. Après la charismatique Ambre de la Minaudière qu’elle a joué dans Black Shadow, elle mettra en scène une pièce de Robert Thomas, Huit Femmes (Prix du quai des Orfèvres)…
Avec Manoir sous haute tension sur l’île de Man, Katia Verba signe une première collaboration avec les Éditions de la rue nantaise. Dans un registre plus sentimental, Le château de Montgueux ou le secret éventé est sa deuxième pièce de théâtre.  

 

(Source: Les Éditions de la rue nantaise et Black Shadow).

 

Retrouvez sa fiche ici. Son site est là.


Black Shadow

Quatrième de couverture :

Cette comédie légère et intimiste met en scène deux femmes de caractères diamétralement opposés.

Elles se réunissent dans une maison familiale retirée des Yvelines pour passer une soirée amicale entre femmes.

Mais c’est sans compter sur l’arrivée inopinée d’un cambrioleur apparaissant sous les traits d’un séduisant jeune homme. L’histoire ne s’arrête pas là… Ce n’est pas fini ! Une autre surprise les attend ! Décidément la soirée promet d’être mouvementée.

Mon avis :

Si je vous dis Black Shadow, cela vous fait penser à quoi ? Non, ce n’est pas le nom d’un diamant – encore que – mais bel et bien le titre de la première pièce de Katia Verba. Vous voyez maintenant mon analogie avec le bijou.

Très agréable, cette comédie légère (en apparence du moins) est dans la droite lignée de Labiche ou Feydeau : gaie, enlevée, on sourit et on rit tout au long de cette pièce qui doit être aussi agréable à lire qu’à regarder. Les personnages sont irrésistibles, à commencer par Ambre de la Minaudière (avec un nom pareil, on sait déjà que l’on ne va pas être dans une tragédie antique dégoulinante de pleurs), plus préoccupée par la préparation de ses boissons alcoolisées que par sa relation avec les hommes auxquels elle ne veut pas s’attacher… enfin, en surface, car lorsqu’elle se retrouve avec son Arnaud au téléphone, elle devient aussi douce qu’un agneau. Son amie, Séréna Pezzoli, est loin d’être un cerveau et c’est justement la relation entre ces deux-là qui prête à rire. Ambre domine. J’avoue quand même avoir un faible pour Pénélope Pontamine, bonne femme complètement déjantée, instable, immature. Quant à Lucas, seul homme présent physiquement, son rôle est finalement secondaire. La focalisation est faite sur les femmes, avec tous les clichés qui amusent : la petite bourgeoise portée sur la boisson, l’écervelée fan de potins (la seule chose qu’elle puisse comprendre!) et la malade lunatique, à la limite de la folie (et lorsque je dis limite… tout est subjectif). Mais qu’on ne s’y trompe pas, tous les rebondissements (et il y en a) vont être déclenchés par un homme : le fameux Arnaud dont je parlais plus haut. L’amour, toujours l’amour… mais un amour un peu spécial tout de même. Allez, je n’en dis pas plus.

 Katia Verba me surprend toujours. Par son talent, tout d’abord, qui n’est plus à démontrer. Par les retournements de situation ensuite, tant dans les pièces que chez le lecteur. Vous pensiez que vous étiez dans une simple comédie au ton badin ? Vous pensiez connaître le mot de la fin ? Certainement pas ! De plus, elle inscrit ses pièces à la fois dans la modernité (par le ton et le style) mais également dans une certaine intemporalité. Voici une pièce qui aurait pu être jouée par la Maillan (que j’aimais beaucoup, soit dit en passant) et qui pourra être jouée dans vingt ou trente ans sans aucun problème. Et, n’est-il pas important, dans notre société basée sur l’immédiat, de graver son œuvre dans le rocher de la culture ?

Extrait :

SERENA – Il est mort.

AMBRE – George Clooney ?

SERENA – Mais non, le cochon de George. Tu sais que c’est très affectueux un cochon. Et même très intelligent.

AMBRE – Un cochon intelligent, on aura tout entendu… Bon, revenons à nos moutons… et la conclusion de ton article ?

SERENA – Il dit que cinquante-cinq pour cent des personnes interrogées déclarent qu’en mettant en avant la star, ils se rappellent beaucoup moins du produit.

AMBRE – C’est bien la preuve que ton article dit vrai… Justement, à propos de star, où en es-tu toi, de tes cours de comédie ?

SERENA – J’ai arrêté. Ils voulaient me faire jouer Grand peur et misère du troisième Reich de Bertolt Brecht. Ça m’a démotivée net. Moi qui pensais jouer un remake genre Les délires de Blanche-Neige ou Cendrillon en cavale.

AMBRE – Personnellement, je t’aurais bien vue dans la cuisinière enchantée.

SERENA – J’aurais été comme un coq en pâte.

AMBRE – Eh bien ma cocotte, j’ai de quoi te faire oublier cette petite déception. Goûte-moi cette petite merveille, tu m’en diras des nouvelles. (Elle va vers son ordinateur) Et puis ça te rafraîchira la mémoire, en attendant la prochaine parution sur tes sujets hautement philosophiques.

SERENA – Ça va, j’ai compris, tu préfères changer de sujet, je vois bien que la vie des stars ce n’est pas ton trip.

AMBRE (distante) – C’est le moins qu’on puisse dire. Si j’étais au gouvernement, je les obligerais à donner dix pour cent de leur fortune aux plus démunis et Johnny Hallyday ce n’est pas en Suisse qu’il irait mais aux Îles Caïman.


