La chèvre d’or – Paul Arène

Paul Arène [XIXe s] Image

Paul Arène, auteur provençal complètement oublié de nos jours, est un contemporain d’Alphonse Daudet. D’ailleurs, ils furent amis et écrivirent, ensemble, bon nombre de chroniques qui devinrent ensuite Les Lettres de mon moulin.

La Chèvre d’or est, en fait, une légende reprise par plusieurs auteurs, dont Frédéric Mistral. Paul Arène situe l’histoire en Provence orientale et non dans les Alpilles. « J’avais rencontré la Chèvre d’Or dans tous les coins de Provence, aux Baux, à Gordes, à Vallauris. partout la légende se rattachait aux souvenirs de l’occupation sarrasine, et partout il s’agissait d’une chèvre à la toison d’or, habitant une grotte pleine d’incalculables richesses et menant à la mort l’homme assez audacieux pour essayer de la traire ou de s’emparer d’elle… » La chèvre, animal fabuleux, serait la gardienne d’un trésor laissé par les Maures. Ceux qui l’ont vue et ont tenté de la suivre ne sont jamais revenus… Brrrrr…

Ce fut un vrai plaisir de lire cette légende sous la plume de cet auteur qui en a profité – et on ne va pas le lui reprocher – pour magnifier les paysages de cette belle région : « j’aurais pu, avec cet horizon d’eaux miroitantes, de tamaris en dentelle sur l’or du couchant, et le clairin d’Arlatan qui tintait, me croire au bord du Vaccarès, dans quelque coin perdu, entre la tour Saint-Louis et les Saintes. »

Je ne connaissais ni l’auteur ni la légende avant de trouver ce livre mais je peux vous dire que je vais lire d’autres œuvres de cet écrivain prolixe.

Le Chevalier au cygne – Rémi Usseil / Nicolas Doucet

Quatrième de couverture :

Lorsque le jeune duc Lothaire rencontre, au coeur de la forêt d’Ardenne, l’envoûtante et mystérieuse dame Elioxe, il tombe aussitôt sous son charme. Quelle n’est pas sa joie lorsque sa belle lui accorde à la fois et son coeur et sa main! Il ignore qu’un danger, tapi au sein de sa propre famille, menace leur bonheur, et que de dures épreuves attendent sa propre descendance…

Redécouvrez la légende du Chevalier au cygne à travers un récit plein de poésie, accompagné de superbes illustrations.

Mon avis :

Un mot, en premier lieu, sur le livre lui-même : c’est un roman-graphique magnifique en grand format, de 96 pages. En l’ouvrant, j’ai eu un flash : 40 ans plus tôt, chez mes grands-parents, je lisais de gros livres de contes illustrés de la même manière. Décidément, ce livre ne pouvait que me plaire !

J’ai passé un bon moment à lire ce Chevalier au cygne. Et là, je me suis vraiment retrouvée dans la peau de la gamine que j’étais lisant les contes de Perrault ou de Grimm. Quel travail de la part de Rémi Usseil que d’adapter ainsi en français un ensemble de textes ! Et quelles magnifiques illustrations de Nicolas Doucet ! Ce tome n’est que la première partie. Je suis donc restée sur ma faim, attendant avec impatience la suite. Je serai bien restée en compagnie de Dame Elioxe et de ses charmants bambins. Quant à Lothaire, la prochaine fois, il n’écoutera pas sa mère !

Allez, vivement le deuxième tome, hein !

Un grand merci à Rémi Usseil qui me fait toujours connaître ses oeuvres ; des petits bijoux à chaque fois.

Bufarelle – Thierry Ballay / Martine Hermant

buffarelle

Vous ai-je déjà dit que j’étais fan des écrits de Martine Hermant ? Oui, je sais bien, à plusieurs reprises même, mais je le répète car cette conteuse hors pair, cette poétesse à la plume alerte, n’a pas son pareil pour attirer un public toujours conquis. Quant à Thierry Ballay, je ne le connaissais pas mais ces illustrations viennent enrichir superbement ce texte. Alors, justement, parlons un peu de ce texte…

À mi-chemin entre la légende et le conte, il narre l’histoire d’une jeune femme, Marie, à une époque qui ressemble fort à ma période de prédilection (qui a demandé laquelle ?). Bon, pour ceux qui ne le sauraient pas encore, il s’agit du Moyen Âge. Marie vient de vivre quelque chose d’éprouvant : voir celui qu’elle aime, celui qui a dû lui promettre monts et merveilles sur l’herbe tendre ce jour où ils se sont tant enlacés, en épouser une autre. Ce Pierre va déclencher son ire. Et la rancune féminine peut aller très loin… surtout que ce vaurien n’a pas dû remarquer un détail : Marie a la chevelure flamboyante, la marque des sorcières… Elle part à la recherche de sa mère et devient Bufarelle. Son coeur saigne. Sa vengeance sera terrible. Tout le village doit payer, tous ceux qui se sont ainsi moqués d’elle. Tout le monde ? Non, car il faut que la transmission se fasse, que quelqu’un reprenne le flambeau, le buffadou, ce roseau symbolique… On a beau être une sorcière, on n’en reste pas moins femme et les sentiments peuvent parfois reprendre le dessus.

