Le sucre – Jacques Rouffio

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Il est bon de discuter avec des collègues, surtout lorsqu’ils sont amateurs de films. Dernièrement, l’un d’entre eux m’a parlé de celui-ci, datant de 1978, que je ne connaissais pas. Je savais encore moins qu’il était tiré du livre éponyme de Georges Conchon.

Dans ce film, Depardieu joue le rôle d’un petit courtier sans vergogne, le vicomte Raoul-Renaud d’Homécourt de la Vibraye. Rien que le nom en impose et vous imaginez bien, connaissant l’acteur, que le physique va y jouer également… surtout face à sa proie, un Adrien Courtois, incarné par Jean Carmet, qui se laisse mener par le bout du nez. Ah, l’appât du gain ! La femme de ce dernier, pharmacienne un peu coincée, a reçu un certain nombre d’héritages et est à la tête d’une petite fortune… Ladite fortune étant misée en bourse par son mari dans le sucre. Évidemment, tout est bien ficelé. On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre mais on attire les niais avec du sucre ! Et pour ce faire, on fait grimper les actions en flèche. Même madame Courtois en perd la tête ! Je n’en raconte pas plus.

Le jeu des acteurs est remarquable ! Entre un Jean Carmet chétif, victime idéale, un Depardieu, égal à lui-même, Marthe Villalonga et Roger Hanin dans le rôle des époux Karbaoui, véreux au possible, et un Michel Piccoli, industriel cinglé, patron complètement mégalo officiant dans le sucre… vous passerez  un bon moment !  Et ce film (de même que le livre) prend encore plus d’ampleur lorsqu’on sait qu’il a été produit après la crise du sucre  en 1974, crise basée sur des rumeurs.

Je ne vous cherche plus, je pense que vous êtes en train de vous installer confortablement devant votre télé, insérant le DVD dans votre lecteur…







Victor ou les enfants au pouvoir – Roger Vitrac

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Connaissez-vous Roger Vitrac ? On en parle assez peu dans les médias. Pourtant, ce poète et dramaturge français (1899-1952) a côtoyé André Breton et Antonin Artaud. Il a même fait partie du mouvement surréaliste.

Victor ou les enfants au pouvoir (1928) fut la pièce qui contribua peut-être le plus à son succès. Elle fait partie, avec Coup de Trafalgar (1930) et Sabre de mon père (1950) d’une trilogie dite autobiographique.

Dans cette pièce somme toute atypique, que je viens de relire avec plaisir, Victor est un enfant de neuf ans qui fête son anniversaire. Jusque-là, rien de bien nouveau… Cependant, sa maturité le fait réfléchir comme un adulte. Et ce qui pouvait ressembler à une comédie bourgeoise se transforme soudain en une satire mordante de la société et du conformisme. Comme l’indique le titre, Victor et sa petite copine de 5 ans prennent le pouvoir, faisant ainsi éclater ce milieu bourgeois en dénonçant les tromperies et les adultères. Ils vont jouer avec les nerfs des parents et de Lili, la bonne. La cruauté sera sans limites…

Je vous conseille vraiment cette pièce au texte ravageur qui, de comédie, devient une farce tragique qui donne à réfléchir. Cerise sur le gâteau, le dramaturge prend un malin plaisir à associer avec finesse les mots, les images et les situations.

 

Extrait : 

Dans la salle à manger

Lili, dressant la table ; Victor, la suivant.

Victor. – …Et le fruit de votre entraille est béni.

Lili. – D’abord, c’est le fruit de vos entrailles, qu’il faut dire.

Victor. – Peut-être, mais c’est moins imagé.

Lili. – Assez, Victor ! J’ai assez de ces conversations. Tu me fais dire des bêtises.

Victor. – Parce que tu es une vieille bête.

Lili. – Ta mère…

Victor. – …est bien bonne.

Lili. – Si ta mère t’entendait…

Victor. – Je dis qu’elle est bien bonne. Ah ! Ah ! Elle est bien bonne ! Bien, bien, bien bonne.

Lili. – Ai-je dit une plaisanterie ?

Victor. – Eh bien, ne puis-je pas aimer ma mère ?

Lili – Victor !

Victor. – Lili !

Lili – Victor, tu as neuf ans aujourd’hui. Tu n’es presque plus un enfant.

Victor. – Alors l’année prochaine, je serai un homme ? Hein, mon petit bonhomme ?

Lili. – Tu dois être raisonnable.

Victor. – …Et je pourrai raisonnablement te traiter de grue.

Elle le gifle.

Victor, continuant. – … A moins que tu ne consentes…

Elle le gifle de nouveau.

Lili. – Morveux !

Victor. – Ose dire que tu n’as pas couché avec mon père !

Lili. – Va-t-en, ou je t’étrangle !

Victor. – Hein ? Ma petite bonne femme ? Hein ? Le petit bonhomme ?

