Angus Og – Nathalie Dougal 📚

Quatrième de couverture :

Qui a invoqué le roi Somerled, obligeant ce héros des îles écossaises à revenir d’entre les morts ?

En cette fin d’été 1306, le jeune chef Angus Og Mac Donald a donné asile à Robert Bruce. Le roi des Écossais vient d’essuyer deux lourdes défaites contre les Anglais. Son armée est décimée. Les uns après les autres, ses partisans sont capturés, sommairement jugés et suppliciés. En portant secours aux fugitifs, Angus Og se rend coupable de haute trahison.

Pendant ce temps, d’Ila en Kintyr, les nécromanciens s’interrogent et s’agitent. Les défunts se sont rassemblés en Argyle, afin de lever une armée. Dans l’autre monde, le Sidh, les dieux primitifs et le Haut-roi des fées croient leur dernière heure arrivée. Une ancienne prophétie refait surface, laissant présager du chaos à venir. Somerled se prépare à combattre. Il appréhende une guerre autrement plus dévastatrice que celle que se livrent les humains.

S’inspirant des thèmes de la vie éternelle et des fantômes qui nous accompagnent, Nathalie Dougal permet la rencontre des deux plus illustres figures du clan Donald. Faits réels, mythologie et spiritualité celtique s’imbriquent habilement dans ce récit épique. ANGUS OG, l’ange de la mort sonne l’avènement d’une grande saga historique mêlée de fantastique.

Mon avis :

Lorsque j’ai su qu’un nouveau roman de Nathalie Dougal sortait, je me suis précipitée pour l’acheter. Personne pour l’instant n’a réussi à me « vendre » l’Histoire celtique aussi bien qu’elle. Pourtant, je n’ai pas pu le lire de suite, bien trop prise cette année par le boulot. L’année scolaire s’achevant, je vois enfin le bout et je peux me remettre (enfin !) à mes lectures. Et quoi de mieux que la canicule pour rester chez soi, dans son fauteuil, devant le ventilateur, avec un bon bouquin ?

Ici, légende et Histoire sont étroitement imbriquées. Angus Og a réellement existé. Il est le fils d’Angus Mor, héros dun précédent roman. Il donna asile à Robert Bruce lorsque ce dernier, tout juste couronné, subit une défaite cinglante lors de la bataille de Methven. Bruce refusait l’autorité du roi d’Angleterre et voulait le trône, tout comme son rival, un certain John III Comyn, plus connu sous le nom de John le Rouge. Pour faire vite, Robert tue John et est couronné roi d’Ecosse. Le roi d’Angleterre, apprenant la nouvelle, nomme le beau-frère de John lieutenant et l’envoie en Ecosse en lui donnant les pleins pouvoirs contre Robert Bruce.

Voilà pour l’Histoire avec un grand H. Mais ce que j’aime surtout dans le roman, c’est qu’il nous permet de revivre tout ceci comme si on y était.

– Il va aussi me falloir connaître le sort réservé à la famille de Bruce.

– Pourquoi ?

– Parce que j’ai promis au roi des nouvelles fraîches. J’apprécie cet homme. Je regrette qu’il ait échoué. Il aurait pu devenir un souverain respectable, digne de notre respect en tout cas. C’est dommage. (P152)

Ce qui est également intéressant, et Nathalie Dougal avait déjà commencé à nous préparer à cela dans ses précédents romans, c’est l’apparition de ce que l’on nomme aujourd’hui le surnaturel mais qui entre en relation avec les croyances celtiques. Somerled revenant de l’autre monde, cela peut choquer ou faire sourire mais c’est vraiment en lien avec toute cette culture et je trouve cela vraiment intéressant de mêler étroitement Histoire et croyances.

– Rencontrer le roi Somerled et la reine Ragnhilda, formula-t-il, est le rêve de tous les gall-gaels. Seulement, personne n’envisage qu’il se réalisera un jour. Puisque ma soeur Ellen atteste votre bonne foi, je vous accorde le bénéfice du doute. De toute manière, je ne vois pas l’avantage que vous tireriez à vous faire passer pour mes ancêtres. Revenants ou pas, vous sortez déjà de l’ordinaire… (P407)

Ce fut, une fois de plus, une lecture des plus agréables et des plus enrichissantes car j’en ressors à chaque fois en ayant un peu plus appris sur l’Histoire de l’Ecosse que je ne connaissais pas avant de lire les textes de Dame Dougal.

