Rémy Belleau

 

Ce poète français (1528-1577) de La Pléiade est malheureusement peu connu de nos jours.

Rémy Belleau commença ses études chez les moines de l’Abbaye de Nogent-le-Rotrou dont il était originaire. Poussé par son amour pour la poésie grecque, il les continuera à Paris, vers 1550. Il rejoindra très vite le groupe du collège de Coqueret, groupe auquel appartenaient Pierre de Ronsard, Antoine de Baïf ou encore Joachim du Bellay. En 1554, il rentrera dans le cercle de La Pléiade. deux ans plus tard,  il publiera  une traduction des Odes d’Anacréon, ce qui sera pour lui le début d’un grand succès. Sa fidélité et son exactitude dans l’exercice périlleux de la traduction apporta une valeur ajoutée à son style et à son groupe.

Parallèlement à ses traductions, Rémy Belleau peaufinait sa poésie. Dans son recueil, Petites Inventions, il fera la part belle aux éléments de la nature. Peut-être Francis Ponge, quatre siècles plus tard, s’en est-il inspiré ? Cependant, ce n’est qu’en 1565 qu’il atteindra la consécration en tant que poète grâce à son recueil, la Bergerie. En 1576, Les Amours et Nouveaux Eschanges des pierres précieuses, vertus et propriétés d’icelles verront le jour. Il raconte la propriété des pierres en mettant en parallèle la symbolique et la philosophie.

Si le poète imita plus qu’il ne créa, il était cependant encensé pour ses prouesses techniques.

A sa mort, en 1577, Ronsard, qui le portait en grande estime, fit son épitaphe :

 

Ne taillez, mains industrieuses
Des pierres pour couvrir Belleau,
Lui-même a basti son tombeau
Dedans ses Pierres Précieuses.

**********

Quelques poèmes :

Avril

Avril, l’honneur et des bois
Et des mois,
Avril, la douce esperance
Des fruits qui soubs le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance ;

Avril, l’honneur des prez verds,
Jaune, pers,
Qui d’une humeur bigarrée
Emaillent de mille fleurs
De couleurs
Leur parure diaprée ;

Avril, l’honneur des souspirs
Des zephyrs,
Qui, soubs le vent de leur aelle,
Dressent encore es forests
Des doux rets
Pour ravir Flore la belle ;

Avril, c’est ta douce main
Qui du sein
De la nature desserre
Une moisson de senteurs
Et de fleurs,
Embasmant l’aer et la terre.

Avril, l’honneur verdissant,
Florissant
Sur les tresses blondelettes
De ma dame, et de son sein
Tousjours plein
De mille et mille fleurettes ;

Avril, la grace et le ris
De Cypris,
Le flair et la douce haleine ;
Avril, le parfum des dieux
Qui des cieux
Sentent l’odeur de la plaine.

C’est toy courtois et gentil
Qui d’exil
Retire ces passageres,
Ces arondelles qui vont
Et qui sont
Du printemps les messageres.

L’aubespine et l’aiglantin,
Et le thin,
L’oeillet, le lis et les roses,
En ceste belle saison,
A foison,
Monstrent leurs robes écloses.

Le gentil rossignolet,
Doucelet,
Decoupe dessoubs l’ombrage
Mille fredons babillars,
Fretillars
Au doux chant de son ramage.

C’est à ton heureux retour
Que l’amour
Souffle à doucettes haleines
Un feu croupi et couvert
Que l’hyver
Receloit dedans nos veines.

Tu vois en ce temps nouveau
L’essaim beau
De ces pillardes avettes
Volleter de fleur en fleur
Pour l’odeur
Qu’ils mussent en leurs cuissettes.

May vantera ses fraischeurs,
Ses fruicts meurs
Et sa feconde rosée,
La manne et le sucre doux,
Le miel roux,
Dont sa grace est arrosée.

Mais moy je donne ma voix
A ce mois,
Qui prend le surnom de celle
Qui de l’escumeuse mer
Veit germer
Sa naissance maternelle.

**

La pierre du coq

A la France.

Oyseau qui de garde fidelle
Dessillé fais la sentinelle
Sous le silence de la nuit,
Réveillant d’une voix hardie
La troupe de somme engourdie
Et de paresse, à ton haut bruit.

Oyseau à la creste pourprée
Compagnon de l’Aube dorée,
Trompete des feux du Soleil,
Qui te perches à la mesme heure
Qu’il plonge en mer sa cheveleure
Pour se rendre alaigre au travail.

N’estoit-ce assez que l’arrogance
De vostre oeil domtast la puissance
Et l’ire des Lyons plus fiers,
Sans que pour la vaillance acquerre
S’endurcist encor ceste pierre
Au ventre creux de vos gosiers ?

Tesmoin ce luteur indomtable,
Ce fort Milon inexpugnable,
Qui remparé de la vertu
De ceste pierre, pour sa gloire
A tousjours gaigné la victoire,
Quelque part qu’il ait combatu.

On dit plus, que cil qui la porte
A l’esprit net, la grace accorte
De bien dire, et qu’en rechaufant
La froide glace de son ame,
Des fieres rigueurs de sa Dame
En fin demeure triomphant.

Dedans la bouche elle modere
La soif qui bruslant nous altere :
Elle est noirastre, ou de couleur
De crystal : et point ne s’en treuve
Qui retienne plus qu’une febve
Ou de longueur ou de grosseur.

Fay que la race surnommée
De ton nom, dont la renommée
Est esparse par l’Univers,
N’altere jamais la puissance
Qu’elle a quise par sa vaillance,
Par force et par assauts divers.

***

La Cygale

O que nous t’estimons heureuse,
Gentille Cygale amoureuse,
Car aussi tost que tu as beu
Dessus les arbrisseaux un peu
De la rosée, aussi contente
Qu’est une princesse puissante,
Tu fais de ta doucette vois
Tressaillir les monz et les bois.

Tout ce qu’aporte la campagne,
Tout ce qu’aporte la montagne,
Est de ton propre. Au laboureur
Tu plais sur-tout, car son labeur
N’offences ni portes dommage
N’à luy, ni à son labourage.
Tout homme estime ta bonté,
Douce prophette de l’été.

La Muse t’aime, et t’aime aussi
Apollon, qui t’a fait ainsi
Doucement chanter. La vieillesse
Comme nous jamais ne te blesse,

O sage, o fille terre-née,
Aime-chansons, passionnée
Qui ne fus onc d’affection,
Franche de toute passion,
Sans estre de sang ni de chair,
Presque semblable à Jupiter.

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2 réflexions sur “Rémy Belleau

  1. j’adore!!! je suis une nostalgique du Y et du Z « les prez » , j’aime l’accent circonflexe mais j’aimais mieux le « st ».
    « tousjours » est plus joli écrit ainsi, de même que « soubs » ou « aer » qui donne aérien et plus logique, souvenir du latin, plus proche des autres langues latines…

    Aimé par 1 personne

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