Au lit Miyuki – Roxane Marie Galliez/Seng Soun Ratanavanh

 

J’avais vraiment aimé le premier album, Attends Miyuki ; inutile de vous préciser ma joie lorsque j’ai eu celui-ci en main.

Cette fois, nous assistons à un moment difficile pour les enfants, pouvant devenir cauchemardesque pour les parents : le coucher. Généralement, ils tentent toujours de retarder le moment, quand ils ne le rendent pas insupportable. Et la petite fille n’échappe pas à la règle. Elle n’est pas dans le deuxième cas de figure, non, mais elle se cherche des excuses, des choses à faire avant de rejoindre son lit. On admirera d’ailleurs la patience de son grand-père qui, en homme sage, fait tout pour rendre ce moment serein.

Les textes sont toujours d’une délicatesse remarquable. Les dessins sont harmonieux et bien trouvés. Leur association font de cet album un magnifique objet que parents et enfants pourront lire afin de dédramatiser  le moment du coucher.

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La santé des dirigeants français – Stanis Perez

La santé des dirigeants français : De François 1er à nos jours par Perez

 

Quatrième de couverture :

« Je ne vais pas mal. Mais, rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir ! » C’est ainsi que le général de Gaulle répondit, en 1965, à la question d’un journaliste qui l’interrogeait un an après son opération de la prostate. Toutefois, ce trait d’humour resté célèbre ne doit pas faire illusion : l’exercice du pouvoir génère des fatigues en tout genre et des indispositions plus ou moins graves qu’il vaut mieux dissimuler. Quel que soit le régime politique, il n’est guère d’informations plus sensibles que celles qui touchent à la santé du Prince. Il en va de sa longévité, de son autorité.

De la Renaissance à la Ve République, la dimension sanitaire de l’art de gouverner s’est-elle réellement métamorphosée ? Qu’il soit roi, empereur ou président élu au suffrage universel, ce malade pas comme les autres vit sur une scène de théâtre aux contours indéfinis. Une « grippe » mal soignée, une « fièvre » tenace ou un « lumbago » récalcitrant peuvent devenir une affaire d’État quand la rumeur enfle… et dit la vérité. Le palais déclare pourtant que l’état du malade est « tout à fait satisfaisant ». Mais peut-on faire confiance aux médecins de cour, qu’ils exercent à Versailles, aux Tuileries ou à l’Élysée ?

De la fausse mort de François Ier au « grand secret » de François Mitterrand en passant par l’épisode édifiant de la fistule anale du Roi-Soleil, cet ouvrage explore, du point de vue biohistorique, les arcanes de la gestion politique de ces grands moments de faiblesse qui sont devenus, après coup, de grands moments de vérité. À partir d’exemples célèbres, d’archives et d’une critique de l’impact du pathologique sur le politique, cette enquête consacrée aux fatigues du pouvoir permet de revisiter une partie de l’histoire vivante de l’État.

 

Mon avis :

Tout ce qui a trait au monde médical m’a toujours intéressé. En travaillant sur les textes de Gautier de Coinci, auteur médiéval ayant mis en scène la maladie dans ses Miracles de Nostre Dame, j’avais déjà pu me rendre compte à quel point cette dernière était utilisée à des fins non pas politiques dans ce cas, mais religieuses. Néanmoins, le processus reste le même est Stanis Perez, dans cet excellent essai, nous le décrit bien : « De toute éternité, on associe, sur le ton de la critique ou de la résignation, la maladie et l’exercice du pouvoir » (P7).

Nous avons tous en tête la maladie cachée de François Mitterrand, des doutes sur celle de Jacques Chirac et nous traquons la moindre goutte au nez du Chef d’État pour l’assimiler immédiatement non seulement à la pire des pathologies, mais encore à l’idée d’un pouvoir qui pourrait prendre fin immédiatement. En lisant cet ouvrage, on peut noter que le phénomène n’est pas nouveau et que certains détracteurs en ont même profité, quand ce n’était pas la famille ou l’entourage. Il en fut ainsi de la petite vérole qui rongeait Louis XV :  » On peut soupçonner l’entourage du roi d’avoir volontairement aggravé le pronostic en parlant du viatique, ceci pour contraindre un Louis XV aux portes de l’enfer à se séparer de Madame de Châteauroux » (P109).

