Noël du Fail

Noël du Fail ( 1520? – 1591) fut, d’une part, magistrat municipal à Rennes, sa ville natale, puis magistrat au parlement de Bretagne, charge qu’il occupa de 1552 à 1586, tout en ayant pris soin de rédiger les Recueils des arrêts pris par le parlement de Bretagne (1579).

Ces activités juridiques dénoncent le sérieux de ce dernier. Pourtant, dans sa jeunesse, il connut une vie différente: Il commença des études de droit à Paris puis, sans ressources et surtout mal vu à cause de plaisanteries d’étudiant, il s’engage comme soldat. Il fit la guerre, retourna à ses études à Angers puis à Poitiers et partit vers l’Italie après avoir publié, en 1548, les Propos rustiques suivis des Baliverneries d’Eutrapel, deux recueils de contes campagnards. Il ne s’agit pas seulement d’oeuvres de jeunesse qui auraient pu être oubliées pour le sérieux du droit puisqu’en 1585 Du Fail rédigea les Contes et discours d’Eutrapel. Il connut un franc succès.

Il mourut en 1591, emprisonné à Rennes par les Ligueurs. Déjà, entre 1573 et 1576, il avait été exclu du parlement de Bretagne car il était protestant. La morale pratique que prônent ses écrits et l’évocation des valeurs d’autrefois prendront d’autant plus de valeur dans ces temps bien troublés que constitue la deuxième partie du XVI°s.

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LA CORRUPTION DE NOTRE TEMPS 

Chacun parle de Dieu, et sait que la vengeance
De son bras criminel , suit de prés notre offense ;
Mais ce savoir pourtant ne nous donne terreur,
Ainsi qu’il le faudroit, pour laisser notre erreur.

Je vais aux lieux plus saints, et quelquefois écoute
La voix qui fait trembler de nos temples la voûte,
Qui ne nous meut en rien, non plus que les rochers
Le sont aux cris aigus des déplorés nochers.

Car l’usurier est là, de nos biens la sangsue,
Qui voit monté en l’air notre maître qui sue ,
Détestant son péché : qui ne laisse pourtant
p’aller sur intérêt, intérêt augmentant.

L’assassin y survient, l’ennemi de nos vies,
Contre qui ce prêcheur arme mille furies :
Qui cache néanmoins le poignard dans la main ,
Pour, embrassant quelqu’un , lui planter dans le sein.

L’impie est tout auprès, l’ennemi de nos âmes,
Contre qui ce docteur allume mille flammes ;
Qui ne délaisse pas de couver dedans soi
Quelques points monstrueux encontre notre foi.

Et ce même prêcheur, lequel ainsi Foudroie,
Qui nous fait de la mort et de l’enfer la proie,
Souvent a de coutume , encor qu’il dise bien ,
De ce qu’il va prêchant, ne faire du tout rien.

Du Han, l’oracle saint non de notre Bretagne,
Mais de tout l’univers que cet océan baigne,
Hélas! combien de fois, étant à ton Lauqav,
M’as-tu vu souhaiter n’avoir point été né!

Extrait des Mémoires du Parlement de Bretagne, Rennes , 1:170, in-folio, pages 331-333.

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Propos rustiques de Maître Léon Ladulfi Champenois (chap. VII)

De Thénot du Coing.

En ce temps, de quoi avons parlé ci-dessus, vivoit le bon homme Thenot du Coing, oncle de Buzando et cousin germain de Mouscalon. Ainsi appelé du Coing, pource que jamais ne sortit hors sa maisonnette, ou, pour ne mentir, les limites ou bords de sa paroisse. Par ce moyen lui étoit grand contentement attiser son feu, faire cuire des naveaux aux cendres, étudiantés vieilles fables d’Ésope, allant aucunes fois voir si les geais mangeoient point ses pois, ou bien si la taupe avoit point bêché en ses fèves du petit jardinet, auquel avoit tendu filets pour les oiseaux, qui ne lui laissoient rien. Ah ! vraiment, je dirai bien cela, et sans mentir, que de deux boisseaux de fèves qu’il sema, encore mesure de Châteaugeron, n’en eut jamais un bon quart avec ces larrons d’oiseaux ; aussi ne demandez pas comme il les donnoit au diable. Et quelquefois, quand il les y trouvoit, et quasi tous les jours, il prenoit plus que plaisir à voir leur grâce de venir, d’épier, et s’en retourner chargés, qu’il ne faisoit à les chasser. Et puis, quand quelqu’un lui disoit : Comment souffrez-vous, compère Thenot, que devant vos yeux ils vous gâtent ainsi vos pois ? Par la vertu saint Gris, si c’étoit moi ! Oh ! répondoit le prud’homme, mon ami, je ressemble à ceux qui ont querelle avec gens bien parlants, lesquels, devant qu’ils les voient, tuent et mettent à sac de paroles; mais lorsqu’ils s’entrerencontrent, jamais ne fut amitié plus grande. Ainsi est-il de moi ; car connoissant à vue d’œil le dégât qu’ils font de mes pois, je n’en suis guère content, et les souhaite le plus souvent en la rivière. Mais allant tout à propos les épier sous un coudre là auprès, et voyant l’industrie qu’ils ont à regarder çà et là si j’ai point tendu quelques lacs ou trébuchet pour les surprendre, pour vitement s’envoler, je me rends content, considérant qu’il est nécessaire qu’ils vivent par le moyen des hommes. Quoi ! et d’aucunes fois à peu près ils m’attendent, bien sachant, ainsi je le cuide, que ne leur veux aucun mal ; et le plus souvent ils font leurs nids en ma maison, comme l’hirondelle, et passerons, et autres, tout joignant, qui aucunes fois entrent familièrement dedans, ou viennent manger en ma cour avec mes poules et oies, où prends tel passe-temps qu’un prince souhaiteroit, et à grand’peine le pourroit avoir. Telles choses disoit le bon Thenot, sans mal penser. Et me souvient, disoit lors Pasquier en continuant ses paroles, qu’étant jeune garçonnet, comme vous pourriez dire votre fils Perrot (parlant à Lubin), il me meuoit par la main, jasant avec son compère Letabondus, homme fort rusé et assuré menteur. Lesquels assemblés en contoient en dix-huit sortes.

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