Le Paris du Moyen Âge

Sous la direction de Boris Bove et Claude Gauvard

 

Que l’on soit parisien ou non, ce livre ne peut pas laisser indifférent, d’autant plus lorsqu’on s’intéresse à cette période. Paris a toujours fasciné. Il faut dire qu’à cette époque, elle se démarque d’autres grandes villes en cumulant pratiquement toutes les fonctions (économiques, politiques, intellectuelles, religieuses etc.) là où d’autres n’en avaient qu’une ou deux.

Ce livre est le résultat des recherches de neuf historiens. Il est très agréable à lire et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, le livre en lui-même, imprimé sur papier glacé et richement illustré. Ensuite, sa structure (pour parodier une certaine chanson, ♫♪tout, tout, tout, vous saurez tout sur ce Paris ♪♫) et le style des intervenants. Les textes sont très faciles d’accès pour tout un chacun, sans aucun pédantisme. De la vie monacale, royale, à la vie quotidienne, rien n’a échappé à la sagacité des auteurs.

Un très beau livre !

Une petite prise de vue pour que vous puissiez vous faire une idée :

Publicités

Les enfances de Charlemagne – Rémi Usseil

 

Quatrième de couverture : 

La jeunesse de Charlemagne, telle que la racontent au Moyen Âge les chansons de geste, est un véritable roman d’aventure. Trahi par ses demi-frères adultérins bien décidés à usurper son trône, le jeune Charles doit chercher refuge en Espagne, avec une poignée de loyaux compagnons, à la cour du roi sarrasin Galafre.

Il y fera glorieusement ses premières armes et y gagnera ses éperons de chevalier. Il apprendra cependant que les flèches d’Amour sont plus redoutables que les lances et les épées : tendrement épris de la belle Galienne, le prince devra, pour la conquérir, affronter le terrible géant Braimant et déjouer les manigances du cruel Marsile, le fils de Galafre, qui ourdira un jour la trahison de Roncevaux. Mais cet exil ne peut se prolonger éternellement : le royaume de France, gémissant sous la botte des félons qui se sont emparés de la couronne, attend le retour de son souverain légitime.

Pour conter cette très ancienne histoire, l’auteur a emprunté à la littérature médiévale ses techniques narratives et la diversité bigarrée de ses formes poétiques.

 

 

Mon avis :

Vous me connaissez, je ne résiste pas à la perspective de pouvoir lire un texte en lien avec ma période préférée. Et la tentation est encore plus forte lorsque l’auteur est un passionné, un féru de littérature médiévale, de légendes et d’épopées. Aussi, je remercie déjà Rémi Usseil pour cette très agréable lecture.

Quel travail mes aïeux ! Là, vous ne voyez que la couverture mais la bête fait 450 pages ! C’est un très beau livre, richement illustré, dont la qualité prouve une fois de plus le sérieux de la société d’édition (Les Belles Lettres).

Comme l’auteur le précise dans son introduction, les exploits de jeunesse qui vont nous être narrés ici ne sont pas historiques. Car il va s’intéresser de près au personnage, je cite, « de la légende et de l »épopée, de celui que les quatre derniers siècles du Moyen Âge n’ont cessé de célébrer à travers chansons de geste, romans de chevalerie, chroniques merveilleuses et récits fabuleux. Certes, l’un est pour ainsi dire sorti de l’autre ; l’un est le double de l’autre. » Pour ce faire, il va inventer un narrateur médiéval et retranscrire ainsi une histoire, à la manière des poètes de l’époque. Il en avait fait de même dans son premier livre, Berthe au grand pied.

Rémi Usseil m’impressionne. Son érudition n’a d’égal que sa simplicité. J’ai avalé ce texte et à chaque page tournée, je me demandais quel était son secret pour retranscrire aussi bien, avec les mêmes formes, structures, tons et couleurs une histoire médiévale sortie de son imagination, panachée, certes, de ses multiples lectures. Et si, tout simplement, cela s’appelait… le talent ?

Offrez-le à Noël, vous ferez des heureux !

