Mishima ou la vision du vide – M. Yourcenar

Je vous parlais hier d’une nouvelle de Mishima. Voici à présent l’essai de Marguerite Yourcenar sur cet auteur japonais.

«  La vie humaine est brève, mais je voudrais vivre toujours.  » (P150) Tels sont les derniers mots écrits de la main de Mishima avant de se donner la mort. Des mots aussi puissants que l’oeuvre de cet écrivain maudit. Yourcenar nous relate ici les aspects importants de la courte vie de l’auteur japonais et entreprend d’expliquer, à travers les us et coutumes du pays du soleil levant, les textes de celui qui restera célèbre pour son fameux Pavillon d’Or.

Cet essai est fort instructif et je ne regrette pas de l’avoir lu. Dans un premier temps, parce que je connaissais mal cet auteur et ses oeuvres, dans un second temps parce que cela m’a donné envie de pousser plus loin les recherches et de lire les romans de Mishima. Je ne peux m’empêcher de citer les paroles de sa mère, à l’annonce de son décès : «  Ne le plaignez pas. Pour la première fois de sa vie, il a fait ce qu’il désirait faire.  » (P158)

En classe avec Anne Frank – Théo Coster

Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn

Qui n’a pas lu le fameux journal d’Anne Frank, que ce soit dans son intégralité ou en extraits ? J’ai eu l’occasion, lors d’un voyage scolaire aux Pays-Bas, de pouvoir visiter la maison des Frank. Bon, certes au pas de course car les gamins que je surveillais faisaient la visite à un rythme effréné, mais quand même, c’est une visite qui marque. En voyant ce livre, je me suis dit que c’était l’occasion d’en apprendre plus sur cette histoire.

Theo Coster nous fait part de ses souvenirs. Il fait également appel à d’autres camarades de classe, rescapés, pour raviver la mémoire d’Anne Frank qui, au final, n’apparait que par petites touches successives. Elle est ainsi décrite par Hannah Goslar comme « irritante ! Une vraie mademoiselle Je-sais-tout »(P29). Il ressort d’elle un côté un peu excentrique, un caractère bien affirmé (« Anne s’est dressée contre ses parents, en particulier sa mère. » P89) mais également une certaine gaieté. Malheureusement pour elle, elle était dotée d’une santé bien fragile. Elle mourra du Typhus, tout comme sa soeur, Margot, au camp de Bergen-Belsen, en 1945.

J’ai trouvé ce livre très intéressant car il permet de mieux comprendre ce qu’ont vécu ces enfants, ces familles pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je laisse le mot de la fin à l’auteur : « Il semblerait que peu de gens aient conscience aujourd’hui de ce à quoi ressemble la vie en temps de guerre et qu’il ne faudrait surtout pas qu’un autre conflit d’une telle ampleur éclate. » (P210-211)

La santé des dirigeants français – Stanis Perez

Stanis Perez [XXe-XXIe s / France ; Histoire, Médecine] 41XMUWrpezL._SX195_

Quatrième de couverture :

« Je ne vais pas mal. Mais, rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir ! » C’est ainsi que le général de Gaulle répondit, en 1965, à la question d’un journaliste qui l’interrogeait un an après son opération de la prostate. Toutefois, ce trait d’humour resté célèbre ne doit pas faire illusion : l’exercice du pouvoir génère des fatigues en tout genre et des indispositions plus ou moins graves qu’il vaut mieux dissimuler. Quel que soit le régime politique, il n’est guère d’informations plus sensibles que celles qui touchent à la santé du Prince. Il en va de sa longévité, de son autorité.

De la Renaissance à la Ve République, la dimension sanitaire de l’art de gouverner s’est-elle réellement métamorphosée ? Qu’il soit roi, empereur ou président élu au suffrage universel, ce malade pas comme les autres vit sur une scène de théâtre aux contours indéfinis. Une « grippe » mal soignée, une « fièvre » tenace ou un « lumbago » récalcitrant peuvent devenir une affaire d’État quand la rumeur enfle… et dit la vérité. Le palais déclare pourtant que l’état du malade est « tout à fait satisfaisant ». Mais peut-on faire confiance aux médecins de cour, qu’ils exercent à Versailles, aux Tuileries ou à l’Élysée ?

De la fausse mort de François Ier au « grand secret » de François Mitterrand en passant par l’épisode édifiant de la fistule anale du Roi-Soleil, cet ouvrage explore, du point de vue biohistorique, les arcanes de la gestion politique de ces grands moments de faiblesse qui sont devenus, après coup, de grands moments de vérité. À partir d’exemples célèbres, d’archives et d’une critique de l’impact du pathologique sur le politique, cette enquête consacrée aux fatigues du pouvoir permet de revisiter une partie de l’histoire vivante de l’État.

