Agatha Raisin : Coiffeur pour dames (T8) – M.C Beaton

Traducteur : Marina Boraso

Agatha a un vrai coeur d’artichaut. Lorsqu’elle fait la connaissance de ce coiffeur aux doigts magiques qui lui fait la cour, elle se demande bien si elle va résister. Mais elle a quand même des soupçons. C’est qu’elle est enquêtrice notre héroïne, souvent à ses dépends mais elle aime ça. Et lorsque John, ou plutôt Monsieur John comme on l’appelle là-bas, s’écroule dans les toilettes de son salon tout en ayant vomi ses tripes, on se dit bien qu’elle avait peut-être raison.

J’avais besoin d’une lecture légère après avoir affronté la violence du dernier roman dont je vous ai fait la critique il y a deux jours. Et quoi de mieux que de retrouver cette petite bonne femme bourrue que j’adore ? Alors bon, on ne va pas se mentir, on retrouve souvent la même trame : un homme lui fait du charme et il meurt. Hum… finalement, il ne fait pas bon de la côtoyer de trop près ! 😂 Mais que demande-t-on à un tel bouquin si ce n’est de nous faire sourire et de nous vider la tête ? Eh bien, une fois de plus, c’est réussi ! Et ceci dit, mine de rien, pour l’avoir un peu expérimenté, il est très difficile d’arriver, dans un polar, à faire une fin qui se tienne et qui surprenne le lecteur. Moi, rien que pour ça, je suis admirative !

N.B : Je ne les lis pas dans l’ordre donc ne cherchez pas sur ce blog les critiques précédentes. Vous trouverez celles des tomes 1, 2 et 14.

Sincères condoléances – Erling Jepsen

Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark] Image
Traduction : Caroline Berg

Cet opus est la suite de L’Art de pleurer en chœur, petit chef-d’œuvre de cet auteur danois. On retrouve le narrateur, Allan, qui est devenu un homme. Il a désormais la quarantaine, est marié, père d’une petite fille. Il est écrivain. On le retrouve au moment où son père est mort. On apprend qu’ils s’étaient disputés. Allan n’a pas revu ses parents depuis quelques années. Il accepte cependant d’aller voir sa mère. On pouvait s’attendre à ce que la mort du père soit un soulagement. Pourtant, il n’en est rien. Si sa sœur, Sanne, et son frère aîné, Asger, semblent prendre les choses avec philosophie, Allan se met à enquêter sur le décès qui ne lui paraît pas normal.

Le premier roman était déjà noir. Celui-ci l’est, à mon sens, encore plus car il montre un être torturé. Allan se bat à la fois contre l’idée de la mort et contre ses vieux démons qui, soudain, jaillissent du placard sans crier gare. On nage en plein malaise. Là où, généralement, le trépas ressoude les familles, on se rend compte ici que c’est l’angoisse, la rage, la haine qui font office de fil conducteur. Le lecteur referme le livre sans plénitude aucune. Ce huis-clos est abouti.

L’Art de pleurer en choeur – Erling Jepsen

Erling Jepsen [XXe-XXIe s / Danemark] Image
Traduction : Caroline Berg

Ce livre est un petit bijou. Mais modérons quand même ce propos car il s’agit d’un roman noir, extrêmement noir ! On découvre, à travers un petit narrateur de 11 ans, la vie quotidienne d’une petite ville danoise. Le père tient une épicerie et est confronté à la concurrence puisque Frisk a agrandi la sienne et en a quasiment fait un magasin dans lequel les gens peuvent se servir eux-mêmes. La famille doit donc subir les aléas financiers. Le père du narrateur fait également de belles oraisons funèbres, ce qui, en général, fait fructifier par la suite ses ventes. Jusque-là, le lecteur suit le cours de cette petite famille constituée des parents, du narrateur, de sa sœur, Sanne, et du grand frère qui ne vit plus à la maison, Asger. Pour des raisons qui échappent au garçonnet, ses parents se disputent à cause d’un discours du père. Celui-ci dort alors sur le canapé. Les enfants, qui l’adorent, ne veulent pas le laisser seul, pleurant dans son coin. Sanne le rejoint et se colle à lui, réflexe d’enfant… Mais pourquoi, lorsque son petit frère le lui demande à une autre reprise, ne veut-elle plus dormir avec son père ? Pourquoi se met-elle à trembler de tous ses membres ? Et pourquoi Asger, prévenu, frappe t-il son paternel ? 

