Aimée du Roi – Catherine Decours

Quatrième de couverture :

« Elle est extrêmement belle, a beaucoup d’agréments dans l’esprit et n’a jamais fait mal à personne », écrivait, ébloui, le marquis de Saint-Maurice à propos de la marquise de Montespan. La vie de Françoise de Rochechouart de Mortemart fut pleine de surprises, de contrastes et de contradictions, à l’image d’un siècle qui, sous la rigueur du classicisme, reste, par bien des côtés, baroque.

Petite fille ballottée aux côtés du jeune Roi sur les routes de la Fronde, exquise Précieuse qui fréquente les salons et vit à la Cour où elle côtoie la sainteté et la licence, la jeune Françoise, baptisée Athénaïs, deviendra, après la fin tragique d’un premier amour et un mariage désastreux, l’éclatante maîtresse de Louis XIV auquel elle donna sept enfants.  » Elle est la vraie reine « , écrit alors Primi Visconti. Ce règne correspond à la partie la plus brillante et la plus heureuse du siècle.

Le prix à payer fut un combat perpétuel dont les épisodes les plus fameux furent l’Affaire des poisons et la lutte sans merci avec madame de Maintenon « qui lui doit tout et lui prit tout », selon l’expression de Saint-Simon. Une documentation considérable permet de révéler sur tous ces points  » quelques petits dessous de table qui surprendront « .

Catherine Decours, pour rendre le vrai visage d’une femme sur laquelle il existe beaucoup d’idées reçues, a laissé parler madame de Montespan. Ces « mémoires apocryphes », écrits dans la langue du XVIIe siècle, font renaître une femme belle, spirituelle, prodigieusement vivante, qui dut faire face aux contradictions d’une vie qu’elle n’avait pas choisie. Par la magie de cette écriture et grâce aux recherches sur lesquelles s’appuie l’ouvrage, c’est tout le Grand Siècle qui s’anime et livre ses secrets.

 

Mon avis :

Si vous me connaissez bien, vous n’êtes pas sans savoir à quel point je suis friande de ces fausses autobiographies qui se lisent comme des romans, dans lesquelles on apprend énormément de choses de façon quasi ludique et qui plus est, sont si difficiles à écrire que l’on ne peut que saluer le talent de leurs auteurs.

J’ai apprécié la franchise de Catherine Decours qui, d’entrée de jeu, annonce qu’elle a lu Françoise Chandernagor (L’Allée du Roi), qui reste tout de même LA référence, et qu’elle va tenter de s’en démarquer. L’honnêteté intellectuelle est de mise, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce roman se lit bien, encore que j’y ai trouvé certaines longueurs. Cependant, je n’ai pas été emballée comme j’ai pu l’être en lisant Chandernagor ou même Jean Teulé (avec un style radicalement différent bien sûr). A la décharge de l’auteur, peut-être est-ce parce que j’attendais qu’elle surpasse Chandernagor ? Apprendre autre chose ? Voilà qui est bien difficile, tout comme il est toujours délicat d’oser les comparaisons. Ceci dit, peut-on s’en empêcher lorsqu’on traite des mêmes thèmes ?

A lire tout de même car certaines anecdotes valent leur pesant d’or.

 

Extrait :

Le vendredi 31 juillet 1683, la Reine mourut, à l’âge de quarante-cinq ans, après seulement quelques jours de maladie. La Cour était partie à la fin de mai pour un voyage en Bourgogne et en Alsace. Les efforts faits par madame de Maintenon pour ramener sinon le cœur de son amant, du moins son amitié, vers l’épouse de celui-ci réussissaient. Le Roi avait pour la Reine des attentions et des égards auxquels elle n’était pas accoutumée et qui la rendaient plus heureuse qu’elle n’avait jamais été. La Reine crut devoir manifester sa reconnaissance en faisant don à madame de Maintenon, un jour de Saint-François, de son portrait. Celle-ci en conçut une joie inconcevable.

Ce présent est, dans mon esprit, une distinction infinie, eut-elle l’audace de confier à Bonne d’Heudicourt qui courut me le rapporter, madame de Montespan n’a rien eu de semblable.

Certes non, répondis-je, il me semble que cela ne m’eût pas paru du meilleur goût. Peut-être suis-je trop délicate. Qu’en pensez-vous, Bonne ?

Les années qui souvent épaississent les femmes avaient desséché la marquise d’Heudicourt qui ressemblait à ces grands oiseaux qu’on appelle les demoiselles de Numidie. Cet oiseau-là savait fort bien quelle était la sorte d’amitié qui existait entre le Roi et madame de Maintenon, aussi me fit-elle un petit sourire qui ferma le ban.