La Cuisinière – Mary Beth Keane

cuisiniere

Je ne connaissais pas l’histoire de Mary Mallon, une jeune Irlandaise venue travailler aux États-Unis à la fin du XIXe siècle. Employée d’abord comme lingère dans une famille aisée, elle devint rapidement cuisinière, ce qu’elle aimait vraiment. Elle fut engagée dans plusieurs foyers qui avaient tous un point commun : les membres décédaient.

À ce stade là, on pense à une autre « tueuse en série », Hélène Jégado, dont l’histoire a été relatée, à sa façon, par Jean Teulé dans Fleur de Tonnerre.  Mais il y a une réelle différence entre les deux. Si d’un côté, la bretonne, avait décidé d’elle-même de se substituer à la grande faucheuse, de l’autre, ce n’était pas le cas puisqu’elle ne savait pas qu’elle semait la mort autour d’elle. Celle qui fut surnommée « Mary Typhoïde » nia toujours son rôle dans ces morts prématurées.

Mary Beth Keane a choisi de nous faire revivre cette histoire à travers le point de vue de Mary Mallon. De ce fait, on se met à la place de cette cuisinière que l’on vient accuser un beau matin et qui ne comprend pas ce qu’on lui reproche. L’incompréhension, l’injustice sont les piliers de ce récit et l’on a bien envie d’hurler : « mais libérez-la, elle n’a rien fait ! » Comment en aurait-il pu en être autrement, par ailleurs, puisque la maladie ne se voit pas.

Je vous conseille vraiment ce roman, d’une très grande richesse, dont l’écriture ne pourra que vous émouvoir.

Aimée du Roi – Catherine Decours

Quatrième de couverture :

« Elle est extrêmement belle, a beaucoup d’agréments dans l’esprit et n’a jamais fait mal à personne », écrivait, ébloui, le marquis de Saint-Maurice à propos de la marquise de Montespan. La vie de Françoise de Rochechouart de Mortemart fut pleine de surprises, de contrastes et de contradictions, à l’image d’un siècle qui, sous la rigueur du classicisme, reste, par bien des côtés, baroque.

Petite fille ballottée aux côtés du jeune Roi sur les routes de la Fronde, exquise Précieuse qui fréquente les salons et vit à la Cour où elle côtoie la sainteté et la licence, la jeune Françoise, baptisée Athénaïs, deviendra, après la fin tragique d’un premier amour et un mariage désastreux, l’éclatante maîtresse de Louis XIV auquel elle donna sept enfants.  » Elle est la vraie reine « , écrit alors Primi Visconti. Ce règne correspond à la partie la plus brillante et la plus heureuse du siècle.

Le prix à payer fut un combat perpétuel dont les épisodes les plus fameux furent l’Affaire des poisons et la lutte sans merci avec madame de Maintenon « qui lui doit tout et lui prit tout », selon l’expression de Saint-Simon. Une documentation considérable permet de révéler sur tous ces points  » quelques petits dessous de table qui surprendront « .

Catherine Decours, pour rendre le vrai visage d’une femme sur laquelle il existe beaucoup d’idées reçues, a laissé parler madame de Montespan. Ces « mémoires apocryphes », écrits dans la langue du XVIIe siècle, font renaître une femme belle, spirituelle, prodigieusement vivante, qui dut faire face aux contradictions d’une vie qu’elle n’avait pas choisie. Par la magie de cette écriture et grâce aux recherches sur lesquelles s’appuie l’ouvrage, c’est tout le Grand Siècle qui s’anime et livre ses secrets.

 

Mon avis :

Si vous me connaissez bien, vous n’êtes pas sans savoir à quel point je suis friande de ces fausses autobiographies qui se lisent comme des romans, dans lesquelles on apprend énormément de choses de façon quasi ludique et qui plus est, sont si difficiles à écrire que l’on ne peut que saluer le talent de leurs auteurs.

J’ai apprécié la franchise de Catherine Decours qui, d’entrée de jeu, annonce qu’elle a lu Françoise Chandernagor (L’Allée du Roi), qui reste tout de même LA référence, et qu’elle va tenter de s’en démarquer. L’honnêteté intellectuelle est de mise, ce qui n’est pas pour me déplaire.

