Agatha Raisin : Coiffeur pour dames (T8) – M.C Beaton

Traducteur : Marina Boraso

Agatha a un vrai coeur d’artichaut. Lorsqu’elle fait la connaissance de ce coiffeur aux doigts magiques qui lui fait la cour, elle se demande bien si elle va résister. Mais elle a quand même des soupçons. C’est qu’elle est enquêtrice notre héroïne, souvent à ses dépends mais elle aime ça. Et lorsque John, ou plutôt Monsieur John comme on l’appelle là-bas, s’écroule dans les toilettes de son salon tout en ayant vomi ses tripes, on se dit bien qu’elle avait peut-être raison.

J’avais besoin d’une lecture légère après avoir affronté la violence du dernier roman dont je vous ai fait la critique il y a deux jours. Et quoi de mieux que de retrouver cette petite bonne femme bourrue que j’adore ? Alors bon, on ne va pas se mentir, on retrouve souvent la même trame : un homme lui fait du charme et il meurt. Hum… finalement, il ne fait pas bon de la côtoyer de trop près ! 😂 Mais que demande-t-on à un tel bouquin si ce n’est de nous faire sourire et de nous vider la tête ? Eh bien, une fois de plus, c’est réussi ! Et ceci dit, mine de rien, pour l’avoir un peu expérimenté, il est très difficile d’arriver, dans un polar, à faire une fin qui se tienne et qui surprenne le lecteur. Moi, rien que pour ça, je suis admirative !

N.B : Je ne les lis pas dans l’ordre donc ne cherchez pas sur ce blog les critiques précédentes. Vous trouverez celles des tomes 1, 2 et 14.

Représailles – Florian Églin

Se balader en famille peut parfois être dangereux… et ce ne sont pas Tom et Adèle qui diront le contraire. Alors qu’ils sont sur une route corse, en voiture avec leurs deux petites filles, ils sont suivis par une grosse voiture qui, visiblement, les prend en chasse. Ce ne sont pas des policiers… Mais que veulent ces gens ? La peur les prend et Tom décide de s’arrêter afin de voir ce qu’il en est. Après tout, que veulent-ils ? Erreur Tom ! Tu as mis le doigt dans l’engrenage !

En ouvrant ce livre, je ne pensais pas qu’il serait aussi addictif ! Impossible de le quitter ! Alors oui, c’est sombre, c’est noir, c’est gore… c’est tout ce que l’on veut. Il y a du sexe, du sang et des larmes. On arrive à des extrêmes et j’avoue que certaines scènes auraient pu me couper l’appétit (oui, je mets le conditionnel car il en faut beaucoup pour me l’ôter 😂). Âmes sensibles s’abstenir ! Mais toute cette noirceur n’est pas là pour rien. Non seulement elle sert l’histoire bien sûr, mais elle amène, sous des dehors presque épiques, à réfléchir sur la violence, sur sa transmission, sur les clans, sur les guerres familiales se transmettant de génération en génération sans qu’au final, on sache réellement pourquoi…

Bref, ce fut un véritable uppercut ! Je vais lire un livre plus léger à présent, histoire de me remettre de tout ça. Ça m’a bien secouée mais j’en redemande !

Je remercie Babelio, les Éditions Baconnière ainsi que l’auteur pour ces heures intenses de lecture.

Ce soir on soupe chez Pétrone – Pierre Combescot

Pierre Combescot [XXe-XXIe s] Petrone

Quatrième de couverture :

« Un péplum votre roman ? On y retrouve bien évidemment de la toge, du drapé chic, de la chaise curule, du chapiteau corinthien, des petits musclés du cirque mais également des latrines bien romaines où il me plaît de siphonner tous les vices et bien des vertus trop ostentatoires des faux culs de cette époque, qui peut, par certains côtés, renvoyer à la nôtre. Alors, un conte moral ? Plutôt amoral. En fait c’est une chronique sur Pétrone, l’ami du prince – Néron -, l’arbitre des élégances, et l’auteur de ce que nous appelons aujourd’hui le Satiricon, premier grand roman picaresque de l’histoire de la littérature, peuplé de fiers « picaros » et de tendres canailles. Pétrone est un entrepreneur de démoralisation. De démolition également. Démolition du langage par l’argot glané dans les bouges de Marseille, au temps de sa jeunesse, car Pétrone fut marseillais avant d’être romain. Démolition des idées reçues : Pétrone fait table rase de toutes les conventions ; et en épicurien, il s’amuse, à l’ombre des idées nihilistes. Au moment de s’éclipser sur la pointe des pieds, il ne vous laisse en partage que sa vérole, et de grands éclats de rire au crépuscule.»

Mon avis :

Il s’agit ici d’une chronique tenue par Lysias, proche de Pétrone. Avec la même verve que ce dernier, il va nous décrire la vie de celui-ci, sorte de pied-de-nez à tous ceux qui pensent que l’auteur du Satiricon n’a jamais existé. Bien entendu, il ne s’agit ici que de pure fiction puisque cette chronique n’a jamais existé. Cependant, il faut admirer la prouesse de Pierre Combescot qui s’est vraiment bien documenté et qui fait oublier la fiction. Le lecteur se retrouve plongé au cœur du monde antique, entre Pétrone, Juvénal ou encore Néron.

