Charles Fontaine

Charles Fontaine est né à Paris vers 1514. Il est mort à Lyon vers 1570. Fils de commerçant parisien, on le destinait à des études de droit. afin qu’il soit avocat comme son oncle, Jean Dugué.  Cependant, celui-ci préféra embrasser la carrière poétique.

 Il s’établit à Lyon en 1540, tout en prenant soin de signer ses œuvres par un « Maistre Charles Fontaine parisien ». Disciple de Marot, il traduisit, édita et créa bon nombre de poèmes. Il rassembla la plus grande partie de ses œuvres sous ce titre : Les Ruisseaux de Fontaine.

Ce recueil est composé d’un grand nombre d’épitres, d’élégies , de chants divers, d’odes, d’étrennes pour l’année 1555, de la traduction du premier livre du Remède d’amour d’Ovide, de vingt-huit énigmes, etc., et de diverses pièces tant de lui que de ses amis, sous le titre collectif de Passe-temps des amis. Il est adressé à Jean Brinon, seigneur de Villaines, conseiller du roi au parlement de Paris.

 

 

Chant sur la naissance de Jean
Mon petit fils, qui n’as encor rien vu,
À ce matin ton père te salue ;
Viens-t’en, viens voir ce monde bien pourvu
D’honneurs et biens qui sont de grand value ;
Viens voir la paix en France descendue,
Viens voir François, notre roi et le tien,
Qui a la France ornée et défendue ;
Viens voir le monde où y a tant de bien.

Viens voir le monde, où y a tant de maux ;
Viens voir ton père en procès qui le mène ;
Viens voir ta mère en de plus grands travaux
Que quand son sein te portait à grand peine ;
Viens voir ta mère, à qui n’as laissé veine
En bon repos ; viens voir ton père aussi,
Qui a passé sa jeunesse soudaine,
Et à trente ans est en peine et souci.

Jean, petit Jean, viens voir ce tant beau monde,
Ce ciel d’azur, ces étoiles luisantes,
Ce soleil d’or, cette grand terre ronde,
Cette ample mer, ces rivières bruyantes,
Ce bel air vague et ces nues courantes,
Ces beaux oiseaux qui chantent à plaisir,
Ces poissons frais et ces bêtes paissantes ;
Viens voir le tout à souhait et désir.

Viens voir le tout sans désir et souhait ;
Viens voir le monde en divers troublements ;
Viens voir le ciel qui notre terre hait ;
Viens voir combat entre les éléments ;
Viens voir l’air plein de rudes soufflements,
De dure grêle et d’horribles tonnerres ;
Viens voir la terre en peine et tremblements ;
Viens voir la mer noyant villes et terres.

Enfant petit, petit et bel enfant,
Mâle bien fait, chef-d’œuvre de ton père,
Enfant petit, en beauté triomphant,
La grand liesse et joie de ta mère,
Le ris, l’ébat de ma jeune commère,
Et de ton père aussi certainement
Le grand espoir et l’attente prospère,
Tu sois venu au monde heureusement.

Petit enfant, peux-tu le bienvenu
Être sur terre où tu n’apportes rien,
Mais où tu viens comme un petit ver nu ?
Tu n’as de drap ni linge qui soit tien,
Or ni argent ni aucun bien terrien ;
À père et mère apportes seulement
Peine et souci, et voilà tout ton bien.
Petit enfant, tu viens bien pauvrement !

De ton honneur ne veux plus être chiche
Petit enfant de grand bien jouissant,
Tu viens au monde aussi grand, aussi riche
Comme le roi, et aussi florissant.
Ton héritage est le ciel splendissant ;
Tes serviteurs sont les anges sans vice ;
Ton trésorier, c’est le Dieu tout-puissant :
Grâce Divine est ta mère nourrice.

 

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De l’amour

 

Aimez, suivez l’Amour, gentes fillettes :
C’est un grand dieu ; soyez à lui sujettes.
N’en doutez point, Amour vous maintiendra
Heureusement, et tout bien vous viendra.
Amour est noble et plus fort que les rois ;
Les princes grands avec tous leur barnois
Sont tous contraints sous lui leur chef baisser,
Et son pouvoir haut et clair confesser.
C’est le seul dieu qui les autres accorde ;
C’est le seul dieu de paix et de concorde ;
C’est celui dieu par qui fut fait ce monde,
Qui entretient cette machine ronde ;
Car le soleil, les planetes, la lune,
Seroient çà-bas sans influence aucune,
Si par ses soins Amour, ce puissant dieu,
Ne leur faisoit regarder ce bas lieu,
Pour y produire, à notre utilité,
De tous les biens une fertilité.
Les bleds, les vins, les arbres et les fruits,
Viennent de là, et par ce sont produits.

 

 

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De la richesse et de la pauvreté dans le mariage.

 

On en voit trop qui, nouveaux mariés,
N’ont dix écus en leur bourse liés ;
Mais avec temps, amour et loyauté,
Acquièrent biens et richesse à planté.
Petit bien croît par amour et concorde.
Grand bien périt par haine et par discorde.
L’on voit souvent le pauvre vertueux
Haut élevé, le riche somptueux,
Tôt abattu, et mis en décadence,
Ou par fortune, ou par son imprudence.
Eh ! qui tira Ulysse des périls,
Auxquels ses gens ont été tous péris ?
L’or et l’argent ? l’opulence et richesse ?
Le haut état ? Non pas, mais sa sagesse,
Mais son esprit, mais sa grande science.
Prudence, force et longue expérience.

Bien fou qui rit de la pauvreté dure,
Qu’avecques soi apporte de nature ;
Les riches gens, bien qu’ils ne la supportent,
Ce nonobstant, de naissance l’apportent.
Faut donc la prendre en gré, puisque tous nus,
En pauvreté sommes ici venus.

Mais plus de biens, plus d’amis t’acquerront ;
S’il te vient mal, tes biens te secourront
Par eux auras médecins, médecines,
Herbes, onguents et exquises racines.
Soit : mais parents, amis, voudraient d’abord
Qu’entre tes dents eussent la belle mort.

Où as-tu lu, d’ailleurs, que les biens fissent
Vivre les gens, et que guérir les puissent ?
Maisons, châteaux, d’or et d’argent amas,
Chaînes, anneaux, velours, satin, damas,
Ne guériront leur maître étant malade,
Ne rendront goût à sa bouche trop fade.
L’or et l’argent, instrument de tous maux,
Donne à l’esprit plus de mille travaux ;
Crainte de perdre, et crainte d’y toucher,
Comme sacré, et comme surtout cher ;
Crainte qu’on robe et pille la maison ;
Crainte de glaive et crainte de poison.

Le cerf cornu et par mont et par val,
Gardait jadis de paître le cheval,
Et le chassait hors des communs herbages,
Tant qu’à la fin pour fuir de tels outrages,
Pour se défendre, à l’homme se rendit,
Adonc le frein premièrement mordit.
Mais quand fut loin de son ennemi fier,
Lui glorieux, voulant tout défier,
Demeura pris, et fut l’issue telle
Que frein aux dents, et au dos eut la selle.
Lors sur son dos l’homme d’armes monta,
Et de ses dents le dur frein ne jeta.
Ainsi est-il, en fuyant pauvreté
Qui cherche l’or, trouve captivité.

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