La santé des dirigeants français – Stanis Perez

Stanis Perez [XXe-XXIe s / France ; Histoire, Médecine] 41XMUWrpezL._SX195_

Quatrième de couverture :

« Je ne vais pas mal. Mais, rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir ! » C’est ainsi que le général de Gaulle répondit, en 1965, à la question d’un journaliste qui l’interrogeait un an après son opération de la prostate. Toutefois, ce trait d’humour resté célèbre ne doit pas faire illusion : l’exercice du pouvoir génère des fatigues en tout genre et des indispositions plus ou moins graves qu’il vaut mieux dissimuler. Quel que soit le régime politique, il n’est guère d’informations plus sensibles que celles qui touchent à la santé du Prince. Il en va de sa longévité, de son autorité.

De la Renaissance à la Ve République, la dimension sanitaire de l’art de gouverner s’est-elle réellement métamorphosée ? Qu’il soit roi, empereur ou président élu au suffrage universel, ce malade pas comme les autres vit sur une scène de théâtre aux contours indéfinis. Une « grippe » mal soignée, une « fièvre » tenace ou un « lumbago » récalcitrant peuvent devenir une affaire d’État quand la rumeur enfle… et dit la vérité. Le palais déclare pourtant que l’état du malade est « tout à fait satisfaisant ». Mais peut-on faire confiance aux médecins de cour, qu’ils exercent à Versailles, aux Tuileries ou à l’Élysée ?

De la fausse mort de François Ier au « grand secret » de François Mitterrand en passant par l’épisode édifiant de la fistule anale du Roi-Soleil, cet ouvrage explore, du point de vue biohistorique, les arcanes de la gestion politique de ces grands moments de faiblesse qui sont devenus, après coup, de grands moments de vérité. À partir d’exemples célèbres, d’archives et d’une critique de l’impact du pathologique sur le politique, cette enquête consacrée aux fatigues du pouvoir permet de revisiter une partie de l’histoire vivante de l’État.

Mon avis :

Tout ce qui a trait au monde médical m’a toujours intéressée. En travaillant sur les textes de Gautier de Coinci, auteur médiéval ayant mis en scène la maladie dans ses Miracles de Nostre Dame, j’avais déjà pu me rendre compte à quel point cette dernière était utilisée à des fins non pas politiques dans ce cas, mais religieuses. Néanmoins, le processus reste le même est Stanis Perez, dans cet excellent essai, nous le décrit bien : « De toute éternité, on associe, sur le ton de la critique ou de la résignation, la maladie et l’exercice du pouvoir » (P7).

Nous avons tous en tête la maladie cachée de François Mitterrand, des doutes sur celle de Jacques Chirac et nous traquons la moindre goutte au nez du Chef d’État pour l’assimiler immédiatement non seulement à la pire des pathologies, mais encore à l’idée d’un pouvoir qui pourrait prendre fin immédiatement.

En lisant cet ouvrage, on peut noter que le phénomène n’est pas nouveau et que certains détracteurs en ont même profité, quand ce n’était pas la famille ou l’entourage. Il en fut ainsi de la petite vérole qui rongeait Louis XV :  » On peut soupçonner l’entourage du roi d’avoir volontairement aggravé le pronostic en parlant du viatique, ceci pour contraindre un Louis XV aux portes de l’enfer à se séparer de Madame de Châteauroux » (P109).

J’ai appris énormément de choses sur le plan socio-historique. Je laisse la dernière phrase à Napoléon : « on ne peut pas à la fois vouloir conquérir l’Europe et se plaindre d’un méchant rhume à la veille d’une bataille ». (P300)

« Je dis ça, je dis rien » et 200 autres expressions in-sup-por-tables ! – Adèle Bréau

J’aime beaucoup l’étymologie et donc lire d’où viennent les expressions. Mais ici, il ne s’agit pas d’un de ces livres « classiques » essayant de chercher la définition. Adèle Bréau, non sans humour, nous décrypte les nouvelles expressions, celles employées de plus en plus au travail ou dans notre vie quotidienne. Je me souviens, il n’y a pas très longtemps, lorsque j’ai demandé à un collègue la date de délai d’un document et qu’il m’a répondu de façon très naturelle : « Asap ». Une poule devant une brosse à dents aurait eu l’air moins étonnée que moi ! J’ai été obligée d’aller chercher sur le net ce que pouvait bien vouloir dire ce borborygme. Tout ça pour découvrir que cela venait de l’anglais « as soon as possible ». Evidemment, me répondre en français « le plus rapidement possible » l’aurait étouffé !

Bref, je vous conseille ce livre qui m’a fait sourire de bout en bout ! Et je suis bien d’accord avec Adèle Bréau, affirmant qu’il faudrait, je cite, « embrocher en place publique » l’auteur originel de cette foutue expression contre laquelle je me bats tous les jours : « au jour d’aujourd’hui ». Argh ! L’écrire me pique les doigts et me fait saigner les yeux !!!

