Les ombres portées, Zola, correspondances intimes – Sophie Guermès

Quatrième de couverture :

Le 10 novembre 1891, un drame survient dans la vie d’Alexandrine Zola. Elle apprend par une lettre anonyme que son mari entretient une liaison avec Jeanne Rozerot, leur ancienne lingère, et qu’il a eu deux enfants avec elle. Dévastée, elle veut se rendre chez sa rivale, mais son mari l’en empêche et charge un ami de mettre à l’abri sa famille jusqu’alors cachée. Plus tard, elle lira les lettres échangées entre les amants.

Chacun des protagonistes de ce drame porte son poids d’ombre, qu’il s’agisse de celle du secret ou de celle de l’inaccompli : le mariage pour Jeanne, la maternité pour Alexandrine, et pour Zola l’absence de « partage du cœur ».

Mon avis :

J’avoue que je ne m’attendais pas à un texte partagé en actes, comme au théâtre car rien ne me le signifiait dans la quatrième de couverture. Je pensais réellement avoir des extraits des différentes correspondances entretenues entre Zola, Jeanne et, pourquoi pas, Alexandrine. Il n’en est rien car il s’agit finalement d’une mise en scène des réactions ou des pensées des différents acteurs de ce drame. Si je m’étais renseignée un peu, j’aurais vu qu’il s’agissait d’une lecture en public, faite, si je ne me trompe pas, au festival de Grignan.

Ceci dit, ce n’est pas bien grave car j’ai vraiment apprécié le fait d’entrer ainsi dans la tête de Jeanne ou d’Alexandrine. Les émotions des deux femmes sont exacerbées, on peut aisément le comprendre. J’ai ressenti une sorte de parti-pris, ce qui sera le seul petit bémol de mon billet, car lorsqu’on referme ce livre, on déteste cordialement Alexandrine qui était pourtant la femme légitime. Je pense que Sophie Guermès a voulu se mettre à la place de Zola qui semblait ne plus rien ressentir envers cette dernière, ce qui a pu me donner cette impression. En tous les cas, cela m’a donné envie d’aller faire des recherches sur cet épisode de la vie privée de Zola, ce romancier qui fait partie, selon moi, des plus grands (oui, je sais, je ne suis pas du tout objective).


Extrait : 

Il lui semblait la voir de nouveau et l’entendre, forçant la porte et cassant tout, hurlant au scandale, mettant le feu, qui sait ? chez celle qui, depuis plusieurs années, n’avait pas cessé de la protéger, hantée par le rêve d’un monde unifié, sans violence ni souffrance, où chacun aurait sa part, dans l’harmonie et la sérénité. C’est ce qui la bouleversait, maintenant que tout était découvert : moins la honte que l’écroulement de ce rêve de paix. (P21)

Challenge Les textes courts. 

Genre : Correspondances

Auteur : Sophie Guermès

Pays : France

Nombre de pages : 68

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Tragédies salutaires – Dario Bicchielli

Dario Bicchielli [XXe-XXIe s / Belgique ; Nouvelles] Image

Quatrième de couverture :

Amour et haine, liberté et oppression, éveil et repos, vie et mort, des mondes antagonistes aux frontières subtiles et capricieuses. Dans ce recueil, ces univers se côtoient sans cesse, se chevauchant et s’alternant au gré des péripéties de parfaits antihéros dont l’anonymat transcende les forces et les faiblesses de la condition humaine. 
« Tragédies salutaires » est le premier livre d’un jeune auteur à la plume cinglante et pourvue d’ironie. Teintées d’humour et de cynisme, ses nouvelles relatent les déboires de personnages attachants aux histoires étonnantes, détonantes et riches en rebondissements.

Mon avis : 

La première nouvelle commence comme une nouvelle de science-fiction que j’avais lue il y a bien longtemps (et dont je suis incapable de me remémorer le titre), ce qui a attiré mon attention. Mais là s’arrête la comparaison car il ne s’agit pas du tout de science-fiction ici mais bien plutôt d’une nouvelle très mordante. Imaginez plutôt : vous vous réveillez de bon matin, vous entendez du bruit au rez-de-chaussée, vous vous levez et vous vous prenez un bon coup de crosse sur le coin du nez (ou plutôt de l’arcade)… Douloureux comme réveil, hein ? Mais si l’agresseur n’était pas celui que vous pensiez ?  
On notera dans ce texte le suspense rendu par les multiples interventions du narrateur. Le ton, associant envolées soutenues et vocabulaire familier, donne une atmosphère à ce court récit très réussi.

La deuxième nouvelle est radicalement différente. Elle nous présente Jack Madison, jeune homme à qui tout souriait et qui aurait pu faire carrière dans le base-ball s’il n’y avait pas eu cette satanée rupture sentimentale à la suite de laquelle il décida de prendre part à la guerre du Viêt Nam… Encore une fois, je n’ai pas vu venir la chute. Dario Bicchielli bichonne son final, croyez-moi ! Il sait surprendre. S’ensuivent quelques « entractes » de haute tenue démontrant, s’il le fallait, que l’auteur sait jouer avec l’humour et les mots.

