Misti – Guy de Maupassant

Misti est une très courte nouvelle de Maupassant que je découvre dans mon édition de la Pléiade (cadeau du papa noël). Elle est parue pour la première fois dans la revue Gil Blas du 22 janvier 1884.

L’histoire en est relativement simple (en même temps, en cinq pages, il est difficile de faire quelque chose de complexe !) : le narrateur cumule les maîtresses. Elles doivent être mariées et, comble du comble, il faut également que leurs époux lui conviennent : « J’ai encore un faible, c’est d’aimer les maris de mes maîtresses. J’avoue même que certains époux communs ou grossiers me dégoûtent de leurs femmes, quelque charmante qu’elles soient. Mais quand le mari a de l’esprit et du charme, je deviens infailliblement amoureux fou. J’ai soin, si je romps avec la femme, de ne pas rompre avec l’époux ». Bref, ce grossier personnage cumule également les perversions ! Sa maîtresse du moment, Emma, était la femme d’un inspecteur, souvent absent. Les deux amants se retrouvaient donc chez elle, sous l’oeil d’un gros chat noir, Misti. Un soir, alors qu’ils étaient de sortie dans un assommoir de Montmartre, ils font la rencontre d’une vieille dame, « une sorcière » selon le narrateur, qui prédit à la jeune femme une mort dans son entourage. Elle leur conseille de se rendre chez elle le lendemain pour en apprendre un peu plus. Le narrateur prend cela à la légère mais cette prédiction bouleverse Emma. En se rendant dans l’appartement de cette dame, Emma découvre un gros chat noir, empaillé, ressemblant étrangement à Misti.

Je n’irai pas plus loin pour ne pas déflorer l’histoire. Ce court texte fait des références à Zola, ainsi qu’aux propres romans de l’auteur (Bel-Ami ; Une vie). Il est très agréable à lire.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Maupassant

Pays : France

Nombre de pages : 5

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Léa – Jules Barbey d’Aurevilly

Jules Barbey d'Aurevilly [XIXe s / France ; Nouvelles] Image

Non, je ne me suis pas trompée de couverture. Léa est une nouvelle qui appartient à ce recueil (au même titre qu’Une page d’histoire et que Le cachet d’Onyx).

Amédée de Saint-Séverin et Réginald de Beaugency, élevés ensemble bien que n’étant pas frères de sang, reviennent de leur long voyage en Italie (trois ans). Un retour somme toute forcé puisque la sœur d’Amédée, Léa, est bien malade. Ils avaient laissé une gamine de treize ans et retrouvent une belle jeune fille de seize ans. Belle ? Du moins au yeux de Réginald car la pauvre adolescente se meurt d’un mal inconnu. La mère découvre que celui-ci éprouve pour sa fille un sentiment déraisonnable vu la situation. Elle le met en garde. Réginald va être ainsi tiraillé entre la raison et l’amour.

Le sujet est typique du XIXe siècle : l’amour impossible, la confrontation entre le cœur et l’esprit, la passion dévorante créant une sorte de dépression chez celui qui la subit… Mais n’oublions pas que l’auteur n’est pas quelqu’un à tomber dans le piège de la mièvrerie ! Il va faire sortir de ce thème un texte magistral ! Une nouvelle, une vraie de vraie, avec une chute brillante de concision. Et quel style ! Allez, je vous laisse la lire.

Extrait : 

Qui ne sait pas que tous nos amours sont de la démence ? que tous nous laissent à la bouche la cuisante absinthe de la duperie ? et l’expérience ne l’avait-elle pas appris à Réginald ? Eh bien, de tous ces amours passés et de tous ces amours possibles, le plus insensé était encore ce dernier. Qu’espérait-il en le nourrissant ? Dans six mois cette jeune fille serait portée au cimetière. D’ailleurs y avait-il en elle des facultés aimantes ? Saurait-elle jamais ce que c’est que l’amour ? Ce que ce mot-là signifie, alors que tant de femmes restent hébétées devant ce sentiment qu’elles font naître ? Angles de marbre et d’acier que toutes ces questions, contre lesquelles Réginald se battait le front avec fureur.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Jules Barbey d’Aurevilly

Pays : France

Nombre de pages : 38

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Le Chat du Neptune – Ernest d’Hervilly

Ernest d'Hervilly [XIXe s / France ; Nouvelle] Image

Connaissez-vous Ernest d’Hervilly (1839-1911) ? Il était à la fois journaliste, poète, écrivain et dramaturge. C’était un ami de Victor Hugo. Il n’écrivit pas moins d’une cinquantaine d’oeuvres.

