Visages de femmes au Moyen Âge – Régine Pernoud 📜

Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] Image
Fiche écrite le 15/01/2014

S’il y a bien un cliché qui perdure, c’est celui qui réduit, dans l’Histoire, le rôle des femmes à néant. Pourtant, nous savons, à l’aide de textes et de différentes études, que celles-ci avaient une place importante et que, très souvent, c’était leur avis que l’on prenait, même si on ne le criait pas sur tous les toits pour ne pas s’attirer la honte de ses congénères masculins. Et inutile aux machos de tout poil de venir aboyer ici ! Je suis loin d’être une féministe telle que nous les voyons à l’heure actuelle. Pour autant, il est toujours agréable, quand même, de lire ce genre de chose et de redorer le blason statut féminin. 

Régine Pernoud livre tout d’abord un tableau socio-historique mettant en parallèle l’Antiquité et le Moyen Âge. Alors, je vais vous dire : le premier qui osera venir m’ânonner, la bouche en cœur, comme j’ai pu l’entendre (ou le voir) à plusieurs reprises, que les gens de l’Antiquité étaient plus civilisés que ceux de la période médiévale, je lui fais manger le livre, feuille par feuille (264 pages de papier bien épais, ça laisse à réfléchir !)  Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] 2799054494   La femme n’avait pas sa place dans la société gréco-romaine. Tout était géré à sa place, y compris ses biens et même parfois sa vie. Par qui ? Par le père puis par l’époux. Tout ceci va changer dès le haut Moyen Âge avec la christianisation et les Évangiles qui donnent à la femme un autre statut. Malheureusement, à partir du XVe siècle, on retrouve de l’intérêt pour l’Antiquité et son droit romain et… je ne vous fais pas un dessin… que pensez-vous qu’il arriva ? Il faudra attendre le XXe siècle pour que la femme puisse accéder à certains postes de l’institution.

En parallèle, l’Historienne nous fait découvrir ou redécouvrir des femmes ayant joué un rôle majeur dans leur époque : Clotilde, Geneviève, Radegonde ou encore Hildegarde de Bingen. Je laisse le mot de la fin à Régine Pernoud : 

« Il n’était donc pas inutile de rappeler par le texte et par l’image la place tenue dans l’expression littéraire comme dans la vie artistique par les femmes de cette époque encore si mal connue que nous appelons le « Moyen Âge ». (P256)

Hildegarde de Bingen – Régine Pernoud

Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] 51nfy710

Fiche écrite le 16/04/2012

Quatrième de couverture :

Étonnante, moderne, Hildegarde de Bingen n’est pas seulement la plus grande mystique du Moyen Age. Elle est aussi musicienne, auteur de soixante-dix-sept symphonies, et surtout écrivain. Son œuvre nous parle de la place de l’homme dans le cosmos, de respect de l’environnement, de diététique, de guérison, du rôle de la femme: toute une sagesse médiévale à redécouvrir.
  Née en 1098 en Allemagne, elle reste inconnue jusqu’à l’âge de quarante ans, cloîtrée dans son couvent des bords du Rhin. Puis elle transcrit les admirables visions qui l’habitent depuis l’enfance. Très vite, le livre soulève passions et controverses dans l’Europe entière, avant d’obtenir l’approbation du souverain pontife, des évêques et de Bernard de Clairvaux.
  Dès lors, pour Hildegarde, se profile un destin extraordinaire. Ses prêches résonnent dans les cathédrales de Trèves, Cologne, Mayence. Par milliers, les gens la sollicitent, les plus hautes autorités la consultent, du comte de Flandre à l’empereur Frédéric Barberousse. C’est l’époque où les papes eux-mêmes savent demander conseil une simple moniale.
  Surtout, elle ne cesse d’écrire. Ses trois grands livres de visions, dont le célèbre Scivias, décrivent un univers infini, en expansion perpétuelle, proche de celui des astrophysiciens actuels. Ses deux traités de médecine douce – les seuls composés en Occident au XII* siècle – font aujourd’hui encore autorité. Ainsi, loin des œillères de la logique et du rationalisme, loin de toute conception mécaniste, Hildegarde de Bingen incarne merveilleusement cet autre savoir, intuitif, écologique, visionnaire.

