Sous Paris – Aurélien Noyelle

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Quatrième de couverture : 

On les appelle les catacombes, mais elles s’élancent bien au-delà de l’ossuaire municipal de Denfert-Rochereau. Ce sont plusieurs centaines de kilomètres de galeries souterraines qui serpentent sous la capitale ; chaque nuit, bravant les interdictions, les dangers, la fatigue, des habitués viennent y rêver, pour quelques heures, une socialité alternative. Aux règles de la surface, la collectivité des inlassables visiteurs du sous-sol parisien oppose un fonctionnement anarchique et libertaire ; à l’heure où nous nous endormons, c’est un autre monde qui s’anime, là, tout près…

Mon avis : 

J’ai toujours été fascinée par les catacombes sans pour autant y être allée. Oui, je sais, c’est paradoxal. Mais disons que l’on ne nous fait voir qu’un tout petit bout de ce qu’il y a réellement dans ces galeries et cela me frustrerait.

Je n’avais d’ailleurs jamais lu de livres à ce sujet et j’ai vraiment apprécié celui-ci car il ne se contente pas de dire ce que l’on peut lire ailleurs, notamment sur la toile. Il est personnalisé et l’on ressent toute l’humanité qui se dégage de l’auteur. Ce dernier nous fait part de sa propre expérience et c’est à travers sa vision que nous visitons ce monde souterrain. Il rappelle d’ailleurs aussi le caractère dangereux et répréhensible (arrêté préfectoral de 1955). Le cataphile contrevenant peut se faire arrêter par un « cataflic » et se prendre une « Kataprune » : « Recevoir sa première « Kataprune » – comme il est d’usage de les surnommer – est souvent vu comme un baptême, une preuve de plus qu’on est un vrai cataphile que certains iront jusqu’à exhiber fièrement sur Internet » (P150-151). Il faut dire aussi qu’il y a quand même, comme l’attestent les nombreux graffitis, une faune qui se réunit non pas par amour de l’Histoire mais plutôt pour se livrer à des actes peu conventionnels. Pourtant, si le sexe et la drogue ne sont pas absents des carrières, il y a quand même autre chose à voir et il est bien dommage que les dégradations ou les nuisances aient donné lieu à l’interdiction d’y circuler. En même temps, c’est aussi, comme le souligne Aurélien Noyelle, vecteur d’adrénaline. Se balader de nuit, se glisser dans l’antre mystérieux avec cet espoir ou ce sentiment d’être le premier à le découvrir, voici ce qui en motive plus d’un.

L’auteur achève ce document sur son ressenti : il est désormais blasé et donnerait tout pour retrouver cette excitation : « On se moque de ceux qu’on surnomme les touristes, ces nouveaux venus qui font leurs premiers pas sous Paris. On devrait plutôt les envier. Que n’aurais-je alors donné pour en redevenir un, pour retrouver cette virginité qui est la leur ! Si seulement j’avais pu oublier tout ce que je savais des catacombes, et revivre, indéfiniment, ces premières descentes et les sentiments qu’elles suscitent ! » (Page 369) Mais il y a autre chose qui le motive en partageant avec nous ses connaissances : devenir écrivain. Et là, je peux le confirmer : le pari est gagné car ce livre ne se lit pas comme un documentaire fastidieux mais bien comme un roman envoûtant.

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Rolandin – Rémi Usseil

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Quatrième de couverture :

La belle Gisèle, sœur de Charlemagne, et le fringant Milon, duc d’Anjou, sont éperdument épris l’un de l’autre. Hélas, le roi de France s’oppose à leur union. Hors des liens du mariage, la princesse se donne à son amant et tombe enceinte : son fils sera Roland, le légendaire paladin, futur héros de la bataille de Roncevaux. Fuyant la colère de Charlemagne, mais protégés par de mystérieuses demoiselles drapées de lumière, les amants cherchent refuge en Italie et s’installent près de la ville de Sutre. C’est là que l’enfant, surnommé Rolandin, vivra ses premières années comme un simple fils de bûcheron, partageant ses journées entre l’école du docte maître Pierre et la forêt sauvage. Bien des épreuves attendent le jeune garçon, mais Rolandin n’a peur de rien, et ce ne sont pas quelques garnements, un cochon glouton, un clerc érudit, un seigneur mesquin ou un ogre affamé qui sauront l’impressionner ! Il se jettera tête baissée dans toutes les aventures, en espérant quand même être rentré chez ses parents à temps pour le souper.