Le château de Montgueux ou le secret éventé

Quatrième de couverture :

Champagne. 1928. Un jour, une missive arrive dans le courrier du comte et de la comtesse de Montgueux. C’est toujours la comtesse qui traite le courrier en compagnie de Réjane, son intendante. Une lettre attire leur attention. L’intendante a un mauvais pressentiment. Le message est écrit en violet. C’est une lettre aussi menaçante qu’anonyme ; un individu exige une très grosse somme d’argent, faute de quoi, il répandra une rumeur sur les habitants du château…

Mon avis :

Parce qu’il est des livres qui sont un véritable rayon de soleil… un petit bijou dans ce monde littéraire où sévissent bon nombre d’écrivains « commerciaux » (non, je ne nommerai personne. De toutes façons, tous ceux qui me connaissent savent déjà de qui je veux parler) … je tenais à vous parler de cette pépite qu’est la pièce de théâtre de Katia Verba,Le château de Montgueux ou le secret éventé. N’y voyez aucune référence médiévale (encore que le nom peut prêter à sourire une fois la pièce lue), il s’agit d’un château situé en Champagne. L’histoire se passe dans l’entre-deux-guerres. Ici encore, Katia Verba joue sur le huis-clos, avec autant de brio que dans sa pièce Manoir sous haute tension sur l’île de Man. Et ce huis-clos, faisant évoluer ici des aristocrates, n’est-il pas justement mimétique de leur petit monde ? Comtesse révoltée et, surtout, fragilisée par la mort terrible de sa fille adoptive, Comte indifférent, Baronne volage, Bonne inculte, Intendante exemplaire… tous les ingrédients sont réunis pour faire une comédie au sens strict du terme. Oui, mais voilà, le schéma semble bien trop facile…

A mi-chemin entre Molière pour le côté comédie et Henrik Ibsen pour les réparties et le côté dramatique, cette pièce sentimentale ne mène pas le lecteur là où il croit aller. Et c’est justement ce qui force l’admiration. C’est là que l’on reconnaît tout le talent de la dramaturge. Je ne peux pas en dire trop sous peine de dévoiler l’intrigue. Ceci dit, sous des dehors légers, ce texte propose différents degrés de lecture très intéressants. Peu d’auteurs se sont frottés à la comédie dramatique sans s’être heurtés à des écueils de taille : ton trop badin, pathos trop prononcé, style ampoulé… Katia Verba est bien au-dessus de tous ces obstacles et manie la plume avec un talent indéniable. La lecture est un pur bonheur. Et je ne parle même pas des références culturelles : l’Affaire des Poisons, Goldoni… On referme cette œuvre et on se dit que finalement, on n’avait rien vu arriver. Chapeau bas !

Extrait :

Réjane,prend une lettre en dessous du paquet : Vous avez reçu une lettre qui m’a fort intriguée. Il n’est pas mentionné l’adresse du château et pour tout vous dire, je l’ai retrouvée sous la porte d’entrée. Il y est indiqué juste votre prénom. C’est pour le moins étrange et fort malpoli, vous en conviendrez.

Constance : Les bonnes habitudes se perdent… Une personne empressée, je suppose, l’avez-vous ouverte ?

Réjane : Mon Dieu, non !

Constance : Eh bien, ouvrez-la Réjane, je vous en prie.

Réjane,hésitante : Mais…

Constance : faites donc ! De quoi avez-vous peur ?

Réjane : C’est écrit en violet ! Personne n’écrit avec cette couleur ! Excepté les sorciers ! Vous savez, comme la devineresse la Voisin ! Vous en avez entendu parler, Madame la comtesse, c’était une sinistre empoisonneuse du XVIIe siècle.

Constance : L’illustre la Voisin, veuve Montvoisin, de son vrai nom Catherine Deshayes !

Réjane : C’est cela même.

Constance : Oui, la grande affaire des poisons qui défraya la chronique… Saviez-vous que cette célèbre empoisonneuse a appris la chiromancie et la physiognomonie à l’âge de neuf ans ?

Réjane : Si jeune ?

Constance : Par ailleurs, il n’était pas rare de la voir à la Sorbonne pour discuter du bien-fondé de l’astrologie. Il y avait une chaire de cette science à l’époque. Peu de personnes le savent…

Le château de Montgueux


Manoir sous haute tension sur l’île de Man

Résumé :

Revenir sur les lieux du crime est un jeu risqué, mais encore faut-il prouver que crime il y eut. Kathleen et Marnie sont sœurs. En revenant là où Paul, l’époux de Kathleen, disparut mystérieusement un an plus tôt, ne risquent-elles pas de tenter le diable ? Car les deux sœurs, sous leurs airs respectables, cachent des secrets qui le sont peut-être un peu moins. Kathleen, femme fragile ayant un penchant pour l’alcool, est soignée par Venena, infirmière qui ne se contente pas des apparences. Sur ses gardes, pour ne pas dire paranoïaque, Marnie contrôle la situation, du moins jusqu’à l’arrivée d’un inspecteur aux méthodes particulières. « Pas de corps, pas de crime » : dans ce huis-clos insulaire, où les doubles-jeux sont florès, on apprendra qu’il vaut mieux se garder des formules toutes faites.

Mon avis :

Cette pièce de théâtre annonce de sérieuses références : le clin-d’œil au maître incontesté du cinéma à suspens, Alfred Hitchcock est facilement décelable. Le titre rappelle le film muet  L’Homme de l’île de Man, dans lequel on retrouve, par ailleurs, le prénom de l’un des personnages, Kate. Quant à sa sœur, Marnie, elle évoque bien sûr le célèbre Pas de printemps pour MarniePsychose est également évoqué dès le début de la pièce. Quant à l’objet du décor indispensable, la cage à oiseaux, vous voyez de suite à quoi il est fait mention. Ces allusions sont tout à fait pertinentes dans une pièce policière. Et la comparaison avec le célèbre réalisateur et scénariste ne s’arrête pas là car cette pièce est digne de lui.

N’ayons pas peur des mots, Katia Verba a un réel talent. La syntaxe est aisée et très agréable à lire et les dialogues sont riches, très riches. La chose n’est pas facile, ce qui mérite d’être souligné. Peut-être est-ce justement la difficulté majeure lorsqu’on entreprend une œuvre littéraire. Car si le lecteur est moins regardant sur des passages narratifs, il sera toujours très critique sur des dialogues. Il suffit de voir la pauvreté de certaines pièces de théâtre pour s’en assurer. Mais rien de tout ceci dans Manoir sous haute tension sur l’île de Man. L’intrigue est adroitement ficelée, les rebondissements multiples et, jusqu’à la fin, on ira de surprise en surprise.

Comble de la difficulté : le huis-clos. Peu de personnages, un seul et même lieu, un temps restreint… La dramaturge utilise ici la fameuse règle des trois unités de la tragédie classique. Et pour un peu, on pourrait voir, à la fin de la pièce, Kate transformée en Phèdre déclamant à quel point elle est malheureuse…. et pathétique, pour la plus grande joie du lecteur. Katia Verba s’impose ici des obstacles qu’elle surmonte avec brio.