Mon avis : 

Ce livre dormait dans ma bibliothèque depuis quelques années. A force de les entasser sur les étagères, j’avoue que je prends généralement mes lectures sur le haut de la pile, ce qui est un tort, j’en conviens aisément. 

Écrit par Régine Pernoud, cet essai permet d’en savoir plus sur cette femme du XIIe siècle qui cumula de nombreuses fonctions et qui fascine toujours autant. A la fois moniale, musicienne, écrivain, elle s’occupa de moultes choses qui paraissent primordiales à l’heure actuelle : environnement, diététique et, ce qui m’intéresse le plus, la médecine. Avec philosophie et sagesse, Hildegarde délivra des textes impressionnants par ses prises de position, ce qui ne lui valut pas que des amis. Ceci dit, sa place, sa fonction et son entourage (elle conseillait même le Pape) firent qu’elle se sortit toujours – ou presque – des mauvais pas. Comment cette femme si fragile physiquement, souvent atteinte par la maladie, réussit-elle être aussi forte moralement ? Comment ses visions furent-elles perçues par les hautes instances ? Voici tout ce que nous délivre ce livre.

On a souvent décrié Régine Pernoud. Pourtant, celle-ci décrit le moyen âge de façon simple, claire, de manière à intéresser tous les publics. Elle s’est attachée à mettre en avant les femmes, leur rendant toute leur place dans l’Histoire. Dans cet ouvrage riche en détails, le lecteur pourra découvrir une femme qui a marqué l’époque médiévale et qui a apporté un tournant dans la philosophie et le mysticisme. On lit cet essai comme un roman. Vous pouvez donc voir à quel point la fluidité du style rend la lecture agréable. 

Ce fut une très belle découverte pour moi et je ne peux que vous conseiller ce livre si vous vous intéressez aux grandes figures de l’Histoire.

Extrait :

  C’est dans ce monde en plein essor que se situe, à une date difficile à mieux préciser, la naissance d’une petite fille dans une famille appartenant à la noblesse locale du Palatinat. ses parents, Hildebert et Mathilde (Mechtilde en allemand) sont probablement originaires de Bermersheim, dans le comté de Spanheim. Elle est la dixième enfant du ménage, et reçoit au baptême le prénom d’Hildegarde. Naissance sans éclat, dans une famille dont la noblesse ne s’est pas traduite par de grandes actions ; naissance pourtant qui se révélera singulièrement accordée à l’époque riche, effervescente qu’est ce tournant du siècle. L’année suivante, le 15 juillet 1099, les croisés s’empareront de Jérusalem.
  Une petite fille comme les autres. Pas tout à fait cependant, car dès sa petite enfance elle étonne parfois son entourage. Une anecdote racontée tardivement (dans les actes de son procès de canonisation) la montre s’écriant devant sa nourrice :  » Vois donc le joli petit veau qui est dans cette vache. Il est blanc avec des taches au front, aux pieds et au dos. » Lorsque le veau naît quelques temps plus tard, on constate qu’il est exactement conforme à cette description. Hildegarde avait alors cinq ans.

Charles V le Sage – François Sarindar-Fontaine

 

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Quatrième de couverture : 

Charles V le Sage (1338-1380) est considéré comme l’auteur de la consolidation du pouvoir de la dynastie valoisienne, après la double sanction militaire de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356, lourdes défaites consenties face à l’envahisseur anglais. Mais avant de présider aux destinées du royaume de France en 1364, il dut affronter, de fin 1356 au mois de juillet 1358, la méfiance d’une bourgeoisie parisienne, commotionnée par ces terribles revers et par la capture du roi Jean II le Bon. Cette élite marchande eut l’impression, en ayant comme interlocuteur le Dauphin, d’avoir affaire à un être faible et malléable ; elle tenta de lui arracher des ordonnances favorables aux intérêts de la bourgeoisie, à l’issue de chaque session des États de langue d’oïl, lesquels étaient censés accorder au souverain des contributions fiscales exceptionnelles pour faire face aux dépenses de guerre. On pensait que le fils du roi dirait oui à tout. Mais les apparences étaient trompeuses et Charles, en attendant de fausser compagnie à Étienne Marcel, cachait bien son jeu. Son père, retenu prisonnier, voulait à présent faire la paix avec les Anglais et n’avait plus besoin de convoquer les États qui, désobéissants, continuaient de se réunir. De sorte que Charles, lieutenant du roi puis Régent, fut amené à livrer contre Étienne Marcel, le prévôt des marchands, une véritable lutte à mort, dont il sortit vainqueur in extremis. Le Dauphin avait fait sa mue, mais rien n’était définitivement réglé et tout ce que fit le jeune prince, hormis le maintien des Valois sur le trône, ne pouvait qu’être provisoire.