 

Extrait : 

Il ne s’était écoulé qu’un court moment lorsque Charles fut tiré du sommeil par des mots qui ne sortaient d’aucune bouche visible :

Prince des lys, Jésus m’envoie

Pour te garantir du malheur :

Avant que le jour ne flamboie,

Quitte le camp, fais-toi voleur !

Arme-toi, chevalier sans peur,

Va larronner par les chemins !

Ne tarde point : c’est un honneur

D’obéir aux ordres divins.

Stupéfait de ces paroles, Charles se redressa sur un coude et chercha vainement des yeux, dans la pénombre de la tente, cil qui venait de lui parler de la sorte. (P 300-301)

Berthe au grand pied – Rémi Usseil

 

Quatrième de couverture : 

Ce livre est l’adaptation libre de la légende médiévale qui nous est principalement connue par une chanson de geste (poème narratif originellement destiné à être déclamé en s’accompagnant d’un instrument) du ménestrel Adenet Le Roi. L’histoire de Berthe appartient au cycle de Charlemagne, dont le fleuron le plus célèbre est la Chanson de Roland.Dans ce récit, alors que Berthe au grand pied, future mère de Charlemagne, vient d’épouser le roi de France Pépin le Bref, elle est évincée de la cour par la perfidie d’une servante qui se substitue à elle. Réfugiée auprès d’une modeste famille dans la forêt du Mans, Berthe mène une existence humble et discrète. Mais diverses péripéties vont mettre Pépin sur sa piste… L’auteur a emprunté la voix d’un narrateur médiéval fictif pour conter cette histoire, et parsemé le récit de pièces en vers inspirées de la poésie du Moyen Âge, afin de rendre hommage aux origines lyriques de la légende.

 

Mon avis : 

Avant de vous donner mon avis sur le texte en lui-même, arrêtons-nous tout d’abord un instant sur l’objet-livre auquel la photographie, ici, ne rend qu’un piètre hommage. Il est admirable ! L’épaisse couverture imitant un tissu bleu fait ressortir le titre couleur argent et le détail de la peinture. On s’imagine soudain être l’heureux possesseur d’un manuscrit médiéval. A l’intérieur, le papier glacé, les illustrations et les différentes couleurs procurent une lecture très agréable de ce qu’il convient d’appeler, dès lors, un petit bijou.

Mais venons-en au texte. Passionné par la littérature médiévale, Rémi Usseil n’est pas un novice en la matière. J’ose même ici un jeu de mots puisque l’auteur n’est autre que le détenteur du blog faisant la part belle aux Chansons de Geste : Matière de France. Et en parlant de novice, cette fois, je vais l’être. J’avoue, en rougissant quelque peu, n’avoir jamais lu le texte d’Adenet Le Roi, qui reprenait la légende de Berthe. C’est donc sans référence véritable que j’ai lu celle de Rémi Usseil (depuis, j’ai lu l’autre… lacune réparée… ouf !). Quel talent ! Je devrais même dire… quel trouvère ! On ne perçoit pratiquement pas l’auteur moderne derrière le narrateur médiéval (si ce n’est d’en avoir facilité la compréhension). Imaginez un peu le travail accompli ! Tout y est : le vocabulaire, les structures, certaines formulations.. Je m’incline !

Que dire de plus puisque j’en reste sans voix… Un seul mot, le dernier : BRAVO !

 

Extrait : 

« Elle a voulu m’occire ! lança Aliste en désignant la reine, avec une horreur contrefaite.

– Qu’on s’empare d’elle ! ordonna le roi. Cette femme est devenue folle ! »

Berthe resta un moment figée, les yeux rivés sur la traîtresse, rassemblant péniblement ses pensers épars et discernant trop tard le piège. Lâchant enfin le couteau, elle ouvrit la bouche pour tenter de s’expliquer. C’est alors que Margiste, surgissant dans la pièce en affichant la plus grande consternation, se jeta sur elle par-derrière et la frappa à la tête, la renversant sur le sol jonché d’herbes odorantes. Comme Berthe cherchait à se redresser, la serve entreprit de la rouer de coups en vociférant :

« Ah, mauvaise garce ! Putain ! Fille dénaturée ! Comment avez-vous osé lever la main sur votre reine ? Je vous renonce pour ma fille !

