Histoire de la Marquise-Marquis de Banneville – Abbé de Choisy

Lorsque Madame la marquise de Banneville vit mourir son mari au combat, elle se jura que l’enfant qu’elle portait ne devrait pas subir le même sort. Pour cela, mieux valait que ce soit une fille. Ainsi, le sort de l’enfant fut scellé. 

Lorsque le bébé vint au monde, c’était, on s’en doute, un garçon. Mais ordre fut donné d’annoncer que la petite Mariane (non, je n’ai pas fait de faute, il n’y a bien qu’un seul « n » dans le texte) était née. Ainsi, la petite marquise fut élevée en ce sens. Ses traits fins, sa beauté charmaient tous ceux qui la croisaient.

Mais arriva ce qui devait arriver… Elle tomba amoureuse d’un charmant marquis et demanda à sa mère si elle pouvait l’épouser… Je n’en raconte pas davantage.

Cette nouvelle a le mérite d’être à la fois ancrée dans son époque, le XVIIe siècle, et de reprendre des faits connus de celui qui deviendra l’Abbé de Choisy, François-Timoléon. En effet, sa mère l’habilla en fille jusqu’à l’âge de 18 ans car elle le voulait dans les petits papiers de Monsieur, le frère du Roi Louis XIV. Autres temps, autres moeurs, dit le proverbe… Ce qui pourrait nous surprendre semble être non pas courant, mais, disons, accepté à cette époque.

Lisez cette nouvelle, la fin vaut le détour ! 

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Abbé de Choisy

Pays : France

Nombre de pages : 88

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Le Chat botté – Charles Perrault

Quel plaisir de se replonger dans ce conte ! Et j’y ai pris d’autant plus de plaisir que je ne m’en souvenais plus. C’est donc avec un oeil neuf, ou presque, que j’ai relu ce court texte mettant en scène un chat et son propriétaire, surnommé Le Marquis de Carabas par le félin. L’histoire en est simple : le chat, qui est l’unique héritage du dernier fils d’un meunier, veut faire épouser à son maître la fille du Roi. Il parvient même à bout de l’ogre dont la taille physique n’est en rien comparable à la petitesse du cerveau.

La morale en est la suivante : rien n’est plus important que le savoir-faire et l’ingéniosité. Ces deux aspects sont représentés ici par le chat qui mettra tout en oeuvre pour arriver à ses fins. Cependant, est-ce vraiment une morale ? On peut se poser la question. Car le chat utilise le mensonge pour que son maître devienne un grand de ce monde. Serait-ce une critique cachée de la bourgeoisie ?

Ce conte est apparu dans le recueil des Contes de ma Mère l’Oye, en 1697. On peut y reconnaître les statuts sociaux de l’époque : le Roi (guère plus futé, finalement, que l’Ogre) représente le plus haut rang de la société, la noblesse incarnée. Sa fille n’est ici décrite que physiquement. Elle n’a pas vraiment de rôle dans le conte. Comme dans la société, elle est « la fille du roi » et rien d’autre. Le fils du meunier est le symbole du « petit », celui à qui on ne laisse pas la parole. Les personnages humains sont dépassés par le chat qui démontre que l’on peut survivre dans ce bas monde grâce à la feinte, à la ruse, à l’escroquerie. Alors, le Chat botté est-il un conte amoral ?

Extrait :

Courant toujours bien devant le carrosse, le chat se retrouva,

soudain, face à un immense château que possédait un ogre.

Le plus méchant ogre qu’on puisse

imaginer mais, aussi, le plus riche de tous.

« Monsieur l’ogre, on m’a dit mais j’en doute que vous avez le don de vous

transformer en toutes sortes d’animaux.

Vous en doutez, eh bien, regardez ! »

Et l’ogre se transforma en lion.

De peur, le chat fit un énorme bond jusqu’au toit où il regretta de porter des

bottes, pas très pratiques pour marcher sur les tuiles.

