Éloge voluptueux du chat – Stéphanie Hochet

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« Sybarite de la sieste, Lucullus de la gamelle, toujours prêt à la caresse, le chat est le champion de la délectation. » (P228)

Voici ce que l’on peut lire à l’article Volupté. N’est-ce pas là une superbe définition de nos compagnons félins ? Après le magnifique poème de Baudelaire, le non moins intéressant Dictionnaire amoureux des chats de Frédéric Vitoux, Stéphanie Hochet nous a concocté un sublime hommage qui se veut construit comme un dictionnaire mais qu’on a du mal à lâcher avant la fin. Les articles ont tous un rapport avec l’animal, que ce soit par une expression, un trait de caractère ou une personnalité. Mais qu’est-ce qui le différencie des autres ouvrages ? La verve de l’auteur, son humour, son style et, surtout, ses avis.

J’ai appris un certain nombre de choses dans ce livre et je ne résiste pas à vous en livrer une au passage : vous connaissez ma passion pour la période médiévale. En voyant dans le sommaire que l’on parlait de l’Amour Courtois, vous pouvez imaginer ma joie. Quel rapport avec le chat ?, me demanderez-vous. Le bestiaire de Claude Lachet, intitulé, L’Amour courtois, une anthologie, mentionne toutes les représentations animales. Stéphanie Hochet a découvert qu’il en manquait une… vous avez bien deviné laquelle. Et j’aime tout particulièrement son explication : « Le chat est cette partie de nous qui refuse le joug de l’obligeance » (P21).

J’ai vraiment apprécié cet ouvrage, lu avec mon bébé chat sur mes genoux ou dans mes bras, ce qui a apporté à ma lecture une atmosphère encore plus féline. Je le recommande à tous les amoureux de celui qui nous mène depuis des lustres par le bout de la truffe.

Un grand merci à Lili Galipette pour m’avoir fait connaître cette virtuose de la plume qu’est Stéphanie Hochet et un grand merci également à cette dernière pour m’avoir fait parvenir son ouvrage dédicacé.

Sous Paris – Aurélien Noyelle

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Quatrième de couverture : 

On les appelle les catacombes, mais elles s’élancent bien au-delà de l’ossuaire municipal de Denfert-Rochereau. Ce sont plusieurs centaines de kilomètres de galeries souterraines qui serpentent sous la capitale ; chaque nuit, bravant les interdictions, les dangers, la fatigue, des habitués viennent y rêver, pour quelques heures, une socialité alternative. Aux règles de la surface, la collectivité des inlassables visiteurs du sous-sol parisien oppose un fonctionnement anarchique et libertaire ; à l’heure où nous nous endormons, c’est un autre monde qui s’anime, là, tout près…

Mon avis : 

J’ai toujours été fascinée par les catacombes sans pour autant y être allée. Oui, je sais, c’est paradoxal. Mais disons que l’on ne nous fait voir qu’un tout petit bout de ce qu’il y a réellement dans ces galeries et cela me frustrerait.

Je n’avais d’ailleurs jamais lu de livres à ce sujet et j’ai vraiment apprécié celui-ci car il ne se contente pas de dire ce que l’on peut lire ailleurs, notamment sur la toile. Il est personnalisé et l’on ressent toute l’humanité qui se dégage de l’auteur. Ce dernier nous fait part de sa propre expérience et c’est à travers sa vision que nous visitons ce monde souterrain. Il rappelle d’ailleurs aussi le caractère dangereux et répréhensible (arrêté préfectoral de 1955). Le cataphile contrevenant peut se faire arrêter par un « cataflic » et se prendre une « Kataprune » : « Recevoir sa première « Kataprune » – comme il est d’usage de les surnommer – est souvent vu comme un baptême, une preuve de plus qu’on est un vrai cataphile que certains iront jusqu’à exhiber fièrement sur Internet » (P150-151). Il faut dire aussi qu’il y a quand même, comme l’attestent les nombreux graffitis, une faune qui se réunit non pas par amour de l’Histoire mais plutôt pour se livrer à des actes peu conventionnels. Pourtant, si le sexe et la drogue ne sont pas absents des carrières, il y a quand même autre chose à voir et il est bien dommage que les dégradations ou les nuisances aient donné lieu à l’interdiction d’y circuler. En même temps, c’est aussi, comme le souligne Aurélien Noyelle, vecteur d’adrénaline. Se balader de nuit, se glisser dans l’antre mystérieux avec cet espoir ou ce sentiment d’être le premier à le découvrir, voici ce qui en motive plus d’un.