Associez à tout ceci l’humour, un humour fin et presque noir, dans la tonalité de la pièce, et vous aurez tous les ingrédients pour faire de ce texte un petit bijou. Cet humour inscrit par ailleurs la pièce dans notre époque par une référence aux séries ou émissions de télé-réalité qui ponctuent notre quotidien (Buffy contre les vampires ou L’île de la tentation notamment). Et puis, appeler un des personnages, Venena, il fallait oser !

Vous l’aurez compris, j’ai aimé, que dis-je, adoré cette pièce. Bien plus, les rouages de cette dernière m’ont fascinée. Je vais à présent lire les autres pièces de cet auteur que je viens de découvrir et j’en remercie pour cela Vincent Beghin et les Éditions de la rue nantaise dont la qualité des ouvrages n’est plus à démontrer.

Extrait :

Marnie: Je dirai deux mots à Kate de votre attitude. Attendez-vous à une surprise ! Vous aurez de mes nouvelles, vous perdrez votre emploi et vous pourrez toujours vous brosser pour avoir un certificat élogieux.

Venena :
 Si vous pensez que vous trouverez une infirmière aux petits soins pour Madame, et occasionnellement chauffeur – car oui, il faut bien que je vous rappelle – vous êtes bien contente que je vous dépose à votre salon de thé le jeudi ! Je ne parle même pas des cours de soutien scolaire donnés à la fille de Madame qui place la mer Noire dans le Sud de l’Espagne, Lyon près de Strasbourg… Et je vous rappelle que je suis sortie troisième de mon concours d’infirmière, j’ai même failli faire médecine.

Marnie: Médecine, vous ?

Venena : Parfaitement. Mais mes parents n’avaient pas l’argent nécessaire pour me payer mes études.

Marnie : Arrêtez, vous allez me faire pleurer… Eh bien, allez calmer vos états d’âme en allant faire du thé.
 
Venena : J’ai pas été engagée ici comme serveuse ni même « cuistot » que je sache !

Marnie : Ça, je l’avais constaté, figurez-vous ! Vous arrivez à peine à faire un œuf à la coque. Je saurai quoi vous offrir à votre prochain anniversaire…

Venena : Un livre de cuisine, peut-être ?

Marnie : Non, un moule à « manquer ».

 

 

 

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LE 1er MARS 2012 : 

Aujourd’hui, le texte Manoir sous haute tension sur l’île de Man, a fait du chemin puisqu’il va être mis en scène. Et n’est-ce pas là une consécration pour son auteur ?

 

 

DIMANCHE 27 MAI : J’ai assisté à la dernière représentation de la semaine.

Lorsque j’avais lu pour la première fois Manoir sous haute tension sur l’île de Man, j’avais remarqué que Katia Verba écrivait pour deux types de destinataires : les lecteurs d’un côté et les spectateurs de l’autre. Car il était assez facile de s’imaginer le jeu des acteurs.

Cette pièce vient d’être mise en scène et le succès est tel que des représentations seront données à l’automne. Voilà qui n’est guère surprenant.

Le décor est conforme au texte et à l’idée que l’on peut se faire du salon d’un vieux manoir anglais. Le spectateur est de suite plongé dans un univers chaleureux… laissant bien vite la place à une atmosphère mystérieuse. Car la mise en scène a privilégié cet aspect de la pièce ce qui, à mon avis, est à la fois logique et judicieux. Le jeu des acteurs donne du corps à ces personnages se révélant tous plus machiavéliques les uns que les autres. Un jeu plutôt époustouflant d’ailleurs donnant un aspect noir à cette pièce policière. Le spectateur n’aura pas le temps de souffler : tout s’enchaîne et de rebondissement en rebondissement, la surprise va aller crescendo. Tout ceci est agrémenté par un réalisme à toute épreuve mis en exergue par des effets visuels et sonores : tempête, coupure de courant… ainsi que par un rythme endiablé. Bref, on s’y croirait… Quant aux références culturelles, elles sont également présentes : Hitchcock bien entendu, mais aussi, par certains côtés, Les Diaboliques d’Henri-Georges Clouzot, d’après le roman de Boileau-Narcejac.

Un grand bravo aux acteurs, plus réalistes que jamais, ainsi qu’à Katia Verba, qui révèle ici à la fois ses talents d’actrice et de dramaturge.

Une pièce très vive, très dynamique à ne pas rater !

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Les autres avis sur cette pièce :

* Magazine Reg’Arts : cliquez ici.

* Post d’une chroniqueuse de la télé, IDF 1, Agata Siwakowska : cliquez ici.


Échec et mâle

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Synopsis :

Deux hommes ont enlevé la fille de la présidente d’un groupe financier. Ils séquestrent la jeune femme dans un squat de la place des Vosges, à quelques encablures du domicile de leur « cible ». Cependant, la jeune captive se montre si sympathique et attachante que les ravisseurs mollissent… Pour couronner le tout, la mère, détestable à souhait, rechigne à verser la rançon réclamée… Rien ne se passe comme prévu entre ces quatre-là. L’arrivée d’un individu cocasse va encore pimenter l’affaire.

Mon avis :

Rien n’est plus difficile pour le dramaturge que de se renouveler. Difficile en effet, en un temps restreint, de faire évoluer des personnages, une histoire qui tenant la route. Katia Verba, que je ne présente plus puisqu’il s’agit de la quatrième pièce dont je fais le billet, y arrive pourtant avec brio. Ses personnages évoluent sans cesse pour la plus grande joie non seulement des lecteurs mais encore des spectateurs car ses textes sont très facilement adaptables. D’ailleurs, encore une fois, en lisant Échec et mâle, je m’imaginais la mise en scène. Comme l’indique le titre, l’humour est toujours présent, ce qui est assez caractéristique de son auteur (et attendu par le lecteur). Si les protagonistes étaient plus en retenue dans les trois premières pièces, ils se lâchent complètement ici pour acquérir encore plus de profondeur et de dynamisme. Katia Verba reprend ce genre qui lui est favori, le huis-clos. Il n’en demeure pas moins qu’elle sait, avec un art incontesté, surprendre son auditoire. Ainsi, dans ce squat situé près de la place des Vosges, on va pouvoir assister à un enlèvement, un bandit homosexuel, Benoît Brigandin (on admirera le nom qui lui est donné) se laissant attendrir par Maryline de La Frange, celle qu’il doit surveiller afin de demander une rançon, un conflit mère-fille, j’en passe et des meilleures ! Le ton est résolument moderne, le déroulement vif, ne laissant aucun temps mort.