Charles V le Sage – François Sarindar-Fontaine

 

9782343173719r

 

Quatrième de couverture : 

Charles V le Sage (1338-1380) est considéré comme l’auteur de la consolidation du pouvoir de la dynastie valoisienne, après la double sanction militaire de Crécy en 1346 et de Poitiers en 1356, lourdes défaites consenties face à l’envahisseur anglais. Mais avant de présider aux destinées du royaume de France en 1364, il dut affronter, de fin 1356 au mois de juillet 1358, la méfiance d’une bourgeoisie parisienne, commotionnée par ces terribles revers et par la capture du roi Jean II le Bon. Cette élite marchande eut l’impression, en ayant comme interlocuteur le Dauphin, d’avoir affaire à un être faible et malléable ; elle tenta de lui arracher des ordonnances favorables aux intérêts de la bourgeoisie, à l’issue de chaque session des États de langue d’oïl, lesquels étaient censés accorder au souverain des contributions fiscales exceptionnelles pour faire face aux dépenses de guerre. On pensait que le fils du roi dirait oui à tout. Mais les apparences étaient trompeuses et Charles, en attendant de fausser compagnie à Étienne Marcel, cachait bien son jeu. Son père, retenu prisonnier, voulait à présent faire la paix avec les Anglais et n’avait plus besoin de convoquer les États qui, désobéissants, continuaient de se réunir. De sorte que Charles, lieutenant du roi puis Régent, fut amené à livrer contre Étienne Marcel, le prévôt des marchands, une véritable lutte à mort, dont il sortit vainqueur in extremis. Le Dauphin avait fait sa mue, mais rien n’était définitivement réglé et tout ce que fit le jeune prince, hormis le maintien des Valois sur le trône, ne pouvait qu’être provisoire.

 

Mon avis :

Tout d’abord, je vous mets sous les yeux un arbre généalogique afin que vous puissiez faire référence à Charles V le sage car je sais qu’on peut facilement se tromper dans les différentes dynasties. Je le prends sur le site http://medieval.mrugala.net/

Charles V fait donc partie des Valois. Il est le fils de Jean II le Bon et de Bonne de Luxembourg. François Sarindar nous relate ici les vingt premières années de son existence. Le reste fera – nous l’espérons – l’objet d’un autre tome. Et l’on peut dire que ces premières décennies sont déjà riches ! Comme à son habitude, l’auteur met l’Histoire à notre portée et nous intéresse grâce à sa plume inimitable. Il donne son avis non sans argumenter ce qui montre qu’il lui tient à coeur de nous faire découvrir ses personnages historiques. Si j’ose l’expression, « il écrit avec ses tripes ». Nous découvrons ainsi les dessous, les coulisses presque, de ces hommes encensés, souvent, par les Chroniqueurs et les Historiens et nous en apprenons beaucoup sur cette période.

Je ne cacherai pas que mes périodes de prédilection sont antérieures puisque je m’intéresse surtout au Haut Moyen Âge et à une partie du Moyen Âge central.  J’ai donc lu avec un œil presque neuf cet essai sur Charles V le sage, que je connaissais, certes, mais pas suffisamment dans les détails. Et comme à son habitude, François Sarindar a réussi à m’embarquer dans une Histoire sur laquelle je ne me serais pas forcément attardée. J’y ai pris grand plaisir et cela m’a donné envie d’aller faire un peu plus de recherches non pas sur Charles V puisque l’auteur nous offre ici ses travaux mais sur son père, Jean II le Bon dont l’attribut, comme il nous est rappelé, signifie la vaillance et non la bonté. En effet, j’ai découvert un être assez machiavélique, faisant tout pour placer son  « favori », Charles de La Cerda.

