Aristophane

aristophane

Né vers 445 av. J-C à Athènes, Aristophane appartient à une famille aisée. Son père était propriétaire de domaines. Il commence à composer assez jeune, vers 18 ans et obtient des prix. Certes, il n’est pas le premier dramaturge à écrire des comédies. Cependant, son style surprend: vif, incisif, voire « venimeux » selon Philippe Renault, il ne faiblit jamais. Le rythme est soutenu.

On pourra lui reprocher sa truculence, son vocabulaire flirtant parfois avec le mauvais goût. Mais le registre familier n’est pas omniprésent. Aristophane sait également manier le lyrisme avec brio.

Autre originalité: Aristophane ne puisera pas dans les grands mythes mais bien dans sa société. Mais il ne faut pas non plus tout prendre pour argent comptant. En effet, si le jeune dramaturge était connu pour être le pourfendeur féroce des idées reçues, il ne faut pas oublier qu’il écrivait également dans le but de divertir. Certains en prendront pour leur grade, notamment Socrate. Aristophane ne s’interdisait rien.

A sa mort, vers 385 av. J-C, il comptabilise 44 pièces parmi lesquelles on retiendra Les Nuées, Les Cavaliers, Les Acharniens, La Paix, Les Grenouilles, Les Guêpes ou encore l’Assemblée des Femmes. Son trépas mit fin aux représentations de ses oeuvres.  Elles ne divertissaient plus suffisamment car le spectateur n’avait que peu de recul avec la réalité. Il faudra attendre que les romains le redécouvrent pour qu’il soit mis de nouveau à l’honneur, notamment avec Lucien, fervent admirateur. Au Moyen Âge, les moines byzantins se chargèrent de recopier ses textes en grand nombre. Apprécié et même copié à la Renaissance et au XVII°s, il sera banni du siècle des Lumières, jugé obscène. Les différents traducteurs du XVIII° et XIX°s s’emploieront à retirer tout le vocabulaire familier, épurant ainsi l’œuvre. Ce n’est qu’au XX°s qu’il sera remis au goût du jour, notamment par Sacha Guitry ou Jean Vilar.

 

 

Les grenouilles

Les Grenouilles d’Aristophane est une pièce très courte dans laquelle on pourra repérer tout ce qui fait le style de cet auteur: des répliques courtes, un ton cinglant, un vocabulaire à en faire rougir un charretier… Le style peut en choquer plus d’un. Bien évidemment, nous sommes très loin des tragédies classiques du XVII°s et du vocabulaire soutenu voire ampoulé. Pire, ce registre familier est mis dans la bouche des dieux qui, finalement, ressemblent bien plus à des humains. C’est ainsi que Dyonisos, agacé par le « chant » des grenouilles peuplant les marais dira:  » Moi, je commence à avoir mal aux fesses. Oh ! coax coax ! Mais vous n’en avez sans doute nul souci. » Les rôles sont inversés. Les grenouilles répliquent avec un langage soutenu là où le Dieu s’entêtera à répondre avec le style que nous lui connaissons :

Dionysos
Foin de vous avec votre coax ! Vous n’avez pas autre chose que coax ?

Les Grenouilles
Et c’est tout naturel, faiseur d’embarras ! car je suis aimée des Muses à la lyre mélodieuse, de Pan aux pieds de corne, qui se plaît aux sons du chalumeau. Je suis chérie du Dieu de la cithare, Apollon, à cause des roseaux que je nourris dans les marais, pour être les chevalets de la lyre. Brekekekex coax coax !

Dionysos
Et moi, j’ai des ampoules, et depuis longtemps le derrière en sueur, et bientôt, à force de remuer, il va dire « Brekekekex coax coax ! » Aussi, race musicienne, cessez.

Les Grenouilles
Nous allons donc crier plus fort. Si jamais, par des journées ensoleillées, nous avons sauté parmi le souchet et le phléos, joyeuses des airs nombreux qu’on chante en nageant ; ou si, fuyant la pluie de Zeus, retirées au fond des eaux, nous avons mêlé nos chœurs variés au bruissement des bulles, répétons : Brekekekex coax coax !


L’autre facteur qui caractérise Aristophane, ce sont les interventions ayant pour but de délivrer un message. Ainsi, dans Les Grenouilles, il prendra la peine d’apporter sa vision sur le théâtre et sur les poètes :

Xanthias
À quoi bon alors porter tout ce bagage, si je ne fais rien de ce qu’a l’habitude de faire Phrynichos? Lycis également et Amipsias introduisent toujours des porteurs de fardeaux dans leur comédie.

Dionysos
N’en fais rien. Quand je vois au théâtre ces sortes d’inventions, j’en sors plus vieux d’un an.

Le théâtre était écrit pour être joué et toute la pièce d’Aristophane est faite dans cette optique. Ainsi, les paroles prononcées par Hèraklès ne nous surprendront guère: « Aie de là les yeux sur la torche allumée, et puis, lorsque les spectateurs crieront : « Lancez !… » lance-toi toi-même. » Le spectateur devait rire, participer et, surtout, adhérer. Certes, le dramaturge flirte souvent avec le mauvais goût mais il faut également se remémorer les us et coutumes de l’époque. Pour faire adhérer son spectateur, Aristophane aura recours à des thèmes d’actualité. C’est bien le cas ici, même si des figures de la mythologie apparaissent.

