L’Île de la liberté – Jean-François Zimmermann

Quatrième de couverture :

Le Fortune est un navire de la Compagnie maritime hollandaise commandé par un pirate français humaniste, Olivier de L’Aubertière. Il rêve de fonder une république libre et égalitaire. Pour parvenir à ses fins, il lui faut des hommes, qu’il recrutera par un discours convaincant, et de l’argent, qu’il obtiendra en rançonnant des navires marchands.
Dans le même temps, Paul, sous couvert de sa soutane, intègre une expédition dans le but inavoué de s’approprier les richesses des mines d’or du sud de l’Afrique. Les deux frères tracent chacun leur route sans se douter que cela va les amener à se rejoindre en plein océan Indien…

Mon avis :

Je ne vous présente plus cet auteur dont je suis fan. Ce livre est en fait une réécriture de deux précédents ouvrages : La Rivière d’or et Libertas. Pourquoi une réécriture ? D’abord parce qu’un auteur n’est jamais satisfait de lui-même, ensuite parce qu’il est difficile de se séparer de ses personnages et enfin, parce que certains éditeurs le demandent.

Faire de deux romans une seule histoire, voilà un travail qui me laisse admirative car je ne sais pas très honnêtement si je pourrais le faire. Lorsque j’ai lu L’Île de la Liberté, je ne savais pas encore qu’il s’agissait de cela. Je pensais qu’il s’agissait d’un nouvel opus reprenant des personnages que j’aime tout particulièrement. Certains passages me parlaient mais sans pour autant avoir l’impression d’avoir déjà lu l’oeuvre. C’est vraiment réussi !

Bravo, très cher Jean-François, pour cet admirable travail. Si vous avez déjà lu les romans cités plus haut, n’hésitez pas, vous pouvez lire celui-ci sans problème.

Les clarificateurs – Eric Bourdon

Eric Bourdon [XXe / XXIe s] Eric-Bourdon-roman-thriller-Les-Clarificateurs

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Présentation : 

Déjà six ans ! Six ans que Mike Jannings travaille sans relâche pour la puissante organisation américaine des Clarificateurs, qui diffuse des méthodes de développement personnel révolutionnaires aux quatre coins de la planète.
La disparition tragique de son père, possédé par une haine troublante des clarificateurs, lui a permis d’évoluer à toute vitesse dans la hiérarchie secrète de l’Organisation.
Mais alors que Mike va enfin pouvoir s’approcher de son mystérieux Fondateur, les traits de la personnalité qu’il commence peu à peu à distinguer lui semblent étrangement familiers…

Mon avis :

Les Clarificateurs… Mais qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? Alors, je vais reprendre le sens qu’en donne Astrid, clarificatrice, à Mike : « le principe d’une clarification est de retraverser à deux les incidents que tu as traversés tout seul en leur temps, et la définition d’un incident est un moment de ton passé où tu as été mis en danger par une force qui t’était, à ce moment-là, exagérément supérieure et qui t’a submergé… Tant que tu restes seul, l’incident continue à te dominer, même des années ou des décennies après qu’il se soit produit. Tu ne peux l’analyser et en reprendre le contrôle qu’au moment où tu le retraverses en compagnie d’un clarificateur. »

Le lecteur va pouvoir suivre Mike à travers son parcours. Un incident a marqué son enfance : le père tambourine à sa porte en pleine nuit, voulant rentrer, le forcer à le faire se lever. Mais pourquoi ? Au fur et à mesure de cette thérapie pour le moins bizarre, Mike parvient à reconstituer le puzzle. On non alors, ne comptez pas sur moi pour vous donner des indices ! Il faudra le lire ! Mais ce que je peux vous dire, c’est que ce roman est prenant. On a envie de secouer Mike, de lui dire « mais allez, tu vas accoucher oui ? Pourquoi, oui POURQUOI ton père veut-il absolument que tu te lèves ? Qu’est-ce que cela cache ? » Bien évidemment, notre imagination fertile s’emballe. On imagine les pires scénarios. Pourtant… on ne sera pas au bout de nos surprises. Et lorsque que le psychanalyste du père de Mike est retrouvé mort à son domicile, on halète, on VEUT SAVOIR !!!

Le romancier joue très finement sur la psychologie. Celle de son personnage mais aussi celle de son lecteur qui dévore les pages pour connaître enfin cette vérité. Sur fond de société secrète, bien hiérarchisée, presque intemporelle, on frôle la folie. On se demande même comment Mike, à force d’être « clarifié », ne devient pas cinglé. Ce thriller donne à réfléchir sur tous ces groupuscules sectaires que rien n’arrête. Et c’est avec une écriture très agréable qu’Eric Bourdon parvient à nous amener dans ce monde.

Vous aurez compris que j’ai vraiment apprécié ce roman. Il me reste à ajouter que le roman contient également quelques textes intéressants de deux autres auteurs, Muriel Parsy et Antoine Defoort. Du deux en un que je considère comme un petit cadeau.


Depuis l’écriture de cette critique, Eric Bourdon a fait son chemin. Je vous propose de le retrouver sur son site.