« Oh ! Quelle peur vous m’avez faite. Mais vous pouvez aussi vous changer en toute

petite bête, une fourmi, une mouche, encore plus fort, une souris ? »

Et l’ogre se transforma en une petite souris blanche… et le chat, en bon matou

qu’il était, se jeta, aussitôt, sur la souris et la croqua d’un seul coup de dents.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Conte

Auteur : Charles Perrault

Pays : France

Nombre de pages : 32

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Saint-Amant

« Messieurs, j’ai cinquante ans de liberté sur la tête », s’écriait un jour celui que l’on appelait le bon gros Saint-Amant, en frappant du poing sur la table d’un cabaret. Personnage truculent s’il en est, le sieur de Saint-Amand, né Marc-Antoine Girard (1594-1661), fils de marin, courut les mers de bonne heure, vit l’Afrique et l’Amérique et composa, à Belle-Île-en-Mer, l’ode qui le rendit célèbre : À la solitude (1619). Normand d’origine, il se fixa quelque temps à Paris où il fréquenta bien plus volontiers les cabarets que les salons. Le besoin d’évasion se faisant sentir, il roula sa bosse dans les armées, sur les flottes, en ambassades, dans les cours, allant de France en Angleterre, d’Espagne en Italie, de Flandre en Pologne et en Suède, et ce, de 1627 à 1651.

Sa poésie fut empreinte de descriptions pittoresques, de peintures satiriques et bouffonnes, de caricatures. Académicien, il fut chargé des termes burlesques à inscrire dans le dictionnaire. Son tort fut de vouloir couronner sa carrière poétique par une œuvre de plus longue haleine, une idylle héroïque : Moïse sauvé (1653). Celle-ci ne trouva pas grâce devant Boileau. C’est Théophile Gautier qui le réhabilita en le plaçant dans sa galerie des Grotesques.

*****

La solitude (extrait)

O ! que j’aime la solitude !
Que ces lieux sacrés à la nuit,
Éloignés du monde et du bruit,
Plaisent à mon inquiétude !
Mon Dieu! Que mes yeux sont contents
De voir ces bois qui se trouvèrent
A la nativité du temps,
Et que tous les Siècles révèrent,
Être encore aussi beaux et verts,
Qu’aux premiers jours de l’Univers !

Un gai zéphyr les caresse
D’un mouvement doux et flatteur.
Rien que leur extrême hauteur
Ne fait remarquer leur vieillesse.
Jadis Pan et ses demi-dieux
Y vinrent chercher du refuge,
Quand Jupiter ouvrit les cieux
Pour nous envoyer le Déluge,
Et se sauvant sur leurs rameaux,
A peine virent-ils les eaux.

Que sur cette épine fleurie,
Dont le printemps est amoureux,
Philomèle au chant langoureux
Entretient bien ma rêverie !
Que je prends de plaisir à voir
Ces monts pendants en précipices,
Qui, pour les coups du désespoir
Sont aux malheureux si propices,
Quand la cruauté de leur sort,
Les force à rechercher la mort !


Le melon (extrait)


Quelle odeur sens-je en cette chambre ?
Quel doux parfum de musc et d’ambre
Me vient le cerveau réjouir
Et tout le cœur épanouir ?
Ha ! bon Dieu ! j’en tombe en extase :
Ces belles fleurs qui, dans ce vase,
Parent le haut de ce buffet,
Feraient-elles bien cet effet ?
A-t-on brûlé de la pastille ?
N’est-ce point ce vin qui pétille
Dans le cristal, que l’art humain
A fait pour couronner la main
Et d’où sort, quand on en veut boire,
Un air de framboise à la gloire
Du bon terroir qui l’a porté
Pour notre éternelle santé ?

Non, ce n’est rien d’entre ces choses,
Mon penser, que tu me proposes.
Qu’est-ce donc ? je l’ai découvert
Dans ce panier rempli de vert :
C’est un MELON, où la nature,
Par une admirable structure,
A voulu graver à l’entour
Mille plaisants chiffres d’amour,
Pour claire marque à tout le monde
Que, d’une amitié sans seconde,
Elle chérit ce doux manger
Et que, d’un souci ménager,
Travaillant aux biens de la terre,
Dans ce beau fruit seul elle enserre
Toutes les aimables vertus
Dont les autres sont revêtus.

… Ha ! Soutenez-moi, je me pâme,
Ce morceau me chatouille l’âme ;
Il rend une douce liqueur
Qui me va confire le cœur ;
Mon appétit se rassasie
De pure et nouvelle ambroisie,
Et mes sens, par le goût séduits,
Au nombre d’un sont tous réduits.