Ce roman se lit bien, encore que j’y ai trouvé certaines longueurs. Cependant, je n’ai pas été emballée comme j’ai pu l’être en lisant Chandernagor ou même Jean Teulé (avec un style radicalement différent bien sûr). A la décharge de l’auteur, peut-être est-ce parce que j’attendais qu’elle surpasse Chandernagor ? Apprendre autre chose ? Voilà qui est bien difficile, tout comme il est toujours délicat d’oser les comparaisons. Ceci dit, peut-on s’en empêcher lorsqu’on traite des mêmes thèmes ?

A lire tout de même car certaines anecdotes valent leur pesant d’or.

 

Extrait :

Le vendredi 31 juillet 1683, la Reine mourut, à l’âge de quarante-cinq ans, après seulement quelques jours de maladie. La Cour était partie à la fin de mai pour un voyage en Bourgogne et en Alsace. Les efforts faits par madame de Maintenon pour ramener sinon le cœur de son amant, du moins son amitié, vers l’épouse de celui-ci réussissaient. Le Roi avait pour la Reine des attentions et des égards auxquels elle n’était pas accoutumée et qui la rendaient plus heureuse qu’elle n’avait jamais été. La Reine crut devoir manifester sa reconnaissance en faisant don à madame de Maintenon, un jour de Saint-François, de son portrait. Celle-ci en conçut une joie inconcevable.

Ce présent est, dans mon esprit, une distinction infinie, eut-elle l’audace de confier à Bonne d’Heudicourt qui courut me le rapporter, madame de Montespan n’a rien eu de semblable.

Certes non, répondis-je, il me semble que cela ne m’eût pas paru du meilleur goût. Peut-être suis-je trop délicate. Qu’en pensez-vous, Bonne ?

Les années qui souvent épaississent les femmes avaient desséché la marquise d’Heudicourt qui ressemblait à ces grands oiseaux qu’on appelle les demoiselles de Numidie. Cet oiseau-là savait fort bien quelle était la sorte d’amitié qui existait entre le Roi et madame de Maintenon, aussi me fit-elle un petit sourire qui ferma le ban.

Le Paris du Moyen Âge

Sous la direction de Boris Bove et Claude Gauvard

 

Que l’on soit parisien ou non, ce livre ne peut pas laisser indifférent, d’autant plus lorsqu’on s’intéresse à cette période. Paris a toujours fasciné. Il faut dire qu’à cette époque, elle se démarque d’autres grandes villes en cumulant pratiquement toutes les fonctions (économiques, politiques, intellectuelles, religieuses etc.) là où d’autres n’en avaient qu’une ou deux.

Ce livre est le résultat des recherches de neuf historiens. Il est très agréable à lire et ce, pour plusieurs raisons. D’abord, le livre en lui-même, imprimé sur papier glacé et richement illustré. Ensuite, sa structure (pour parodier une certaine chanson, ♫♪tout, tout, tout, vous saurez tout sur ce Paris ♪♫) et le style des intervenants. Les textes sont très faciles d’accès pour tout un chacun, sans aucun pédantisme. De la vie monacale, royale, à la vie quotidienne, rien n’a échappé à la sagacité des auteurs.

Un très beau livre !

Une petite prise de vue pour que vous puissiez vous faire une idée :

Pietra Viva – Leonor de Recondo

J’avais lu ce livre pour les matchs de la rentrée littéraire 2013 de Price Minister. Il fallait faire une critique originale. Voici la mienne. J’ai ainsi gagné une liseuse, la toute première…

 

De la mort d’Andrea, Michelangelo se désola,

son esprit, sa chair, tout son corps était là,

cadavre froid devant l’Artiste qui pleura.

Pourquoi ? La question l’obséda,

tant et si bien qu’à Carrare il alla,

fuyant ses sentiments, fuyant le vieux schéma,

Amitié, Amour ? Il ne s’y résolut pas.


Trouver le marbre du futur tombeau

du Pape Jules II, il s’enquit aussitôt.

Cœur brisé, cœur blessé, jusque sous sa peau,

il voyait Andrea revenu du caveau.

Un enfant, Michele, rabroué aussitôt,

fut, finalement, un immense cadeau.

Innocence et pureté apaisèrent son cerveau.


Orgueil et colère laissent place à la joie,

Andrea et sa mère ressuscitent dans sa foi.

Ses mains vont façonner ce marbre qui fait loi,

au soleil de son cœur, au soleil qui poudroie.


Michelangelo, l’Artiste, le sculpteur, est là,

avec ses défauts, son caractère, son mea-culpa,

sous la plume avisée que l’auteur(e) enchanta,

offrant tout son sens au titre : Pietra Viva !