– Assez ! dit sèchement Pépin. Méchante vieille, voulez-vous nous faire croire que vous n’êtes pour rien dans ce crime ?

– Hélas, sire, répondit Margiste avec des larmes dans les yeux, je vous jure par sainte Agnès que je n’y suis pour rien, que je ne l’ai jamais permis ! Je savais que ma fille jalousait la reine, mais comment eussé-je pu imaginer qu’elle projetait forfait si affreux ? Je l’aurais étranglée de mes mains si je l’avais su ! » (P27)

Rescapé du camp 14 – Blaine Harden

 

Quatrième de couverture :

Aussi hallucinant que glaçant, le témoignage unique d’un homme né il y a trente ans dans l’horreur d’un camp de travail nord-coréen et qui, au prix d’un courage et d’un instinct de survie inouïs, parviendra à s’enfuir. Une plongée édifiante au cœur de la barbarie, la folie et l’inhumanité. La première fois qu’il a vu Shin, Blaine Harden a été frappé par son regard, hanté, fuyant, et par son corps, couvert de cicatrices. Et Shin a raconté son histoire. Celle d’un enfant né d’une union arrangée entre deux détenus ; un petit garçon témoin des pires atrocités, obligé de trahir ses camarades pour un peu de nourriture ; un adolescent forcé de travailler dix-huit heures par jour et qui a été contraint sous la torture de dénoncer ses proches. Un jeune homme qui, un jour, par miracle, a réussi à s’échapper du camp pour, hélas, connaître l’errance et l’esclavage dans les fermes qui jalonnent la frontière sino-coréenne. Avant de trouver enfin la liberté. L’histoire d’un homme brisé par un pays où l’absurde le dispute à l’horreur, mais aujourd’hui bien décidé à éveiller le monde à une réalité d’autant plus révoltante qu’elle demeure délibérément ignorée.

 

Mon avis :

Il faut bien avouer que les livres concernant la Corée du Nord ne sont pas légion (et pour cause…). On sait très bien qu’il est difficile d’avoir quelque chose de fiable puisque rien ou presque ne filtre de ce pays fermé. Aussi, lorsque j’ai pris connaissance de ce livre, je me suis dit que cela serait une bonne façon, toute proportion gardée, de savoir un peu ce qu’il se passe dans ces goulags. Si je mets quand même un bémol, c’est parce qu’un témoignage n’est pas non plus une preuve absolue, quelque chose de fiable à 100%, soit parce que la mémoire peut faire défaut, soit parce que la personne peut mentir délibérément. On en a déjà eu  l’expérience. Quoi qu’il en soit, cela permet quand même d’apprendre des choses.

Le journaliste Blaine Harden a été touché par l’histoire de Shin Dong-hyuk, rescapé du camp 14… ou 18 (on y reviendra). Shin est un enfant né à l’intérieur du camp. Il explique que certains prisonniers reçoivent comme récompense le fait de pouvoir se mettre en couple et avoir des relations pendant cinq jours consécutifs après le « mariage ». Ils peuvent se voir, par la suite, de temps en temps. Sans le précieux sésame, toute relation est interdite. Inutile de préciser qu’il n’y a pas d’amour dans ces couples factices, arrangés comme il convient par les gardiens. Les enfants nés de ces couples sont considérés comme impurs et traités comme tels. Shin a donc vécu en considérant ses parents comme des étrangers, des parias qui lui volaient sa nourriture. Ceci peut nous choquer mais il ne faut pas perdre de vue que les sentiments n’ont pas leur place. Les prisonniers sont conditionnés. Leur esprit est martelé par des messages de propagande et par l’encouragement à la délation. Aussi, Shin n’hésitera pas une seule seconde à dénoncer le projet de fuite de sa génitrice et de son frère. Cela lui vaudra de multiples tortures, tant physiques que psychologiques, et engendrera la mort – punition suprême – des deux « rebelles ». Pour autant, le remords ne s’insère pas chez Shin qui, d’ailleurs, ne comprend pas vraiment ce qu’il lui arrive puisqu’il n’a fait que suivre « les règles ». Effrayant, n’est-ce pas ? Et ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres…

