La Maison Bataille – Olivier Szulzynger

La maison bataille

Quatrième de couverture :

«Les enfants des paysans envahissent les villes, qui doivent faire face à la plus formidable vague d’immigration de leur ­histoire ? des dizaines de fois plus importante que celle des ­réfugiés, dont l’arrivée occupe aujourd’hui les gros titres des ­journaux. Ces exilés ont laissé derrière eux des ­millions de maisons vides, dont certaines deviennent des maisons ­secondaires, afin de permettre aux nouveaux citadins de croire qu’ils ont toujours un lien avec la terre, avec l’existence d’autre­fois ; lien purement imaginaire, Frédéric en a la conviction. Cependant, c’est vers l’une d’elles qu’il a choisi de rouler…»
Frédéric Bataille, jeune compositeur, vient s’établir dans la maison familiale de Camporeils, dans les Pyrénées catalanes. L’occasion de se plonger dans l’histoire de sa famille. L’amertume de Louis, les regrets de Jeanne, la jalousie maladive de Marie, ne sont-ils pas autant de symptômes de la « malédiction des Bataille » que le grand-père croyait avoir rompue en permettant aux siens d’échapper à la condition de paysans ? Dans ce premier roman, Olivier Szulzynger s’interroge : peut-on se soustraire aux malentendus et névroses qui structurent une histoire familiale et la constituent en ­destin ?

Mon avis :

Ce livre est une petite madeleine de Proust pour moi. J’ai vécu 30 ans dans la région décrite, d’où le fait que je tenais absolument à le lire. Je remercie d’ailleurs Babelio et son opération Masse Critique, ainsi que les Éditions de l’Aube pour cette découverte. Ajoutons également à ceci que j’apprécie particulièrement les romans de terroir et vous avez la recette d’un livre qui ne pouvait que me plaire.

La saga des maisons familiales est souvent âpre : soit chacun veut sa part sans rien faire, soit il y a la vente et, avec cette dernière, l’envol de tous les souvenirs d’enfance. On revit, grâce à ce roman, l’histoire fictive de cette maison associée à l’Histoire (avec un grand H cette fois). Et cela fait écho en moi car c’est l’histoire de la maison familiale paternelle (mais j’étais trop jeune, lorsqu’elle a été vendue, pour m’en souvenir vraiment) et, plus récemment, celle de ma belle-famille… Une petite maison dans les Cévennes, l’Histoire sans cesse apprise dans les cartes postales et les photos des ancêtres (notamment la Première Guerre Mondiale)… et sa vente soudaine, brutale, par l’héritière qui ne l’avait jamais aimée et qui préférait s’en débarrasser… Bien entendu, il y a des histoires bien plus heureuses mais ce n’est pas le cas dans ce livre.

J’ai aimé ce roman pour toutes ces raisons. L’auteur, Olivier Szulzynger, met en relief avec précision les liens familiaux, les déchirures, les non-dits et les névroses qui peuvent amener au pire.

Extrait :

La maison est ramassée sur elle-même. La façade est en pierres sèches. Il n’y a pas d’ouverture au rez-de-chaussée, et seulement une rangée de quatre fenêtres au premier et au deuxième étage. Les fenêtres, étroites comme des meurtrières, sont fermées par des volets verts en bois. La peinture s’écaille. Le noir rouille des ardoises contraste avec le gris jaunâtre du mur. Pierres contre pierres. Minéral.
Cette maison est semblable à toutes celles du village. Banale. Pourquoi a-t-elle suscité autant de passion ? C’est le nid des Bataille. Ils y habitent depuis des siècles. D’innombrables générations de paysans s’y sont succédé. Mais Frédéric ne ressent aucun frisson en glissant la clé dans la serrure de la porte en bois.
Cliquetis de ferraille rouillée. (P47)

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Canicule – Jane Harper

CaniculeJaneHarper

Quatrième de couverture :

Kiewarra. Petite communauté rurale du sud-est de l’Australie. Écrasée par le soleil, terrassée par une sécheresse sans précédent. Sa poussière. Son bétail émacié. Ses fermiers désespérés.