L’auteur achève ce document sur son ressenti : il est désormais blasé et donnerait tout pour retrouver cette excitation : « On se moque de ceux qu’on surnomme les touristes, ces nouveaux venus qui font leurs premiers pas sous Paris. On devrait plutôt les envier. Que n’aurais-je alors donné pour en redevenir un, pour retrouver cette virginité qui est la leur ! Si seulement j’avais pu oublier tout ce que je savais des catacombes, et revivre, indéfiniment, ces premières descentes et les sentiments qu’elles suscitent ! » (Page 369) Mais il y a autre chose qui le motive en partageant avec nous ses connaissances : devenir écrivain. Et là, je peux le confirmer : le pari est gagné car ce livre ne se lit pas comme un documentaire fastidieux mais bien comme un roman envoûtant.

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La santé des dirigeants français – Stanis Perez

La santé des dirigeants français : De François 1er à nos jours par Perez

 

Quatrième de couverture :

« Je ne vais pas mal. Mais, rassurez-vous, un jour, je ne manquerai pas de mourir ! » C’est ainsi que le général de Gaulle répondit, en 1965, à la question d’un journaliste qui l’interrogeait un an après son opération de la prostate. Toutefois, ce trait d’humour resté célèbre ne doit pas faire illusion : l’exercice du pouvoir génère des fatigues en tout genre et des indispositions plus ou moins graves qu’il vaut mieux dissimuler. Quel que soit le régime politique, il n’est guère d’informations plus sensibles que celles qui touchent à la santé du Prince. Il en va de sa longévité, de son autorité.

De la Renaissance à la Ve République, la dimension sanitaire de l’art de gouverner s’est-elle réellement métamorphosée ? Qu’il soit roi, empereur ou président élu au suffrage universel, ce malade pas comme les autres vit sur une scène de théâtre aux contours indéfinis. Une « grippe » mal soignée, une « fièvre » tenace ou un « lumbago » récalcitrant peuvent devenir une affaire d’État quand la rumeur enfle… et dit la vérité. Le palais déclare pourtant que l’état du malade est « tout à fait satisfaisant ». Mais peut-on faire confiance aux médecins de cour, qu’ils exercent à Versailles, aux Tuileries ou à l’Élysée ?

De la fausse mort de François Ier au « grand secret » de François Mitterrand en passant par l’épisode édifiant de la fistule anale du Roi-Soleil, cet ouvrage explore, du point de vue biohistorique, les arcanes de la gestion politique de ces grands moments de faiblesse qui sont devenus, après coup, de grands moments de vérité. À partir d’exemples célèbres, d’archives et d’une critique de l’impact du pathologique sur le politique, cette enquête consacrée aux fatigues du pouvoir permet de revisiter une partie de l’histoire vivante de l’État.

 

Mon avis :

Tout ce qui a trait au monde médical m’a toujours intéressé. En travaillant sur les textes de Gautier de Coinci, auteur médiéval ayant mis en scène la maladie dans ses Miracles de Nostre Dame, j’avais déjà pu me rendre compte à quel point cette dernière était utilisée à des fins non pas politiques dans ce cas, mais religieuses. Néanmoins, le processus reste le même est Stanis Perez, dans cet excellent essai, nous le décrit bien : « De toute éternité, on associe, sur le ton de la critique ou de la résignation, la maladie et l’exercice du pouvoir » (P7).

Nous avons tous en tête la maladie cachée de François Mitterrand, des doutes sur celle de Jacques Chirac et nous traquons la moindre goutte au nez du Chef d’État pour l’assimiler immédiatement non seulement à la pire des pathologies, mais encore à l’idée d’un pouvoir qui pourrait prendre fin immédiatement. En lisant cet ouvrage, on peut noter que le phénomène n’est pas nouveau et que certains détracteurs en ont même profité, quand ce n’était pas la famille ou l’entourage. Il en fut ainsi de la petite vérole qui rongeait Louis XV :  » On peut soupçonner l’entourage du roi d’avoir volontairement aggravé le pronostic en parlant du viatique, ceci pour contraindre un Louis XV aux portes de l’enfer à se séparer de Madame de Châteauroux » (P109).