Mon avis :

Tout ce qui a trait au monde médical m’a toujours intéressée. En travaillant sur les textes de Gautier de Coinci, auteur médiéval ayant mis en scène la maladie dans ses Miracles de Nostre Dame, j’avais déjà pu me rendre compte à quel point cette dernière était utilisée à des fins non pas politiques dans ce cas, mais religieuses. Néanmoins, le processus reste le même est Stanis Perez, dans cet excellent essai, nous le décrit bien : « De toute éternité, on associe, sur le ton de la critique ou de la résignation, la maladie et l’exercice du pouvoir » (P7).

Nous avons tous en tête la maladie cachée de François Mitterrand, des doutes sur celle de Jacques Chirac et nous traquons la moindre goutte au nez du Chef d’État pour l’assimiler immédiatement non seulement à la pire des pathologies, mais encore à l’idée d’un pouvoir qui pourrait prendre fin immédiatement.

En lisant cet ouvrage, on peut noter que le phénomène n’est pas nouveau et que certains détracteurs en ont même profité, quand ce n’était pas la famille ou l’entourage. Il en fut ainsi de la petite vérole qui rongeait Louis XV :  » On peut soupçonner l’entourage du roi d’avoir volontairement aggravé le pronostic en parlant du viatique, ceci pour contraindre un Louis XV aux portes de l’enfer à se séparer de Madame de Châteauroux » (P109).

J’ai appris énormément de choses sur le plan socio-historique. Je laisse la dernière phrase à Napoléon : « on ne peut pas à la fois vouloir conquérir l’Europe et se plaindre d’un méchant rhume à la veille d’une bataille ». (P300)

« Je dis ça, je dis rien » et 200 autres expressions in-sup-por-tables ! – Adèle Bréau

J’aime beaucoup l’étymologie et donc lire d’où viennent les expressions. Mais ici, il ne s’agit pas d’un de ces livres « classiques » essayant de chercher la définition. Adèle Bréau, non sans humour, nous décrypte les nouvelles expressions, celles employées de plus en plus au travail ou dans notre vie quotidienne. Je me souviens, il n’y a pas très longtemps, lorsque j’ai demandé à un collègue la date de délai d’un document et qu’il m’a répondu de façon très naturelle : « Asap ». Une poule devant une brosse à dents aurait eu l’air moins étonnée que moi ! J’ai été obligée d’aller chercher sur le net ce que pouvait bien vouloir dire ce borborygme. Tout ça pour découvrir que cela venait de l’anglais « as soon as possible ». Evidemment, me répondre en français « le plus rapidement possible » l’aurait étouffé !

Bref, je vous conseille ce livre qui m’a fait sourire de bout en bout ! Et je suis bien d’accord avec Adèle Bréau, affirmant qu’il faudrait, je cite, « embrocher en place publique » l’auteur originel de cette foutue expression contre laquelle je me bats tous les jours : « au jour d’aujourd’hui ». Argh ! L’écrire me pique les doigts et me fait saigner les yeux !!!

Les philosophes meurent aussi – Simon Critchley

Simon Critchley [XXe-XXIe s / Royaume-Uni ; Philosophie] Les_philosophes_meurent_aussi
Traduction : Jean-François Chaix

Quatrième de couverture :

Pythagore préféra se faire massacrer plutôt que de traverser un champ de fèves ; Platon serait mort d’une infestation par les poux Epicure accueillit sa fin avec joie, entouré de ses amis – « la mort n’est rien pour nous », disait-il ; Descartes fut emporté par une pneumonie à la suite des leçons matinales qu’il prodiguait au coeur de l’hiver suédois ; Voltaire, pourfendeur de l’Eglise, demanda à être confessé par un prêtre sur son lit de mort : Kant termina sa vie sur ce mot : « Sufficit « , « c’est assez » ; Bentham se fit embaumer pour être exposé dans une vitrine à l’University College de Londres ; Simone Weil s’est laissée mourir de faim pendant l’Occupation ; Camus est mort d’un accident de voiture, rattrapé par l’absurde ; Sartre lança un jour :  » La mort ? Je n’y pense pas » : 50 000 personnes assistèrent à ses funérailles.

Mon avis :

Ce livre ne pouvait que ravir la taphophile que je suis. Et pour une fois, bien qu’écrit par un éminent professeur de philosophie, le style n’est en rien jargonnant. Il est aussi sobre que la couverture. Il ne demande aucune connaissance précise, si cela peut rassurer les néophytes (ou ceux qui n’aiment pas vraiment la philo… groupe dont je fais partie… même pas honte !). Ce livre est constitué de fiches, classées selon les courants, les époques ou les nationalités. Ce qui est pratique, et ce que j’ai fait d’ailleurs, c’est qu’il peut être lu petit bout par petit bout. Nul besoin de se souvenir de la fiche précédente. Certains philosophes mentionnés sont très peu connus (et inconnus de ma personne, j’avoue…. oh, eh, que celui qui connaît Métroclès ou Chrysippe me jette la première pierre !) ce qui engage (ou pas) à faire des recherches plus poussées. Certaines anecdotes prêtent vraiment à sourire, même devant un sujet aussi sérieux et tabou que la mort.

Je vous le conseille vivement.