’71 – Yann Demange

1971. L’Irlande du Nord est déchirée par la guerre civile. Gary Hook, jeune soldat anglais inexpérimenté est envoyé à Belfast. Lors de sa première patrouille, il est pris au cœur d’un conflit entre protestants et catholiques. Son camarade meurt sous ses yeux. Il s’enfuit, poursuivi par les hommes de l’IRA qui veulent sa peau. 

Le spectateur n’a pas un moment de répit dans ce film. On suit Gary comme si l’on était ce soldat. La traque, les différentes milices, les tractations malsaines… rien ne l’épargne. On peut voir à quel point le conflit fut ancré dans cette Irlande gangrenée. Hommes, femmes, enfants, chacun prenait son parti. Personne, semble t-il, ne restait indifférent. La tension est palpable et l’on finit de visionner ce film -se déroulant pratiquement en huis-clos-, au bord de l’épuisement. On en arrive presque à se demander s’il s’agit bien d’une fiction. Bien entendu, nous trotte dans la tête la fameuse chanson de U2, Sunday, bloody sunday, même si la tuerie dénoncée par le groupe eut lieu un an plus tard, le 30 janvier 1972.

Le réalisateur a choisi ici une année bien précise : 1971 évoque les « troubles » (appellation anglaise) et le retour de l’IRA. En effet, si le conflit a commencé en 1968, il s’est intensifié à partir de 71. L’IRA s’est scindée : on trouve l’IRA officielle (qui reconnaît les parlements irlandais, nord-irlandais et britanniques mais qui n’a pas pu assurer la protection des ghettos catholiques en 69 lors d’émeutes) et l’IRA provisoire (qui militait pour l’indépendance totale et qui s’opposait au traité anglo-irlandais). Début 71, l’armée va essayer de parlementer avec les deux IRA afin qu’elles maintiennent l’ordre dans les différentes zones. Mais au mois de février, par crainte de ces milices, elle recommence à quadriller les quartiers. Un soldat britannique abattu par l’IRA provisoire donnera lieu au tournant du conflit qui va s’intensifier. C’est ce que Yann Demange met en relief. 

Un film remarquable, une grande claque ! Âmes sensibles s’abstenir ! 

Je ne résiste pas au plaisir de vous mettre la chanson de U2 :

Général Léonardo (T2) – E. Svane / D. Greenberg

Tome 2 : Croisade vers la Terre Sainte

Léonard a cédé et a mis ses machines volantes à la disposition du Pape afin d’aller mener la guerre sainte. Les dessins sont toujours aussi bien faits, peut-être plus aboutis que dans le premier album. En revanche, c’est de plus en plus violent ! Vous me direz, on n’a pas fait la guerre sainte en dentelles et en jetant des fleurs ! Donc on a droit à des joyeusetés du type pal (non, non, pas « pile à lire » 😄), têtes coupées…

Ici encore, on retrouve des choses modernes en clin d’oeil. Je ne regrette vraiment pas d’avoir trouvé ces deux albums !

Général Léonardo – Erik Svane et Dan Greenberg

Tome 1 : Au service du Vatican

Je découvre tout juste cette bande dessinée en deux tomes datant de 2006. Même si nous connaissons les penchants de Léonard de Vinci pour la peinture, les machines ou le mécanisme du corps humain, on découvre toujours quelque chose de ce génie. Ici, on s’attarde plus sur le côté fantasque du personnage et on saupoudre l’album d’une bonne cuillère d’humour. On entre dans l’histoire de suite par l’arrivée d’un homme d’église effrayé de voir des cadavres crucifiés dans la demeure de Léonard. Celui-ci lui explique avec enthousiasme que la méthode de crucifixion que l’on nous a montrée depuis des siècles n’est sans doute pas la bonne. On pourrait penser que le prélat hurle à l’hérésie mais il n’en est rien. Il pousse, certes, quelques cris, mais il poursuit sa visite. Le génie italien lui montre alors sa toute nouvelle invention : une copie du linceul afin de remplacer l’original qui tombe en lambeaux. Mais ce n’est pas ce qui intéresse le Vatican… Quelques jours plus tard, Léonard est convoqué. Ah, quand même ! me direz-vous. Mais non, pas pour le sanctionner ! Le pape est curieux de ses machines de guerre ! Je n’en dis pas plus pour ne pas dévoiler l’histoire.

J’ai aimé les dessins, le scénario et la petite touche d’humour. Il y a même un clin d’oeil à un événement plus récent. Je vais m’empresser de lire le tome 2 !

