La vie d’un simple – Émile Guillaumin

Emile Guillaumin [XIXe-XXe s] Image

J’aime beaucoup les romans de terroir car ils nous ancrent dans nos racines profondes et permettent de ne pas oublier d’où nous venons. Ce livre raconte la vie d’un paysan dans la deuxième partie du XIXe siècle. Il a un double intérêt : connaître le quotidien de cette partie de la population et s’intéresser à l’Histoire avec un grand H qui constitue le décor. Emile Guillaumin, l’auteur, n’est pas un romancier comme un autre puisqu’il est (ou plutôt « était » puisqu’il est décédé en 1951) un paysan lui-même (et j’utilise ici le terme non pas avec la connotation péjorative qu’il peut malheureusement avoir mais bien avec tout le sens noble qu’on peut lui conférer).

Il ne s’agit pas ici d’une autobiographie. L’auteur écrit la vie du narrateur, Etienne Bertin dit Tiennon, et de sa famille. D’après la préface, ils auraient réellement existé. C’est à travers eux qu’il va dénoncer cette dure vie de labeur, les problèmes entre métayers et propriétaires, le regard des gens du bourg sur cette classe sociale méprisée… 

L’écriture est à la fois simple, claire et intéressante, il n’y a aucun temps mort. Ne comptez pas sortir le nez du bouquin avant de l’avoir fini !

Extrait : 

La soupe était notre pitance principale ; soupe à l’oignon le matin et le soir, et, dans le jour, soupe aux pommes de terre, aux haricots ou à la citrouille, avec gros comme rien de beurre. Le lard était réservé pour l’été et les jours de fête. Avec cela des beignets indigestes et pâteux d’où les dents s’arrachaient difficilement, des pommes de terre sous la cendre et des haricots cuits à l’eau, à peine blanchis d’un peu de lait. On se régalait les jours de cuisson à cause du tourton et de la galette, mais ces hors-d’oeuvre étaient vite épuisés. Ah ! les bonnes choses n’abondaient guère !