J’ai appris énormément de choses sur le plan socio-historique et je remercie Babelio, Stanis Perez ainsi que les Éditions Nouveau Monde pour cette découverte très enrichissante.



Extrait :

Napoléon le reconnaissait lui-même, on ne peut pas à la fois vouloir conquérir l’Europe et se plaindre d’un méchant rhume à la veille d’une bataille. (P300)



Un repas gourmand à la française – M-H Baylac

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Quatrième de couverture :

Ce livre fait une large place à l’histoire des plats et des pratiques culinaires qui n’ont cessé et ne cessent d’évoluer. Il parcourt la littérature française qui abonde en témoignages sur la place de la cuisine dans notre société. Nous l’avons aussi voulu richement illustré puisque, avant même de goûter ce que nous allons manger, nous le regardons. Et l’on sait comme un beau produit ou une assiette agencée avec soin constitue un premier plaisir gourmand. Alors, ouvrez les yeux et régalez-vous !

Mon avis :

« Alors, ouvrez les yeux et régalez-vous ! », telle est la dernière phrase de la quatrième de couverture. Et c’est exactement ce qu’il s’est passé pour moi dès l’instant où j’ai mis le nez dans ce livre. En entrée, Marie-Hélène Baylac propose de mettre les yeux en action. En effet, les tableaux accompagnent parfaitement les textes. Pendant que l’on se délecte des techniques artistiques des différents peintres ayant su reproduire à la perfection certains mets, que l’on commence à avoir les papilles en ébullition, arrive le plat principal : l’Histoire culinaire, les petites anecdotes et, en accompagnement, de la littérature. Et avec ça, vous prendrez bien un dessert ! Mais bien sûr, on ne va quand même pas quitter la table de suite ! La suggestion du chef, cerise sur le gâteau, sera donc de finir chaque menu par des recettes. Vous ressortez de là avec cette impression d’avoir divinement nourri tous vos sens.

J’ai appris énormément de choses. L’association des différentes rubriques est une excellente idée. L’ouvrage est magnifique, complet de surcroît. Je vous assure que vous le classerez, au final, dans votre bibliothèque et non dans votre cuisine.

Un grand merci à Babelio et aux Éditions Omnibus qui m’ont permis de découvrir ce livre, ainsi qu’à Marie-Hélène Baylac qui partage avec les lecteurs sa passion et son amour pour tout ce qui a trait au thème culinaire.

Les remèdes du Moyen Âge – Michèle Bilimoff

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Mais pourquoi, oui, pourquoi n’ai-je découvert cet admirable ouvrage que maintenant ? Alors que j’en aurais bien eu besoin lorsque j’écrivais Frénégonde ! Mais comme le dit le dicton, mieux vaut tard que jamais et croyez-moi, il va bien me servir pour la suite.

Ce livre est une somme d’érudition et je salue l’énorme travail de Michèle Bilimoff ainsi que son talent pour mettre au service de tous ses recherches sur les remèdes préconisés dans la médecine médiévale. Même si l’on n’y travaille pas spécialement dessus, juste par curiosité, on apprend énormément de choses. De plus, le livre en lui-même est beau : papier glacé, richesse des illustrations et des explications…

Bref, dois-je préciser que ce dernier m’a emballée et qu’il va rester pendant un bon moment sur ma table de chevet ?

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Attends Miyuki – Roxane Marie Galliez / Seng Soun Ratanavanh

Quel album ! Très doux au toucher, avec de belles pages en papier glacé richement illustrées… Et quel texte, quelle puissance ! Pfffiou, je l’ai lu ce matin, au petit-déjeuner, avant de partir travailler, ce qui m’a mis du baume au cœur.

Cette petite Miyuki, comme tous les enfants de son âge, veut tout, tout de suite. Elle désire ardemment que, en ce premier jour de printemps, toutes les fleurs de son jardin soient écloses. Mais une petite fleur joue les prolongations. Le grand-père, qu’elle a tiré du lit pour venir contempler la nouvelle saison, lui explique que tout ne va pas au même rythme et que la petite fleur attend de l’eau pure pour s’ouvrir. Il n’en fallait pas plus pour que la petite fille parte à la recherche de l’onde magique.

Si Miyuki doit apprendre la sagesse et la patience, j’avoue que je n’en ai pas eu, de mon côté, et que j’ai dévoré tout de go cet album. Ce conte philosophique, à l’adresse des enfants et de celui qui sommeille en chacun de nous, est  magnifique, tout simplement.

