La Rapsodie des cloportes – Guy SEMBIC

Quatrième de couverture :

Ils s’éveillent seuls au milieu de la nuit dans de grands lits défaits, un traversin tordu entre leurs jambes repliées… Celui ou celle qui dort auprès d’eux a disparu, les volets battent, la tapisserie cloque telle une peau ébouillantée, la lampe sous le plafond se balance et, du grand lit défait, montent des ondes de suées… Ils s’endorment sur des échelles dont les barreaux n’ont plus aucune consistance, et le plafond au dessus d’eux, goutte comme du chocolat blanc fondu… Ils peignent à l’aube sur des draps tendus entre deux lampadaires, d’étranges visages et de grandes lettres déformées… Mais les couleurs se diluent à la lumière du jour se levant, les étranges visages et les grandes lettres se déforment et se meuvent tout au long des draps tendus qui se déchirent… Ils funambulent sur des cordes usées, à seulement quelques pieds au dessus du marais…

Mon avis :

Si l’on aime les romans un peu atypiques dans lesquels les mots dansent et virevoltent pour donner du sens à l’histoire, dans lesquels on passe de la prose poétique à un vocabulaire moins châtié mais dénonciateur, alors ce roman est parfait. J’ai vraiment apprécié ce livre qui ne ressemble à aucun autre. Guy SEMBIC est dans la même veine que tous ces auteurs de l’OULIPO, qui ont travaillé sur les mots. Je pense à Tardieu, à Queneau… à tous ces auteurs ayant utilisé la littérature pour en moderniser la langue.

L’auteur n’en est pas à son premier livre. Je vous avais déjà présenté son « Grand hôtel du merdier ». Vous pourrez remarquer à quel point les titres sont déjà truculents. Dans ce roman, le terme « rapsodie » est à double sens : « rapsodie » au sens de poème épique, chanté, et donc d’une certaine musicalité et « rapsodie » au sens d’ensemble disparate. J’ai lu que ce terme avait également été donné comme nom à un réacteur nucléaire. Je dois dire que cela pourrait également convenir, dans un sens métaphorique bien entendu… Ce roman est un séisme dans le monde littéraire !

Si vous souhaitez le lire, vous pouvez le faire gratuitement sur le site Edition999. Et si vous souhaitez connaître un peu mieux ce poète au grand coeur, allez visiter son blog et son forum.

Les défis du 20 : Lettre E

Les règles sont ici. Et cette fois, c’était à Mamylor de proposer deux mots. Voici son choix : Eglantine et Elégante.

Petite fleur d’Eglantine faisait une triste mine

Ne se trouvant pas jolie, elle ne quittait plus son lit,

Ne voulant plus s’ouvrir, la corolle en berne,

Elle maudissait les gens racontant des balivernes,

Ne la regardant pas, trop petite pour la prendre dans leurs bras.

Mais joli Papillon, un jour vint se poser,

Sur son coeur butina, ôta ce cadenas,

Qui, moralement, empêchait Eglantine de se montrer câline.

Elégante elle devint, se métamorphosa,

Et d’un petit blanc pâle devint rose fuchsia.

Elle vit des lumières, des flashs, des sourires,

Les photographes, enfin, ne voulaient plus s’interdire

De la mettre en avant, son rêve accomplissant.

On peut être petit, paraître fragile, et avoir un grand coeur

Dans lequel l’élégance se meurt de bonheur.

Les Plumes chez Emilie : Boîte

Voici la liste des mots à insérer : Pandore, béquille, nuit, cadeau, secret, sucre, carton, ouvrir, oppresser, outil.