 

Mon avis :

Tout d’abord, je vous mets sous les yeux un arbre généalogique afin que vous puissiez faire référence à Charles V le sage car je sais qu’on peut facilement se tromper dans les différentes dynasties. Je le prends sur le site http://medieval.mrugala.net/

Charles V fait donc partie des Valois. Il est le fils de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg. François Sarindar nous relate ici les vingt premières années de son existence. Le reste fera – nous l’espérons – l’objet d’un autre tome. Et l’on peut dire que ces premières décennies sont déjà riches ! Comme à son habitude, l’auteur met l’Histoire à notre portée et nous intéresse grâce à sa plume inimitable. Il donne son avis non sans argumenter ce qui montre qu’il lui tient à coeur de nous faire découvrir ses personnages historiques. Si j’ose l’expression, « il écrit avec ses tripes ». Nous découvrons ainsi les dessous, les coulisses presque, de ces hommes encensés, souvent, par les Chroniqueurs et les Historiens et nous en apprenons beaucoup sur cette période.

Je ne cacherai pas que mes périodes de prédilection sont antérieures puisque je m’intéresse surtout au Haut Moyen Âge et à une partie du Moyen Âge central.  J’ai donc lu avec un œil presque neuf cet essai sur Charles V le sage, que je connaissais, certes, mais pas suffisamment dans les détails. Et comme à son habitude, François Sarindar a réussi à m’embarquer dans une Histoire sur laquelle je ne me serais pas forcément attardée. J’y ai pris grand plaisir et cela m’a donné envie d’aller faire un peu plus de recherches non pas sur Charles V puisque l’auteur nous offre ici ses travaux mais sur son père, Jean II le Bon dont l’attribut, comme il nous est rappelé, signifie la vaillance et non la bonté. En effet, j’ai découvert un être assez machiavélique, faisant tout pour placer son  « favori », Charles de La Cerda.

Un grand merci, François, pour ces heures de lecture ô combien instructives ! Et tout ceci me fait penser qu’il faut, en parallèle du deuxième tome de Frénégonde, que j’attaque mes recherches sur l’Abbé Suger et Louis VI le Gros…

 

Extrait : 

Je remets un peu ici le contexte : Bonne de Luxembourg est décédée, officiellement, de la peste, en septembre 1349. Cependant, on peut se demander si sa mort n’a pas été commanditée par son mari…

Il est certain en revanche que la mort de son épouse ne laissa pas longtemps le roi inconsolable, car non seulement il put voir son bel ami de La Cerda aussi souvent qu’il lui plaisait, mais, de plus, il se remaria très vite, dès le 9 février 1350, avec Jeanne d’Auvergne, union dont devaient naître deux filles et un garçon, tous morts en bas âge. Jean II le Bon enterra finalement aussi sa seconde compagne, victime, nous dit-on, d’une nouvelle épidémie de peste en septembre 1360, ce qui ferait à cette dernière un point commun avec Bonne de Luxembourg. (P62)

Le Sud-Ouest n’existe pas – Raymond Chabaud

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♪♫ On dirait le Suuuuuuuuuuuud, le temps dure longtemmmmmmmmmmps…. ♫♪ Oui, on dirait seulement, car là, déjà, il ne s’agit pas du Sud, mais du Sud Ouest… mais comme, en plus, l’auteur annonce dans son titre qu’il n’existe pas, je pense que la chanson est appropriée ! Alors j’annonce tout de suite qu’il est inutile de venir hurler, beugler, spammer, troller (rayer la mention inutile) sur ce blog, ce n’est pas moi qui ai écrit ce bouquin ! (Ça, c’est dit…) Les Gascons, on se tient tranquille, hein ! (Ça, c’est dit aussi…) Sinon, je balance de l’huile bouillante aromatisée au piment d’Espelette ! (Voilà, fin de la discussion…)