 

Mon avis : 

C’est définitif, je pense que Rémi Usseil est la réincarnation d’un trouvère. Oui, je sais, je me répète mais il n’en est pas possible autrement. Encore une fois, ce livre (le troisième de cette collection après Berthe au grand pied et Les enfances de Charlemagne) est une pépite, un petit bijou que l’on croirait tout droit sorti d’une bibliothèque médiévale… un texte oublié qui ressortirait pour notre plus grand plaisir. Mais non, il s’agit bien d’un auteur moderne écrivant comme à l’époque (il a beau se cacher derrière un narrateur, on perçoit sa plume) et c’est vraiment ce qui me laisse pantoise à chaque fois. Cependant, on reconnaît tout de même quelques mots de notre siècle et c’est aussi cela qui fait la prouesse de ce livre. Lorsque « torgnole » rime avec « guibolle », j’applaudis car il fallait oser. De même, il m’a semblé reconnaître un vers du Cid de Corneille… Oui, le lecteur n’est pas passif en lisant un tel livre, vous pouvez me croire. On traque la référence culturelle, on se laisse emporter par l’humour mais aussi par les valeurs qui sont mises en relief : l’amour, la famille, la fidélité.

D’autre part, vouloir essayer de recréer le puzzle de la vie de personnages historiques ou mythiques, c’est s’atteler à un travail monstrueux mais ô combien intéressant ! Très cher Rémi, vous réussissez ce pari à merveille !

Si vous cherchez un beau cadeau à offrir pour les étrennes… n’hésitez pas !

Dinosaures, les géants du vignoble – Ronan Allain

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Quatrième de couverture :

Octobre 2010, coup de tonnerre dans le monde de la paléontologie et dans les médias les restes d’un des plus grands dinosaures connus au monde venait d’être découvert en France. Et plus précisément en Charente. Et il n’était pas tout seul… Crocodiles. Tortues, poissons. Reptiles volants et toutes sortes de dinosaures vivaient il y a 140 millions d’années dans le nord de la Nouvelle Aquitaine actuelle.
Jadis région tropicale couverte de marécages. De lagunes et de cours d’eau. L’histoire de ces découvertes inédites dans des carrières et sous des vignes, est celle d’un formidable monde disparu, ressuscite par les paléontologues. Elle méritait d’être racontée au public dans un ouvrage accessible à tous.

 

Mon avis : 

Voici un livre comme je les aime : beau, pratique, enrichissant et richement illustré. Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Non, je plaisante, je vais développer, arrêtez de piaffer  (sinon je fais venir un dino) !

Je vous rassure, je n’y connais rien en paléontologie et pourtant j’ai vraiment pris plaisir à tourner les pages de cet ouvrage. Ce qui m’a plu tout d’abord, c’est qu’il est aéré et qu’il fait la part belle aux photos, schémas, dessins explicatifs ou illustratifs. L’enfant qui sommeille toujours en moi aurait aimé se retrouver il y a des années en arrière (je vous fais grâce du nombre) avec un manuel de ce type entre les mains (et non pas avec un type s’appelant Manuel, ne confondons pas)… Voyez plutôt :

 

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(Source : Eidola)