J’ai appris énormément de choses sur le plan socio-historique et je remercie Babelio, Stanis Perez ainsi que les Éditions Nouveau Monde pour cette découverte très enrichissante.



Extrait :

Napoléon le reconnaissait lui-même, on ne peut pas à la fois vouloir conquérir l’Europe et se plaindre d’un méchant rhume à la veille d’une bataille. (P300)



Lawrence d’Arabie – François Sarindar Fontaine

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Quatrième de couverture :

Qui n’a entendu parler de Lawrence d’Arabie, soit à travers le film réalisé par David Lean, soit par la lecture des Sept Piliers de la Sagesse, soit encore par le biais d’une biographie ? Et pourtant, malgré cette célébrité, l’homme conservait, par-delà la mort, le mystère qui l’enveloppait de son vivant. C’est pour mieux le comprendre que l’auteur a écrit ces lignes. Des questions surgissent, qui nous font revenir sur des certitudes qui semblaient acquises. Et si l’obstination à faire passer pour un fait réel l’improbable supplice que Lawrence aurait subi à Deraa n’était qu’un moyen employé pour exciper de sa bonne foi dans l’action entreprise auprès des Arabes ? Et si S.A., le dédicataire des Sept Piliers n’était pas celui auquel on pense ? Et si Thomas Edward ne s’était éloigné de la scène politique et militaire pour s’engager comme simple soldat dans la R.A.F que parce qu’il avait un problème d’ordre personnel à régler ? Des réponses inattendues apportées à ces interrogations, il ressort que l’on est passé, pendant des décennies, à côté du véritable Lawrence. Du coup, cet être, en apparence insaisissable, nous devient plus familier et l’on s’explique mieux pourquoi il vécut, après 1922, dans l’illusion de pouvoir repartir à neuf, comme si rien n’était arrivé. Seule la mort, appelée par lui de toutes ses forces, devait à jamais le délivrer.

 

Mon avis :

Comme le dit la quatrième de couverture, nous avons plus ou moins entendu parler de ce personnage. S’y intéresser est autre chose et j’avoue que je ne l’aurais pas fait si je n’avais pas connu l’auteur de cet ouvrage. Bien sûr, on connaît le militaire, celui qui fut agent de liaison et qui participa à la prise de Damas. On retient de lui le costume qu’il portait, à la manière des bédouins. Que dire de plus ? Finalement, on ne connaît pas grand chose…

François Sarindar s’attache ici à la psychologie du personnage. Il sonde Thomas Edward, essaie de faire des rapprochements entre son vécu et sa personnalité. Car on peut dire que celui qui était surnommé « Ned » par sa famille n’a pas vraiment eu de chance ! Fruit d’un amour défendu entre son père et la gouvernante de ses enfants légitimes, il pâtira, comme toute la fratrie (5 enfants), de ce manque de reconnaissance administrative. Car Thomas Chapman ne pourra jamais obtenir le divorce de sa première femme, celle-ci le refusant pour des motifs religieux. Ceci pourrait expliquer sa tendance à changer de nom. Sa mère, Sarah Junner Lawrence était elle-même une fille illégitime. Est-ce pour cela que, fervente religieuse, elle n’accepta pas la situation dans laquelle elle se trouvait et pratiqua sur elle et sur ses enfants la flagellation ? Ned en restera marqué, on peut le concevoir aisément. Cela va forger, sans nul doute, sa personnalité… quelque peu inquiétante lorsqu’on y réfléchit !

Quel travail ! On sent à quel point l’auteur a mis ici toute sa passion pour nous faire découvrir le personnage ! J’ai vraiment pris plaisir à le lire. Pourtant ce n’était pas gagné car le bonhomme, je le disais au début, ne m’intéressait que peu. Mais le fait justement que l’on s’intéresse ici à l’homme et pas seulement au militaire, que l’on décrive sa famille et les relations complexes notamment avec sa mère permettent de mieux le comprendre. Ajoutons à ceci – cerise sur le gâteau – que le style est fluide, très agréable. Ce livre qui apporte un autre angle, un autre point de vue sur le personnage. Je suis certaine qu’il est une référence pour quiconque s’intéresse à Lawrence d’Arabie. Chapeau bas !

