Le mariage de Corneille

Voici une anecdote tirée du Tome II des Anecdotes littéraires ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier  et de plus intéressant aux Écrivains François  depuis le renouvellement des Lettres sous François Ier jusqu’à nos jours.

(J’ai rétabli une orthographe moderne pour une meilleure compréhension du texte)

Corneille se maria singulièrement. Il se présenta un jour plus rêveur qu’à l’ordinaire devant le Cardinal de Richelieu, qui lui demanda s’il travaillait toujours : Il lui répondit qu’il était bien éloigné de la tranquillité nécessaire pour la composition, et qu’il avait la tête renversée par l’amour. Il en fallut venir à un plus grand éclaircissement, et il dit au Cardinal qu’il aimait passionnément une fille du Lieutenant Général d’Andely et qu’il ne pouvait l’obtenir de son père. Le Cardinal voulut que ce père si difficile vînt lui parler à Paris. Il arriva tout tremblant d’un ordre si imprévu, et s’en retourna bien content d’en être quitte pour avoir donné sa fille à un homme qui avait tant de crédit.
La première nuit de ses noces qui se firent à Rouen, Corneille fut si malade que l’on écrivit à Paris qu’il était mort.

La mésaventure d’Alfred de Musset

Cette anecdote est tirée du livre suivant :  Etude et Récits sur Alfred de Musset, Alix de Janzé, Paris, Librairie Plon, 1891. 

Une aventure singulière qu’Alfred aimait à raconter avait failli compromettre sa candidature [à l’Académie]. Dans sa tournée de visites réglementaires, il va voir un jour le comte de Saint-Aulaire au château d’Etioles, près de Corbeil.

Comme il arrivait à la grille, un chien crotté, le poil hérissé, entre derrière lui, pénètre à sa suite dans le château sans qu’il y prenne garde, le suit dans le salon où il se tient d’abord timidement à l’écart. Le comte arrive, reçoit le poète avec la grâce affable d’un seigneur d’autrefois, et, après une spirituelle et aimable causerie, lui demande de « lui faire ainsi qu’à sa famille le plaisir de rester à dîner. »

Ce qu’entendant le chien, et comme s’il eut compris ce que ce mot de dîner renfermait de promesses, il relève l’oreille, agite la queue, signe de contentement comme on sait de la race canine, et s’en vient faire le beau et flatter le maître de ce logis hospitalier. Le comte, persuadé que cet affreux chien appartient à son hôte, lui fait, à regret, une petite caresse mais il se disait :
« il faut avouer que les poètes ont de vilains compagnons ; » et le poète, de son côté, s’étonnait de voir un pareil chien dans une maison si bien ordonnée.

L’animal, enhardi par cet accueil, se met à son aise, se vautre sur les meubles, et bientôt il suit la compagnie dans la salle à manger, où il se livre aux plus indiscrètes demandes, qu’il couronne en dérobant le rôti qu’il emporte pour le dévorer. « Voilà un chien de bon appétit », fait doucement M. de Saint-Aulaire. Alfred de Musset comprend alors le quiproquo dont il est victime, et il s’écrie : « Monsieur le comte, et vous, Madame, sachez que je ne connais pas le moins du monde cet affreux animal… Et moi, stupide, qui le croyais de la maison ! » La contrainte que la compagnie avait eu peine à dissimuler se dissipa aussitôt et fit place à une vive hilarité.

À ce moment le chien reparaissait repu et triomphant ; inutile de dire qu’il fût châtié et chassé comme le méritait son effronterie.

A quoi tient cependant le succès, même à l’Académie ! 

Montfort-L’Amaury

Cette charmante petite ville située dans les Yvelines contient quelques petits trésors d’architecture et notamment les vestiges du château des Montfort détruit lors de la guerre des cent ans. Victor Hugo, dont la mère demeura à cet endroit quelques temps, en a parlé dans un de ses poèmes dont je vous livre le début :

« Je vous aime, ô débris ! et surtout quand l’automne

Prolonge en vos échos sa plainte monotone.

Sous vos abris croulants je voudrais habiter,

Vieilles tours, que le temps l’une vers l’autre incline,

Et qui semblez de loin sur la haute colline,

Deux noirs géants prêts à lutter. »

Voici quelques photos…

La tour dite « Anne de Bretagne »
La maison de la mère de Victor Hugo
Hommage à Anne de Bretagne
L’Eglise Saint-Pierre
Une rencontre impromptue !