Lili. – Cet âge est sans pitié !

Un concours pour bien commencer l’année !

Je propose très rarement des concours mais après tout, n’est-ce pas une bonne façon de bien commencer 2017 ?

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Mais quel est donc l’enjeu ? Oui, je sais, vous êtes en train de sauter devant votre ordinateur, attendant que la réponse fuse !

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Tiens, et si je n’en parlais, finalement, que demain ?

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Bon, d’accord ! Alors, il y aura deux cadeaux en jeu. Un exemplaire de Frénégonde et un livre surprise pour ceux qui voudraient participer et qui ont déjà notre Dame Apothicaire sur leurs étagères.

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Ah, voyez, je pense à tout !

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Comment faire pour gagner ?  On écoute attentivement, voici la marche à suivre

  1. Notez en commentaire sous ce billet votre participation. Un « je participe » suffit si vous n’avez pas envie de vous étaler en longues phrases proustiennes. Précisez quand même si vous jouez pour Frénégonde ou pour le livre surprise.
  2. Suivez ce blog (soit en s’abonnant par mail, soit, si vous avez WordPress, en cliquant sur « suivre Mes Promenades culturelles II »).
  3. Inscrivez-vous sur le forum et postez au minimum 3 messages. Un dans les messages de présentation, et les deux autres là où vous voulez. Vous verrez qu’il y a des rubriques de littérature, bien sûr, mais aussi d’Histoire, de cuisine, de papotages… Peut-être aurons-nous la joie, avec le modérateur (qui n’est autre que mon cher et tendre), de vous trouver parmi ceux qui postent le plus de messages, même après ce concours. Pour ceux qui sont déjà inscrits mais n’ont jamais rien écrit, postez vos 3 messages. Pour ceux qui sont inscrits et qui ont déjà mis des tonnes de choses, continuez ! Ah, ben, oui, on n’a rien sans rien !!!

 

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Je tirerai au sort, le 19 février 2017, l’heureux gagnant. À vos claviers !

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Le Garçon – Marcus Malte

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Quatrième de couverture : 

Il n’a pas de nom. Il ne parle pas. Le garçon est un être quasi sauvage, né dans une contrée aride du sud de la France. Du monde, il ne connaît que sa mère et les alentours de leur cabane. Nous sommes en 1908 quand il se met en chemin, d’instinct.
Alors commence l’épreuve du monde : la rencontre avec les hommes – les habitants d’un hameau perdu, Brabek, l’ogre des Carpates, lutteur de foire philosophe, Emma, mélomane et si vive, à la fois sœur, amante et mère. « C’est un temps où le garçon commence à entrevoir de quoi pourrait bien être, hélas, constituée l’existence : nombre de ravages et quelques ravissements. » Puis la guerre, l’abominable carnage, paroxysme de la folie des hommes et de ce que l’on nomme la civilisation.
Itinéraire d’une âme neuve qui s’éveille à la conscience, émaillé d’expériences tantôt tragiques, tantôt cocasses, et ponctué comme par interférences des petits et grands soubresauts de l’Histoire, le Garçon est l’immense roman de la condition humaine.

 

Mon avis :

Mes enfants, je commence à m’inquiéter pour ma santé mentale ! En effet, je pensais avoir déjà fait la critique de ce livre et je me rends compte qu’il n’en est rien. Dépitée que je suis !!! Allez, on va mettre ça sur le compte des fêtes (merci de me soutenir) !

En lisant la quatrième de couverture, j’ai pensé à deux autres œuvres (oui, je sais, j’aime l’intertextualité) : Le Jour des corneilles de Jean-François Beauchemin, roman québécois dans lequel un père et son fils se débrouillent seuls dans une forêt et le film de Truffaut, L’Enfant sauvage. Ceci dit, même si j’ai pu retrouver quelques éléments, le style de ce roman est suffisamment particulier pour en faire une œuvre à part. J’ai même du mal à trouver les mots pour en parler tant ce livre est à la fois puissant et déroutant.

Décrire le monde dans sa splendeur et son horreur à travers les yeux d’un garçon vierge en tous points,  voilà qui est plutôt original !

Je ne regrette pas d’avoir suivi les différents avis sur les blogs car c’est la première fois que je lis un écrit de Marcus Malte et tomber ainsi sur une pareille pépite est une chance.