Ensuite, j’ai appris beaucoup de choses et c’est aussi ce que j’aime car lorsqu’on reçoit ce genre de livre, la question est souvent de savoir ce que l’on va vraiment en retenir. D’autant plus que les études se situant en Charentes, à moins d’être du coin, on peut se dire que cela ne va pas nous intéresser. Pourtant, j’ai été littéralement fascinée. Car l’Histoire, elle, nous permet justement de ne pas nous confiner dans un seul lieu et l’on peut facilement imaginer que ces mastodontes se trouvaient également sur tout le territoire. Alors pourquoi les Charentes allez-vous me demander ? Tout simplement parce que, je cite, « ce livre a été conçu en parallèle de l’exposition d’intérêt national intitulée « Dinosaures, les géants du vignoble » [actuellement] au musée d’Angoulême (du 20 mai au 31 décembre 2017), avant de tourner dans d’autres musées en France et à l’étranger. » 

Merci à Babelio ainsi qu’aux Éditions Eidola qui m’ont permis de faire une belle découverte et de m’intéresser de plus près aux dinosaures.

Le Paris du Moyen Âge

Sous la direction de Boris Bove et Claude Gauvard

 

Que l’on soit parisien ou non, ce livre ne peut pas laisser indifférent, d’autant plus lorsqu’on s’intéresse à cette période. Paris a toujours fasciné. Il faut dire qu’à cette époque, elle se démarque d’autres grandes villes en cumulant pratiquement toutes les fonctions (économiques, politiques, intellectuelles, religieuses etc.) là où d’autres n’en avaient qu’une ou deux.

Ce livre est le résultat des recherches de neuf historiens. Il est très agréable à lire et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, le livre en lui-même, imprimé sur papier glacé et richement illustré. Ensuite, sa structure (pour parodier une certaine chanson, ♫♪tout, tout, tout, vous saurez tout sur ce Paris ♪♫) et le style des intervenants. Les textes sont très faciles d’accès pour tout un chacun, sans aucun pédantisme. De la vie monacale, royale, à la vie quotidienne, rien n’a échappé à la sagacité des auteurs.

Un très beau livre !

Une petite prise de vue pour que vous puissiez vous faire une idée :

Les enfances de Charlemagne – Rémi Usseil

 

Quatrième de couverture : 

La jeunesse de Charlemagne, telle que la racontent au Moyen Âge les chansons de geste, est un véritable roman d’aventure. Trahi par ses demi-frères adultérins bien décidés à usurper son trône, le jeune Charles doit chercher refuge en Espagne, avec une poignée de loyaux compagnons, à la cour du roi sarrasin Galafre.

Il y fera glorieusement ses premières armes et y gagnera ses éperons de chevalier. Il apprendra cependant que les flèches d’Amour sont plus redoutables que les lances et les épées : tendrement épris de la belle Galienne, le prince devra, pour la conquérir, affronter le terrible géant Braimant et déjouer les manigances du cruel Marsile, le fils de Galafre, qui ourdira un jour la trahison de Roncevaux. Mais cet exil ne peut se prolonger éternellement : le royaume de France, gémissant sous la botte des félons qui se sont emparés de la couronne, attend le retour de son souverain légitime.

Pour conter cette très ancienne histoire, l’auteur a emprunté à la littérature médiévale ses techniques narratives et la diversité bigarrée de ses formes poétiques.

 

 

Mon avis :

Vous me connaissez, je ne résiste pas à la perspective de pouvoir lire un texte en lien avec ma période préférée. Et la tentation est encore plus forte lorsque l’auteur est un passionné, un féru de littérature médiévale, de légendes et d’épopées. Aussi, je remercie déjà Rémi Usseil pour cette très agréable lecture.

Quel travail mes aïeux ! Là, vous ne voyez que la couverture mais la bête fait 450 pages ! C’est un très beau livre, richement illustré, dont la qualité prouve une fois de plus le sérieux de la société d’édition (Les Belles Lettres).