Un très très bon moment de lecture que je ne puis que vous conseiller. Je reste persuadée que Katia Verba va en réconcilier plus d’un avec cet art que certains, à tort, considère souvent, car mal connu, comme rébarbatif. Chapeau l’Artiste !

Extrait :

Maryline : Vous voulez demander cinquante mille euros à ma mère … alors que vous pourriez en demander le double !

Raphaël et Benoît : Le double ?

Maryline : Mais oui.

Raphaël et Benoît : Cent mille euros ?

Maryline : Mais oui, cent mille euros ! Qu’est-ce que cent mille euros ? Pas grand-chose. Surtout pour elle : elle est bourrée aux as ; profitez-en, ça lui donnera une bonne leçon !

Benoît : Alors là, Maryline, vous me la coupez !

Raphaël : J’ai pigé !… La petite maline… J’imagine qu’elle veut sa part du magot ?

Maryline : Pas du tout. Je m’en tape du fric. J’ai ce qu’il faut. Un jour, j’hériterai de sa fortune ; enfin, de ce qu’il en reste… Car, si elle se montre radine pour les autres, pour elle, ce n’est pas du tout la même chose. Elle est dépensière. Je vais donc passer ce coup de fil avec plaisir.


Fatalement vôtre

Synopsis :

Edouard Delaroche dirige un important groupe international ; il est marié depuis treize longues années à la très séduisante Virginie.

Ils sont épaulés au quotidien par la pétillante Jacotte, la bonne, qui aime beaucoup Madame et un peu moins Monsieur, souvent absent.

Quand Edouard Delaroche invite Luc Silvère, qui compte parmi ses plus fidèles collaborateurs, celui-ci, ravi, s’attend à une promotion… Mais il n’en sera rien. Edouard a convié son subordonné pour d’autres raisons, que Luc Silvère ne tardera pas à découvrir.

Mon avis : 

Cinquième pièce de Katia Verba, dramaturge insufflant une bouffée d’air frais dans le monde du vaudeville, Fatalement Vôtre ne ressemble en rien aux autres. Pourquoi me direz-vous ? Le vaudeville est là, le huis-clos également… Certes, mais le changement se produit au niveau du style. Katia Verba s’est libérée du « carcan » de ses références culturelles (je n’aime pas ce mot « carcan », péjoratif pour faire référence à de la culture, mais vous comprenez ce que je veux dire). Le lecteur peut ainsi connaître son véritable trait de plume. Sans retenue, elle lâche enfin sa bride pour faire évoluer ses personnages qui n’en prennent que plus d’ampleur et de profondeur. Oserais-je dire qu’ils lui échappent presque pour prendre vie sans qu’elle n’en tire les ficelles ? C’est bien l’impression qu’ils donnent en tous les cas et n’est-ce pas là la marque des grands auteurs ?

Bref, vous l’avez compris, voici encore une excellente pièce qui mérite d’être jouée au plus vite sur scène.

Mon dernier mot ? Courez l’acheter !

Extrait :

Jacotte : Je me permets de rappeler à Monsieur que, ce soir, je ne serai pas là pour assurer le service. Je vais au cinéma.

Édouard : Au cinéma ? Et qu’allez-vous voir ?

Jacotte : Un thriller : Ce soir je tue mon maître.

Édouard : Eh bien, que cela ne vous donne pas des idées…

Jacotte : Sait-on jamais !

Édouard : Vous aimez le cinéma, vous ?

Jacotte : Mais bien sûr et j’aime aussi tout particulièrement le théâtre.

Édouard : Je comprends mieux, alors, vos envolées théâtrales.

Jacotte : J’ai même joué, une fois, un petit rôle… Attendez, comment s’appelait cette pièce déjà ? Ah oui : Elle a la guigne ma copine.

Édouard : Du grand art ! Et qui a écrit cette merveille ?

Jacotte : Aucun souvenir ; un inconnu célèbre ! Et puis vous savez, je n’ai aucune mémoire des noms.

Édouard : La mémoire, cela se cultive !

Jacotte : C’est ça, je l’arrose tous les matins au petit-déjeuner. Et puis franchement, ce n’est pas important le nom de l’auteur.

Édouard : Pas important dites-vous ? Mais c’est fondamental. Ce sont eux qui écrivent les textes.

Jacotte : Vous voulez mon point de vue ?

Édouard : Non, mais je sens que vous allez me le donner.

Jacotte : Eh bien, moi, je dis que s’il n’y avait pas les comédiens pour jouer leur pièce, ils seraient bien dans la merde.


DIMANCHE 16 MARS 2014 :

Délibérément, je n’ai pas relu le texte que j’avais chroniqué en février 2012 en me rendant à la dernière séance du vaudeville de Katia Verba, Fatalement vôtre, hier, samedi 15 mars. Et bien m’en a pris car j’ai eu cette divine sensation de découvrir pour la première fois l’histoire !

Alzheimer ? Non, bien évidemment ! Mais on ne m’ôtera pas de l’idée qu’une pièce jouée donne une autre ampleur au texte, aussi brillant soit-il sur le papier. Et en parlant de brillance, le mot est faible concernant le jeu des acteurs. Qui pourrait imaginer que la plupart sont des amateurs ? Ils ont porté, avec talent, la pièce. Thomas Alemano, qui jouait le rôle principal, celui d’Edouard Delaroche, a été d’un naturel sans nom. Il a fluidifié l’histoire qui coulait de source, sans en rajouter. Excellent, il fut excellent ! Tout y était : les attitudes, les mimiques… Il incarnait vraiment son personnage. L’actrice qui incarnait son épouse était pétillante, ce qui a provoqué une belle surprise finale. Jérome Citras et Florence Pasquier, tenant respectivement les rôles de Luc Silvère et de sa pseudo épouse, ne s’en sont pas moins bien tiré. Quant à Anne-Marie Laquièze, jouant la bonne, Jacotte, elle fut également très naturelle et apporta un certain dynamisme.