Un grand merci, François, pour ces heures de lecture ô combien instructives ! Et tout ceci me fait penser qu’il faut, en parallèle du deuxième tome de Frénégonde, que j’attaque mes recherches sur l’Abbé Suger et Louis VI le Gros…

 

Extrait : 

Je remets un peu ici le contexte : Bonne de Luxembourg est décédée, officiellement, de la peste, en septembre 1349. Cependant, on peut se demander si sa mort n’a pas été commanditée par son mari…

Il est certain en revanche que la mort de son épouse ne laissa pas longtemps le roi inconsolable, car non seulement il put voir son bel ami de La Cerda aussi souvent qu’il lui plaisait, mais, de plus, il se remaria très vite, dès le 9 février 1350, avec Jeanne d’Auvergne, union dont devaient naître deux filles et un garçon, tous morts en bas âge. Jean II le Bon enterra finalement aussi sa seconde compagne, victime, nous dit-on, d’une nouvelle épidémie de peste en septembre 1360, ce qui ferait à cette dernière un point commun avec Bonne de Luxembourg. (P62)

La Cuisinière – Mary Beth Keane

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Je ne connaissais pas l’histoire de Mary Mallon, une jeune Irlandaise venue travailler aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Employée d’abord comme lingère dans une famille aisée, elle devint rapidement cuisinière, ce qu’elle aimait vraiment. Elle fut engagée dans plusieurs foyers qui avaient tous un point commun : les membres décédaient.

À ce stade là, on pense à une autre « tueuse en série », Hélène Jégado, dont l’histoire a été relatée, à sa façon, par Jean Teulé dans Fleur de Tonnerre.  Mais il y a une réelle différence entre les deux. Si d’un côté, la bretonne, avait décidé d’elle-même de se substituer à la grande faucheuse, de l’autre, ce n’était pas le cas puisqu’elle ne savait pas qu’elle semait la mort autour d’elle. Celle qui fut surnommée « Mary Typhoïde » nia toujours son rôle dans ces morts prématurées.

Mary Beth Keane a choisi de nous faire revivre cette histoire à travers le point de vue de Mary Mallon. De ce fait, on se met à la place de cette cuisinière que l’on vient accuser un beau matin et qui ne comprend pas ce qu’on lui reproche. L’incompréhension, l’injustice sont les piliers de ce récit et l’on a bien envie d’hurler : « mais libérez-la, elle n’a rien fait ! » Comment en aurait-il pu en être autrement, par ailleurs, puisque la maladie ne se voit pas.

Je vous conseille vraiment ce roman, d’une très grande richesse, dont l’écriture ne pourra que vous émouvoir.

Aimée du Roi – Catherine Decours

Quatrième de couverture :

« Elle est extrêmement belle, a beaucoup d’agréments dans l’esprit et n’a jamais fait mal à personne », écrivait, ébloui, le marquis de Saint-Maurice à propos de la marquise de Montespan. La vie de Françoise de Rochechouart de Mortemart fut pleine de surprises, de contrastes et de contradictions, à l’image d’un siècle qui, sous la rigueur du classicisme, reste, par bien des côtés, baroque.

Petite fille ballottée aux côtés du jeune Roi sur les routes de la Fronde, exquise Précieuse qui fréquente les salons et vit à la Cour où elle côtoie la sainteté et la licence, la jeune Françoise, baptisée Athénaïs, deviendra, après la fin tragique d’un premier amour et un mariage désastreux, l’éclatante maîtresse de Louis XIV auquel elle donna sept enfants.  » Elle est la vraie reine « , écrit alors Primi Visconti. Ce règne correspond à la partie la plus brillante et la plus heureuse du siècle.

Le prix à payer fut un combat perpétuel dont les épisodes les plus fameux furent l’Affaire des poisons et la lutte sans merci avec madame de Maintenon « qui lui doit tout et lui prit tout », selon l’expression de Saint-Simon. Une documentation considérable permet de révéler sur tous ces points  » quelques petits dessous de table qui surprendront « .

