La veuve Aphrodissia – Marguerite Yourcenar

Marguerite Yourcenar [XXe s / Belgique - France - Etats-Unis ; Nouvelles] 84666676_p

La Veuve Aphrodissia est la septième nouvelle de ce recueil en contenant une dizaine. Marguerite Yourcenar s’est inspirée de fables, de contes ou de faits divers orientaux pour les retranscrire avec son propre style. 

Le texte s’ouvre sur la mort de Kostis le rouge, un hors-la-loi ayant tué le pope d’un village de Grèce. Si les habitants se réjouissent de cette mort, la femme du Pope, elle, en est affectée – douloureusement affectée. Car Aphrodissia aimait en secret Kostis. Elle est obligée cependant de paraître respectable en mémoire de son époux. Et c’est bien là tout son dilemme. Car, finalement, elle est doublement veuve : administrativement (le Pope) et amoureusement (Kostis).  La révolte de cette femme est accentuée par ce deuil qui n’en finit pas. En Grèce, comme dans l’Antiquité, les pleureuses doivent venir se lamenter devant le corps du défunt. Mais ici, il lui faut attendre trois jours et trois nuits, que l’on ramène le mort, avant d’entamer ce long travail sur soi. Et ce qui est fabuleux avec l’écriture de Yourcenar, c’est que l’on ne comprend pas de suite. Ce n’est que lorsque la veuve veut offrir à manger à ses « vengeurs » que l’on commence à apercevoir son ressenti : « (…) comme elle n’avait pu assaisonner de poison les tranches de pain et de fromage qu’elle leur avait présentées, il lui avait fallu se contenter d’y cracher à la dérobée, en souhaitant que la lune d’automne se lève sur leurs tombes. »

Certes, le sujet de l’amour adultère n’est pas nouveau. Mais l’auteur le transcende ici par la magie de son écriture. On entend presque le coeur de cette femme qui hurle. Le Pope ne lui avait donné qu’une image sociétale. Elle n’était rien aux yeux de ceux qu’elle appelle « les paysans », avec tout le mépris qu’elle insuffle dans ces termes. Avec Kostis, elle était Femme. Et lorsqu’elle aperçoit sur le bras de cet être aimé que son prénom y est gravé, elle ne se maîtrise plus.

Yourcenar reconstitue ici une tragédie avec ce climat propre aux dérèglements passionnels. Aphrodissia est digne de Phèdre et d’Antigone. Elle laisse s’exprimer l’amour et l’exaspération. Cela ira jusqu’à la folie. Un texte magnifique à lire absolument !

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Marguerite Yourcenar

Pays : France

Nombre de pages : 14

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