Le décor était bien choisi. Il respectait à merveille le huis-clos qu’avait voulu son auteur pour faire évoluer ses personnages. L’humour fut mis en avant et j’ai pleuré trois fois de rire, c’est pour dire ! La musique, de Guiseppe Adamo, cadrait parfaitement avec l’ambiance. La direction d’acteurs, assurée par Benjamin Castaneda, qui avait déjà œuvré pour l’excellente pièce Manoir sous haute tension sur l’île de Man, a porté ses fruits.

Katia Verba a relevé le défi de faire rire son public tout en lui proposant quelque chose qui, au final, se révèle être dramatique. La chute, véritable surprise pour le spectateur, explique le titre. Du grand art ! Un grand, très grand bravo !

La critique du magazine des Arts, Reg’Arts, est ici.


Le bal des vipères

Quatrième de couverture :

Novembre 1981

Toussaint…, dans la région de Montségur… Un orage violent s’abat sur la maison – Pluie et tonnerre…. Des bougies sont allumées.

Une porte grince, une silhouette pénètre dans la pièce.

On perçoit dans la pénombre un corps sur un fauteuil, en partie recouvert.

Cette histoire relate la rencontre de quatre femmes inquiétantes: Marion, l’énigmatique inconnue – bon chic bon genre – qui a eu la mauvaise idée de se perdre… Rebecca, la maîtresse de maison, un peu trop vive, en très mauvaise posture,… Francie la cousine autoritaire et méfiante qui veut régenter son monde et la jeune et jolie psychotique… l’émouvante Alice…une Alice plongée au pays des « Ténèbres… » Quatre femmes et… « Un cadavre ».

Mon avis :

Si j’aime autant les pièces de Katia Verba, c’est parce qu’il y a toujours une énigme à résoudre. Mais ce n’est pas la seule raison. Car, finalement, il me suffirait de lire un polar. Mais la pièce de théâtre a ceci de particulier qu’elle doit délivrer la même émotion, les mêmes frissons, sans s’appesantir sur des descriptions. Tout doit avoir l’air naturel. L’exercice est de taille ! Cette dramaturge prolifique sait – ô combien ! – manier tous les stratagèmes et tous les ressorts sans pour autant que ses pièces se ressemblent. Eh oui, c’est là aussi que tout se joue et ce n’est guère évident. Ajoutons à tout ceci des références culturelles – toutes ses pièces en contiennent – et vous aurez compris que les textes sont travaillés, les mots choisis.

Le bal des vipères n’échappe pas à la règle ! Ce drame psychologique se jouant à huis-clos (genre spécifique à l’auteur) se situe dans la région de Montségur. Rien que la localisation donne déjà des frissons. Certes, si la situation est contemporaine, on ne peut s’empêcher de penser aux cathares brûlés vifs sur le bûcher. Bref, l’atmosphère est là, étouffante. Une jeune femme, Marion, souhaitant faire une thalasso, se perd lors d’un violent orage (et lorsqu’on connaît un peu l’Ariège, il est vrai que ce n’est guère évident si l’on n’a pas une carte routière) et débarque chez Rebecca, très agitée. L’échange entre les deux femmes n’est guère courtois et une tension apparaît d’entrée de jeu. Il semblerait que Marion tombe mal. La maîtresse de maison n’a aucune envie de lui venir en aide, encore moins de l’héberger. Pourquoi ? Peut-être parce qu’il y a un cadavre dans la pièce… Le corps de l’époux de Rebecca. Marion veut partir en découvrant ceci mais impossible. Rebecca, on s’en doute, ne va pas la laisser repartir impunément. Vous pensez que Rebecca va tuer Marion ? Ce serait trop facile n’est-ce pas ! D’autant plus que la cousine de Rebecca, Francie, et sa nièce, Alicia, vont entrer en scène. Je vous laisse découvrir la suite…

Je ne vous apprendrai rien, si vous connaissez cet auteur, en vous disant que le texte et sa puissance, le style également, sont au service de l’histoire. Ce drame psychologique ne peut pas laisser indifférent. Vous n’en ressortirez pas indemnes !!! Allez, zou, filez l’acheter !

Extrait :

Rebecca

Vous savez la vie est souvent pleine de surprises…

Marion

N’est-ce pas ?…Tenez, vous partez en voyage, pensant passer d’agréables moments et vous tombez en panne… Alors vous vous dites, qui sait, un preux chevalier servant va surgir de derrière un bois pour vous venir en aide… Et bien pas de chance, vous tomber sur une furie qui vous braque avec un « 22 »…

Rebecca (coupant)

…Ce n’est pas un 22 millimètres mais un « 45 » !

Marion

Vous m’en direz tant… C’est du pareil au même… A un mètre ça doit faire du dégât… Avez-vous déjà vu une blessure par balle au moins ?… Ce n’est pas joli- joli… Parce que j’imagine que vous n’avez pas osé approcher votre mari pour voir l’étendue de sa blessure… Ni pour vous assurer qu’il était bel et bien mort ?

Rebecca

Bien sûr que si… et si vous voulez gagner du temps en bavassant comme une baudruche…

Marion

… On dit “perruche” pas “baudruche”..

Rebecca

… Oh bon ça va madame puits de sciences… Et vous espérez quoi ? Une intervention extérieure ? Vous pouvez toujours rêver ! Il n’y a personne à plusieurs kilomètres à la ronde. Vous auriez dû consulter votre horoscope ce matin avant de débouler ici.

Marion

Justement je l’ai fait…Il disait : amis verseau : « Voyages en perspectives, rencontres insolites et déroutantes mais vous finirez bien l’année. » Tout cela me rassure, vu que nous ne sommes qu’au milieu de l’automne…

Rebecca

L’astrologie est aussi peu fiable que la météo, incapable de faire une prévision à huit jours…Si vous vouliez vous taire maintenant, ne serait que, quelques secondes, je dois réfléchir.

Marion

Je parlais de ça, pour détendre l’atmosphère. Vous réfléchissiez à quoi exactement?

Rebecca

A la façon de vous faire disparaître de ma vue.


