Diderot l’insoumis…

Je continue avec les anecdotes… C’est l’été, c’est léger, c’est sympa…

On connait les déboires de Denis Diderot concernant ses écrits. Cependant, on passe sous silence l’arrestation de janvier 1743. Âgé alors de presque 30 ans (vous allez voir que le « presque » est important), Diderot souhaite épouser Anne-Antoinette Champion. Oui mais voilà, il n’a pas, justement, atteint les 30 ans, âge de la majorité matrimoniale. Il est donc contraint de demander l’autorisation à son père… qui refuse tout net de valider un mariage qui lui apparaît comme insensé : Anne-Antoinette, lingère, n’a pas de dot et le rejeton n’a aucune ressource. Sachant que le futur écrivain a passé son temps, dans sa jeunesse, à user de stratagèmes pour obtenir de l’argent de son père, ce dernier n’entend pas subir à nouveau les bêtises de ce fils insoumis. Ni une, ni deux, il le fait arrêter et enfermer dans un monastère, à Troyes.

Ah, on ne plaisantait pas à cette époque !!! 

Pour l’anecdote, Diderot s’évada et lorsque ses 30 ans sonnèrent, il épousa sa promise.

Une anecdote de l’Antiquité


Buste de l’Empereur. Musée du Capitole

L’Historia Augusta, recueil de biographies d’empereurs datant de la fin du IVe siècle, nous décrit cet empereur (Caius Julius Verus Maximinus Thrax, né vers 173, mort en 238) comme quelqu’un de physiquement exceptionnel : il aurait ainsi mesuré 2m70 et aurait possédé une telle force qu’il pouvait envoyer au tapis toute une armada d’adversaires, tirer un char d’une seule main, déraciner un arbre ou écraser des cailloux. Les bracelets de son épouse lui servaient de  bagues… Nul doute que celui-ci aurait plu à Obélix !  


Mais il semblerait que l’Historia Augusta ne soit pas à prendre à la lettre 😄 (ah bon ? 😂)… Rustre, oui, il l’était selon les nombreux témoignages que nous avons, mais exceptionnel, certes non.  Ah, zut ! 😆

Avec un grand H – Jean-Christophe Piot

L’Histoire telle que j’aurais aimé qu’on me la raconte… Avec de l’humour. Je vois d’ici les vieux bougons : « Oh, mais ma petite dame, l’Histoire, c’est sérieux, on ne plaisante pas avec ! » En attendant, si je me souviens de tous mes professeurs, il y en a bien un qui m’a marquée : un remplaçant, en 3ème, qui nous mimait les actions. J’ai des images mémorables de son imitation des légions romaines faisant la tortue !

@Goscinny et Uderzo

J’ai adoré ce bouquin et le mot est faible ! J’ai essayé de ne pas le lire d’un coup, voulant en savourer un peu chaque jour mais ce fut difficile de ne pas craquer. Quel talent ! Bravo, Jean-Christophe Piot !

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer un passage du livre : « Le grand gagnant dans l’histoire, c’est Claude, qui hérite du trône, en tous cas quand on réussit à le dénicher, planqué derrière un rideau, persuadé qu’on le cherche pour le punaiser contre un mur à son tour. Non seulement ce n’est pas glorieux, mais Claude part avec un gros handicap d’image : il bégaie, on le dit con comme un panier, et grâce à sa femme Messaline, il traîne une telle réputation de cocu qu’il n’a rien de plus pressé que de la faire exécuter (P48) ».

Un grand merci à mon amie Magali qui m’a offert ce livre pour mon anniversaire, ce qui m’a permis de découvrir cet auteur dont je vais suivre désormais les parutions.

Angus Og – Nathalie Dougal 📚

Quatrième de couverture :

Qui a invoqué le roi Somerled, obligeant ce héros des îles écossaises à revenir d’entre les morts ?

En cette fin d’été 1306, le jeune chef Angus Og Mac Donald a donné asile à Robert Bruce. Le roi des Écossais vient d’essuyer deux lourdes défaites contre les Anglais. Son armée est décimée. Les uns après les autres, ses partisans sont capturés, sommairement jugés et suppliciés. En portant secours aux fugitifs, Angus Og se rend coupable de haute trahison.