 

Extrait :

Le jour n’est pas encore levé et ce que l’on aperçoit tout d’abord au loin sur la lande est une étrange silhouette à deux têtes et huit membres dont la moitié semble inerte. Plus dense que la nuit elle-même, et comme évoluant en transparence derrière ce voile d’obscurité. La paupière fronce à cette apparition. Doit-on s’y fier ? On se demande. On doute. À cette heure les gens dorment, dans les villes, dans les villages, ailleurs. Ici, il n’y a rien ni personne. Si la lune se montrait elle n’éclairerait qu’un paysage de maquis, brut, désolé. Une terre indéfrichée. Qui va là ? Quoi ? On l’ignore. On scrute avec une attention accrue cette ombre insolite pour tenter de l’assimiler à quelque espèce connue et répertoriée. Mais il n’y en a guère qui feraient l’affaire. À quel ordre appartient-elle ? De quelle nature est-elle ? On s’interroge. On la suit du regard. On la voit qui avance, courbée, l’échine déformée par une énorme protubérance, l’allure lente et quasi mécanique dans sa régularité. On devine, on sent qu’il y a dans cette démarche quelque chose qui tient à la fois du désespoir et de l’obstination. On pense à une tortue géante dressée sur ses pattes arrière. À un fabuleux coléoptère de la taille d’un jeune ours. On s’inquiète vaguement. On chasse ces pensées. Mais elles reviennent. Car après avoir passé en revue les divers représentants de la faune courante, en vain, on est bien obligé de lâcher les monstres.

Angus Mor, le clan maudit – Nathalie Dougal

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Quatrième de couverture :

« Dans une intrigue ensorcelée, ce roman lève le voile sur l’autre monde, et nous emmène à la rencontre des trépassés. »

Printemps 1264. Depuis la mort du roi Somerled, le Royaume des Îles est divisé. Le chef d’Ila, Angus Mor, tente par tous les moyens de protéger son clan d’une invasion écossaise.

Alors qu’il s’apprête à faire alliance avec un seigneur voisin, sa compagne Neave est assaillie d’effroyables rêves. Descendant d’une longue lignée de guérisseuses, la jeune femme en reconnaît les signes : une malédiction pèse sur le Royaume des Îles.

Angus se fie à son appréciation. Mais comment lever un sort, lorsqu’il frappe depuis des générations ? Et qui l’a jeté ? En quête de vérité, le couple exhumera les secrets de famille. Entre oniromancie et nécromancie, Neave se confrontera aux fantômes du passé. Elle poursuivra un prince parricide jusque dans le Sidh.

S’inspirant de faits réels, de découvertes archéologiques et du folklore hébridien, Nathalie Dougal s’éloigne des récits épiques de PER MARE PER TERRA et de La Mèche de Guerre des Mac Donald , pour signer son premier thriller ésotérique.

 

Mon avis :

Quel plaisir de retrouver l’écriture si fluide, si envoûtante de Nathalie Dougal ! Et ce dernier adjectif sied parfaitement d’ailleurs au roman dans son ensemble. Si l’on reste dans un espace géographique cher à la romancière et dans l’Histoire de l’Écosse, on se retrouve transporté également dans un monde magique puisque son personnage principal féminin, Neave, appartient à l’Ordre des Dòideagan, des guérisseuses ayant des dons. Et celle-ci est fréquemment réveillée par un cauchemar. Son compagnon, Angus, s’inquiète mais elle ne veut rien lui dire. En effet, comme il est dit dans la quatrième de couverture, celui-ci doit conclure un accord avec un seigneur d’Écosse, Gille-Escoib Campbell, en épousant sa fille Mairi. Oui, je sais, je viens de dire que Neave est la compagne d’Angus et qu’il va en épouser une autre. Quelle maîtresse-femme ! Elle accepte sans broncher ce pacte afin de sauvegarder le Clan. C’est une magnifique preuve d’amour envers Angus qui, d’ailleurs, la protège bec et ongles. Mais qui protège l’autre ?

J’ai aimé me retrouver en territoire connu (enfin… connu… disons que je commence à m’habituer à force de lire les romans de Dame Dougal !), j’ai encore appris des choses sur la vie dans ces contrées sauvages et j’ai adoré cette façon de faire intervenir le surnaturel. Un talent de plus dans la palette de notre romancière ! Quant à l’amour que se porte Neave et Angus, il est décrit de manière puissante de bout en bout. On frissonne pour ces deux personnages, on a de la compassion. On se retrouve presque dans les cauchemars de la guérisseuse ou dans le quotidien d’Angus et de Mairi. Si on le pouvait, on irait les aider !

J’ai vraiment apprécié ce roman qui fait partie de mes coups de cœur, ex-æquo avec celui de Chloé Dubreuil.

 

Extrait : 

La nuit était dense, étouffant le halo des torches. L’humidité imprégnait les vêtements de laine, et le froid pénétrait les membres jusqu’aux os, par tous les pores de la peau. De toute part dans les ténèbres, surgissaient des visages pâles, exprimant panique ou effroi. Les regards avaient surpris le diable à l’ouvrage. Depuis, la garde pliait le camp. Les marins s’activaient dans le port naturel. Les capitaines s’agitaient, réarmant les navires. Peu importait la marée, il fallait quitter ce lieu maudit au plus vite. Sur un brancard, on transporta le cadavre d’un homme enveloppé dans un linceul. La couronne du Royaume des Îles était posée sur sa poitrine.