Désespérés au point de tuer femme et enfant, et de retourner l’arme contre soi-même ? C’est ce qui est arrivé à Luke Hadler, et Aaron Falk, son ami d’enfance, n’a aucune raison d’en douter. S’il n’y avait pas ces quelques mots arrivés par la poste :

Luke a menti. Tu as menti. Sois présent aux funérailles…

Revenir à Kiewarra est la dernière chose dont Aaron a envie. Trop vives sont encore les blessures de son départ précipité des années auparavant. Trop dangereux le secret qu’il a gardé pendant tout ce temps. Mais Aaron a une dette, et quelqu’un a décidé que le moment est venu de la payer…

 

Mon avis :

J’avais vu passer ce livre sur le blog de Belette, The Cannibal Lecteur. Et je dois bien avouer que j’ai passé quelques bonnes heures de lecture ! Ce roman m’a fait cet effet :

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C’est vous dire ! Alors, de quoi ça parle (pour ceux qui n’aiment pas lire les quatrièmes de couverture) ? Le Sud-Est de l’Australie fait face à la canicule depuis deux ans. Pas le moment de demander si quelqu’un a du feu ou de faire un barbecue ! Pas le moment non plus de titiller les gens qui ont les nerfs à fleur de peau ! Au point de dézinguer toute sa famille ? Il semblerait en tous les cas ! Car dans la famille Hadler, on réclame la carabine ! Luke aurait ainsi tué sa femme, Karen, et son fils, Bill avant de se tirer une balle en pleine poire. Pourquoi a-t-il laissé Charlotte, le bébé, en vie ? Mystère ! C’est son ami d’enfance, Aaron Falk qui va enquêter. Cependant, celui-ci n’est vraiment pas le bienvenu. En effet, il y a des années en arrière, une jeune fille, Ellie, avait été retrouvée noyée. Celle-ci, côtoyait les deux garçons et tout accusait Falk. Querelle d’amoureux ayant mal tournée ? N’avait-il pas supporté qu’elle choisisse Luke ? Pourtant, ce dernier avait toujours dit qu’ils étaient, Aaron et lui, à la chasse aux lapins. En voyant le carnage de sa famille, Luke n’aurait-il pas été capable de ce meurtre en sachant qu’elle tournait autour de son copain ? Deux enquêtes étroitement imbriquées dans ce trou paumé où chacun fait sa loi…

Ce roman est aussi aride que des champs de maïs brûlés par le soleil ! On se met tour à tour dans la peau des personnages, on pousse la porte du bar pour éviter la déshydratation, on essaie de comprendre ce qu’il s’est passé… et on se prend un bel uppercut au final ! Eh bien moi, je dis BRAVO !

 

Extrait :

La lumière accueillait peut-être Luke Hadler quand il rentrait chez lui le soir, mais quelque chose d’autre inhérent à cette communauté malheureuse, désespérée, s’était immiscé à travers cette porte d’entrée dans sa maison. Et ce quelque chose avait été suffisamment puissant, malveillant et funeste pour éteindre cette lumière à jamais.

Le Cœur cousu – Carole Martinez

coeur-cousu

Quatrième de couverture :

Dans un village du sud de l’Espagne, une lignée de femmes se transmet depuis la nuit des temps une boîte mystérieuse… Frasquita y découvre des fils et des aiguilles et s’initie à la couture. Elle sublime les chiffons, coud les êtres ensemble, reprise les hommes effilochés. Mais ce talent lui donne vite une réputation de magicienne, ou de sorcière. Jouée et perdue par son mari lors d’un combat de coqs, elle est condamnée à l’errance à travers une Andalousie que les révoltes paysannes mettent à feu et à sang. Elle traîne avec elle sa caravane d’enfants, eux aussi pourvus – ou accablés – de dons surnaturels. Carole Martinez construit son roman en forme de conte : les scènes, cruelles ou cocasses, témoignent du bonheur d’imaginer. Le merveilleux ici n’est jamais forcé : il s’inscrit naturellement dans le cycle de la vie.

 

Mon avis :

Comme je ne fais jamais rien comme tout le monde, je viens à peine de lire ce roman alors qu’il s’agit du tout premier livre de cette romancière que j’aime beaucoup. Mais Moyen Âge oblige, j’avais commencé par Du Domaine des Murmures suivi de La Terre qui penche.

Ce roman ne déroge pas à la règle : je l’ai adoré ! Pourtant, je ne suis pas trop attirée par le fantastique, sauf lorsque c’est bien écrit ce qui est le cas ici. Je suis encore moins attirée par la couture… comme quoi, ce livre n’était pas fait, de prime abord, pour me plaire. Cependant, le récit de Soledad est magique et poignant. Elle nous décrit sa mère, Frasquita, et son don. La boîte à couture est un vecteur magique, sa puissance et sa force… l’instrument de sa perte également. Ses cinq filles et son garçon auront eux aussi des dons. Nous sommes dans une sorte de conte élaboré dans lequel la famille Carasco est le point de mire. Ces gens différents ne peuvent pas plaire, surtout dans un petit village. N’est-ce pas ce regard, d’ailleurs, qu’a voulu mettre en avant Carole Martinez ?

