Escalier F – Jeanne Cordelier

 

Quatrième de couverture :

L’enfance n’est pas toujours le nid douillet rêvé. Au sixième étage du 14, rue Hoche à Malakoff, une fratrie a subi, dans les années cinquante, les assauts d’un milieu familial violent. « On a toujours fait front, juchés sur le cheval imaginaire ailé que ma sœur et moi avions dessiné, elle le haut, moi le bas, sur les portes tristement blanches et écaillées du buffet de la cuisine. (…) Ensemble, serrés les uns contre les autres, nous n’étions pas qu’une nichée, qui se tenait chaud. Nous étions un bouquet d’arbres écorcés, qui souvent tremblait, mais jamais ne ployait. » Le temps a passé. L’appartement s’est vidé et la mère poursuit sa tyrannie faite de plaintes, d’alcool et d’explosions de rage. Les enfants eux se sont dispersés, tenus par un amour fraternel rarement démenti. Dany, devenue romancière à succès, mariée à un homme parcourant le monde, raconte ses frères et sœurs et les chemins qu’ils ont pris. Apparaît alors, sans pathos ni faux-semblants, la vie et ses coups durs. Les rêves parfois. Une écriture aussi, faite de sensibilité et de force, qui rend toute leur dignité à ces êtres fragiles et pétris d’humanité qui ne demandaient qu’un peu de soleil.

 

Mon avis :

C’est mon premier livre de Jeanne Cordelier et je découvre son univers. La narratrice Dany, que je suppose être le double de l’auteur, se retrouve à l’enterrement de son frère, Christian, avec ses frères et sœurs. C’est à partir de là que le film se déroule… film ? Film d’horreur alors ! Malheureusement, il ne s’agit pas d’une fiction. Et si le roman est à tendance autobiographique, on ne peut que compatir. Compatir avec l’auteur mais aussi avec tous ceux qui ont vécu ou vivent encore ce genre de choses. Tout y passe. De l’inceste du père au déni de la mère, violence, alcoolisme, maladie… Non, cela n’arrive pas qu’aux autres et même si cela alimente la rubrique des faits divers et la curiosité du lecteur lambda lisant son journal tous les matins, il faut bien se dire que cela détruit des familles.

Pourtant, Jeanne Cordelier, ou plutôt Dany ici, n’a pas décidé de s’apitoyer sur son sort. Elle raconte les choses très simplement, de façon naturelle, avec de l’humour parfois. On ne peut que rester sans voix et admirer cette force de la nature, cet instinct de survie qui fait qu’elle continue à avancer, à faire son bout de chemin au rythme des malheurs touchant la fratrie.

Je referme ce livre avec le cœur gros et il va me falloir un peu de temps pour digérer tout ça. Je vais lire un roman plus léger par la suite, c’est certain. Un grand bravo à cet auteur pour mettre sous sa plume des évènements aussi importants avec une si belle énergie.

 

Extrait :

Andrée* reposait sur un brancard accolé à la kitchenette, vêtue de son unique robe noire en coton, rendu pelucheux par trop de lavages, de temps. Les bras croisés sur la poitrine, l’air farouche, elle semblait encore dire :

– C’est toi qui m’as mise là. C’est à cause de ce que tu as écrit, qu’ici et là-bas j’ai été maltraitée. Tu es fautive, ma fille, fautive ! Et tu le sais.

Oui je sais, je suis fautive d’abord d’être née fille. Ensuite de ne pas être devenue folle ou de ne pas m’être suicidée, enfin d’avoir écrit ce qu’il faut taire à tout prix. À savoir qu’un père peut abuser de sa fille de onze ans et ce jusqu’à sa majorité, vingt et un ans à l’époque, sans que personne dans l’entourage ne pipe mot. J’entends au premier chef la mère, l’école, l’assistante sociale, le médecin, les voisins et tout le saint-frusquin ! (P121)

* Mère de Dany

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