Non, le cocos, fruit délectable
Qui lui tout seul fournit la table
De tous les mets que le désir
Puisse imaginer et choisir,
Ni les baisers d’une maîtresse
Quand elle-même nous caresse,
Ni ce qu’on tire des roseaux
Que Crète nourrit dans ses eaux,
Ni le cher abricot que j’aime,
Ni la fraise avecque la crème,
Ni la manne qui vient du ciel,
Ni le pur aliment du miel,
Ni la poire de Tours sacrée,
Ni la verte figue sucrée,
Ni la prune au jus délicat,
Ni même le raisin muscat
(Parole pour moi bien étrange),
Ne sont qu’amertume et que fange
Au prix de ce MELON divin,
Honneur du climat angevin.

… Ô manger précieux ! Délices de la bouche !
Ô doux reptile herbu, rampant sur une couche !
Ô beaucoup mieux que l’or, chef-d’œuvre d’Apollon !
Ô fleur de tous les fruits ! Ô ravissant MELON !
Les hommes de la Cour seront gens de parole,
Les b… de Rouen seront francs de vérole,
Sans vermine et sans gale on verra les pédants,
Les preneurs de pétun auront de belles dents,
Les femmes des badauds ne seront plus coquettes,
Les corps pleins de santé se plairont aux cliquettes,
Les amoureux transis ne seront plus jaloux,
Les paisibles bourgeois hanteront les filous,
Les meilleurs cabarets deviendront solitaires,
Les chantres du Pont-neuf diront de hauts mystères,
Les pauvres quinze-vingt vaudront trois cents Argus,
Les esprits doux du temps paraîtront fort aigus,
Maillet fera des vers aussi bien que Malherbe,
Je haïrai Faret, qui se rendra superbe,
Pour amasser des biens, avare je serai,
Pour devenir plus grand, mon cœur j’abaisserai.
Bref, Ô MELON sucrin, pour t’accabler de gloire,
Des faveurs de Margot je perdrai la mémoire.
Avant que je t’oublie et que ton goût charmant
Soit biffé des cahiers du bon gros SAINT-AMANT.

Histoire véritable et prodigieuse sur la vie, la mort & punition d’un homme… – Jean d’Ameron

Je suis tombée par hasard sur ce petit texte dont voici le titre complet : Histoire veritable et prodigieuse sur la vie, la mort & punition d’un homme qui a esté condamné par arrest à estre pendu & estranglé & puis bruslé, pour avoir tué son Père aux Alleux le Roy, prés Poissy, & a qui le Diable à tords le col estant sur l’Eschelle.

Ce texte du XVIIe siècle a été écrit par un juge, Jean d’Ameron. Celui-ci a fait arrêter Louis Le Febure, dit Malengrené, pour avoir tué son père, Simon. Le juge commence donc par une description de la famille en bonne et due forme : identité du père, de la mère et des frères. S’ensuit ensuite une réflexion sur la façon dont Louis a été élevé. Une éducation somme toute bizarre puisque le père faisait combattre ses fils et offrait au vainqueur du vin. Le vaincu, quant à lui, avait droit au fouet. Bien que riche, le père leur apprenait également à voler, notamment les poules des voisins… Charmant !

Peut-on, dès lors, s’étonner que Louis devienne violent, au point de donner des coups de couteau à l’un de ses frères et d’en arriver ensuite à l’acte ultime avec la figure paternelle ?

Ce court texte d’une quinzaine de pages mérite vraiment d’être lu, non seulement par curiosité mais encore pour les commentaires de ce juge peu objectif.

Extrait : (Je modernise l’écriture)

Ce père avait si bien appris et accoutumé les enfants au larcin, qu’ils dérobaient à lui-même tout ce qu’ils lui pouvaient attraper, et, par leur mauvaise vie, se rendaient si odieux à tout le monde, qu’on les tenait pour la peste du pays, étant fuis de ceux qui vivaient honnêtement, et n’étant hantés que des désespérés et perdus comme eux.

Donc, ou fusse pour le larcin et dépense que ces malheureux enfants faisaient à ce misérable père, ou par une vengeance divine, le désastre tomba sur cette maison, laquelle, comme elle était auparavant remplie de biens et de prospérité, fut comblée de misères et d’adversité : de sorte que ce père et cette mère, sur la fin de leurs jours, étaient presque contraints de demander leurs vies par aumônes.

Pour lire le texte en entier, je vous invite à aller ici.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Droit

Auteur : Jean d’Ameron

Pays : France

Nombre de pages : 15

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