Le texte est vraiment différent des deux autres. Mais l’écriture est toujours aussi fine et ciselée. Lire un roman de Carole Martinez, c’est s’installer dans son canapé et profiter de grands moments. On en ressort conquis !

 

Extrait :

Il y avait tant de bobines, tant de couleurs dans cette boite qu’il lui semblait impossible qu’il existât assez de mots pour les qualifier. De nombreuses teintes lui étaient totalement inconnues comme ce fil si brillant qu’il lui paraissait fait de lumière. Elle s’étonnait de voir le bleu devenir vert sans qu’elle y prenne garde, l’orange tourner au rouge, le rose au violet. Bleu, certes, mais quel bleu ? Le bleu du ciel d’été à midi, le bleu sourd de ce même ciel quelques heures plus tard, le bleu sombre de la nuit avant qu’elle ne soit noire, le bleu passé, si doux, de la robe de la Madone, et tous ces bleus inconnus, étrangers au monde, métissés, plus ou moins mêlés de vert ou de rouge. Qu’attendait-on d’elle ? Que devait-elle faire de cette nouvelle palette qu’une voix mystérieuse lui avait offerte dans la nuit ? Bombarder de couleurs le village étouffé par l’hiver. Broder à même la terre gelée des fleurs multicolores. Inonder le ciel vide d’oiseaux bigarrés. Barioler les maisons, rosir les joues olivâtres de la mère et ses lèvres tannées. Elle n’aurait jamais assez de fil, assez de vie, pour mener à bien un tel projet. Elle se rabattit donc sur l’intérieur de la maison.

Le Bateau ivre – Arthur Rimbaud

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Lorsqu’on pense à Rimbaud, on pense à cet adolescent suggéré dans On n’est pas sérieux quand on a 17 ans ou au poète sérieux du Dormeur du val.  La poésie n’est pas vraiment le genre que je préfère mais je dois bien avouer que celle de Rimbaud me touche particulièrement par sa diversité, sa finesse, sa violence parfois. Je retrouve ces trois caractéristiques dans ce long poème, Le Bateau ivre, qui est d’une pure beauté. Son originalité, dans un premier temps, réside dans cette image du bateau, représentation métaphorique du poète. On sent toute la rébellion du jeune Rimbaud qui n’en fait qu’à sa tête jusqu’à faire naufrage… naufrage bienfaisant d’ailleurs car il va découvrir ainsi d’autres contrées poétiques, se perdre dans les mots pour mieux rebondir.

Extrait : 

Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissé descendre où je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu’un bouchon j’ai dansé sur les flots
Qu’on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’œil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sures,
L’eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Le Horla – Maupassant

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Maupassant est incontestablement le maître de la Nouvelle. Jonglant avec brio du texte réaliste (Aux champs ; Le Papa de Simon) au texte fantastique (Le Horla), il surprend le lecteur par sa finesse et sa façon de mettre en relief ce qu’il veut dénoncer. Il est vrai que je l’apprécie tout particulièrement dans cet exercice.

Le Horla reste ma Nouvelle préférée (que je viens de relire pour la … fois… je ne compte plus). Cette façon de mettre en scène ce narrateur hanté par un être invisible qui l’obsède à tel point qu’il dépérit est sublime. Et ce qui est fascinant, je trouve, c’est de ne pas savoir si le narrateur est l’auteur. Certains pourront y voir une simple Nouvelle fantastique, d’autres y trouveront des indices autobiographiques donnant une autre dimension à cette histoire. Lorsqu’on sait que Maupassant commençait à être atteint de folie, cela peut donner à réfléchir.

 

Extrait : 

Je le tuerai. Je l’ai vu ! Je me suis assis hier soir, à ma table ; et je fis semblant d’écrire avec une grande attention. Je savais bien qu’il viendrait rôder autour de moi, tout près, si près que je pourrai peut-être le toucher, le saisir ? (…) Donc je faisais semblant d’écrire, pour le tromper, car il m’épiait lui aussi ; et soudain, je sentis, je fus certain qu’il lisait par-dessus mon épaule, qu’il était là, frôlant mon oreille.
Je me dressai, les mains tendues, en me tournant si vite que je faillis tomber. Eh bien ?… on y voyait comme en plein jour, et je ne me vis pas dans la glace ! Elle était vide, claire, profonde, pleine de lumière ! Mon image n’était pas dedans… et j’étais en face, moi !