Pendant ce temps, d’Ila en Kintyr, les nécromanciens s’interrogent et s’agitent. Les défunts se sont rassemblés en Argyle, afin de lever une armée. Dans l’autre monde, le Sidh, les dieux primitifs et le Haut-roi des fées croient leur dernière heure arrivée. Une ancienne prophétie refait surface, laissant présager du chaos à venir. Somerled se prépare à combattre. Il appréhende une guerre autrement plus dévastatrice que celle que se livrent les humains.

S’inspirant des thèmes de la vie éternelle et des fantômes qui nous accompagnent, Nathalie Dougal permet la rencontre des deux plus illustres figures du clan Donald. Faits réels, mythologie et spiritualité celtique s’imbriquent habilement dans ce récit épique. ANGUS OG, l’ange de la mort sonne l’avènement d’une grande saga historique mêlée de fantastique.

Mon avis :

Lorsque j’ai su qu’un nouveau roman de Nathalie Dougal sortait, je me suis précipitée pour l’acheter. Personne pour l’instant n’a réussi à me « vendre » l’Histoire celtique aussi bien qu’elle. Pourtant, je n’ai pas pu le lire de suite, bien trop prise cette année par le boulot. L’année scolaire s’achevant, je vois enfin le bout et je peux me remettre (enfin !) à mes lectures. Et quoi de mieux que la canicule pour rester chez soi, dans son fauteuil, devant le ventilateur, avec un bon bouquin ?

Ici, légende et Histoire sont étroitement imbriquées. Angus Og a réellement existé. Il est le fils d’Angus Mor, héros dun précédent roman. Il donna asile à Robert Bruce lorsque ce dernier, tout juste couronné, subit une défaite cinglante lors de la bataille de Methven. Bruce refusait l’autorité du roi d’Angleterre et voulait le trône, tout comme son rival, un certain John III Comyn, plus connu sous le nom de John le Rouge. Pour faire vite, Robert tue John et est couronné roi d’Ecosse. Le roi d’Angleterre, apprenant la nouvelle, nomme le beau-frère de John lieutenant et l’envoie en Ecosse en lui donnant les pleins pouvoirs contre Robert Bruce.

Voilà pour l’Histoire avec un grand H. Mais ce que j’aime surtout dans le roman, c’est qu’il nous permet de revivre tout ceci comme si on y était.

– Il va aussi me falloir connaître le sort réservé à la famille de Bruce.

– Pourquoi ?

– Parce que j’ai promis au roi des nouvelles fraîches. J’apprécie cet homme. Je regrette qu’il ait échoué. Il aurait pu devenir un souverain respectable, digne de notre respect en tout cas. C’est dommage. (P152)

Ce qui est également intéressant, et Nathalie Dougal avait déjà commencé à nous préparer à cela dans ses précédents romans, c’est l’apparition de ce que l’on nomme aujourd’hui le surnaturel mais qui entre en relation avec les croyances celtiques. Somerled revenant de l’autre monde, cela peut choquer ou faire sourire mais c’est vraiment en lien avec toute cette culture et je trouve cela vraiment intéressant de mêler étroitement Histoire et croyances.

– Rencontrer le roi Somerled et la reine Ragnhilda, formula-t-il, est le rêve de tous les gall-gaels. Seulement, personne n’envisage qu’il se réalisera un jour. Puisque ma soeur Ellen atteste votre bonne foi, je vous accorde le bénéfice du doute. De toute manière, je ne vois pas l’avantage que vous tireriez à vous faire passer pour mes ancêtres. Revenants ou pas, vous sortez déjà de l’ordinaire… (P407)

Ce fut, une fois de plus, une lecture des plus agréables et des plus enrichissantes car j’en ressors à chaque fois en ayant un peu plus appris sur l’Histoire de l’Ecosse que je ne connaissais pas avant de lire les textes de Dame Dougal.