Je le disais au début, un témoignage reste un témoignage, avec ses qualités et ses défauts. Et celui-ci a déjà montré ses limites. En effet, des polémiques ont eu lieu car il s’avère que certaines choses sont inexactes selon l’aveu récent du rescapé lui-même. Les dates, les lieux ne sont pas forcément réels. Ainsi, Shin n’aurait pas vécu dans le camp 14 (il y serait né cependant), réputé pour être le pire, mais dans le 18, aux conditions un peu moins difficiles. Il n’aurait pas vécu dans un dortoir de garçons mais avec son père. Il n’aurait pas été torturé à 13 ans mais à 20… Pour autant, cela change-t-il vraiment quelque chose ? Certes, on pourra alors se demander si toute l’histoire racontée n’est pas sortie de l’imagination de l’auteur mais il y a quand même des choses qui ne trompent pas : les médecins ont déclaré que toutes les cicatrices, blessures et traumatismes sur son corps étaient bien dus aux tortures subies. De plus, la Corée du Nord a confirmé la mort de la mère et du frère (mais pour assassinat et non pour projet de fuite… Qui croire ?) Les spécialistes disent que lorsqu’on a vécu de telles horreurs, la mémoire est morcelée. Shin, lui, dit avoir menti pour ne pas avoir à revivre ces moments douloureux mais aussi par honte. Cependant, l’on sait que la Corée du Nord a tenté de le faire taire. Il serait donc fort possible qu’il soit revenu sur ses aveux sous la pression. Au final, s’il est bien libre physiquement, on peut noter qu’il est toujours tiraillé psychologiquement.

Quoi qu’il en soit, ce livre reste intéressant pour se faire une petite idée de ce qu’il se passe au-delà de ces murs.

 

Extrait : 

Shin continue pourtant à prendre à sa mère autant de nourriture qu’il le peut, aussi souvent qu’il le peut. Il n’a pas conscience qu’elle aura faim s’il mange son repas. Des années plus tard – elle déjà morte et lui vivant aux États-Unis -, il me dira qu’il aimait sa mère, mais il s’agira d’une construction rétrospective, après avoir appris que les enfants civilisés doivent aimer leur mère. À l’époque du camp, dépendant d’elle pour tous ses repas, lui volant de la nourriture, subissant ses coups, il la considère comme une rivale dans sa lutte pour survivre.

Le Bourgeois, l’Apothicaire et l’Artisan ; Vivre en Provence au Moyen Âge – Marie-Christine Grasse

 

Quatrième de couverture :

À travers vestiges, objets, mobilier, vaisselle et parures se dessinent en filigrane les contours de la vie des citadins provençaux au Moyen Âge. Au fil des pages, les rues se tracent, les maisons s’élèvent, se meublent et s’animent, rapportant avec fidélité le quotidien d’une région et de ses habitants. Ce livre consacré à la vie citadine en Provence est l’occasion de se familiariser avec un pan de l’histoire médiévale dont les préoccupations journalières font curieusement écho à celles d’aujourd’hui.

 

Mon avis :

Il devient difficile de trouver cet admirable bouquin sans débourser un prix exorbitant mais j’ai pu me le procurer, enfin, sur un site de vente de livres d’occasion.

Non seulement ce livre est beau mais il est utile. Rares sont les ouvrages sérieux qui font référence à l’archéologie pour expliquer la période médiévale, si ce n’est celui de Robert Fossier, intitulé Ces gens du Moyen Âge. Celui-ci se divise en quatre parties : La Provence orientale au Moyen Âge, habiter en ville, agencer la demeure, vivre au quotidien. Les explications s’adressent aussi bien aux profanes qu’aux spécialistes et les dessins, peintures ou photos d’objets retrouvés ou de constructions encore existantes permettent d’illustrer et/ou d’étayer les propos.