Marie sans Terre – Yves Jacob

Yves Jacob [XXe-XXIe s] Image

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Marie n’a rien à voir avec Jean sans Terre. Elle n’a aucun lien non plus avec la petite Marie que chante Francis Cabrel… Celle-ci est la fille de Prudence qui, comme le nom ne l’indique pas, est une alcoolique vivant de menus boulots et de ses charmes pour vivre. Marie et Robert, son frère aîné, vont souvent dormir à la belle étoile, dans des fossés ou dans des étables lorsque certains fermiers, moyennant ce que vous savez avec la mère, accepteront de les héberger. Les seuls amis des enfants sont les poux qui caracolent joyeusement sur eux. La vie est rude pour ces pauvres hères. Nous sommes ici au XXe siècle, dans l’entre-deux-guerres. Oui, je sais, l’on aurait pu croire que l’on était au Moyen Âge ou dans ce XIXe siècle si bien décrit par Zola. Pourtant, il n’en est rien. Et l’on se rend à l’évidence que les progrès industriels et techniques ne touchent pas toute la société. Les campagnes, et notamment ici la campagne normande, voient déambuler les laissés pour compte qui essaient de s’accrocher à la vie coûte que coûte. 

Cette pauvre Marie cumule les déboires. Si encore elle était entourée de chaleur familiale ! Son père est mort. Quant à sa mère, le texte est explicite : « Après la mort du père, il n’était resté personne pour défendre Marie, car si Prudence affectionnait Robert, elle détestait sa fille. C’était pour elle une enfant non désirée, une bouche de trop à nourrir. » Et si Prudence voit en elle un fardeau, plus tard, lorsque la petite travaillera dans les fermes, elle deviendra une manne financière. Peut-on s’étonner dès lors qu’elle aille de ferme en ferme pour fuir sa génitrice ? Quel avenir se profile à l’horizon pour une gamine de onze ans ? Que deviendra-t-elle lorsque la Seconde Guerre Mondiale éclatera ?

Yves Jacob dissèque ici la vie des « petites gens » avec justesse et passion. Son écriture est fluide, très agréable à lire. Oh, je sais ce que vous allez dire : « elle aime les romans de terroir, donc c’était gagné ! » Si la première partie de la phrase est juste, la deuxième ne coule pas de source. Mais ici, Marie sans Terre n’est pas qu’un simple roman régionaliste. Il s’agit d’une biographie romancée. Car Marie a réellement existé et elle revit sous cette magnifique plume que je ne connaissais pas jusqu’à présent. Croyez-moi, je vais bien vite réparer cette lacune ! 

Les Vieilles – Pascale Gautier

Pascale Gautier [XXe - XXIe s] Image

Ce roman est une véritable bouffée de fraîcheur. On y retrouve non pas des clichés sur les personnes âgées mais la façon dont elles évoluent dans la vie quotidienne. Car qui ne connaît pas une Madame Rousse, sourde comme un pot, faisant profiter de sa télé à tous les voisins, une petite mamie qui conduit encore sa voiture – danger public mais elle s’en fout – alors que cela fait (au moins) 30 ans qu’elle ne devrait plus ou une autre qui prend un malin plaisir à faire enrager sa bru ?

Le livre est conçu pratiquement comme un huis-clos, le lieu principal étant une résidence de ce petit village du Trou (je ne plaisante pas ! C’est vraiment ainsi qu’il s’appelle dans le texte), résidence dans laquelle arrive une « petite jeune », Nicole, tout juste à la retraite. Le texte n’est pas qu’humoristique d’ailleurs. On passe assez facilement du sourire à la tendresse, de la tendresse à la tristesse… Car ce roman, bien que fictionnel, nous ramène à une triste réalité et nous donne à réfléchir sur l’isolement de nos personnes âgées…

Allez, je vous laisse, j’ai une soudaine envie d’aller téléphoner à ma mamie…

Avenue des géants – Marc Dugain

Marc Dugain [XXe - XXIe] Avenuedesgeants

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Connaissez-vous Edmund Kemper ? De mon côté, j’ignorais son existence jusqu’à la lecture de ce livre. Cet homme est un tueur en série américain, ayant commencé ses crimes à l’âge de 15 ans. Ses grands-parents furent ses premières victimes. Surnommé « l’Ogre de Santa Cruz », il est toujours emprisonné à l’heure actuelle. Marc Dugain, dans ce roman, va largement s’inspirer de la vie de Kemper afin de créer son personnage, Al Kenner. Création ? Peut-être pas finalement car le destin de son personnage est semblable en tous points, ou presque, à celui du tueur. Ce serait presque une biographie romancée si ce n’était un ou deux événements qui changent. Mais alors, me demanderez-vous, qu’a-t-il d’original, ce roman ?

Ce qui m’a le plus étonnée, c’est que bien que sachant ce qu’il s’est passé, après recherches, je me suis mise, au fur et à mesure, à douter, à me demander si Al était vraiment le meurtrier. Le roman est conçu de telle sorte que le lecteur entre dans la psychologie (romancée, cette fois, je vous l’accorde) du jeune homme. Et c’est justement ce qui fait froid dans le dos. Al est d’un calme olympien, relatant les choses sans une once de pitié, sans aucun scrupule ni esquisse de regret. 😱