Certes, le style pourra ne pas plaire car le registre employé est souvent familier. Néanmoins, il convient de remettre les choses dans le contexte et de cesser de croire que les latins ou les grecs ne parlaient qu’en hexamètres dactyliques.

Ce soir on soupe chez Pétrone 
pourra apprendre énormément au lecteur car, sous des dehors un peu légers, toute l’histoire antique est là. Pierre Combescot pousse même à aller au-delà et à s’intéresser davantage à ce monde qui a tendance à être considéré comme difficile d’accès.

L’avis de François Nourissier éclaire assez bien ce livre : « Érudit, crapoteux, capiteux, licencieux, merdouillard, parfumé, encanaillé, mais un rien snob – voici un péplum de Pierre Combescot. […] De la caleçonnade à l’antique, mais pratiquée par un amateur de haute volée ! » (Le Point)

Les contes du chat perché – Marcel Aymé

Marcel Aymé [XXe s] Marcel-Ayme-Contes-Folio-2

« Ces contes ont été écrits pour les enfants âgés de quatre à soixante-quinze ans. Il va sans dire que par cet avis, je ne songe pas à décourager les lecteurs qui se flatteraient d’avoir un peu de plomb dans la tête. Au contraire, tout le monde est invité. Je ne veux que prévenir et émousser, dans la mesure du possible, les reproches que pourraient m’adresser, touchant les règles de la vraisemblance, certaines personnes raisonnables et bilieuses. » Voici un extrait de la préface de ce livre, sorte d’avertissement au lecteur. Car ce livre peut se lire à divers degrés. Ainsi, je l’ai découvert lorsque j’étais à l’école primaire, en CE1 ou CE2. Je me souviens que lorsque l’institutrice prenait le bouquin, c’était alors une bonne heure de lecture. Oui, j’ai eu la chance d’avoir une enseignante qui nous lisait, plusieurs fois par semaine, en fin de journée, lorsque les cerveaux étaient fatigués, des livres passionnants. Et j’attendais ce moment avec impatience. Les histoires de Delphine et Marinette me transportaient dans un autre monde…

Avec du recul, et avec quelques années de plus (oh, juste quelques-unes, hein !), je me rends compte que finalement, les histoires des deux fillettes ne sont pas si idylliques que ça. Leurs parents sont des monstres qui maltraitent les animaux et considèrent que leur progéniture n’est pas des plus intelligentes. On comprend dès lors que l’innocence de Delphine et Marinette leur permet de pouvoir converser avec leurs animaux, êtres également purs et innocents au demeurant. D’ailleurs, c’est toujours auprès d’eux qu’elles trouveront du réconfort. 

Lorsqu’on réfléchit sur les contes et les récits imaginaires s’adressant aux enfants, il en ressort souvent le même constat : les contes ne sont pas vraiment faits pour les enfants. Ils sont plus là pour éduquer les parents et leur faire passer un message. Comment ? Les auteurs avaient tout compris : n’est-ce pas, le plus souvent, les parents qui lisent les contes aux enfants ? 

Bien évidemment, il ne faudra pas se méprendre sur le titre. Le chat Alphonse n’est pas, à proprement parler, le personnage principal. Ceci dit, il ouvre les contes puisqu’on découvre d’entrée de jeu qu’il est un allié de poids pour les fillettes : ces dernières, pour avoir cassé un plat, se retrouvent punies et doivent aller chez leur affreuse tante. Alphonse, qui a le pouvoir de faire pleuvoir en se passant la patte derrière l’oreille déclenche un véritable déluge afin que les petites puissent rester chez elles. Mais toute cette eau abîme les récoltes et les parents veulent le noyer. Il sera sauvé par tous les animaux de la ferme. Ainsi débutent les contes. Je vous laisse à présent les découvrir et passer un bon moment en leur compagnie.

Sincères condoléances – Erling Jepsen

Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark] Image
Traduction : Caroline Berg

Cet opus est la suite de L’Art de pleurer en chœur, petit chef-d’œuvre de cet auteur danois. On retrouve le narrateur, Allan, qui est devenu un homme. Il a désormais la quarantaine, est marié, père d’une petite fille. Il est écrivain. On le retrouve au moment où son père est mort. On apprend qu’ils s’étaient disputés. Allan n’a pas revu ses parents depuis quelques années. Il accepte cependant d’aller voir sa mère. On pouvait s’attendre à ce que la mort du père soit un soulagement. Pourtant, il n’en est rien. Si sa sœur, Sanne, et son frère aîné, Asger, semblent prendre les choses avec philosophie, Allan se met à enquêter sur le décès qui ne lui paraît pas normal.

Le premier roman était déjà noir. Celui-ci l’est, à mon sens, encore plus car il montre un être torturé. Allan se bat à la fois contre l’idée de la mort et contre ses vieux démons qui, soudain, jaillissent du placard sans crier gare. On nage en plein malaise. Là où, généralement, le trépas ressoude les familles, on se rend compte ici que c’est l’angoisse, la rage, la haine qui font office de fil conducteur. Le lecteur referme le livre sans plénitude aucune. Ce huis-clos est abouti.