Les philosophes meurent aussi – Simon Critchley

Simon Critchley [XXe-XXIe s / Royaume-Uni ; Philosophie] Les_philosophes_meurent_aussi
Traduction : Jean-François Chaix

Quatrième de couverture :

Pythagore préféra se faire massacrer plutôt que de traverser un champ de fèves ; Platon serait mort d’une infestation par les poux Epicure accueillit sa fin avec joie, entouré de ses amis – « la mort n’est rien pour nous », disait-il ; Descartes fut emporté par une pneumonie à la suite des leçons matinales qu’il prodiguait au coeur de l’hiver suédois ; Voltaire, pourfendeur de l’Eglise, demanda à être confessé par un prêtre sur son lit de mort : Kant termina sa vie sur ce mot : « Sufficit « , « c’est assez » ; Bentham se fit embaumer pour être exposé dans une vitrine à l’University College de Londres ; Simone Weil s’est laissée mourir de faim pendant l’Occupation ; Camus est mort d’un accident de voiture, rattrapé par l’absurde ; Sartre lança un jour :  » La mort ? Je n’y pense pas » : 50 000 personnes assistèrent à ses funérailles.

Mon avis :

Ce livre ne pouvait que ravir la taphophile que je suis. Et pour une fois, bien qu’écrit par un éminent professeur de philosophie, le style n’est en rien jargonnant. Il est aussi sobre que la couverture. Il ne demande aucune connaissance précise, si cela peut rassurer les néophytes (ou ceux qui n’aiment pas vraiment la philo… groupe dont je fais partie… même pas honte !). Ce livre est constitué de fiches, classées selon les courants, les époques ou les nationalités. Ce qui est pratique, et ce que j’ai fait d’ailleurs, c’est qu’il peut être lu petit bout par petit bout. Nul besoin de se souvenir de la fiche précédente. Certains philosophes mentionnés sont très peu connus (et inconnus de ma personne, j’avoue…. oh, eh, que celui qui connaît Métroclès ou Chrysippe me jette la première pierre !) ce qui engage (ou pas) à faire des recherches plus poussées. Certaines anecdotes prêtent vraiment à sourire, même devant un sujet aussi sérieux et tabou que la mort.

Je vous le conseille vivement.

Visages de femmes au Moyen Âge – Régine Pernoud 📜

Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] Image
Fiche écrite le 15/01/2014

S’il y a bien un cliché qui perdure, c’est celui qui réduit, dans l’Histoire, le rôle des femmes à néant. Pourtant, nous savons, à l’aide de textes et de différentes études, que celles-ci avaient une place importante et que, très souvent, c’était leur avis que l’on prenait, même si on ne le criait pas sur tous les toits pour ne pas s’attirer la honte de ses congénères masculins. Et inutile aux machos de tout poil de venir aboyer ici ! Je suis loin d’être une féministe telle que nous les voyons à l’heure actuelle. Pour autant, il est toujours agréable, quand même, de lire ce genre de chose et de redorer le blason statut féminin. 

Régine Pernoud livre tout d’abord un tableau socio-historique mettant en parallèle l’Antiquité et le Moyen Âge. Alors, je vais vous dire : le premier qui osera venir m’ânonner, la bouche en cœur, comme j’ai pu l’entendre (ou le voir) à plusieurs reprises, que les gens de l’Antiquité étaient plus civilisés que ceux de la période médiévale, je lui fais manger le livre, feuille par feuille (264 pages de papier bien épais, ça laisse à réfléchir !)  Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] 2799054494   La femme n’avait pas sa place dans la société gréco-romaine. Tout était géré à sa place, y compris ses biens et même parfois sa vie. Par qui ? Par le père puis par l’époux. Tout ceci va changer dès le haut Moyen Âge avec la christianisation et les Évangiles qui donnent à la femme un autre statut. Malheureusement, à partir du XVe siècle, on retrouve de l’intérêt pour l’Antiquité et son droit romain et… je ne vous fais pas un dessin… que pensez-vous qu’il arriva ? Il faudra attendre le XXe siècle pour que la femme puisse accéder à certains postes de l’institution.

