Atrée et Thyeste – Crébillon

De son vrai nom Prosper Jolyot de Crébillon, dit, plus tard, Crébillon père, ce dramaturge voulut apporter à la tragédie un nouveau souffle. Il ne souhaitait pas, comme beaucoup à cette époque, recopier les pièces de Racine. Si Atrée et Thyeste (1707) est l’oeuvre qui fit de lui un auteur connu et respecté, il en écrivit d’autres aussi remarquables les unes que les autres : Idoménée (1705), Électre (1708) ou encore Pyrrhus (1726). Il fut souvent opposé à Voltaire, celui-ci disant de lui « qu’il avait plus de génie que de littérature ».

Atrée et Thyeste est un mélange de lieux communs à la tragédie : enlèvement, pouvoir, vengeance, mort… Érope, l’épouse d’Atrée est enlevée par son beau-frère, Thyeste. Enceinte de ce dernier, elle retombe sous la coupe d’Atrée qui la tue et élève l’enfant, Plisthène, comme s’il était son fils légitime. Il s’en servira pour se venger de son frère.

Il est vrai qu’en lisant cette pièce, je me suis interrogée sur le succès qu’elle a pu avoir et je rejoins Voltaire. Certes, elle est plutôt vive. Les vers sont bruts, le sang afflue et apporte une dimension plutôt effrayante. Ceci dit, je trouve que tout cela baigne dans un désordre sans nom. Le manque de crédibilité, les nombreuses (trop nombreuses !) complications de l’intrigue font que l’on décroche assez vite. Bon, j’aurai essayé ! Tant pis, je retourne à mon Racine ! Non mais !

Challenge Les textes courts. 

Genre : Théâtre

Auteur : Crébillon

Pays : France

Nombre de pages : 44

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Voyage autour de ma chambre – Xavier de Maistre

Ce très court roman (88 pages) date du XVIIIe siècle, de 1794 pour être plus précise. C’est en lisant Le Voyage à mon bureau, aller et retour de Joseph Poisle-Desgranges que j’ai découvert celui-ci. 

A travers 42 chapitres, représentant le même nombre de jours de détention du jeune officier qui nous narre l’histoire, Xavier de Maistre détourne – non sans humour – le récit de voyage. A la manière d’un Montaigne, le narrateur prend à parti le lecteur, lui parle, lui propose d’entrée de jeu de l’amener dans son « aventure ». Il fallait quand même avoir une sacrée imagination pour avoir l’idée de ce livre et surtout pour le mener à terme. C’est drôle, c’est ironique, c’est parodique même. Lorsque l’on nous parle d’une latitude pour situer la chambre ou d’une direction pour indiquer le lit, on ne peut que sourire. Imaginez-vous prendre une boussole pour marcher entre votre armoire et votre couche… 

Il s’agit ici d’un voyage physique, certes, mais également d’un voyage intérieur où l’âme entre en parallèle avec le corps. En même temps, ce dernier se trouvant vite entre quatre murs, quoi de mieux dès lors que de laisser vagabonder son imagination ? 

Encore une fois, je découvre un texte au style résolument moderne, pas ennuyeux pour deux sous et qui laisse derrière lui un large sourire. Quel dommage que cet auteur soit laissé à l’abandon ! 

Challenge Les textes courts. 

Genre : Roman

Auteur : Xavier de Maistre

Pays : France

Nombre de pages : 88

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Voyage à mon bureau, aller et retour – Joseph Poisle-Desgranges

Joseph Poisle-Desgranges (1823-1879) est un poète et romancier français tombé dans l’oubli. Féru de mots, de jeux linguistiques, il commença par écrire un recueil intitulé Cent et une fables où il put exercer son art poétique.

Le roman Voyage à mon bureau, aller et retour (dont le titre n’est pas sans rappeler celui de Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre) a été publié en 1861. Avec humour, l’auteur dénonce la bureaucratie dans toute sa splendeur. Il faut dire qu’il s’y connaît puisqu’il travaille à l’administration des Postes. Peut-être Courteline s’en inspira-t-il d’ailleurs lorsqu’il publia, en 1893, son fameux Messieurs les ronds-de-cuir?

Les chapitres, au nombre de 38, sont courts et savoureux. L’auteur ne s’embarrasse pas de longues descriptions. Il préfère se poser tout un tas de questions, rhétoriques pour la plupart, rendant ainsi le texte à la fois cocasse et savoureux.

La petite maison – Jean-François de Bastide

Écrivain français tombé dans l’oubli, Jean-François de Bastide (1724-1798) s’est essayé à tous les genres. La Petite Maison est une courte nouvelle commençant par un portrait : celui de Mélite (tiens, ce prénom pour le moins peu employé est le même que celui de l’héroïne de Corneille ! Mais l’histoire n’a aucun lien). La manière d’écrire n’a pas été sans me rappeler Les Caractères de La Bruyère. Jugez plutôt : « Mélite vivait familièrement avec les hommes, et il n’y avait que les bonnes gens, ou ses amis intimes, qui ne la soupçonnassent pas de galanterie. Son air, ses propos légers, ses manières libres, établissaient assez cette prévention. » Mais Bastide va bien plus loin car il ne s’arrête pas au simple portrait. 

Mélite est une femme que l’on pourrait qualifier d’un peu atypique à cette époque, libre, sans manière. Lorsque le marquis de Trémicour veut la conquérir (et plus si affinités… ou pas d’ailleurs), il est surpris par le refus qu’elle lui oppose. Comment ? Comment cette bonne femme, avec ses manières de demi-mondaine, pourrait-elle lui résister ? Mais le pépère a plus d’un tour dans son sac (n’y voyez rien de salace… Enfin, pas tout de suite) ! Sa petite maison… 

Il emmène ainsi la Belle voir cette magnifique demeure (variante des « estampes japonaises » !!!), espérant, bien entendu, lui faire visiter avant tout la chambre. Mais voilà que Mélite se passionne pour l’architecture et regarde tout en détail, gloussant de bonheur à chaque découverte… pendant que le marquis ravale son impatience. 

J’ai trouvé cette nouvelle bien plaisante et je vous la conseille, vraiment.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Jean-François de Bastide

Pays : France

Nombre de pages : 45

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Champavert : Contes immoraux – Petrus Borel

Joseph-Pierre Borel d’Hauterive, dit Le Lycanthrope (1809-1859), est un auteur considéré comme mineur aujourd’hui alors qu’il a occupé une place importante à son époque. En effet, son style provoqua une vraie révolution. En perpétuelle rébellion contre les écoles, les tendances ou les courants, il mit un point d’honneur à se marginaliser des premiers romantiques. 

On retrouve dans ce recueil cette volonté. N’attendez rien de grivois dans ces textes. La perversion se cache dans la violence, dans la noirceur, dans la représentation de la mort planant à chaque page. Il n’y a que sept contes. Mais la puissance qui en découle est remarquable. Le narrateur ne se gêne pas pour intervenir quand bon lui semble. Et pour cause… le dernier conte, intitulé Champavert le lycanthrope, nous indique qu’il s’agit bel et bien de l’auteur. Quand noirceur rime avec horreur, quand l’écriture révèle le moi profond de l’écrivain, on ne peut que frissonner.