Comme l’auteur le précise dans son introduction, les exploits de jeunesse qui vont nous être narrés ici ne sont pas historiques. Car il va s’intéresser de près au personnage, je cite, « de la légende et de l »épopée, de celui que les quatre derniers siècles du Moyen Âge n’ont cessé de célébrer à travers chansons de geste, romans de chevalerie, chroniques merveilleuses et récits fabuleux. Certes, l’un est pour ainsi dire sorti de l’autre ; l’un est le double de l’autre. » Pour ce faire, il va inventer un narrateur médiéval et retranscrire ainsi une histoire, à la manière des poètes de l’époque. Il en avait fait de même dans son premier livre, Berthe au grand pied.

Rémi Usseil m’impressionne. Son érudition n’a d’égal que sa simplicité. J’ai avalé ce texte et à chaque page tournée, je me demandais quel était son secret pour retranscrire aussi bien, avec les mêmes formes, structures, tons et couleurs une histoire médiévale sortie de son imagination, panachée, certes, de ses multiples lectures. Et si, tout simplement, cela s’appelait… le talent ?

Offrez-le à Noël, vous ferez des heureux !

 

Extrait : 

Il ne s’était écoulé qu’un court moment lorsque Charles fut tiré du sommeil par des mots qui ne sortaient d’aucune bouche visible :

Prince des lys, Jésus m’envoie

Pour te garantir du malheur :

Avant que le jour ne flamboie,

Quitte le camp, fais-toi voleur !

Arme-toi, chevalier sans peur,

Va larronner par les chemins !

Ne tarde point : c’est un honneur

D’obéir aux ordres divins.

Stupéfait de ces paroles, Charles se redressa sur un coude et chercha vainement des yeux, dans la pénombre de la tente, cil qui venait de lui parler de la sorte. (P 300-301)

Berthe au grand pied – Rémi Usseil

 

Quatrième de couverture : 

Ce livre est l’adaptation libre de la légende médiévale qui nous est principalement connue par une chanson de geste (poème narratif originellement destiné à être déclamé en s’accompagnant d’un instrument) du ménestrel Adenet Le Roi. L’histoire de Berthe appartient au cycle de Charlemagne, dont le fleuron le plus célèbre est la Chanson de Roland.Dans ce récit, alors que Berthe au grand pied, future mère de Charlemagne, vient d’épouser le roi de France Pépin le Bref, elle est évincée de la cour par la perfidie d’une servante qui se substitue à elle. Réfugiée auprès d’une modeste famille dans la forêt du Mans, Berthe mène une existence humble et discrète. Mais diverses péripéties vont mettre Pépin sur sa piste… L’auteur a emprunté la voix d’un narrateur médiéval fictif pour conter cette histoire, et parsemé le récit de pièces en vers inspirées de la poésie du Moyen Âge, afin de rendre hommage aux origines lyriques de la légende.

 

Mon avis : 

Avant de vous donner mon avis sur le texte en lui-même, arrêtons-nous tout d’abord un instant sur l’objet-livre auquel la photographie, ici, ne rend qu’un piètre hommage. Il est admirable ! L’épaisse couverture imitant un tissu bleu fait ressortir le titre couleur argent et le détail de la peinture. On s’imagine soudain être l’heureux possesseur d’un manuscrit médiéval. A l’intérieur, le papier glacé, les illustrations et les différentes couleurs procurent une lecture très agréable de ce qu’il convient d’appeler, dès lors, un petit bijou.

Mais venons-en au texte. Passionné par la littérature médiévale, Rémi Usseil n’est pas un novice en la matière. J’ose même ici un jeu de mots puisque l’auteur n’est autre que le détenteur du blog faisant la part belle aux Chansons de Geste : Matière de France. Et en parlant de novice, cette fois, je vais l’être. J’avoue, en rougissant quelque peu, n’avoir jamais lu le texte d’Adenet Le Roi, qui reprenait la légende de Berthe. C’est donc sans référence véritable que j’ai lu celle de Rémi Usseil (depuis, j’ai lu l’autre… lacune réparée… ouf !). Quel talent ! Je devrais même dire… quel trouvère ! On ne perçoit pratiquement pas l’auteur moderne derrière le narrateur médiéval (si ce n’est d’en avoir facilité la compréhension). Imaginez un peu le travail accompli ! Tout y est : le vocabulaire, les structures, certaines formulations.. Je m’incline !