La Prophétie Charlemagne – Steve Berry

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J’ai honte… J’ai lu ce livre depuis… hum… des mois puisqu’il m’a été offert pour mon anniversaire (oui, oui, en novembre) et je pensais en avoir fait une fiche. Je m’aperçois que ce n’est pas le cas et, par ricochet, que la personne qui me l’a offert doit se demander ce que je fabrique !

J’ai un avis assez mitigé. Commençons par le négatif afin de finir sur une note enjouée : le fait d’avoir à suivre plusieurs histoires un peu complexes m’a légèrement contrariée. J’en arrivais à revenir sur mes pas pages pour savoir où j’en étais. Disons que c’est la partie la moins fluide. D’autre part, je pense que ce roman aurait mérité d’être plus court. En effet, il s’essouffle (et nous avec) sur la fin et j’avoue m’être demandée où voulait en venir l’auteur. Voilà pour ce qui m’a le plus ennuyée.

Passons aux choses positives : l’Histoire, vous le savez, est une de mes passions et l’associer à un thriller est souvent pour moi gage d’une lecture-plaisir. D’autant plus ici que l’on fait le grand saut entre le Moyen Âge et le XXe siècle (avec la 2de guerre mondiale)… deux périodes qui intriguent et avec lesquelles on peut, en tant qu’écrivain, s’en donner à cœur joie avec les mystères qui les caractérisent. Il n’y a rien de farfelu (le piège, en général) et l’intrigue se tient.

Steve Berry a écrit bon nombre de romans et je pense en lire un ou deux autres afin de voir si ce que je lui reproche se retrouve dans ses écrits.

 

Extrait :

Cela faisait vingt-six ans qu’il servait son pays à bord de sous-marins, diesels ou nucléaires. Seul un aspirant sur cinq était accepté à l’académie des sous-mariniers, où les épreuves physiques, les entretiens psychologiques et les tests de réflexe poussaient chaque recrue dans ses retranchements. Son premier capitaine avait épinglé sur sa poitrine ses dauphins d’argent, et, depuis, il avait lui-même rendu cet honneur à de nombreux autres. Alors il savait à quoi s’en tenir. Fin de la partie. Curieusement, il ne pensait qu’à une chose lorsqu’il rejoignit le central, résolu à agir comme s’il leur restait une chance, à défaut d’y croire. Il pensait à son fils. Son fils de dix ans. Qui grandirait sans son père.

Le Dernier gardien d’Ellis Island – Gaëlle Josse

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Depuis le temps que j’entends parler de ce livre sur la blogosphère, il devenait urgent que je le lise (d’autant plus qu’il figurait dans ma PAL). J’ai passé un moment très agréable et appris des choses.

Ce court roman (une centaine de pages) condense les ressentis des fonctionnaires de cette petite île devenue, à partir de 1892, un centre d’immigration, – passage obligé pour atteindre le Graal, les États-Unis -, mais aussi ceux de ces hommes et femmes qui fondaient tous leurs espoirs (et leurs économies) en débarquant sur ce petit bout de terre. Le narrateur qui, comme le titre l’indique, est le dernier gardien (le centre ferme en 1954), dévoile ses années passées au service de l’immigration, un travail qui aura marqué sa vie.

L’écriture de Gaëlle Josse est très belle. Elle donne vie à ce centre, à ce gardien nous faisant passer par toutes les émotions… mais aussi à ces pauvres gens que l’on peut alors imaginer, entassés, faisant la queue pour subir, avant toute chose, le contrôle d’hygiène, passeport vers la terre promise. On sent à quel point la romancière s’est documentée et a assimilé cette histoire afin de nous en faire part. Un grand bravo !


Extrait :

Pendant quarante-cinq années – j’ai eu le temps de les compter -, j’ai vu passer ces hommes, ces femmes, ces enfants, dignes et égarés dans leurs vêtements les plus convenables, dans leur sueur, leur fatigue, leurs regards perdus, essayant de comprendre une langue dont ils ne savaient pas un mot, avec leurs rêves posés là au milieu de leurs bagages. Des malles, des cantines, des paniers, des valises, des sacs, des tapis, des couvertures, et à l’intérieur tout ce qui reste d’une vie d’avant, celle qu’ils ont quittée, et qu’ils doivent, pour ne pas l’oublier, garder dans un lieu fermé au plus profond de leur cœur afin de ne pas céder au déchirement des séparations, à la douleur de se souvenir des visages qu’ils ne reverront jamais.