Catherine Decours, pour rendre le vrai visage d’une femme sur laquelle il existe beaucoup d’idées reçues, a laissé parler madame de Montespan. Ces « mémoires apocryphes », écrits dans la langue du XVIIe siècle, font renaître une femme belle, spirituelle, prodigieusement vivante, qui dut faire face aux contradictions d’une vie qu’elle n’avait pas choisie. Par la magie de cette écriture et grâce aux recherches sur lesquelles s’appuie l’ouvrage, c’est tout le Grand Siècle qui s’anime et livre ses secrets.

 

Mon avis :

Si vous me connaissez bien, vous n’êtes pas sans savoir à quel point je suis friande de ces fausses autobiographies qui se lisent comme des romans, dans lesquelles on apprend énormément de choses de façon quasi ludique et qui plus est, sont si difficiles à écrire que l’on ne peut que saluer le talent de leurs auteurs.

J’ai apprécié la franchise de Catherine Decours qui, d’entrée de jeu, annonce qu’elle a lu Françoise Chandernagor (L’Allée du Roi), qui reste tout de même LA référence, et qu’elle va tenter de s’en démarquer. L’honnêteté intellectuelle est de mise, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce roman se lit bien, encore que j’y ai trouvé certaines longueurs. Cependant, je n’ai pas été emballée comme j’ai pu l’être en lisant Chandernagor ou même Jean Teulé (avec un style radicalement différent bien sûr). A la décharge de l’auteur, peut-être est-ce parce que j’attendais qu’elle surpasse Chandernagor ? Apprendre autre chose ? Voilà qui est bien difficile, tout comme il est toujours délicat d’oser les comparaisons. Ceci dit, peut-on s’en empêcher lorsqu’on traite des mêmes thèmes ?

A lire tout de même car certaines anecdotes valent leur pesant d’or.

 

Extrait :

Le vendredi 31 juillet 1683, la Reine mourut, à l’âge de quarante-cinq ans, après seulement quelques jours de maladie. La Cour était partie à la fin de mai pour un voyage en Bourgogne et en Alsace. Les efforts faits par madame de Maintenon pour ramener sinon le cœur de son amant, du moins son amitié, vers l’épouse de celui-ci réussissaient. Le Roi avait pour la Reine des attentions et des égards auxquels elle n’était pas accoutumée et qui la rendaient plus heureuse qu’elle n’avait jamais été. La Reine crut devoir manifester sa reconnaissance en faisant don à madame de Maintenon, un jour de Saint-François, de son portrait. Celle-ci en conçut une joie inconcevable.

Ce présent est, dans mon esprit, une distinction infinie, eut-elle l’audace de confier à Bonne d’Heudicourt qui courut me le rapporter, madame de Montespan n’a rien eu de semblable.

Certes non, répondis-je, il me semble que cela ne m’eût pas paru du meilleur goût. Peut-être suis-je trop délicate. Qu’en pensez-vous, Bonne ?

Les années qui souvent épaississent les femmes avaient desséché la marquise d’Heudicourt qui ressemblait à ces grands oiseaux qu’on appelle les demoiselles de Numidie. Cet oiseau-là savait fort bien quelle était la sorte d’amitié qui existait entre le Roi et madame de Maintenon, aussi me fit-elle un petit sourire qui ferma le ban.

Le Paris du Moyen Âge

Sous la direction de Boris Bove et Claude Gauvard

 

Que l’on soit parisien ou non, ce livre ne peut pas laisser indifférent, d’autant plus lorsqu’on s’intéresse à cette période. Paris a toujours fasciné. Il faut dire qu’à cette époque, elle se démarque d’autres grandes villes en cumulant pratiquement toutes les fonctions (économiques, politiques, intellectuelles, religieuses etc.) là où d’autres n’en avaient qu’une ou deux.

Ce livre est le résultat des recherches de neuf historiens. Il est très agréable à lire et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, le livre en lui-même, imprimé sur papier glacé et richement illustré. Ensuite, sa structure (pour parodier une certaine chanson, ♫♪tout, tout, tout, vous saurez tout sur ce Paris ♪♫) et le style des intervenants. Les textes sont très faciles d’accès pour tout un chacun, sans aucun pédantisme. De la vie monacale, royale, à la vie quotidienne, rien n’a échappé à la sagacité des auteurs.

Un très beau livre !

Une petite prise de vue pour que vous puissiez vous faire une idée :