L’anniversaire

S’il y a bien un moment qui est synonyme de joie pour les enfants, c’est la journée d’anniversaire. Pendant un an, ils réfléchissent au cadeau qu’ils vont avoir, observent tous les colis qui arrivent chez eux, les cartons qui sont dans la poubelle et qui pourraient délivrer quelques indices. Le petit bricoleur rêve en secret d’avoir un établi comme papa, avec tous les outils, la petite infirmière désire une poupée qui se ferait bobo, à qui elle pourrait administrer des médicaments, faire des piqures ou délivrer des béquilles. Les petits chimistes aimeraient avoir la grande boîte dans laquelle se trouvent des fioles et des produits à mélanger selon un mode d’emploi bien précis. Les petits cuisiniers se voient déjà en train de faire des gâteaux en pâte à sucre. Les petits musiciens s’imaginent jouer du violon, de la pandore ou de la guitare… La nuit qui précède est souvent courte. Ils se lèvent dès potron-minet et oppressent leurs parents de questions, à la recherche de précieux renseignements. Enfin vient l’heure de la délivrance ! En famille ou entre amis, ils défont avec rapidité les liens qui retiennent le papier cadeau et ouvrent fébrilement la boîte tant attendue. Tout le monde retient sa respiration. Et si ce n’était pas le bon choix ? Le sourire rieur qui se dessine soudain sur leurs visages est la récompense pour tous. Il n’y a plus qu’à attendre l’année suivante !

Mais qui veut donc la peau de la Marquise ? – Katia Verba

Quatrième de couverture :

Bourgogne, région de Chablis, 1948.
Un soir, au château de la Tour des Pins, un homme élégant surgit pour prévenir la marquise Bérangère de la Gausse que des vauriens de haut vol fomentent un mauvais coup…
Il est reçu par Désiré Blafard, le majordome, un pince-sans-rire voulant tout régenter.
À cela s’ajoutent la baronne Marie-Henriette Vandeputte, non conventionnelle, curieuse comme une pie ainsi que la servante Sidonie, jolie comme un coeur, aussi éveillée qu’une potée de souris.
Barnaby de Saint-Jean-des-Rodes va-t-il pouvoir sauver la marquise ? Les gens du château apporteront-ils quelque crédit aux dires de ce séduisant chevalier ?
C’est sans compter sur l’implication du docteur Maure, qui verra d’un très mauvais oeil l’arrivée de cet énergumène et pour cause…

Mon avis :

Voici la douzième pièce de théâtre de Katia Verba. Si vous ne la connaissez pas depuis le temps que je vous en parle, c’est que vous ne vous intéressez pas au théâtre. Dans ce cas, vous pourrez toujours lire ses romans car notre écrivaine prolixe est douée dans tous les genres littéraires. Ce que j’aime dans ses pièces c’est le fait de pouvoir voyager, que ce soit dans l’espace (nous ne sommes jamais dans la même région) ou dans le temps (j’adore ce petit côté désuet). Ici, nous sommes dans un endroit que j’apprécie particulièrement, la Bourgogne, peu après la seconde guerre mondiale. On peut imaginer la bourgeoisie locale mise à mal en cette période. De ce fait, marquise, vicomtesse et baronne vivent ensemble, dans le même château. Rien de surprenant. On retrouve le huis-clos et les personnages féminins, la marque de Katia Verba. Et en habituée des comédies policières, il y a inévitablement un grain de sable qui va venir perturber la vie de ce petit monde. Mais attention, il s’agit bien d’une comédie ici. Ne confondons pas. Et l’élément perturbateur va arriver en la personne de Barnaby, non pas l’inspecteur de la télévision, mais un Barnaby local qui aurait entendu au bar du coin qu’on voulait enlever la propriétaire du château. Eminemment sympathique, il s’y rend donc pour la prévenir. Je n’en dis pas plus pour ne rien déflorer.

Comme à son habitude, notre dramaturge a mis en scène des personnages truculents, par leurs noms dans un premier temps et par leurs caractères ensuite. Je ne parle même pas de tous les bons jeux de mots ou réparties que l’on y trouve. De plus, lorsqu’on pense avoir deviné la fin de l’histoire, on se prend une claque magistrale.

Si vous aimez le théâtre, l’humour et les comédies hautes en couleur, n’hésitez plus, cette pièce est faite pour vous !

Un grand merci, Katia, pour ces heures de lecture rafraichissantes.