Que dire de plus puisque j’en reste sans voix… Un seul mot, le dernier : BRAVO !

 

Extrait : 

« Elle a voulu m’occire ! lança Aliste en désignant la reine, avec une horreur contrefaite.

– Qu’on s’empare d’elle ! ordonna le roi. Cette femme est devenue folle ! »

Berthe resta un moment figée, les yeux rivés sur la traîtresse, rassemblant péniblement ses pensers épars et discernant trop tard le piège. Lâchant enfin le couteau, elle ouvrit la bouche pour tenter de s’expliquer. C’est alors que Margiste, surgissant dans la pièce en affichant la plus grande consternation, se jeta sur elle par-derrière et la frappa à la tête, la renversant sur le sol jonché d’herbes odorantes. Comme Berthe cherchait à se redresser, la serve entreprit de la rouer de coups en vociférant :

« Ah, mauvaise garce ! Putain ! Fille dénaturée ! Comment avez-vous osé lever la main sur votre reine ? Je vous renonce pour ma fille !

– Assez ! dit sèchement Pépin. Méchante vieille, voulez-vous nous faire croire que vous n’êtes pour rien dans ce crime ?

– Hélas, sire, répondit Margiste avec des larmes dans les yeux, je vous jure par sainte Agnès que je n’y suis pour rien, que je ne l’ai jamais permis ! Je savais que ma fille jalousait la reine, mais comment eussé-je pu imaginer qu’elle projetait forfait si affreux ? Je l’aurais étranglée de mes mains si je l’avais su ! » (P27)

Rescapé du camp 14 – Blaine Harden

 

Quatrième de couverture :

Aussi hallucinant que glaçant, le témoignage unique d’un homme né il y a trente ans dans l’horreur d’un camp de travail nord-coréen et qui, au prix d’un courage et d’un instinct de survie inouïs, parviendra à s’enfuir. Une plongée édifiante au cœur de la barbarie, la folie et l’inhumanité. La première fois qu’il a vu Shin, Blaine Harden a été frappé par son regard, hanté, fuyant, et par son corps, couvert de cicatrices. Et Shin a raconté son histoire. Celle d’un enfant né d’une union arrangée entre deux détenus ; un petit garçon témoin des pires atrocités, obligé de trahir ses camarades pour un peu de nourriture ; un adolescent forcé de travailler dix-huit heures par jour et qui a été contraint sous la torture de dénoncer ses proches. Un jeune homme qui, un jour, par miracle, a réussi à s’échapper du camp pour, hélas, connaître l’errance et l’esclavage dans les fermes qui jalonnent la frontière sino-coréenne. Avant de trouver enfin la liberté. L’histoire d’un homme brisé par un pays où l’absurde le dispute à l’horreur, mais aujourd’hui bien décidé à éveiller le monde à une réalité d’autant plus révoltante qu’elle demeure délibérément ignorée.

 

Mon avis :

Il faut bien avouer que les livres concernant la Corée du Nord ne sont pas légion (et pour cause…). On sait très bien qu’il est difficile d’avoir quelque chose de fiable puisque rien ou presque ne filtre de ce pays fermé. Aussi, lorsque j’ai pris connaissance de ce livre, je me suis dit que cela serait une bonne façon, toute proportion gardée, de savoir un peu ce qu’il se passe dans ces goulags. Si je mets quand même un bémol, c’est parce qu’un témoignage n’est pas non plus une preuve absolue, quelque chose de fiable à 100%, soit parce que la mémoire peut faire défaut, soit parce que la personne peut mentir délibérément. On en a déjà eu  l’expérience. Quoi qu’il en soit, cela permet quand même d’apprendre des choses.