Cabale mortelle

Quatrième de couverture :

Décembre 1999

Dans la région de Narbonne.

Une terrible enquête au cœur de la magie noire et des rites sataniques.

Une tempête balaie la France entière.

Dumartin, Capitaine de police et sa collègue le Lieutenant Peretta sont diligentés pour une enquête préliminaire mise en place sur instruction d’un Juge, dans la région de l’Aude précisément à Capendu où l’on a retrouvé un « costume déplié » appartenant à Bernard Balantine, porté disparu depuis un mois. Par ailleurs, plusieurs éléments découverts font penser à un rite Vaudou.

La fine équipe part de Quimper avec la « présumée veuve » afin de reconnaître l’ensemble des pièces à convictions.

Sur la route… ils sont pris par une tempête les obligeant à se réfugier dans un prieuré à Narbonne – appartenant à une amie de l’enquêteur. Impossible de repartir, ils restent bloqués. L’enquête va se faire à distance, en relation téléphonique avec l’extérieur.

Les deux policiers s’acharneront à confondre l’assassin. Il y va de leurs avancements.

Mon avis :

Je ne vous présente plus Katia Verba. Cela en deviendrait presque indécent puisqu’il s’agit de sa septième pièce. Sept, y a-t-il une symbolique dans le chiffre ?

Si, jusqu’à présent, elle mettait un point d’honneur à créer un décor, vient s’ajouter, depuis Le bal des vipères, une autre dimension : le lieu géographique chargé d’Histoire, d’émotions qui donne ainsi une certaine envergure au texte, une atmosphère emplie du vécu, des connaissances ou du ressenti du lecteur.

Avoir l’idée d’écrire une enquête sous forme théâtrale est déjà, pour le moins, original. Parler de rites sataniques dans un lieu qui fut religieux – un ancien prieuré – ne l’est pas moins. Quant au l’habit du disparu, point de départ de l’enquête, il n’est pas sans me rappeler un roman de Simenon, Le Pendu de Saint-Pholien, dans lequel le commissaire trouvait dans une valise un costume tâché de sang. Mais la comparaison s’arrête là. Le scénario de Cabale mortelle est exceptionnel. Je parlais de symbolique, au début de cette chronique, j’y reviens : le chiffre sept est synonyme de perfection et ce texte est, à mes yeux, encore plus abouti que les précédents. Au fur et à mesure des pièces, j’ai souligné l’envol de l’auteur. Les premières étaient des hommages à des pointures du polar (ce qui n’enlève en rien le talent). Puis, tout doucement, Katia s’est laissée aller pour en arriver à trouver son propre style, mêlant érudition et humour. Je n’ai qu’une envie : lire la prochaine !

Extrait :

Peretta (lit) :

Voilà ce qui est consigné : « Le témoin se promenait près du « Lavoir du Chemin du Pauvre », il pleuvait comme vache qui pisse… Il s’est réfugié dans une grange non loin. En furetant pour voir s’il n’y trouverait pas quelque chose à grignoter, il est tombé sur une grande marmite. Il s’est approché. Il y avait un costume d’homme à côté, bien étendu à terre… Il a été trouvé aussi le reste d’une bougie qui finissait de se consumer. Il s’est approché du chaudron qui se trouvait en hauteur, sur une sorte d’estrade… Il a jeté un œil et a pris ses jambes à son cou… Il y avait des ossements… Une cérémonie vaudou, l’œuvre de Satan a-t-il dit. »

Philippe :

Il a attendu le lendemain pour faire sa déclaration auprès d’un policier qui faisait la circulation. Le pauvre homme a eu la peur de sa vie. Ce qui est compréhensible. Pauvre homme, on imagine bien sa tête quand il a découvert les ossements…


La libertine côté jardin

Katia Verba signe ici sa huitième pièce. Le thème est plus léger cette fois, comme l’indique à la fois le titre et la magnifique couverture de ce livre. Non, notre dramaturge ne s’est pas encanaillée et ne nous a pas fait une pièce « olé-olé », je vous rassure ! Et si le thème est léger, cela ne veut pas dire que la structure et la mise en valeur ne soient pas soignées, bien au contraire.

L’histoire met en scène Margaux, romancière voyant son treizième tapuscrit refusé car érotique. Son compagnon, Gontran, lui propose d’aller passer quelques vacances en Toscane pour lui remonter le moral. Mais Margaux, blessée à la main, doit engager une secrétaire pour continuer à travailler. Qu’à cela ne tienne ! Mais voilà que belle-maman – garce à souhait – débarque sans crier gare, pratiquement au même moment que Jane, la secrétaire au passé douteux !

Le sous-titre de cette pièce pourrait être : « Il faut se méfier de l’eau qui dort ». On va de rebondissement en rebondissement et le sourire ne nous quitte pas. On imagine aisément les personnages évoluer sur scène. Il y a du rififi chez les bourgeois !

Un grand bravo à Katia Verba pour ce texte très agréable !

Extrait :

REINE

Tenez, je vous ai acheté un petit cadeau… (Fouillant dans son sac.) Pour vous, mon chéri, voici une chemise qui ira à la perfection avec votre magnifique cravate. Jetez-moi cette chemise, elle est hideuse… Et pour vous, Margaux, voici un livre de cuisine… Je sais que cela fait toujours plaisir. N’est-il pas ?

MARGAUX

Eh bien, ce sera une première, cela comblera ma bibliothèque. Il aura sa place entre Françoise Sagan et Simone de Beauvoir. On ne m’avait jamais offert de livre de cuisine… Voici une incitation à ne pas commencer mon régime.

REINE

J’avais remarqué.

MARGAUX

Remarqué quoi ?

REINE (souriant)

Que vous aviez pris un peu d’embonpoint.

MARGAUX (vexée)

Vous me dites ça à chaque visite…

GONTRAN (se raclant la gorge)

Hum… hum !

REINE

Je connais un excellent chirurgien esthétique qui fait des lipoaspirations exceptionnelles et, qui plus est, pourrait vous retendre aussi un peu ce visage tristounet.

MARGAUX

Si c’est le même qui vous a fait votre lifting, oublions, je ne voudrais surtout pas ressembler aux frères Bogdanoff.