Il s’agit d’un très très bon bouquin que je ne regrette pas d’avoir acheté car il est riche, bien construit, et il nous en apprend énormément sur la vie quotidienne des provençaux au Moyen Âge.


Extrait :

L’intérieur du logement dépend du rang social de son occupant. Une maison reflète, en effet, par sa localisation dans la ville, sa taille, le nombre de ses pièces, ses aménagements intérieurs, la richesse de ses habitants mais également une époque et une mode.

Trois types de pièces essentielles apparaissent : le noyau central, composé de la salle commune, de la cuisine et de la chambre, puis les pièces secondaires, tels la cave, le cellier, le grenier, enfin les pièces annexes, comme la boutique, l’atelier, la pièce pour le bétail. Quand il existe plusieurs salles ou plusieurs chambres, le notaire s’efforce de les localiser ; malgré cela, la reconstitution intérieure du logement demeure très difficile. Les inventaires après décès ne différencient pas toujours la salle commune et la cuisine surtout s’il s’agit d’unités d’habitation réduites.

Mon enfance assassinée – Patricia Pattyn

On ne ressort pas indemne de ce livre. Comment l’être humain peut-il parfois devenir un tel animal pour laisser ainsi libre cours à ses pulsions sur des enfants, sur une femme ? L’inceste, la violence, l’horreur absolue sont vécus au quotidien par cette jeune fratrie. Violée dès son plus jeune âge par son père, Patricia pensait être tranquille à la mort de celui-ci (mort provoquée par la mère, seul acte héroïque qu’elle ait pu faire). Mais c’était sans compter sur le fait que sa mère retombe entre les pattes d’un être pervers, un sadique épris de sexe et de violence. L’homme à la moto, qui les traque, elle, sa sœur et ses frères, sans discontinuer… Le maquereau qui « offre » à son frère handicapé une de ses belles-filles, Marie-Claire, pauvre gamine sans défense… Le bourreau qui demande à Patricia de tenir un seau sous la gorge de son frère Pierre pendant qu’il le saignerait comme un pourceau… L’animal qui se déchaîne sur sa « femme » dont les plaies sanguinolentes ne forment plus qu’une. Le sadique qui se repaît chaque jour de ses actes de plus en plus atroces… Bref, tout ceci en un seul « homme » qui – excusez la violence de mes propos – ne mérite pas de vivre…

Ce roman autobiographique est un des plus violents que j’ai pu lire jusqu’à présent. J’ai eu la nausée à chaque page, espérant que tout ceci allait vite finir pour cette gamine, que le médecin allait dénoncer le violeur et que tout finirait. Mais non… Tout le monde ferme les yeux dans ce cas-là. Comme si cette famille était transparente, n’existait pas aux yeux des autres. On en arrive à se demander comment Patricia a pu tenir, comment elle n’a pas succombé à tous les sévices infligés. Car la famille n’est pas la seule en cause. Lorsqu’elle se retrouvera placée en centre, elle devra également subir la violence, les outrages. Et lorsque la famille d’accueil se retrouve être, ponctuellement, l’oncle maternel, celui-ci, comme s’il était atteint d’une tare génétique, continuera ce travail de destruction qui a été commencé.

Ce témoignage est à la fois horrible et utile. Les faits ont beau se dérouler dans les années 50, il ne faut pas oublier que ce genre de torture est toujours d’actualité et qu’il faut la combattre avec acharnement. Les Patricia, Pierre, Roger, Jean-Marie ou Marie-Claire ne sont encore que trop  nombreux…

 

Extrait :