Cela ne vous étonnera pas si je vous dis que j’ai adoré. J’ai eu de l’empathie pour cette pauvre Marie, j’ai eu envie de l’aider à aller punir les fautifs et je l’ai presque soutenue en tant que sorcière, c’est dire !

Reprenant une légende, un objet traditionnel, Martine Hermant a sorti de son chapeau un superbe texte qui vous envoûtera.

Berthe au grand pied – Rémi Usseil

 

Quatrième de couverture : 

Ce livre est l’adaptation libre de la légende médiévale qui nous est principalement connue par une chanson de geste (poème narratif originellement destiné à être déclamé en s’accompagnant d’un instrument) du ménestrel Adenet Le Roi. L’histoire de Berthe appartient au cycle de Charlemagne, dont le fleuron le plus célèbre est la Chanson de Roland.Dans ce récit, alors que Berthe au grand pied, future mère de Charlemagne, vient d’épouser le roi de France Pépin le Bref, elle est évincée de la cour par la perfidie d’une servante qui se substitue à elle. Réfugiée auprès d’une modeste famille dans la forêt du Mans, Berthe mène une existence humble et discrète. Mais diverses péripéties vont mettre Pépin sur sa piste… L’auteur a emprunté la voix d’un narrateur médiéval fictif pour conter cette histoire, et parsemé le récit de pièces en vers inspirées de la poésie du Moyen Âge, afin de rendre hommage aux origines lyriques de la légende.

 

Mon avis : 

Avant de vous donner mon avis sur le texte en lui-même, arrêtons-nous tout d’abord un instant sur l’objet-livre auquel la photographie, ici, ne rend qu’un piètre hommage. Il est admirable ! L’épaisse couverture imitant un tissu bleu fait ressortir le titre couleur argent et le détail de la peinture. On s’imagine soudain être l’heureux possesseur d’un manuscrit médiéval. A l’intérieur, le papier glacé, les illustrations et les différentes couleurs procurent une lecture très agréable de ce qu’il convient d’appeler, dès lors, un petit bijou.

Mais venons-en au texte. Passionné par la littérature médiévale, Rémi Usseil n’est pas un novice en la matière. J’ose même ici un jeu de mots puisque l’auteur n’est autre que le détenteur du blog faisant la part belle aux Chansons de Geste : Matière de France. Et en parlant de novice, cette fois, je vais l’être. J’avoue, en rougissant quelque peu, n’avoir jamais lu le texte d’Adenet Le Roi, qui reprenait la légende de Berthe. C’est donc sans référence véritable que j’ai lu celle de Rémi Usseil (depuis, j’ai lu l’autre… lacune réparée… ouf !). Quel talent ! Je devrais même dire… quel trouvère ! On ne perçoit pratiquement pas l’auteur moderne derrière le narrateur médiéval (si ce n’est d’en avoir facilité la compréhension). Imaginez un peu le travail accompli ! Tout y est : le vocabulaire, les structures, certaines formulations.. Je m’incline !

Que dire de plus puisque j’en reste sans voix… Un seul mot, le dernier : BRAVO !

 

Extrait : 

« Elle a voulu m’occire ! lança Aliste en désignant la reine, avec une horreur contrefaite.

– Qu’on s’empare d’elle ! ordonna le roi. Cette femme est devenue folle ! »

Berthe resta un moment figée, les yeux rivés sur la traîtresse, rassemblant péniblement ses pensers épars et discernant trop tard le piège. Lâchant enfin le couteau, elle ouvrit la bouche pour tenter de s’expliquer. C’est alors que Margiste, surgissant dans la pièce en affichant la plus grande consternation, se jeta sur elle par-derrière et la frappa à la tête, la renversant sur le sol jonché d’herbes odorantes. Comme Berthe cherchait à se redresser, la serve entreprit de la rouer de coups en vociférant :

« Ah, mauvaise garce ! Putain ! Fille dénaturée ! Comment avez-vous osé lever la main sur votre reine ? Je vous renonce pour ma fille !

– Assez ! dit sèchement Pépin. Méchante vieille, voulez-vous nous faire croire que vous n’êtes pour rien dans ce crime ?

– Hélas, sire, répondit Margiste avec des larmes dans les yeux, je vous jure par sainte Agnès que je n’y suis pour rien, que je ne l’ai jamais permis ! Je savais que ma fille jalousait la reine, mais comment eussé-je pu imaginer qu’elle projetait forfait si affreux ? Je l’aurais étranglée de mes mains si je l’avais su ! » (P27)