 

Extrait :

Le jeudi 16 août 1888, une maison de Tremadoc – localité galloise au nord de la baie du même nom – retentit avant le chant du coq des premiers vagissements d’un beau bébé aux cheveux blonds et aux yeux bleus. L’enfant nouveau-né avait nom Thomas Edward Lawrence. Il était le deuxième fils d’un rentier et d’une ex-préceptrice qui vivaient ensemble, hors mariage, depuis 1886.

Le nom qu’il portait n’était pas le patronyme de son père. Celui-ci, de son vrai nom Thomas Robert Tighe Chapman, appartenait à une famille de propriétaires terriens et d’officiers d’administration anglo-irlandais. Il était né le 6 novembre 1846 dans le County Westmeath (province de Leinster). L’heureux événement avait eu lieu chez son père, William Chapman, Haut Shérif du Comté. La maison dans laquelle s’écoula la jeunesse de Thomas Chapman est encore debout. Il s’agit d’un manoir à l’architecture sévère, situé à plusieurs kilomètres au nord-est de Mullingar et à mille cinq cents mètres du village de Delvin, à l’endroit dit South Hill. Le futur père de notre héros devint propriétaire de ce château en 1870.

Trois ans plus tard, Thomas Robert épousa, pour son malheur, une sienne cousine qui avait la tête près du bonnet. C’était une femme acariâtre, une pie-grièche qu’on surnommait dans les maisons du voisinage : the Vinegar Queen (la Reine Vinaigre).

 

La folie dans la littérature médiévale – Huguette Legros

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J’ai mis du temps à lire cet essai d’Huguette Legros, non pas parce qu’il est inintéressant – bien au contraire – mais parce qu’il est dense et riche en enseignement. Pour résumer brièvement, il est complet. Il s’intéresse non seulement à la littérature, mais aussi à l’Histoire et, cerise sur le gâteau pour les amateurs, à la syntaxe. Et il m’a d’autant plus interpellée qu’il fait écho, dans certains chapitres, à Gautier de Coinci que je ne vous présente plus. Puisque je parle de chapitres, ce livre se divise en huit parties : une approche, tout d’abord, sur la société médiévale, la perception du fou et le lien entre réel et imaginaire. Vient ensuite une étude sémantique puis une étude du fou lui-même : mode de vie, apparence etc. On passe ensuite à la littérature et aux différentes formes de folie : par amour, en lien avec la religion ; ces folies donnant lieu à des déviances. Huguette Legros va également se pencher sur la mise en scène puis sur les paroles.

Cet ouvrage est à la fois érudit et accessible. Je le recommande tout particulièrement car, encore une fois, je le trouve vraiment exhaustif. Il existe, bien sûr, de nombreux ouvrages sur ce thème car la littérature médiévale a fait de ce personnage une figure récurrente dans les textes. Huguette Legros a pris la peine de les recenser, de recouper les différentes sources et discours. Bref, c’est le fruit d’un travail colossal sur une période relativement étendue (du XIIe au XIVe s).

 

Extrait : 

 

Les fous, au Moyen Âge, ne sont pas enfermés dans des structures spécialisées, même si dans certains cas l’enfermement est nécessaire pour protéger le malade et son entourage. Ainsi, lorsque Amadas est revenu chez ses parents, ceux-ci doivent le séquestrer pour qu’il ne s’évade pas : « Bien le gardent en recelee / En une cambre bien celee » ; de même lors de sa première crise de démence, alors qu’il est soigné par la reine Guenièvre, Lancelot doit être enfermé dans une chambre, comme ce sera encore le cas lorsqu’il est au château de Castel Blanc.

Le fou n’est pas non plus attaché, sauf si sa violence est telle qu’il devient dangereux pour lui et pour les autres. C’est le cas d’Amadas jusqu’à ce que ses parents décident de le libérer de ses entraves ; Lancelot au château de Castel Blanc porte « uns petiz aniaux qu’il li mistrent en piez, por ce qu’il n’alast loing » ; plus tard l’ermite qui veut le soigner doit le faire ligoter par des sergents pour qu’ils puissent l’emmener à l’ermitage ; et finalement, à Corbenic, le roi Pellès dit à ses hommes de le prendre de force pour le conduire au palais Aventureux : « sans lui blecier et li lient les mains et les piez ». (P 18-19)

 

* Amadas et Ydoine (auteur inconnu. XIIIe s)