 


La Maudite de Valognes

Et voici le premier roman de Katia Verba ! Ça y est, elle a sauté le pas ! Il n’est d’ailleurs pas évident de passer ainsi de pièces de théâtre au roman, l’écriture et la construction n’étant pas tout à fait les mêmes. Pourtant, c’est avec une aisance toute particulière que notre écrivain a composé cet opus. Et une mention particulière à la couverture de ce livre qui le rend très chic grâce au pastel de Nicole Ventura.

La Maudite de Valognes, titre ô combien annonciateur d’un roman noir, se nomme April, pétillante veuve (admirez comme le prénom est bien choisi : il apporte une bouffée de fraîcheur et trompe d’emblée le lecteur) ayant passé la quarantaine. Elle est affublée de ce surnom car elle collectionne les veuvages : trois ; cela commence à faire et les gens parlent… D’autant plus qu’April ne se refuse rien et joue encore de ses charmes. Mais un grain de sable va venir enrayer le bel engrenage. Quand le passé s’en mêle, ce n’est jamais positif !

Avec ses pièces, Katia Verba avait déjà l’habitude de mettre en scène des intrigues solidement ficelées où humour et multiples rebondissements donnaient un rythme effréné. On retrouve ici ce savant alliage qui fait que l’on dévore ce livre en quelques heures.

Extrait :

Elle raccrocha. Elle prit un magazine. Mais le referma aussitôt. Décidément, elle n’était pas concentrée ce soir. Le téléphone sonna à nouveau. Elle supposa que ce devait être l’homme qu’elle venait d’éconduire qui avait oublié de lui dire quelque chose.

Elle décrocha, un peu agacée. Ce n’était pas Denis qui rappelait. Cette intonation, elle ne la connaissait pas. Une voix d’homme, assez mature, était au bout du fil.

– April ? … Êtes-vous seule ?

– Oui… mais, pourquoi me posez-vous cette question ? Et puis d’abord, qui êtes-vous ?

Aucune réponse… Une respiration se fit entendre puis un silence pesant… April s’énerva :

– Parlez ou je raccroche ! Que me voulez-vous ? Je vous préviens…

La voix reprit, laconique, glaciale et implacable :

– On m’appelle la justice ! Un jour tout se paie ! (P24-25)


L’Affaire Ada Cross

Synopsis : 

Nous sommes en hiver 1974, dans les environs de Gordes.

La famille Cross demeure dans un vieux moulin dans le Vaucluse. Ada, la grand-mère, est un véritable despote.

Elle vit avec ses deux filles et sa petite-fille. Marthe l’aînée, plutôt classique et introvertie et Violette, la cadette, plus moderne et très préoccupée de sa personne. Charlotte, la fille de Marthe, est en pension.

Prudence, la charmante gouvernante, gère l’intendance, sous le joug de l’autoritaire maîtresse de maison.. Tout le monde se déteste… ou presque. Un soir, un homme au visage balafré mais au charme indéniable se présente. Il veut louer une chambre au moulin. Très rapidement, elles apprennent la véritable raison de sa venue dans la région.

L’homme se montre insolite et charmeur mais pose un peu trop de questions sur une sombre affaire que la famille préférerait oublier. À cela, s’ajoute Béryl, à la personnalité troublante, qui a apparemment certaines révélations à faire.

 Mon avis :

Katia Verba a choisi, cette fois, de nous faire voyager dans le Lubéron, à Gordes, un des plus beaux villages de France. L’action se situe toujours à huis-clos, principe cher à notre dramaturge, dans un moulin. Jusque-là, la vision est idyllique : le charme associé au pittoresque… On entend déjà les cigales… Mais si vous pensez cela, c’est que vous ne connaissez pas bien notre Agatha Christie moderne qui est loin de présenter à ses lecteurs une bluette printanière (d’autant plus que l’action se passe en hiver ce qui, vous l’avouerez, confère une certaine atmosphère). Au soleil de la région PACA va faire place un univers bien sombre qui va happer le lecteur dans son tourbillon tourmenté. Car il faut bien avouer que Katia Verba s’est dépassée pour lui faire vivre de bons moments pendant lesquels son cerveau va faire des pirouettes ! Les rebondissements vont de Charybde en Scylla, passant par toutes les nuances de la noirceur. Mais ce qui est à saluer dans tout ceci, c’est l’humour qui vient agrémenter le tout et mettre en relief les personnages.

On pourrait être tenté de se dire qu’à force d’écrire des scénarios de ce type (je veux dire en huis-clos), on en a fait le tour. Pourtant, l’auteur arrive toujours à nous surprendre. On se dit, à la lecture de la quatrième de couverture, qu’on a déjà vu ce schéma dans une autre de ses pièces. Et c’est ainsi que l’on se laisse piéger. On commence à lire, à sourire, à frémir et Katia Verba referme sa nasse tout doucement, nous attirant vers son rivage. C’est fin, c’est psychologique, c’est tout simplement génial !

L’Affaire Ada Cross est un véritable tour de force sur le plan psychologique. Dans le panel des pièces de l’auteur, je pense même qu’il s’agit à la fois de la plus humoristique et de la plus terrible. En résumé, vous l’avez compris, elle est à placer sur la première marche du podium.

Extrait : 

PRUDENCE : Madame a sonné ?

ADA : Oui, avant de raccompagner monsieur Damien, soyez assez aimable de faire visiter l’annexe. Je ne pense pas que notre locataire y verrait un quelconque inconvénient. Veuillez noter que monsieur Damien partagera notre repas demain soir.

PRUDENCE : Bien madame. Vous venez avec moi monsieur Damien ?

DAMIEN, se tourne vers Ada : À très vite Ada.

ADA : Bonne soirée.

PRUDENCE, en sortant : Alors, que voulez-vous que je vous fasse comme petits encas… Aimez-vous le foie gras ?

DAMIEN, voix off : Oh mon Dieu, non ! Quand on pense au gavage de ces pauvres bêtes. Elles souffrent, savez-vous ?

PRUDENCE, voix off : Vous voulez que je vous dise : vous êtes un homme bien. C’est si rare de nos jours.

Marthe arrive.