La troisième nouvelle a pour décor le monde hospitalier. Link va bientôt s’endormir pour l’éternité. Avant cela, il nous offre un grand voyage. Texte très émouvant mais qui donne à réfléchir. Enfin, après un deuxième interlude, la quatrième nouvelle nous projette dans les pensées d’une personne qui, soudain, se retrouve paralysée et se livre à une réflexion intérieure. Enfin, la dernière histoire met en scène l’ennemi public n° 1. Le recueil se termine par de la poésie et l’on pourra remarquer à quel point l’auteur jongle entre prose et poésie, sans filet.

Je ne peux que vous conseiller ce livre brillant, puissant, provocateur et accrocheur ! Je ne suis pas sortie de ma lecture jusqu’à l’ultime page.e

La force des forts – Jack London

Jack London [XIXe / XXe s ; Etats-Unis / Nouvelles] 85190306_p

Cette nouvelle se trouve dans le recueil éponyme datant de 1914 et réédité en 2009 dans cette collection. La Force des forts, écrit en 1911, met en scène une tribu. Le vieux Barbe-en-long raconte à ses petits-fils, répondant aux doux prénoms de Courre-Daim, Poil-de-Carotte et Froussard-de-Nuit, comment les hommes se comportaient sans avoir appris les bonnes manières que ce dernier prit le soin d’inculquer à son fils. Lutte avec les Mangeurs-de-viande, regroupement des individus, création de la tribu. Le narrateur passe en détail avec force exemples marquants, l’origine de la tribu. Puis vinrent les premières lois et toute la difficulté de les faire appliquer…

Ce texte, commençant par une citation d’un certain Lip-King (serait-ce un hommage à Kipling, poète préféré de London ?) « Les paraboles ne mentent pas mais les menteurs s’en servent ». Elle indique donc la nature du texte. Au lecteur de chercher ce que ce texte peut enseigner. Sous une apparence de conte, on pourra y voir comment la société a été créée et, surtout, une certaine dénonciation : les hommes font-ils toujours le bon choix ?

Extrait :

– En fin de compte, la tribu demeurait sans protection et aveugle. Loin de posséder la force de soixante, nous n’avions plus de force du tout. Réunis en grand conseil, nous établîmes nos premières lois. Je n’étais guère qu’un bambin à l’époque, mais je m’en souviens comme si cela datait d’hier. Pour être forts, disait-on, nous ne devions pas nous battre entre nous. Dorénavant tout homme qui en tuerait un autre serait tué par la tribu. D’après une autre loi, quiconque volerait la femme du voisin serait également mis à mort. Car si le possesseur d’un excédent de force l’employait contre ses frères, ceux-ci vivraient dans la crainte, la tribu se désagrégerait et nous redeviendrions aussi faibles que quand les Mangeurs-de-Viande étaient venus nous envahir et tuer Bou-ouf.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Jack London

Pays : Etats-Unis

Nombre de pages : 37

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La punition de l’océan – Daniel Contel

J’ai été intriguée par la couverture d’une part (oui, je succombe souvent grâce ou à cause de celle-ci) mais également par le résumé parlant, je cite, « d’une hypothèse historique hardie autour de la présence Viking dans la Gascogne du Haut Moyen-Âge. »

Vous me connaissez, je vois Moyen Âge et j’accours ! Quant à l’hypothèse Viking, elle n’est pas si farfelue qu’on pourrait le croire. En effet, certains historiens en ont fait mention. C’est à ce moment que l’on se dit que l’auteur s’est bien documenté pour établir son enquête.

J’ai apprécié ce petit roman même si j’avais deviné pas mal de choses bien avant la fin. Je n’ai pas trouvé l’intrigue haletante comme on nous le promettait. En revanche, j’ai passé un très bon moment à la lecture de ce texte à l’écriture plaisante. Et, en ce moment, j’ai justement besoin de ça !

Merci à Babelio et aux Editions Cairn pour ce bon moment (sans vouloir paraphraser quelqu’un !)

Le dernier bain de Gustave Flaubert – Régis Jauffret

J’avais entendu parler de cet auteur sans pour autant le lire. Voilà qui est fait et très honnêtement, je ne regrette pas d’avoir commencé par ce livre. Disons-le sans attendre : j’ai adoré ce bouquin ! L’auteur retrace de manière fictive les dernières pensées de Flaubert lors de son ultime bain. Il sera foudroyé quelques heures plus tard. Lors de ce moment de repos, ses personnages lui apparaissent.

Même si l’histoire est romancée, on l’a bien compris, il n’en reste pas moins que l’auteur s’est amplement documenté sur la vie de Flaubert. J’ai appris de façon très plaisante énormément de choses sur ce romancier que j’aime beaucoup. Il n’y a qu’une petite chose qui m’a déstabilisée et qui est, visiblement, une habitude chez Jauffret : l’emploi des tirets. Pour moi, il signifie qu’une personne parle mais là, ce n’est pas forcément le cas. Le plus souvent, il est là pour marquer une rupture dans les idées.

Quoi qu’il en soit, j’ai vraiment apprécié ce livre que l’on a du mal à quitter.

Un grand merci à Babelio et aux Editions du Seuil pour cette pépite !