Un grand merci aux auteurs pour ce délicieux moment de lecture.

Les énigmes des Borgia – R.M. Galliez, S. Lebrun et L. Audrain

R.M. Galliez, S. Lebrun et L. Audrain 

 

 

J’ai eu la chance et la joie de gagner ce magnifique livre. Il est d’ailleurs rangé dans ma bibliothèque, parmi les beaux livres, et non dans les piles  que j’ai un peu partout dans l’appartement (si tant est qu’une pile puisse être rangée). C’est pour dire !

J’ai retrouvé ici Roxane Marie Galliez, dans un style bien différent que ce qu’elle nous a présenté jusqu’à présent. Les différentes casquettes lui vont à merveille ! J’admire toujours les écrivains qui peuvent tout écrire sous n’importe quelle forme sans se répéter. Non seulement ce n’est guère évident mais cela démontre un talent certain.

Quelle bonne idée d’avoir fait cohabiter ainsi le ludique et le culturel ! Inutile de se dire que ce livre ne concerne que les jeunes d’ailleurs (euh, je vous rappelle qu’il s’agit des Borgia, hein ! A ne pas mettre entre toutes les mains quand même !). J’avoue avoir flanché sur certains jeux et regardé la réponse ! :tongue: Ajoutez à ceci des illustrations soignées et vous avez la recette du livre à avoir coûte que coûte.

Vous cherchez encore un cadeau pour Noël ?

La folie dans la littérature médiévale – Huguette Legros

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J’ai mis du temps à lire cet essai d’Huguette Legros, non pas parce qu’il est inintéressant – bien au contraire – mais parce qu’il est dense et riche en enseignement. Pour résumer brièvement, il est complet. Il s’intéresse non seulement à la littérature, mais aussi à l’Histoire et, cerise sur le gâteau pour les amateurs, à la syntaxe. Et il m’a d’autant plus interpellée qu’il fait écho, dans certains chapitres, à Gautier de Coinci que je ne vous présente plus. Puisque je parle de chapitres, ce livre se divise en huit parties : une approche, tout d’abord, sur la société médiévale, la perception du fou et le lien entre réel et imaginaire. Vient ensuite une étude sémantique puis une étude du fou lui-même : mode de vie, apparence etc. On passe ensuite à la littérature et aux différentes formes de folie : par amour, en lien avec la religion ; ces folies donnant lieu à des déviances. Huguette Legros va également se pencher sur la mise en scène puis sur les paroles.

Cet ouvrage est à la fois érudit et accessible. Je le recommande tout particulièrement car, encore une fois, je le trouve vraiment exhaustif. Il existe, bien sûr, de nombreux ouvrages sur ce thème car la littérature médiévale a fait de ce personnage une figure récurrente dans les textes. Huguette Legros a pris la peine de les recenser, de recouper les différentes sources et discours. Bref, c’est le fruit d’un travail colossal sur une période relativement étendue (du XIIe au XIVe s).

 

Extrait : 

 

Les fous, au Moyen Âge, ne sont pas enfermés dans des structures spécialisées, même si dans certains cas l’enfermement est nécessaire pour protéger le malade et son entourage. Ainsi, lorsque Amadas est revenu chez ses parents, ceux-ci doivent le séquestrer pour qu’il ne s’évade pas : « Bien le gardent en recelee / En une cambre bien celee » ; de même lors de sa première crise de démence, alors qu’il est soigné par la reine Guenièvre, Lancelot doit être enfermé dans une chambre, comme ce sera encore le cas lorsqu’il est au château de Castel Blanc.

Le fou n’est pas non plus attaché, sauf si sa violence est telle qu’il devient dangereux pour lui et pour les autres. C’est le cas d’Amadas jusqu’à ce que ses parents décident de le libérer de ses entraves ; Lancelot au château de Castel Blanc porte « uns petiz aniaux qu’il li mistrent en piez, por ce qu’il n’alast loing » ; plus tard l’ermite qui veut le soigner doit le faire ligoter par des sergents pour qu’ils puissent l’emmener à l’ermitage ; et finalement, à Corbenic, le roi Pellès dit à ses hommes de le prendre de force pour le conduire au palais Aventureux : « sans lui blecier et li lient les mains et les piez ». (P 18-19)

 

* Amadas et Ydoine (auteur inconnu. XIIIe s)