Le Proscrit – Sadie Jones

Date de publication : 2010
Littérature britannique

Traduction : Vincent Hugon

Quatrième de couverture : 

À Waterford, dans la banlieue de Londres, tout le monde va à l’église et fête Noël dans l’insouciance. Une façade d’hypocrisie qui se fissure le jour où Lewis, dix ans, assiste impuissant, à la noyade de sa mère. Privé du réconfort d’un père à peine revenu de la guerre, homme froid, autoritaire et accablé par le veuvage, Lewis se rétracte dans la douleur et sombre peu à peu dans le doute, la solitude, puis la révolte… En 1957, quand il sort de prison où il vient de passer deux ans, il n’a que dix-neuf ans… Alors qu’au village personne n’attend son retour, le proscrit, l’exilé tourmenté, pourrait bien tout faire exploser…

Mon avis : 

L’écriture de Sadie Jones est très agréable. Une certaine finesse, quasi poétique, caractérise ce roman sombre, finesse associée au pathétique. On plaint ce pauvre garçon, Lewis. Et comment ne pas avoir un sentiment de tristesse, voire de compréhension envers ce gamin qui a vu sa mère se noyer sous ses yeux, qui a essayé de lui porter secours en vain, et qui, orphelin de cette dernière, se retrouve face à un mur d’incompréhension paternelle ? Le lien avec sa mère était plus fort que tout, d’autant plus que le père, démobilisé, avait été absent pendant une longue période. Lewis est le seul à savoir ce qu’il s’est passé réellement ce jour-là. Pourquoi, alors qu’il lui portait secours, a-t-elle voulu l’entraîner avec elle ? Il s’enferme dans un certain mutisme, se créant un bulle sur laquelle glisse le monde extérieur. Mais cette bulle est emplie de violence et de noirceur. Violence envers les autres mais également envers lui-même, allant jusqu’à l’automutilation.Finalement, il ne retrouvera de la compréhension de la part de quelqu’un qu’en la personne d’Alice, sa belle-mère. Mais à quel prix ? Je n’en dis pas plus.

Sadie Jones prend ici des personnages hors norme. La mère, Elizabeth, jure comme un charretier, boit. Elle symbolise une femme indépendante, ce qui pouvait être mal vu par la société de l’époque. Le père, Gilbert, est au contraire, plus réservé.  Il refait très vite sa vie lorsque sa femme meurt, prétextant qu’il faut une mère de substitution à son fils. Il éprouve certainement le besoin de ne pas rester seul face à cet enfant que, finalement, il ne connaît pas. Lewis représente, quant à lui, la délinquance d’un jeune homme à qui cette société anglaise des années 50 n’a pas voulu tendre la main. Je n’ai pas lâché ce roman malgré la tristesse qui s’en dégage. Je le conseille vraiment.


Challenge Voisins Voisines 2021

Agatha Raisin : Coiffeur pour dames (T8) – M.C Beaton

Traducteur : Marina Boraso

Agatha a un vrai coeur d’artichaut. Lorsqu’elle fait la connaissance de ce coiffeur aux doigts magiques qui lui fait la cour, elle se demande bien si elle va résister. Mais elle a quand même des soupçons. C’est qu’elle est enquêtrice notre héroïne, souvent à ses dépends mais elle aime ça. Et lorsque John, ou plutôt Monsieur John comme on l’appelle là-bas, s’écroule dans les toilettes de son salon tout en ayant vomi ses tripes, on se dit bien qu’elle avait peut-être raison.

J’avais besoin d’une lecture légère après avoir affronté la violence du dernier roman dont je vous ai fait la critique il y a deux jours. Et quoi de mieux que de retrouver cette petite bonne femme bourrue que j’adore ? Alors bon, on ne va pas se mentir, on retrouve souvent la même trame : un homme lui fait du charme et il meurt. Hum… finalement, il ne fait pas bon de la côtoyer de trop près ! 😂 Mais que demande-t-on à un tel bouquin si ce n’est de nous faire sourire et de nous vider la tête ? Eh bien, une fois de plus, c’est réussi ! Et ceci dit, mine de rien, pour l’avoir un peu expérimenté, il est très difficile d’arriver, dans un polar, à faire une fin qui se tienne et qui surprenne le lecteur. Moi, rien que pour ça, je suis admirative !

N.B : Je ne les lis pas dans l’ordre donc ne cherchez pas sur ce blog les critiques précédentes. Vous trouverez celles des tomes 1, 2 et 14.

Agatha Raisin, Gare aux fantômes – M.C Beaton 👻

Bon, alors ça, c’est tout moi ! Je découvre cette série, j’en lis un, puis deux… Mais pas dans l’ordre !!! Comme je les ai sur ma liseuse, j’ai pris le deuxième livre dans l’ordre qu’il venait… Il s’avère que c’est le 14ème tome ! Ce n’est pas bien grave, j’ai quand même bien compris l’histoire.