Cette pièce est, à mon avis, le reflet du style de cet auteur truculent que je conseille de lire afin d’avoir une idée sur tout un pan du théâtre grec.

Extrait :

Euripide

« Silence, Mélissonomes, on va ouvrir le temple d’Artémis ; hé ! ne cours-tu pas soulager les travaux ? Je puis rappeler l’heureux et favorable départ de nos guerriers; hé ! ne cours-tu pas soulager les travaux ? »

Dionysos

Zeus Souverain, quelle infinité de travaux ! Je veux aller aux bains : ces travaux m’ont donné des douleurs néphrétiques.

Euripide

Attends ; écoute auparavant cet autre chant fixe, arrangé sur des airs de cithare.

Dionysos

Allons, fais vite ; mais n’ajoute pas de travaux.

Euripide

Comment ce couple de rois Achéens, qui règne sur la jeunesse hellénique… Tophlattothratto phlattothrat, envoie la Sphinx redoutable, la Chienne puissante, Phlattothratto phlattothrat, armé de la lance et d’un bras vigoureux. L’oiseau guerrier, Phlattothratto phlattothrat, livre aux chiens audacieux, qui traversent les airs, Phlattothratto phlattothrat, le parti qui incline vers Aîas, Phlattothratto phlattothrat.

Dionysos

Qu’est-ce que ce phlattothrat ? Vient-il de Marathon, ou bien as-tu recueilli les chansons d’un tireur d’eau ?

Eschyle

Moi, j’ai ajouté de la beauté à ce qui était beau, pour ne point paraître faucher dans la prairie sacrée des Muses le même gazon que Phrynichos. Lui, il emprunte au langage des courtisanes, aux scolies de Mélétos, aux airs de flûte cariens, aux thrènes, aux airs de danse. Cela sera bientôt mis en évidence. Qu’on m’apporte une lyre ! Mais à quoi bon une lyre pour lui ? Où est la joueuse de coquilles ? Viens ici, Muse d’Euripide ; à toi revient la tâche de moduler ces vers.

Dionysos

Jamais cette Muse n’a imité les Lesbiennes, jamais.

Eschyle

« Alcyons, qui gazouillez sur les flots intarissables de la mer, le corps parfumé de gouttes de rosée ; et vous, araignées, qui, dans les coins, ti-ti-ti-ti-tissez avec vos doigts la trame d’une toile déliée, chef-d’œuvre de la navette harmonieuse, où le dauphin se plaît à bondir, au son de la flûte, autour des proues azurées. Oracles, stades, pampre, délice de la vigne; enlacements qui soutiennent le raisin. Entoure-moi de tes bras, ô mon enfant ! » Vois-tu quel rythme ?

Dionysos

Je le vois.

Eschyle

Quoi, vraiment ! Tu le vois ?

Dionysos

Je le vois.

Eschyle

Et, après cela, tu oses critiquer mes chants, toi qui, pour les tiens, prends modèle sur les douze postures de Cyrène. Voilà tes vers lyriques ; mais je veux encore examiner le procédé de tes monodies. « Ô noire obscurité de la Nuit, quel songe funeste m’envoies-tu du fond des ténèbres, ministre de Hadés, doué d’une âme inanimée, fils de la sombre Nuit, dont le terrible aspect fait frissonner, enveloppé d’un noir linceul, aux regards farouches, farouches, muni d’ongles allongés ?

« Femmes, allumez-moi la lampe ; de vos urnes puisez la rosée des fleuves; chauffez l’eau, pour que je me purifie de ce songe divin. Ô Dieu des mers, c’est cela même. Ô mes compagnes, contemplez ces prodiges. Glyca m’a enlevé mon coq et a disparu. Nymphes des montagnes, ô Alania, arrêtez-la. Et moi, infortunée, j’étais alors tout entière à mon œuvre, ti-ti-ti-tissant de mes mains le lin qui garnissait mon fuseau, faisant un peloton, pour le porter de grand matin à l’Agora et pour le vendre. Pour lui, il s’envolait, il s’envolait dans l’air, sur les pointes rapides de ses ailes. Et à moi il ne m’a laissé que les douleurs, les douleurs, et les larmes, les larmes coulant, coulant de mes yeux. Infortunée ! Allons, Crètois, fils de l’Ida, prenez vos flèches, venez à mon aide, donnez l’essor à vos pieds, investissez la maison. Toi, Dictynna, déesse virginale, belle Artémis, parcours, avec tes chiens, la demeure entière. Et toi, fille de Zeus, Hécate, prends deux torches dans tes mains agiles, et éclaire-moi jusque chez Glyca, afin que j’y découvre son larcin. »

Dionysos

Laissez là les chants.

Eschyle

J’en ai moi-même assez. Je veux maintenant le mettre en face de la balance, qui, seule, fera connaître la valeur de notre poésie et déterminera le poids de nos expressions.

Dionysos

Approchez donc, puisque je dois apprécier le génie des deux poètes en marchand de fromage.

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