Une maison de poupée – Henrik Ibsen

J’aime beaucoup Une maison de poupée (1879). Ibsen décrit la condition de la femme réduite à une poupée. Il fait une critique assez acerbe des rapports hommes-femmes dans le mariage. La pièce fut scandaleuse en son temps. A tel point, qu’elle subit la censure en Angleterre et qu’en Allemagne, l’actrice principale refusa de jouer si l’auteur ne modifiait pas la fin (ce qu’il fit ). De nos jours, la pièce est le plus souvent jouée avec la fin originale.

L’histoire est celle de Nora, jeune femme dépensière, mariée à un avocat, Torvald Helmer, profondément attaché à l’honnêteté, valeur à lier à l’épargne et au fait de ne rien devoir à personne. Il est fou amoureux de sa femme et lui passe ses caprices pour la garder. Nora, quant-à elle, passe pour une sotte, manipulée par son mari qui lui donne sans cesse des directives. Cependant, elle a un lourd secret, une dette contractée, secret avec lequel elle pense tenir son mari le cas échéant.

Le personnage de Nora pourrait avoir été inspiré de Laura Kieler, une jeune Norvégienne qui, en 1869, avait publié anonymement une suite de Brand, poème d’Ibsen, cri de colère contre son pays. Elle lui avait envoyé cette suite, nommée Les filles de Brand. Ibsen la rencontre, l’encourage à continuer à écrire. En 1873, elle se marie et s’installe définitivement à Copenhague ; avec son mari, elle rend visite à Ibsen à Munich, en 1876. L’auteur trouve alors les rapports du couple si idylliques qu’il baptise leur foyer « une maison de poupée ». Mais le mariage de Laura Kieler allait connaître une grave crise avec la maladie de son mari. Elle contracte un emprunt ; la réaction du mari semble avoir été proche de celle de Helmer. Le choc sera tel, pour Laura, qu’elle devra se faire soigner dans une maison de santé.

Voici un extrait de la pièce :

Nora : Bah, en attendant nous pourrons toujours emprunter !

Helmer : Nora ! (S’approchant d’elle, lui tirant l’oreille d’un air badin)
 Toujours aussi insouciante, hein ? Supposons que j’emprunte mille couronnes et que tu les dépenses pendant les fêtes et que la veille du Jour de l’An une tuile me tombe sur la tête.

Nora : (Lui mettant une main sur la bouche) Oh non, ne parle pas ainsi !

Helmer : Si, supposons, – que deviendrais-tu ?

Nora : Si une chose pareille devait arriver, ça me serait bien égal d’avoir des dettes.

Helmer : Et les gens à qui j’aurais emprunté ?

Nora : Qui parle d’eux ? Ce sont des étrangers.

Helmer : Nora, Nora ! Ah, vous les femmes ! Sérieusement, Nora, tu connais mes opinions à ce sujet. Pas de dettes ! Ne jamais emprunter ! Il y a toujours un manque de liberté, quelque chose de laid dans un foyer qui est fondé sur des dettes et des emprunts. Nous avons tenu bon jusqu’ici ; nous tiendrons encore le peu de temps qu’il faudra.

Nora :(Se dirigeant vers le poêle) Bien, bien ; comme tu voudras, Torvald.

Helmer : (la suivant) Allons, allons, ma petite alouette, il ne faut pas rabattre ses ailes de dépit. Alors ? Il boude, le petit écureuil ? (Sortant son porte-monnaie) Nora, regarde un peu ce que j’ai ici !