Charles V le Sage – François Sarindar-Fontaine

 

9782343173719r

 

Quatrième de couverture : 

Charles V le Sage (1338-1380) est considéré comme l’auteur de la consolidation du pouvoir de la dynastie valoisienne, après la double sanction militaire de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356, lourdes défaites consenties face à l’envahisseur anglais. Mais avant de présider aux destinées du royaume de France en 1364, il dut affronter, de fin 1356 au mois de juillet 1358, la méfiance d’une bourgeoisie parisienne, commotionnée par ces terribles revers et par la capture du roi Jean II le Bon. Cette élite marchande eut l’impression, en ayant comme interlocuteur le Dauphin, d’avoir affaire à un être faible et malléable ; elle tenta de lui arracher des ordonnances favorables aux intérêts de la bourgeoisie, à l’issue de chaque session des États de langue d’oïl, lesquels étaient censés accorder au souverain des contributions fiscales exceptionnelles pour faire face aux dépenses de guerre. On pensait que le fils du roi dirait oui à tout. Mais les apparences étaient trompeuses et Charles, en attendant de fausser compagnie à Étienne Marcel, cachait bien son jeu. Son père, retenu prisonnier, voulait à présent faire la paix avec les Anglais et n’avait plus besoin de convoquer les États qui, désobéissants, continuaient de se réunir. De sorte que Charles, lieutenant du roi puis Régent, fut amené à livrer contre Étienne Marcel, le prévôt des marchands, une véritable lutte à mort, dont il sortit vainqueur in extremis. Le Dauphin avait fait sa mue, mais rien n’était définitivement réglé et tout ce que fit le jeune prince, hormis le maintien des Valois sur le trône, ne pouvait qu’être provisoire.

 

Mon avis :

Tout d’abord, je vous mets sous les yeux un arbre généalogique afin que vous puissiez faire référence à Charles V le sage car je sais qu’on peut facilement se tromper dans les différentes dynasties. Je le prends sur le site http://medieval.mrugala.net/

Charles V fait donc partie des Valois. Il est le fils de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg. François Sarindar nous relate ici les vingt premières années de son existence. Le reste fera – nous l’espérons – l’objet d’un autre tome. Et l’on peut dire que ces premières décennies sont déjà riches ! Comme à son habitude, l’auteur met l’Histoire à notre portée et nous intéresse grâce à sa plume inimitable. Il donne son avis non sans argumenter ce qui montre qu’il lui tient à coeur de nous faire découvrir ses personnages historiques. Si j’ose l’expression, « il écrit avec ses tripes ». Nous découvrons ainsi les dessous, les coulisses presque, de ces hommes encensés, souvent, par les Chroniqueurs et les Historiens et nous en apprenons beaucoup sur cette période.

Je ne cacherai pas que mes périodes de prédilection sont antérieures puisque je m’intéresse surtout au Haut Moyen Âge et à une partie du Moyen Âge central.  J’ai donc lu avec un œil presque neuf cet essai sur Charles V le sage, que je connaissais, certes, mais pas suffisamment dans les détails. Et comme à son habitude, François Sarindar a réussi à m’embarquer dans une Histoire sur laquelle je ne me serais pas forcément attardée. J’y ai pris grand plaisir et cela m’a donné envie d’aller faire un peu plus de recherches non pas sur Charles V puisque l’auteur nous offre ici ses travaux mais sur son père, Jean II le Bon dont l’attribut, comme il nous est rappelé, signifie la vaillance et non la bonté. En effet, j’ai découvert un être assez machiavélique, faisant tout pour placer son  « favori », Charles de La Cerda.

Un grand merci, François, pour ces heures de lecture ô combien instructives ! Et tout ceci me fait penser qu’il faut, en parallèle du deuxième tome de Frénégonde, que j’attaque mes recherches sur l’Abbé Suger et Louis VI le Gros…

 

Extrait : 

Je remets un peu ici le contexte : Bonne de Luxembourg est décédée, officiellement, de la peste, en septembre 1349. Cependant, on peut se demander si sa mort n’a pas été commanditée par son mari…

Il est certain en revanche que la mort de son épouse ne laissa pas longtemps le roi inconsolable, car non seulement il put voir son bel ami de La Cerda aussi souvent qu’il lui plaisait, mais, de plus, il se remaria très vite, dès le 9 février 1350, avec Jeanne d’Auvergne, union dont devaient naître deux filles et un garçon, tous morts en bas âge. Jean II le Bon enterra finalement aussi sa seconde compagne, victime, nous dit-on, d’une nouvelle épidémie de peste en septembre 1360, ce qui ferait à cette dernière un point commun avec Bonne de Luxembourg. (P62)