L’Art de pleurer en choeur – Erling Jepsen

Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark] Image
Traduction : Caroline Berg

Ce livre est un petit bijou. Mais modérons quand même ce propos car il s’agit d’un roman noir, extrêmement noir ! On découvre, à travers un petit narrateur de 11 ans, la vie quotidienne d’une petite ville danoise. Le père tient une épicerie et est confronté à la concurrence puisque Frisk a agrandi la sienne et en a quasiment fait un magasin dans lequel les gens peuvent se servir eux-mêmes. La famille doit donc subir les aléas financiers. Le père du narrateur fait également de belles oraisons funèbres, ce qui, en général, fait fructifier par la suite ses ventes. Jusque-là, le lecteur suit le cours de cette petite famille constituée des parents, du narrateur, de sa sœur, Sanne, et du grand frère qui ne vit plus à la maison, Asger. Pour des raisons qui échappent au garçonnet, ses parents se disputent à cause d’un discours du père. Celui-ci dort alors sur le canapé. Les enfants, qui l’adorent, ne veulent pas le laisser seul, pleurant dans son coin. Sanne le rejoint et se colle à lui, réflexe d’enfant… Mais pourquoi, lorsque son petit frère le lui demande à une autre reprise, ne veut-elle plus dormir avec son père ? Pourquoi se met-elle à trembler de tous ses membres ? Et pourquoi Asger, prévenu, frappe t-il son paternel ? 

C’est à cet instant précis que le lecteur se prend une claque magistrale ! Toute cette pudeur, toute cette finesse lui avaient masqué l’essentiel, la noirceur qui se cachait derrière cette famille qui semblait sympathique au demeurant. Et c’est en ce sens que je dis que ce livre est vraiment une perle. Il dénonce ainsi ce mal qui s’insère dans certaines familles, que personne n’a remarqué mais qui brise à jamais, tant sur le plan physique que moral, d’innocents enfants qui ne seront plus jamais les mêmes.