Le journaliste Blaine Harden a été touché par l’histoire de Shin Dong-hyuk, rescapé du camp 14… ou 18 (on y reviendra). Shin est un enfant né à l’intérieur du camp. Il explique que certains prisonniers reçoivent comme récompense le fait de pouvoir se mettre en couple et avoir des relations pendant cinq jours consécutifs après le « mariage ». Ils peuvent se voir, par la suite, de temps en temps. Sans le précieux sésame, toute relation est interdite. Inutile de préciser qu’il n’y a pas d’amour dans ces couples factices, arrangés comme il convient par les gardiens. Les enfants nés de ces couples sont considérés comme impurs et traités comme tels. Shin a donc vécu en considérant ses parents comme des étrangers, des parias qui lui volaient sa nourriture. Ceci peut nous choquer mais il ne faut pas perdre de vue que les sentiments n’ont pas leur place. Les prisonniers sont conditionnés. Leur esprit est martelé par des messages de propagande et par l’encouragement à la délation. Aussi, Shin n’hésitera pas une seule seconde à dénoncer le projet de fuite de sa génitrice et de son frère. Cela lui vaudra de multiples tortures, tant physiques que psychologiques, et engendrera la mort – punition suprême – des deux « rebelles ». Pour autant, le remords ne s’insère pas chez Shin qui, d’ailleurs, ne comprend pas vraiment ce qu’il lui arrive puisqu’il n’a fait que suivre « les règles ». Effrayant, n’est-ce pas ? Et ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres…

Je le disais au début, un témoignage reste un témoignage, avec ses qualités et ses défauts. Et celui-ci a déjà montré ses limites. En effet, des polémiques ont eu lieu car il s’avère que certaines choses sont inexactes selon l’aveu récent du rescapé lui-même. Les dates, les lieux ne sont pas forcément réels. Ainsi, Shin n’aurait pas vécu dans le camp 14 (il y serait né cependant), réputé pour être le pire, mais dans le 18, aux conditions un peu moins difficiles. Il n’aurait pas vécu dans un dortoir de garçons mais avec son père. Il n’aurait pas été torturé à 13 ans mais à 20… Pour autant, cela change-t-il vraiment quelque chose ? Certes, on pourra alors se demander si toute l’histoire racontée n’est pas sortie de l’imagination de l’auteur mais il y a quand même des choses qui ne trompent pas : les médecins ont déclaré que toutes les cicatrices, blessures et traumatismes sur son corps étaient bien dus aux tortures subies. De plus, la Corée du Nord a confirmé la mort de la mère et du frère (mais pour assassinat et non pour projet de fuite… Qui croire ?) Les spécialistes disent que lorsqu’on a vécu de telles horreurs, la mémoire est morcelée. Shin, lui, dit avoir menti pour ne pas avoir à revivre ces moments douloureux mais aussi par honte. Cependant, l’on sait que la Corée du Nord a tenté de le faire taire. Il serait donc fort possible qu’il soit revenu sur ses aveux sous la pression. Au final, s’il est bien libre physiquement, on peut noter qu’il est toujours tiraillé psychologiquement.

Quoi qu’il en soit, ce livre reste intéressant pour se faire une petite idée de ce qu’il se passe au-delà de ces murs.

 

Extrait : 

Shin continue pourtant à prendre à sa mère autant de nourriture qu’il le peut, aussi souvent qu’il le peut. Il n’a pas conscience qu’elle aura faim s’il mange son repas. Des années plus tard – elle déjà morte et lui vivant aux États-Unis -, il me dira qu’il aimait sa mère, mais il s’agira d’une construction rétrospective, après avoir appris que les enfants civilisés doivent aimer leur mère. À l’époque du camp, dépendant d’elle pour tous ses repas, lui volant de la nourriture, subissant ses coups, il la considère comme une rivale dans sa lutte pour survivre.