MARTHE : Alors, que comptez-vous faire avec monsieur Damien ? Je le trouve fort séduisant… avec son côté « Joffrey de Peyrac »…

ADA : Vous voulez rire. Costume froissé, chemise rapiécée, montre bon marché… et chaussures bas de gamme. Ne vous avisez pas à jeter votre dévolu sur lui. Ce n’est pas avec sa paie de détective privé que nous réparerons notre toiture.

MARTHE : Détective privé ? Mais c’est passionnant.

ADA : Cela dépend de quel côté on se place.

MARTHE : D’où vient la cicatrice sur son visage ?

ADA : D’un accident de voiture.

MARTHE : Est-il sur une enquête ?

ADA : Forcément !

MARTHE : Qui nous concerne peu ou prou ?

ADA, changeant de ton : Je ne suis pas dans le secret des dieux mais je vais m’évertuer à lui tirer les vers du nez à ce fouille-merde. Je préfère le garder à vue. Si toutefois il se mettait à poser trop de questions.

MARTHE : Nous avons toutes un secret inavoué…

ADA, cite Agnès Guitard : « Un secret n’est qu’un feu sous la cendre ; il suffit d’un souffle pour qu’il jaillisse et aille répandre partout sa lumière dangereuse et brûlante. »

Cinéma, Première Du Film, Première

Edit du 29/05/2016 :

DIMANCHE 22 MAI 2016 : REPRÉSENTATION au théâtre de l’Orme (Paris)

Je ne rate jamais une pièce de Katia Verba. Qu’elle soit écrite ou jouée. D’ailleurs, sans mauvais jeu de mots, elle ne les rate pas non plus !

J’ai la chance de pouvoir assister aux représentations et je m’en délecte à chaque fois. Comme pour Fatalement Vôtre, je n’avais pas relu la pièce. A quoi bon, d’ailleurs ? Autant avoir la surprise, même si l’histoire me revenait au fur et à mesure.

Les décors représentaient bien le type années 50. L’ambiance était là, associant à la fois l’humour et l’atmosphère pesante. Les acteurs furent magistraux ! Maryse Jeantet incarnait à la perfection Ada, symbole de la figure matriarcale rude et acariâtre. Corinne Menant, qui jouait le rôle de Marthe, l’une des deux filles, rayonnait dans ce rôle qui semblait avoir été écrit pour elle. Sa présence scénique était admirable. Je la voyais bien dans Antigone. Elle a su mettre en relief toute la tension et le pathos du scénario. Quant à Anne-Marie Laquièze, qui jouait, comme souvent, le rôle de la domestique, Prudence, au prénom bien trouvé, elle interpréta cette dernière avec brio (j’ai presque envie de dire : « comme d’habitude »). Pour finir avec les personnages féminins, Joëlle Hélary campait le rôle de Béryl, sœur de la victime et femme fatale. On s’y serait cru ! Le seul homme de la pièce, Damien, détective privé, était incarné par Joël Grimaud. Le verbe n’est pas trop fort. Chapeau Monsieur Grimaud ! Soit vous avez été acteur dans une autre vie, soit vous avez été détective ! Mais quel jeu scénique !

Cette pièce pourrait très bien être adaptée au cinéma. Elle fait partie de mes préférées avec Manoir sous haute tension sur l’Île de Man. La noirceur, les rebondissements jusqu’au ressort final, en font un texte abouti qui n’a rien à envier à ceux des plus grands dramaturges. Je le dis et je le répète, Katia Verba, aussi douée pour l’écriture que pour la mise en scène, mérite d’être connue.


Jeu de dupes et faux-semblants

 

Lorsqu’une nouvelle pièce de Katia paraît, c’est pour moi comme une friandise. J’apprécie d’abord l’extérieur – les couvertures sont de plus en plus belles – puis je savoure l’intérieur. A chaque fois, je me demande ce que notre désormais célèbre dramaturge nous a concocté. Et, surtout, ce qui me fascine, c’est le fait qu’elle arrive ainsi à se renouveler. Que voulez-vous, c’est ce que l’on appelle le talent !

Cette fois, nous voyageons en Irlande avec Fergus O’Malley, dont l’humour noir est irrésistible, et son épouse française, Clothilde Castel de Saint-Mirant, qui, elle, rit beaucoup moins aux blagues de son mari. D’ailleurs le couple est fragilisé par une séparation et ce voyage est l’occasion de se réconcilier. Mais Fergus semble prendre les choses à la légère et l’humour ne résout pas tout ! Surtout lorsqu’une « chief inspector », Ethel Brady, intervient pour annoncer qu’un malfaiteur rôde dans les parages.

J’ai lu cette pièce comme l’on sirote un bon whisky. Et s’il fallait n’en choisir qu’une, ce serait, sans l’ombre d’un doute, celle-ci. J’imagine déjà les acteurs incarner les différents rôles ! Ils vont se régaler ! Cette comédie grinçante décape et surprend. Les personnages sont finement analysés. L’humour de Fergus répond à celui d’Ethel :

« Fergus : Je ne savais pas que la profession s’était féminisée.

Ethel Brady : Je perçois une pointe de sarcasme !

Fergus : Nullement. Mais j’avoue qu’un homme construit comme un rugbyman est plus sécurisant.

Ethel Brady : Je n’ai ni la carrure de Brian O’Driscoll, ni le coup de poing de Steve Collins, mais il ne faut pas se fier aux apparences. Je suis championne de kendo.

Fergus : Avec un nom à consonance japonaise, j’éviterai de vous contrarier. J’imagine que votre cagibi est truffé de katanas ?

Ethel Brady : En effet. Je détiens quelques beaux spécimens. »

Clothilde ne manque pas de répartie non plus mais on sent en elle une exaspération grandissante :

« Clothilde (cite Oscar Wilde) : « Le cynique connaît le prix de tout et la valeur de rien. » À bon entendeur !

Fergus : Où vas-tu ?

Clothilde : Vomir, me changer et ranger mes affaires ! »

Brenda, la voisine, est un brin fouineuse, un peu déjantée aussi. Quant au rôdeur, je n’en parle pas, il vous faudra vous procurer le livre, non mais !

J’ai adoré ce texte, je pense que vous l’aurez compris. Il est moderne, il est fin, il joue sur la psychologie, il est émaillé de références culturelles… Bref, lisez-le !

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Une réflexion sur “Katia VERBA : ses œuvres

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