Que raconte Le Chat du Neptune ? Alors qu’ils se trouvaient sur le navire à vapeur Le Neptune, l’équipage et les passagers aperçoivent au loin un navire en détresse. Ils s’en approchent afin de lui venir en aide mais découvrent qu’il s’agit là d’un bâtiment errant, abandonné. A leur grande surprise, ils y aperçoivent un chat, unique passager de l’embarcation. Ils le recueillent et le lieutenant Coquillard, qui le prend sous sa protection, le baptise « Tom ». Cet homme est naturaliste. Il prend plaisir à empailler tout ce qui peut l’être. Là, il se rend d’ailleurs au Havre pour offrir sa collection au musée. Mais c’est sans compter sur Tom qui est une calamité en puissance et détruit tout sur son passage. Les oiseaux empaillés ne font pas long feu. Tom fait ensuite la connaissance du perroquet, bien vivant, du commandant. Il apprend ainsi, à ses dépends, qu’il ne faut pas embêter l’animal ! Il en est quitte pour une belle blessure à la patte. Mais pensez-vous que cela mit fin à ses agissements ? Je vous laisse lire cette courte nouvelle pour le savoir.

Publié en 1886, ce petit texte de 24 pages est très agréable à lire. Il semblerait qu’il soit adressé à un jeune public. On ne trouve pas grand chose (autant dire rien) sur celui-ci. Le narrateur est omniscient. Il implique le lecteur dans l’histoire. Ne cherchez pas de morale ou autre, il n’y en a pas. Il s’agit simplement d’un petit écrit faisant passer un moment agréable. 

Si vous souhaitez lire cette nouvelle, cliquez ici.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Ernest d’Hervilly

Pays : France

Nombre de pages : 24

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Colomba – Prosper Mérimée

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Cette nouvelle a été écrite par Mérimée après un voyage en Corse. Dans le village de Fozzano, près de Sartène, il fit la connaissance d’un homme en proie à une vendetta pour avoir tué deux de ses ennemis. Il rencontra également une certaine Colomba, alors âgée de 65 ans, en conflit avec une famille depuis des lustres. Cette Colomba avait une fille de 20 ans. Nul doute que dans sa nouvelle, Mérimée ait prêté l’histoire de la mère à la fille. 

Le texte commence par la présentation d’un irlandais, Sir Thomas Nevil et de sa fille Lydia, revenant d’un voyage en Italie et faisant escale à Marseille. A l’hôtel où ils se trouvent, ils dinent avec l’ancien adjudant de Thomas, le Capitaine Ellis, subjugué par la Corse. Lydia, qui s’était ennuyée en Italie, est charmée par tout ce que lui raconte l’invité. Elle veut absolument aller dans ce pays. Thomas déniche une goélette en partance pour Ajaccio. Lydia fait un caprice : personne ne doit embarquer avec eux. Le patron demande cependant la permission de prendre avec lui un de ses parents, Orso della Rebbia, un militaire. Le père accepte et la fille fait la moue (on s’en doute). Un soir, elle va se balader sur le pont et entend un matelot chanter. Il était question de meurtre et de vengeance. Elle apprend par la suite que cette chanson avait été composée à la mort du père d’Orso. Ce dernier devient alors à ses yeux digne d’intérêt, d’autant plus qu’à son arrivée sur l’île, elle comprend qu’un mystère plane autour de ce dernier. 

Orso della Rebbia retrouve sa sœur, Colomba, belle jeune fille d’une vingtaine d’années. Lydia comprend qu’il y a un fort contentieux entre les Rebbia et les Barricini… une sorte d’histoire à la Roméo et Juliette, en plus sanglant… Et lorsque Colomba lui offre une arme, un stylet, Miss Nevil se dit que l’histoire est loin d’être finie… A vous de voir ! Cette Colomba est digne d’Electre, la sœur d’Oreste qui vengea, à travers ce dernier, la mort de leur père, Agamemnon. Elle a la même volonté, la même force de caractère.

Cette nouvelle, vous l’aurez compris, tourne autour de la vendetta. Simple nouvelle ? Oh non, n’en déplaise aux critiques de l’époque qui n’apprécièrent guère le manque de profondeur psychologique. Au premier rang des détracteurs se trouvait Victor Hugo qui trouvait que Mérimée était un « homme naturellement vil ». Peut-être était-ce parce que Sainte-Beuve, l’amant d’Adèle, le trouvait génial ? Mais là n’est pas le propos…

Voyage à mon bureau, aller et retour – Joseph Poisle-Desgranges

Joseph Poisle-Desgranges (1823-1879) est un poète et romancier français tombé dans l’oubli. Féru de mots, de jeux linguistiques, il commença par écrire un recueil intitulé Cent et une fables où il put exercer son art poétique.

Le roman Voyage à mon bureau, aller et retour (dont le titre n’est pas sans rappeler celui de Xavier de Maistre, Voyage autour de ma chambre) a été publié en 1861. Avec humour, l’auteur dénonce la bureaucratie dans toute sa splendeur. Il faut dire qu’il s’y connaît puisqu’il travaille à l’administration des Postes. Peut-être Courteline s’en inspira-t-il d’ailleurs lorsqu’il publia, en 1893, son fameux Messieurs les ronds-de-cuir?

Les chapitres, au nombre de 38, sont courts et savoureux. L’auteur ne s’embarrasse pas de longues descriptions. Il préfère se poser tout un tas de questions, rhétoriques pour la plupart, rendant ainsi le texte à la fois cocasse et savoureux.