Diderot l’insoumis…

Je continue avec les anecdotes… C’est l’été, c’est léger, c’est sympa…

On connait les déboires de Denis Diderot concernant ses écrits. Cependant, on passe sous silence l’arrestation de janvier 1743. Âgé alors de presque 30 ans (vous allez voir que le « presque » est important), Diderot souhaite épouser Anne-Antoinette Champion. Oui mais voilà, il n’a pas, justement, atteint les 30 ans, âge de la majorité matrimoniale. Il est donc contraint de demander l’autorisation à son père… qui refuse tout net de valider un mariage qui lui apparaît comme insensé : Anne-Antoinette, lingère, n’a pas de dot et le rejeton n’a aucune ressource. Sachant que le futur écrivain a passé son temps, dans sa jeunesse, à user de stratagèmes pour obtenir de l’argent de son père, ce dernier n’entend pas subir à nouveau les bêtises de ce fils insoumis. Ni une, ni deux, il le fait arrêter et enfermer dans un monastère, à Troyes.

Ah, on ne plaisantait pas à cette époque !!! 

Pour l’anecdote, Diderot s’évada et lorsque ses 30 ans sonnèrent, il épousa sa promise.

Les Plumes chez Emilie : Vitesse

Voici la liste des mots à insérer : Précipitation, pied, éclair, boîte, courir, vélo, temps, diligence, minute, pédales, risquer, ralentir, remède.

L’accident

Le docteur arrêta sa diligence devant la ferme des Martin et entra sans perdre une minute dans la vieille maison familiale. Personne. La cuisine embaumait, un repas était en train de mijoter sur le vieux poêle. Il regarda sa montre à gousset : 11h30. Il n’avait pas chômé encore ce matin ! Une dizaine de patients à visiter, il n’avait pas vu passer le temps.

– Madame Martin ?

Rosalie Martin passa la tête dans l’escalier, tel un diable sorti de sa boîte.

– Montez docteur, c’est pour Antoine, il est dans sa chambre.

Le docteur monta les marches un peu abruptes, se demandant comment il n’y avait pas plus d’accidents dans ces vieilles chaumières où les escaliers étaient irréguliers, les planchers brinquebalants. Le petit patient était là, les paupières gonflées par les larmes. Il remarqua son pied, enflé et bleui.

– Alors Antoine, que t’arrive-t-il ?

Le temps que le petit lui réponde, il manipulait doucement le pied, palpant la région plantaire avec attention.

– Je suis tombé de vélo… répondit le petit en grimaçant de douleur.

– C’est arrivé hier Docteur, pendant l’orage. Toinou était allé aider son oncle à rentrer ses vaches. Il y a eu un éclair, il a eu peur et a perdu le contrôle de son vélo. Un mauvais coup de pédale et il s’est retrouvé à terre. Il boitait, on a cru que c’était le coup mais ce matin ça avait enflé.

Le médecin farfouilla dans sa trousse, en sortit un tube de pommade.

– Avez-vous un linge propre que l’on pourrait tailler en bandes ?

– Oui, bien sûr Docteur. Alors, qu’est-ce qu’il a mon Toinou ? Ce n’est pas grave au moins ?

– Non, rassurez-vous, c’est une belle entorse. Il regarda le petit, soulagé par le ton rassurant du praticien. Je vais te donner des remèdes contre la douleur, à ne prendre que si tu ne la supportes plus. Mais il va falloir être patient Antoine. Tu vas guérir à condition de ne pas poser le pied par terre avant un mois.

Des larmes roulèrent sur les joues du jeune blessé. Il ne pourrait pas participer à la course de la kermesse et gagner le beau lot du vainqueur : un énorme jambon qu’il aurait voulu offrir à sa mère qui se saignait aux quatre veines pour les faire vivre depuis que son père était parti rejoindre ses ancêtres. Le docteur comprit de suite la tristesse d’Antoine.

– Allez, petit, ce sont des choses qui arrivent. Tu es jeune et ça va bien se remettre. Mais il ne faut pas ralentir la guérison en faisant des efforts. La kermesse est dans une semaine. Si tu te mets à courir, tu risques de te blesser davantage. Tu ne voudrais quand même pas qu’on t’appelle le boiteux toute ta vie? Alors pas de précipitation jeune homme, dit-il en massant la cheville et en lui faisant un bandage.

– Mais oui Toinou, le docteur a raison, tu vas rester tranquille. Tu concourras l’an prochain, rien ne presse ! Combien je vous dois Docteur ?

Il connaissait la famille Martin depuis longtemps, s’était rendu au chevet de Robert lorsqu’il avait fait sa crise cardiaque. Il savait bien que Rosalie ne pouvait pas le payer.

– Il est presque midi et l’odeur de ce plat qui mijote a aiguisé mon appétit. Si vous acceptez que je reste manger avec vous, nous serons quittes. Je sais que vous êtes une excellente cuisinière.

– Oh, mais bien sûr, dit Rosalie en rosissant. Tenez, descendons, vous pourrez vous installer. Toinou, je vais te monter ta part, il faut que tu manges.

Antoine se redressa dans son lit. Les paroles sensées du médecin l’avaient réconforté.

– Docteur ?

– Oui, Antoine ?

– Merci pour tout !

Le praticien lui fit un clin d’oeil. Ce gosse de dix ans était déjà mature à son âge. Il savait qu’il écouterait ses conseils.