Moi, Eva Braun – Chloé Dubreuil

Quatrième de couverture :

Elle s’appelait Eva Braun. La veille de son suicide, le 30 avril 1945, elle épousa l’homme pour lequel elle avait tout sacrifié et devint alors, pour quelques heures, Eva Hitler. Ce récit, écrit à la première personne, dévoile cette incroyable destinée, inextricablement liée à celle d’Adolf Hitler, le « Sauveur » de l’Allemagne, l’un des personnages les plus sinistres de l’Histoire de l’humanité. Au fil des mots, Eva se livre en toute spontanéité. Témoin privilégiée de ces folles années de l’entre-deux guerres, la « maîtresse maudite » du IIIe Reich nous entraîne de son enfance aux derniers jours de la Seconde Guerre mondiale, sans renier cet amour que l’on suit comme un fil rouge. « Cette histoire est la nôtre, Adolf. »

Mon avis :

Vous me connaissez, je suis passionnée par la littérature et l’Histoire. Et par rapport à cette dernière, j’aime me documenter sur toutes les périodes ou presque, sur tous les grands personnages, sympathiques ou sulfureux. Connaître pour mieux comprendre, connaître pour pouvoir en parler, tel est mon credo.

Chloé Dubreuil touche ici à deux personnages dont l’évocation reste difficile tant ils ont marqué l’Histoire : Eva Braun, d’un côté et, par son intermédiaire, Hitler. Je me suis toujours demandé comment elle avait pu l’épouser, surtout connaissant le contexte… et j’en avais déduit qu’elle devait être comme lui. Oui, je sais, c’est assez précipité comme avis ! Mais avouez que pour se lier à un tel personnage, il faut quand même avoir des convictions, du sang-froid et des neurones en moins. Ceci dit, en lisant ce roman, je me suis aperçue qu’il y avait autre chose. L’amour a véritablement été son moteur. Elle s’est entichée de ce petit bonhomme charismatique au point de tout accepter, de tout subir. Qu’on ne s’y méprenne pas, le livre ne la fait pas passer pour une victime non plus. Elle a pleinement conscience de ce qu’elle fait. Elle raconte ceci avec la même froideur que ce qu’aura été son parcours. On découvre, par son biais, comment se comportait son amant.

J’ai aimé la façon dont Chloé Dubreuil nous présente les choses. Se mettre dans la peau d’Eva Braun n’a pas dû être évident. Je suis toujours friande des autobiographies romancées qui nous font entrer ainsi dans la vie de ces personnalités beaucoup plus facilement qu’un livre d’Histoire. Et, bien que le personnage soit rebutant au premier abord, j’ai dévoré ce roman !

Les Godillots – Olier / Marko

 Les Godillots - Olier / Marko 9782818922057

Quatrième de couverture :

C’est l’hiver dans les Vosges et la neige recouvre le nouveau cantonnement des Godillots, une usine désaffectée qu’ils partagent avec une unité de Corps Francs. Lors d’une altercation entre les deux troupes, Palette et Le Bourhis découvrent la preuve d’un acte de barbarie commis sur l’ennemi par un soldat de leur propre camp. Ulcéré et révolté, le bouillant capitaine Mougin veut aller restituer l’objet du délit aux autorités allemandes au-delà du Front. Ses hommes tentent le tout pour le tout afin de lui éviter le Conseil de guerre. Mais l’intransigeant commandant Desmonnier profite justement de cet instant pour lancer une inspection de détail de l’escouade. 

Rude journée pour nos Godillots ! 

Mon avis :

Ce qu’il y a de pratique avec cette petite série (je dis « petite » car, pour l’instant, elle ne compte que deux tomes), c’est que chaque album peut se lire indépendamment. Très pratique donc, surtout pour moi qui n’avais, vous l’aurez compris, pas lu le précédent, ne sachant même pas qu’une telle bande dessinée existait. Basée sur un fait réel, elle relate une anecdote tout en la fondant dans l’Histoire. Il faut dire que les auteurs se sont appuyés non seulement sur des documents d’époque mais encore sur un historien spécialiste de cette période, Jean-Yves Le Naour. Voilà un gage de sérieux qui fait de cet album quelque chose d’à la fois ludique et pédagogique. La mise en scène des personnages et du décor est extraordinaire. Mordante et drôle, l’histoire relatée permet d’en apprendre un peu plus sur ce conflit mondial et, plus précisément, sur le quotidien de nos poilus. Le petit dossier situé à la fin de ce tome permet de comprendre toute la finesse des dessins ainsi que le désir de mettre en exergue la réalité du terrain. Je ne connaissais pas l’anecdote en question (l’histoire d’une oreille coupée appartenant à un allemand remise, par un soldat français, à l’ennemi, pour ne pas désavouer l’armée française) et cela m’a permis de faire des recherches plus approfondies.

Si vous voulez voir un petit extrait, je vous conseille de cliquer ici.