Ça va vous rappeler quelque chose…

Voici une mésaventure arrivée à Jacques Lelong (1665-1721), prêtre de l’Oratoire, religieux, bibliographe et historien français.

Lelong avant d’entrer dans la Congrégation de l’Oratoire, alla à Malte, dans la vue d’être admis parmi les clercs de cet ordre. A peine y fut-il arrivé, que la contagion se répandit dans cette île. Le jeune Lelong, ayant rencontré par hasard des personnes qui allaient enterrer un homme mort de la peste, les suivit par une curiosité naturelle aux jeunes gens. 
Dès qu’il fut rentré dans la maison où il logeait avec d’autres français, on en fit murer les portes, de peur qu’il ne communiquât la funeste maladie dont on croyoit qu’il serait bientôt attaqué. Mais cette espèce de prison lui sauva la vie. Car pendant que la contagion enlevait un grand nombre de personnes dans les maisons voisines, le jeune Lelong et ceux qui étaient enfermés avec lui, furent préservés de la maladie. 

Anecdote tirée de l’ouvrage de Guillaume-Thomas Raynal (Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier, et de plus intéressant aux Ecrivains François, depuis le renouvellement des Lettres sous François I. jusqu’à nos jours)

Les blagues de Lully

Image : Château de Versailles

Je vous ai parlé récemment de la mort de Lully. Cette fois, l’anecdote, tirée de l’ouvrage de Guillaume-Thomas Raynal (Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier, et de plus intéressant aux Ecrivains François, depuis le renouvellement des Lettres sous François I. jusqu’à nos jours), est plus gaie. On s’imagine mal le jeune Lully farceur. Et pourtant…

Lully étant jeune et simple page de Mademoiselle, entendit que cette Princesse qui se promenait dans les jardins de Versailles, disait à d’autres Dames : Voilà un piédestal vide sur lequel on aurait dû mettre une statue. La Princesse ayant continué son chemin, Lulli se déshabilla entièrement, cacha ses habits derrière le piédestal, et se plaça dessus, attendant dans l’attitude d’une statue que la Princesse repassât. Elle revint en effet quelque temps après, et ayant aperçu de loin une figure dans l’endroit où elle souhaitait qu’on en plaçât une, elle ne fut pas médiocrement surprise. Est-ce un enchantement, dit-elle, que ce que nous voyons ? Elle avança insensiblement, et ne reconnut la vérité de cette aventure que lorsqu’elle fut très proche de la figure. Les Dames et les Seigneurs qui accompagnaient la Princesse voulurent faire punir sévèrement la statue, mais elle lui pardonna en faveur de la saillie singulière : et cette folie qui semblait devoir perdre Lully, fut le premier pas qui le conduisit à la fortune.

Une bonne réplique de Furetière

Antoine FURETIÈRE, fabuliste, poète et romancier, avait été élu à l’Académie en 1662 (fauteuil 31). Voici l’anecdote que j’ai trouvée dans le livre de Guillaume-Thomas Raynal, Anecdotes Littéraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier et de plus intéressant aux Ecrivains François depuis le renouvellement des Lettres sous François Ier jusqu’à nos jours. (Tome 2)

BENSERADE étant à l’Académie, y prit la place de Furetière qu’il n’aimait pas, et dit en s’y mettant : Voilà une place où je dirai bien des sottises. Courage, lui répondit Furetière, vous avez fort bien commencé.

Bêtises d’écoliers

Cette anecdote est tirée du livre de Guillaume-Thomas Raynal : Anecdotes litteraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier, & de plus intéressant aux écrivains français, depuis le renouvellement des lettres sous François Ier jusqu’à nos jours.

Elle concerne Marc-Antoine Muret, humaniste français du XVIe siècle.

MURET qui avait l’esprit vif, savait, quand ses écoliers faisaient du bruit et l’interrompaient, les punir aussitôt par quelque mot piquant qui les tenait ensuite dans le respect. Un d’entre eux, ayant un jour porté en classe une cloche, vint à sonner pendant l’explication. Vraiment, dit Muret sans s’émouvoir, j’aurais été bien surpris si dans ce tas de bêtes, il ne s’était trouvé un Bélier avec sa cloche pour conduire le troupeau. 

Un repas trop arrosé

Un repas trop arrosé... Chapelle et le Maréchal. Chapel12

Claude-Emmanuel Lhuillier, dit Chapelle, est né en 1626 près de Montmartre, dans le quartier de la Chapelle, d’où son nom de plume. Poète et homme de lettres, il est également connu pour sa vie de débauche. Il n’était pas rare de le trouver complètement saoul et les anecdotes foisonnent en ce sens. 

En voici une : 

Chapelle soupait un soir en tête à tête, avec le Maréchal de ***. Quand ils eurent un peu bu, ils se mirent à faire des réflexions sur les misères de cette vie, et sur l’incertitude de ce qui la doit suivre. Ils convinrent que rien au monde n’était si dangereux que de vivre sans Religion : mais ils trouvaient en même temps qu’il n’était pas possible de passer en bon Chrétien un grand nombre d’années, et que les Martyrs avaient été bienheureux de n’avoir eu que des moments à souffrir pour gagner le Ciel. Là-dessus, Chapelle imagina qu’ils feraient fort bien l’un et l’autre de s’en aller en Turquie prêcher la Religion Chrétienne. On nous prendra, disait-il, on nous conduira à quelque Bâcha1. Je lui répondrai avec fermeté ; vous ferez comme moi, M. le Maréchal : on m’empalera, on vous empalera après moi et nous voilà en Paradis. Le Maréchal trouva mauvais que Chapelle se mît ainsi avant lui : C’est à moi, dit-il, qui suis Maréchal de France et Duc et Pair, à parler au Bâcha, et à être martyrisé le premier , et non pas à un petit compagnon comme vous. Je me moque du Maréchal et du Duc, répliqua Chapelle ; sur cela M. de *** lui jette son assiette au visage. Chapelle se jette sur le Maréchal, ils renversent tables, buffets, sièges ; on accourt au bruit. On peut penser quelle scène ce fut de leur entendre expliquer le sujet de leur querelle, et conter chacun leurs raisons.

1. Équivalent de préfet chez les Turcs.

Anecdote tirée du livre : Anecdotes Littéraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier et de plus intéressant aux Ecrivains François depuis le renouvellement des Lettres sous François Ier jusqu’à nos jours. (Tome 2)