C’est à cet instant précis que le lecteur se prend une claque magistrale ! Toute cette pudeur, toute cette finesse lui avaient masqué l’essentiel, la noirceur qui se cachait derrière cette famille qui semblait sympathique au demeurant. Et c’est en ce sens que je dis que ce livre est vraiment une perle. Il dénonce ainsi ce mal qui s’insère dans certaines familles, que personne n’a remarqué mais qui brise à jamais, tant sur le plan physique que moral, d’innocents enfants qui ne seront plus jamais les mêmes. 

Les Proies – Thomas Cullinan

Thomas Cullinan [XXe-XXIe s / Etats-Unis] Image
Traduction : Morgane Saysana

Je recycle mes fiches ! Celle-ci a été écrite en 2015

Guerre de Sécession, 1864. Un officier nordiste, John McBurney est blessé. Il est trouvé par une jeune fille, Amelia Dabney, qui, partie cueillir des champignons dans la forêt, ne trouve rien de mieux que de le ramener à la pension où elle réside. Pourquoi dis-je « ne trouve rien de mieux » ? Tout simplement parce que cette pension, tenue par deux sœurs, Martha et Harriet, est exclusivement féminine (ce qui parait normal d’ailleurs). Et y amener un jeune homme, c’est un peu comme faire entrer le loup dans la bergerie… Vous saisissez ce que je veux dire ? Alors on va me sortir les poncifs de l’Amérique puritaine et gna gna gna mais n’oublions pas que nous sommes au XIXe siècle quand même ! Et, à l’époque, que ce soit aux États-Unis ou en Europe, c’est du pareil au même.  

Bien évidemment, le soldat va profiter de sa position de coq dans la basse-cour (on change d’animal !) pour essayer de séduire les poulettes pensionnaires. Jusqu’au moment où ce qui n’était qu’un petit jeu au départ va basculer et lui échapper. Qui manipule qui ? Et cela va aller loin, très loin ! 

J’ai été déstabilisée par ce roman. Non pas par la noirceur ou la violence, j’ai lu pire ! Non pas par le thème qui est somme toute assez connu. Mais par la forme d’une part et par le rythme de l’autre. Concernant la forme, il s’agit d’un roman choral. Jusque là, rien de nouveau sous le soleil. Mais je pense qu’il y a trop de narratrices pour que l’on arrive à suivre correctement. Vient s’ajouter à cela, je le disais, le rythme : en général, qui dit polyphonie dit rythme vivant. Or, ici, il y a des longueurs. Alors bien sûr, c’est certainement pour donner plus d’ampleur à la torture psychologique… Certes ! Mais je déteste la lenteur ! 

Au final, ai-je aimé ce livre ? Je suis incapable de répondre tout de go. Disons que j’ai aimé le fond mais pas la forme…

L’Académie de l’air – Daniel Marcu

L’Académie de l’air est un recueil de poèmes et manifestes de Daniel Marcu, poète anarchiste roumain se définissant comme étant de l’avant-garde nouvelle. Tiens, me direz-vous, je croyais que tu n’aimais pas la poésie ? Il est vrai que je n’en suis pas friande et encore moins lorsqu’il s’agit de poésies modernes. Mais ici, on suit un cheminement, absurde, peut-être, encore que l’artiste doit y suivre sa voie, mais cela reste des messages, des dénonciations sur notre époque. Il y a quelque chose d’universel là-dedans. Et même si parfois je n’ai pas dû en saisir toute la teneur, peu importe. Ce n’est pas en voyant un tableau une première fois que l’on en comprend toute la portée. D’ailleurs, en parlant de cela, les illustrations sont superbes.

Je vous laisse avec deux vers qui donnent à réfléchir :

« Je lègue la liberté à ceux qui n’ont jamais pleuré la liberté,

mais sont morts des milliers de fois avant de la vivre » (P55)

Un grand merci à Gabrielle Danoux, la traductrice, pour m’avoir offert ce recueil. On ne met pas assez en avant les traducteurs, je m’en rends bien compte et moi la première d’ailleurs, je ne mentionne jamais leur nom. Mais je vais le faire à présent car il y a un vrai travail derrière tout ça et je n’ose même pas imaginer le casse-tête pour arriver à retranscrire des idées poétiques dans une autre langue !