Pain noir, pain blanc (tome 3) – Micheline Bail

Cette fois, le récit va surtout se focaliser sur la vie de Marie-Blanche. Celle-ci est désormais mariée et mère de famille. Elle découvre le modernisme, les Trente Glorieuses ayant été bénéfiques pour le confort des ménages. Mais il ne faut pas croire pour autant qu’elle va mener une vie paisible. Le malheur est toujours là, à nous guetter et à nous sauter dessus au moment où l’on s’y attend le moins.

J’ai terminé à présent cette saga familiale qui aurait pu s’intituler « chronique d’une vie ordinaire ». En effet, Micheline Bail a choisi de camper ses personnages dans une classe sociale peu aisée mais c’est justement ce qui est intéressant. Si vous aimez Zola, alors vous aimerez cette romancière car on retrouve cette mise en relief de la société avec ses joies et ses peines, ses progrès, les événements marquants. J’ai essayé de freiner ma lecture pour ne pas avoir la déception de tourner la dernière page… car c’est le seul défaut que j’y trouve (on le lit trop vite). Mais ce qui me rassure, c’est que Micheline Bail a écrit bon nombre d’autres livres. Je ne regrette pas de l’avoir découverte !

 

Extrait : 

La voix d’Eugénie était lointaine. Marie-Blanche lui demanda de parler plus fort, car elle l’entendait mal ; il y avait de la friture sur la ligne. Sa mère haussa la voix.

— Simone va pas bien du tout, lui répondit-elle rapidement, consciente que la communication était tarifée à la minute et que ça coûtait cher. Je l’ai vue à matin. Elle était couchée, blanche comme un drap, pis elle parlait plus. J’ai essayé de savoir ce qu’elle avait. J’ai posé des questions, mais elle répondait pas. On aurait dit qu’elle était plus là. Ses yeux étaient comme fous. J’ai peur, Marie-Blanche, de ce qu’elle peut faire… Elle me voyait pas, on aurait dit. Y a juste toi qui peux lui parler. Elle a confiance en toi. Tu pourrais pas prendre le train pis t’en venir à Québec tout de suite ? Je vais te payer ton voyage. Mon Dieu, si tu pouvais faire ça pour ta petite sœur…

Marie-Blanche n’hésita pas longtemps.

— Oui, maman, je vais venir, je sais pas si ça peut changer quelque chose, mais je m’en viens. Arrêtez de vous inquiéter, là. Je vais prendre le train, mais y va falloir que vous me remboursiez parce qu’on est pas riches, riches, nous autres. Pis va falloir trouver une gardienne, mais je fais le plus vite que je peux.

— Inquiète-toi pas, lui répondit Eugénie, soulagée. J’ai ce qu’y faut. Je t’attends, ma fille. Fais attention à toi, hein, pis apporte-moi des photos des enfants, si t’en as.

La communication fut interrompue.

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