Une bonne réplique de Furetière

Antoine FURETIÈRE, fabuliste, poète et romancier, avait été élu à l’Académie en 1662 (fauteuil 31). Voici l’anecdote que j’ai trouvée dans le livre de Guillaume-Thomas Raynal, Anecdotes Littéraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier et de plus intéressant aux Ecrivains François depuis le renouvellement des Lettres sous François Ier jusqu’à nos jours. (Tome 2)

BENSERADE étant à l’Académie, y prit la place de Furetière qu’il n’aimait pas, et dit en s’y mettant : Voilà une place où je dirai bien des sottises. Courage, lui répondit Furetière, vous avez fort bien commencé.

Un repas trop arrosé

Un repas trop arrosé... Chapelle et le Maréchal. Chapel12

Claude-Emmanuel Lhuillier, dit Chapelle, est né en 1626 près de Montmartre, dans le quartier de la Chapelle, d’où son nom de plume. Poète et homme de lettres, il est également connu pour sa vie de débauche. Il n’était pas rare de le trouver complètement saoul et les anecdotes foisonnent en ce sens. 

En voici une : 

Chapelle soupait un soir en tête à tête, avec le Maréchal de ***. Quand ils eurent un peu bu, ils se mirent à faire des réflexions sur les misères de cette vie, et sur l’incertitude de ce qui la doit suivre. Ils convinrent que rien au monde n’était si dangereux que de vivre sans Religion : mais ils trouvaient en même temps qu’il n’était pas possible de passer en bon Chrétien un grand nombre d’années, et que les Martyrs avaient été bienheureux de n’avoir eu que des moments à souffrir pour gagner le Ciel. Là-dessus, Chapelle imagina qu’ils feraient fort bien l’un et l’autre de s’en aller en Turquie prêcher la Religion Chrétienne. On nous prendra, disait-il, on nous conduira à quelque Bâcha1. Je lui répondrai avec fermeté ; vous ferez comme moi, M. le Maréchal : on m’empalera, on vous empalera après moi et nous voilà en Paradis. Le Maréchal trouva mauvais que Chapelle se mît ainsi avant lui : C’est à moi, dit-il, qui suis Maréchal de France et Duc et Pair, à parler au Bâcha, et à être martyrisé le premier , et non pas à un petit compagnon comme vous. Je me moque du Maréchal et du Duc, répliqua Chapelle ; sur cela M. de *** lui jette son assiette au visage. Chapelle se jette sur le Maréchal, ils renversent tables, buffets, sièges ; on accourt au bruit. On peut penser quelle scène ce fut de leur entendre expliquer le sujet de leur querelle, et conter chacun leurs raisons.

1. Équivalent de préfet chez les Turcs.

Anecdote tirée du livre : Anecdotes Littéraires, ou Histoire de ce qui est arrivé de plus singulier et de plus intéressant aux Ecrivains François depuis le renouvellement des Lettres sous François Ier jusqu’à nos jours. (Tome 2)

Un peu de glauque…

C’est l’été, c’est frais…

Je continue avec les anecdotes et j’en ai trouvé une pas piquée des vers, si j’ose dire ! L’histoire se passe au XIVe siècle au Portugal. Le prince Pierre Ier avait une maîtresse, Inès de Castro, qui était accessoirement la dame de compagnie de son épouse légitime, Constance. Inès est assassinée en 1355, peut-être sur ordre du père, le roi Alfonse IV, qui voyait les roucoulades de son fils d’un très mauvais oeil. Bref, pour faire court, une fois Pierre 1er roi, deux ans plus tard, celui-ci annonce qu’il s’était marié avec Inès peu de temps avant la mort de cette dernière (Constance était morte en couches en 1345). Il demande donc à ce qu’elle soit reconnue comme reine. Il la fait exhumer, placer sur le trône avec les plus beaux atours et exige de tous de s’agenouiller devant elle et… de lui faire le baise-main ! Mythe ou réalité ? Je vous laisse lire cet article pour vous faire une idée.

On retrouve cette histoire dans le tableau de Pierre-Charles Comte, peint en 1849, Le Couronnement d’Inès de Castro en 1361.

Montherlant s’inspirera également de l’histoire de cette famille pour écrire, en 1942, La Reine morte.

La mort de Jean-Baptiste Lully

J’aime ce compositeur qui a travaillé avec Molière notamment. Mais on ne peut pas dire que sa mort soit glorieuse… Jugez plutôt : Le 8 janvier 1687, en répétant avec les 150 musiciens son « Te Deum » qui devait être donné en l’honneur de Louis XIV, il se fâche et tape avec son bâton de direction… sur son pied (un truc digne d’un film de Louis de Funès). Il est blessé et la gangrène s’installe. Il mourra deux mois plus tard.

Le livre sans verbe

Saviez-vous que cela existait ? L’auteur est Michel Thaler. Son titre : Le train de nulle part. Incroyable, surtout lorsque l’on pense qu’il contient 233 pages ! Et moi qui râle dès que je trouve une phrase nominale ! 😆

Un petit extrait :

« Quelle aubaine ! Une place de libre, ou presque, dans ce compartiment. Une escale provisoire, pourquoi pas ! Donc, ma nouvelle adresse dans ce train de nulle part : voiture 12, 3e compartiment dans le sens de la marche. Encore une fois, pourquoi pas ? – Bonjour Messieurs Dames. Un segment du voyage avec vous ! Ou peut-être pas ! Tout comme la totalité de l’itinéraire, du moins le mien ! »