Traversée de la Mangrove – Maryse Condé

J’ai découvert la littérature antillaise à la Fac. C’est dire si ça remonte ! J’ai de suite été attirée par cette ambiance magique, associée à la réalité, faisant du petit monde insulaire un peuple évoluant entre onirisme et dure réalité de la vie.

Francis Sancher est mort, assassiné. Comme il est de coutume, une veillée funèbre s’organise. Mais qui est le défunt ? Visiblement, un écrivain, et peut-être même celui qui est en train d’écrire le livre. Mais pourquoi est-il venu dans cette petite communauté de Rivière au Sel ? Chacun y va de son récit, racontant le passé du mort et ce qu’il a apporté. Les points de vue, positifs et négatifs, s’enchevêtrent. Nous avons affaire à une vingtaine de personnes, une vingtaine de voix. On comprend dès lors le titre : les narrations sont comme le rhizome de la Mangrove.

Entre mystères et déceptions, le roman laisse découvrir une Guadeloupe certes luxuriante mais complexe : complexité de ses habitants, des mœurs, de la culture…

 

Extrait :

Léocadie Timothée.

« Ce mort-là est à moi. Ce n’est pas par hasard si c’est moi qui l’ai trouvé, déjà boursouflé, dans la trace à l’heure où le ciel saignait derrière la montagne. Je suis devenue sa maîtresse et sa complice. Je ne le quitterai qu’au moment où les premières pelletées de terre tomberont sur le bois de son cercueil.

Et pourtant, de son vivant, je ne le portais pas dans mon cœur, cet homme-là, et j’étais bien de l’avis de ceux qui s’apprêtaient à envoyer une lettre recommandée au maire pour qu’on l’expulse comme les Haïtiens et les Dominicains qui transforment les terrains de football de Petit Bourg en terrains de cricket. Vraiment, ce pays-là est à l’encan. Il appartient à tout le monde à présent. »