J’ai six ans. Nous avons si faim, si froid, si peur. Le sang de maman coule dans un petit pot que nous allons vider dans la mare. Il la frappe. Le coup est parti sur son front, le visage de maman se couvre d’un rideau rouge. Je me jette sur elle, il frappe encore, il va la tuer. Non. Il envoie mon frère chercher le médecin. Il s’amuse. Nous avons tant prié pour qu’un voisin entende un jour notre douleur. Personne n’est jamais venu. Le médecin nous aidera, il verra la cabane sans eau, sans lumière, avec le pauvre poêle donnant un peu de chaleur, il verra maman et ses blessures… Il verra nos yeux, il le verra lui, et comprendra. Mais en deux mots, il a menacé le docteur. Qui a recousu maman et son crâne ouvert. Qui est reparti la tête basse, très vite. Il est revenu le médecin : je saignais tant et tant de ses coups de botte et de ses coups de boutoir qu’il fallait, moi aussi, me recoudre. Là. Et le médecin allait voir : dans ma honte pétrifiante, dans mon corps déchiré, il allait voir que des enfants subissaient des choses inqualifiables… Il m’a vue, recousue, et n’a rien dit. Bien sûr. Nous sommes tous souillés, nous sommes tous avilis, nous n’avons plus rien que notre honte, il n’a pas voulu de nous, de notre horreur, de notre cauchemar. Il a dû fouiller son imagination pour mettre des mots propres et apaisants sur ce qu’il venait de voir. Et vite hausser les épaules.

La petite garce dans la prairie – Alison Arngrim

Non, vous ne rêvez pas ! Il s’agit bien de celle qui jouait le rôle de Nellie Oleson dans ce feuilleton que nous avons tous suivi (osez me dire le contraire !!!), où nous avons tous pleuré (mouais, bon, peut-être pas tous) et rigolé aux frasques de Mme Oleson et de sa fille (mes préférées)… J’ai nommé : La petite maison dans la prairie !

Alison Arngrim revient ici d’abord sur son enfance (ce qui est bien logique puisqu’il s’agit d’une autobiographie)… Une enfance loin d’être dorée puisqu’elle a dû être confrontée non seulement à des parents complètement frappadingues mais encore à un frère, enfant-roi, perpétuellement sous l’emprise de substances qui lui fera subir les pires choses. Heureusement, elle fut prise pour jouer ce feuilleton qui ne devait contenir que quelques épisodes au départ et c’est sa tante, Marion, qu’elle adorait, qui s’occupera d’elle pendant le tournage… Un tournage d’ailleurs loin d’être hollywoodien puisque l’on apprend que les acteurs devaient se trouver sur les lieux à quatre heures du matin ! Bref, je n’en dévoile pas plus car ce serait briser le charme. Les anecdotes sur les différents épisodes sont savoureux et l’on sourit vraiment car le ton est incisif, ironique. L’auteur n’y va pas par quatre chemins et c’est justement ce qui en fait tout le sel.

J’ai dévoré ce bouquin et mon seul regret fut de l’avoir fini ! Mais toute bonne chose a une fin.

 

Extrait : 

Nous venions enfin de terminer de m’emprisonner dans cette superbe camisole de force que sont les atours du XIXe siècle quand quelqu’un frappa à la porte. Elle s’ouvrit sur une minuscule petite fille à taches de rousseur, avec des nattes et possédant la plus grande rangée de dents de devant que j’avais vue de ma vie. C’était Melissa Gilbert. Elle avait environ 9 ans. J’avais à peine 12 ans et j’étais petite pour mon âge mais celle fille-là aurait pu rentrer dans mon porte-monnaie – et aurait réussi à le ronger pour en sortir.

Elle rentra, se présenta et commença à nous expliquer tout un tas de choses : qui était qui, qui faisait quoi et comment tout cela fonctionnait. Elle nous renseignait avec une assurance impressionnante sur la manière dont les choses se passaient par ici. Nous l’écoutions, bouche bée, complètement absorbées par son discours. Elle nous délivra enfin un avertissement de la plus grande gravité. Sa voix avait l’intensité d’un Edward G. Robinson qui aurait avalé Shirley Temple : « Et surtout, attention à cette Melissa Sue Anderson. Elle est très dangereuse. »