En parallèle, l’Historienne nous fait découvrir ou redécouvrir des femmes ayant joué un rôle majeur dans leur époque : Clotilde, Geneviève, Radegonde ou encore Hildegarde de Bingen. Je laisse le mot de la fin à Régine Pernoud : 

« Il n’était donc pas inutile de rappeler par le texte et par l’image la place tenue dans l’expression littéraire comme dans la vie artistique par les femmes de cette époque encore si mal connue que nous appelons le « Moyen Âge ». (P256)

Hildegarde de Bingen – Régine Pernoud

Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] 51nfy710

Fiche écrite le 16/04/2012

Quatrième de couverture :

Étonnante, moderne, Hildegarde de Bingen n’est pas seulement la plus grande mystique du Moyen Age. Elle est aussi musicienne, auteur de soixante-dix-sept symphonies, et surtout écrivain. Son œuvre nous parle de la place de l’homme dans le cosmos, de respect de l’environnement, de diététique, de guérison, du rôle de la femme: toute une sagesse médiévale à redécouvrir.
  Née en 1098 en Allemagne, elle reste inconnue jusqu’à l’âge de quarante ans, cloîtrée dans son couvent des bords du Rhin. Puis elle transcrit les admirables visions qui l’habitent depuis l’enfance. Très vite, le livre soulève passions et controverses dans l’Europe entière, avant d’obtenir l’approbation du souverain pontife, des évêques et de Bernard de Clairvaux.
  Dès lors, pour Hildegarde, se profile un destin extraordinaire. Ses prêches résonnent dans les cathédrales de Trèves, Cologne, Mayence. Par milliers, les gens la sollicitent, les plus hautes autorités la consultent, du comte de Flandre à l’empereur Frédéric Barberousse. C’est l’époque où les papes eux-mêmes savent demander conseil une simple moniale.
  Surtout, elle ne cesse d’écrire. Ses trois grands livres de visions, dont le célèbre Scivias, décrivent un univers infini, en expansion perpétuelle, proche de celui des astrophysiciens actuels. Ses deux traités de médecine douce – les seuls composés en Occident au XII* siècle – font aujourd’hui encore autorité. Ainsi, loin des œillères de la logique et du rationalisme, loin de toute conception mécaniste, Hildegarde de Bingen incarne merveilleusement cet autre savoir, intuitif, écologique, visionnaire.

Mon avis : 

Ce livre dormait dans ma bibliothèque depuis quelques années. A force de les entasser sur les étagères, j’avoue que je prends généralement mes lectures sur le haut de la pile, ce qui est un tort, j’en conviens aisément. 

Écrit par Régine Pernoud, cet essai permet d’en savoir plus sur cette femme du XIIe siècle qui cumula de nombreuses fonctions et qui fascine toujours autant. A la fois moniale, musicienne, écrivain, elle s’occupa de moultes choses qui paraissent primordiales à l’heure actuelle : environnement, diététique et, ce qui m’intéresse le plus, la médecine. Avec philosophie et sagesse, Hildegarde délivra des textes impressionnants par ses prises de position, ce qui ne lui valut pas que des amis. Ceci dit, sa place, sa fonction et son entourage (elle conseillait même le Pape) firent qu’elle se sortit toujours – ou presque – des mauvais pas. Comment cette femme si fragile physiquement, souvent atteinte par la maladie, réussit-elle être aussi forte moralement ? Comment ses visions furent-elles perçues par les hautes instances ? Voici tout ce que nous délivre ce livre.

On a souvent décrié Régine Pernoud. Pourtant, celle-ci décrit le moyen âge de façon simple, claire, de manière à intéresser tous les publics. Elle s’est attachée à mettre en avant les femmes, leur rendant toute leur place dans l’Histoire. Dans cet ouvrage riche en détails, le lecteur pourra découvrir une femme qui a marqué l’époque médiévale et qui a apporté un tournant dans la philosophie et le mysticisme. On lit cet essai comme un roman. Vous pouvez donc voir à quel point la fluidité du style rend la lecture agréable. 

Ce fut une très belle découverte pour moi et je ne peux que vous conseiller ce livre si vous vous intéressez aux grandes figures de l’Histoire.

Extrait :

  C’est dans ce monde en plein essor que se situe, à une date difficile à mieux préciser, la naissance d’une petite fille dans une famille appartenant à la noblesse locale du Palatinat. ses parents, Hildebert et Mathilde (Mechtilde en allemand) sont probablement originaires de Bermersheim, dans le comté de Spanheim. Elle est la dixième enfant du ménage, et reçoit au baptême le prénom d’Hildegarde. Naissance sans éclat, dans une famille dont la noblesse ne s’est pas traduite par de grandes actions ; naissance pourtant qui se révélera singulièrement accordée à l’époque riche, effervescente qu’est ce tournant du siècle. L’année suivante, le 15 juillet 1099, les croisés s’empareront de Jérusalem.
  Une petite fille comme les autres. Pas tout à fait cependant, car dès sa petite enfance elle étonne parfois son entourage. Une anecdote racontée tardivement (dans les actes de son procès de canonisation) la montre s’écriant devant sa nourrice :  » Vois donc le joli petit veau qui est dans cette vache. Il est blanc avec des taches au front, aux pieds et au dos. » Lorsque le veau naît quelques temps plus tard, on constate qu’il est exactement conforme à cette description. Hildegarde avait alors cinq ans.