Mots ciselés dans la veine de la page,

style poétique gravé dans leur sillage ;

Écriture fine invitant au voyage,

pour un magnifique livre à l’heureux présage.

 

 

Extrait :

Les tailleurs de pierre riaient de voir cet enfant de la ville, si prompt à les suivre dans la poussière, s’y frotter avec autant de plaisir. Voyant que les adultes ne lui prêtaient pas volontiers leurs ciseaux, il commença à dessiner tout ce qu’il voyait. Et les tailleurs cessèrent de rire tant le talent de l’enfant dépassait l’entendement. Certains prétendirent même que le diable y était pour quelque chose. Mais Michelangelo ne les écoutait déjà plus. Un chemin lumineux et sanguin s’était ouvert en lui et il s’était promis de le suivre toute sa vie.

Sa nourrice portait en elle assez d’amour pour lui faire croire qu’il n’avait rien à craindre et que, si cette voie-là était la sienne, il ne fallait pas la laisser s’échapper. Pour cela, il devait accomplir une chose : oublier les autres et plonger en lui-même. Elle avait employé ces termes. Et quand, la tête la première, il plongea dans son magma intérieur, il s’aperçut que sa chair était faite de pierre vive. De pietra viva.

Les demoiselles de Provence – Patrick de Carolis

 

Quatrième de couverture :

La Provence du XIIIe siècle est une terre très disputée. A force de courage et de ténacité, Raimon Bérenger V en a fait un comté souverain. Son épouse, Béatrice de Savoie, lui a donné quatre filles : Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice. Leur beauté, leur éducation et leur vertu vont assurer à ces demoiselles les plus hautes destinées : par alliances, elle vont régner sur quatre des royaumes les plus convoités d’Europe. Leur destin respectif et leurs secrets les conduiront de la Provence à l’Angleterre en passant par la vallée du Rhin, Aigues-Mortes ou Naples, et même en Orient…

 

Mon avis :

Je connaissais le journaliste, présentateur télé et ancien président de France télévision mais pas l’écrivain. Eh bien, je peux vous assurer que Patrick de Carolis manie la plume avec brio. S’attaquer à l’histoire de la Provence au XIIIe siècle n’est pas chose facile car il y a, à cette période, de nombreux évènements et un certain imbroglio dans les branches royales. La guerre est ouverte entre les Capétiens et les Plantagenêts. Vient s’ajouter à ceci les nombreux comtes qui ne veulent pas lâcher leur territoire et qui font de nombreuses tractations, à base de mariages arrangés, afin que les terres restent dans la famille. Ainsi, Raimon Bérenger V tient farouchement à son comté de Provence. Malheureusement, sa femme, Béatrice de Savoie, ne lui a pas donné d’héritier. Quatre filles sont nées de ce lit : Marguerite, Eléonore, Sancie et Béatrice. Marguerite sera mariée à Louis, roi de France, Eléonore à Henry, roi d’Angleterre, Sancie à Richard de Cornouailles, et Béatrice à Charles d’Anjou, frère de Louis…

Cet ouvrage est un roman, il convient de ne pas l’oublier. Il se lit aisément (je l’ai dévoré) et a un intérêt sur le plan historique car il permet de mieux comprendre les liens étroits qu’il pouvait y avoir dans cette royauté obscure. Si l’auteur n’est pas historien, il n’en reste pas moins qu’il a fait un énorme travail d’analyse afin de mettre à la portée de tous ce pan, ô combien important, de l’Histoire.

Je recommande vivement ce livre.

 

Extrait :

(Raimon Bérenger et Béatrice commence à s’interroger sur la perspective de marier leur fille aînée, Marguerite.)

Le comte, qui commence à s’en soucier, se tourne vers Romée de Villeneuve, l’homme sans l’avis duquel il ne prend plus aucune décision importante. Qui d’autre mieux que le « Pèlerin » pourrait le conseiller pour transformer en une arme politique et diplomatique le désavantage de n’avoir que des filles ?

A la suite de sa conversation avec la comtesse, il est allé sur le chemin de ronde du château pour y réfléchir, contempler ses terres, en humer les odeurs, et jouir du sentiment de domination que ce panorama lui inspire. C’est là que quelques jours plus tard il convoque Romée.

 – Comme tu le sais, lui dit-il, l’espoir d’un héritier vient à nouveau de sombrer.

 – La comtesse est encore en âge…

 – Non ! coupe le comte. On ne compose une musique qu’avec les sons dont on dispose.