J’ai adoré ce petit livre. J’ai ri d’entrée de jeu. On ne peut pas faire autrement face à l’accumulation de clichés. Jugez plutôt : « (…) les gens du Sud Ouest sont donc de bons vivants pas trop fins, avec un accent à couper au couteau, qui aiment les Gypsy Kings qu’ils écoutent en buvant des vins d’hommes (c’est pas sexiste, juste une référence), surtout à l’apéro où ils engouffrent des tonnes de tapas. Le Sud Ouest a un chantre appelé Patrick Sébastien qui fait tourner les serviettes en braillant des niaiseries, preuve que les gens du Sud Ouest ne sont pas des monstres de culture. Et puis, c’est facile de faire la fête dans le Sud Ouest, tu vas à Bayonne début août et tu te fais tranquille ton coma éthylique en hurlant des conneries et en mettant la main au cul des autochtones.(…) » (P12) Mais qu’on ne s’y trompe pas, sous des dehors rigolos, l’affaire est sérieuse. Raymond Chabaud, avec une certaine verve, nous fait, mine de rien, tout un cours de géopolitique qui replace les choses dans leur contexte. Et c’est aussi ce que j’aime : on rigole mais on apprend. Que demander de plus ? Ces articles permettent de ne pas réduire une région à quelques clichés mais d’en montrer les spécificités. « Nous sommes au cœur de la problématique des territoires, qui ne sont pas des morceaux de sol analysés hors sol, mais de complexes entrelacs de données géologiques, de relations humaines et d’informations historiques. Enlever du territoire cette dimension humaine diachronique, c’est le vider de son sens, c’est le nier. » (P117) Alors la prochaine fois qu’un collègue, ami, connaissance vous dit qu’il est du Sud Ouest, évitez peut-être de lui parler du jambon de Bayonne ou des fêtes où l’on boit jusqu’à plus soif, il risquerait de voir rouge.

Une dernière petite chose, et non des moindres : l’auteur est de Bayonne, il peut donc se permettre d’en parler.

Un grand merci à Babelio et à son opération Masse Critique, à l’auteur et aux éditions Cairn pour la découverte de cette petite pépite.

 

Éloge voluptueux du chat – Stéphanie Hochet

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« Sybarite de la sieste, Lucullus de la gamelle, toujours prêt à la caresse, le chat est le champion de la délectation. » (P228)

Voici ce que l’on peut lire à l’article Volupté. N’est-ce pas là une superbe définition de nos compagnons félins ? Après le magnifique poème de Baudelaire, le non moins intéressant Dictionnaire amoureux des chats de Frédéric Vitoux, Stéphanie Hochet nous a concocté un sublime hommage qui se veut construit comme un dictionnaire mais qu’on a du mal à lâcher avant la fin. Les articles ont tous un rapport avec l’animal, que ce soit par une expression, un trait de caractère ou une personnalité. Mais qu’est-ce qui le différencie des autres ouvrages ? La verve de l’auteur, son humour, son style et, surtout, ses avis.

J’ai appris un certain nombre de choses dans ce livre et je ne résiste pas à vous en livrer une au passage : vous connaissez ma passion pour la période médiévale. En voyant dans le sommaire que l’on parlait de l’Amour Courtois, vous pouvez imaginer ma joie. Quel rapport avec le chat ?, me demanderez-vous. Le bestiaire de Claude Lachet, intitulé, L’Amour courtois, une anthologie, mentionne toutes les représentations animales. Stéphanie Hochet a découvert qu’il en manquait une… vous avez bien deviné laquelle. Et j’aime tout particulièrement son explication : « Le chat est cette partie de nous qui refuse le joug de l’obligeance » (P21).

J’ai vraiment apprécié cet ouvrage, lu avec mon bébé chat sur mes genoux ou dans mes bras, ce qui a apporté à ma lecture une atmosphère encore plus féline. Je le recommande à tous les amoureux de celui qui nous mène depuis des lustres par le bout de la truffe.

Un grand merci à Lili Galipette pour m’avoir fait connaître cette virtuose de la plume qu’est Stéphanie Hochet et un grand merci également à cette dernière pour m’avoir fait parvenir son ouvrage dédicacé.