Cette fois, Agatha mène une enquête un peu particulière : une vieille dame pense avoir des fantômes dans sa maison. Accompagnée de son nouveau voisin, Agatha va lui apporter son aide… jusqu’au moment où cette personne est retrouvée morte. Enquête dans l’enquête…

Là encore, j’ai passé un bon moment (je l’ai lu d’un seul coup !) avec cette femme truculente qui me fait rire. Oui, je sais, ce n’est pas de la grande littérature mais ce n’est pas non plus ce que je lui demande. En vacances, j’aime bien lire quelque chose de léger. Et s’il y a de l’humour, c’est la cerise sur le gâteau !

Agatha Raisin, La Quiche fatale – M.C Beaton 🕵🏻‍♀️

J’ai tardé à lire ce premier tome car vous savez comment je suis, dès que l’on parle un peu trop d’un livre, je le fuis et j’attends quelques mois/années avant de l’ouvrir (ou pas). Et l’adaptation télévisée (que je n’ai pas vue donc je me garderai bien de la juger) n’a fait qu’ajouter au battage médiatique…

Mais en vacances, je recherche toujours des lectures légères, marrantes si possible… et si c’est un petit polar, c’est encore mieux. Donc, les fortes chaleurs m’ont fait rejoindre la Grande-Bretagne, espérant y trouver un peu de pluie virtuelle (ami cliché, quand tu nous tiens !). J’y ai retrouvé Agatha qui, voulant s’intégrer dans le petit village dans lequel elle avait acheté un cottage, pique la femme de ménage de la voisine qui lui voue alors une haine sans nom, triche à un concours de quiche et se retrouve, à cause de la dite préparation, accusée du meurtre du juge du concours…

Que les puristes de la quiche se calment de suite ! Non, une quiche n’a jamais fait mourir personne, sauf lorsqu’elle est agrémentée d’une plante toxique cachée dans les épinards. Je sens mes puristes mourir eux-aussi en lisant qu’il y a l’aliment favori de Popeye dans la sacro-sainte tarte !!! Allez, on va dire que c’est un problème de traduction, surtout si je vous dis qu’il y en avait aussi aux champignons dans le concours.

Bref, j’ai aimé ce petit polar et j’ai retrouvé le même plaisir à le lire qu’avec un Imogène, en plus léger tout de même. Ce personnage fantasque, mal embouché me plait bien et si vous avez lu ma Frénégonde (allez hop, que je te fiche un peu de pub en même temps), vous comprendrez pourquoi !

Bennett au collège – Anthony Buckeridge

Bennett, c’est un peu ma madeleine de Proust. J’ai lu la série au collège et je tenais justement, au risque d’être déçue, à sentir à nouveau ce plaisir de lire cette littérature de jeunesse. Eh bien, je ne suis pas déçue du tout ! Je suis très agréablement surprise car le texte est de haut vol. Bien sûr, on n’est pas dans du Balzac (tant mieux !) Mais quand même ! Vous n’êtes pas sans ignorer que la bibliothèque rose aujourd’hui a été remaniée afin que nos chères têtes blondes puissent lire les mêmes textes que nous, les contraintes grammaticales en moins. Visiblement, celui-ci (mon exemplaire date de 1989, ceci expliquant cela) a échappé à cela. Le passé-simple est toujours là et n’a pas laissé place à du présent ou du passé-composé comme dans Le Club des Cinq (je dis ça, je dis rien).

Bennett au Collège est le premier roman de la série. On y découvre ce personnage de dix ans, à la fois farceur et attachant, pas méchant pour un sou, un brin maladroit… qui va, de ce fait, donner du fil à retordre à ses professeurs, notamment Messieurs Carter et Wilkinson. Accompagné de son camarade Mortimer, il va réveiller le collège de Lindbury.

On appréciera les notions qu’un enfant pourra apprendre dans ce livre (latin, histoire, géographie) ainsi que l’humour qui ponctue le texte.

 

Extrait :

Puis il appela Bennett à son bureau et examina le résultat de ses efforts.

« En Australie, lut-il à haute voix, il y a du blé, mais les lapins sont une calamité comme les rats, et les fermiers sont très fâchés parce que les lapins mangent tout leur blé, mais en Angleterre les lapins ne sont pas une calamité, et on peut même élever des lapins Angoras, le mien était blanc et brun, il s’appelait Bobby, et j’avais pris une petite caisse où j’avais mis de la paille pour lui faire une cage… »

M.Wilkinson interrompit sa lecture.

« De toutes les plus absurdes idioties que…que… » Les mots lui manquèrent un instant. « Voyons ! qu’aviez-vous dans la tête en me servant une ineptie de ce genre ? demanda-t-il.

– Mais ce n’est pas une ineptie, m’sieur ! protesta Bennett. C’est la vérité. Mon lapin était blanc et marron. C’est mon oncle qui me l’avait donné pour mon anniversaire.

– Mais moi, je vous ai donné une préparation à faire sur la culture du blé en Australie, et non la biographie d’un misérable rongeur !

– Il s’appelait Bobby, rectifia Bennett.

– Je me moque pas mal qu’il se soit appelé Bobby ou Toto, gronda M.Wilkinson. Petit illettré, ne voyez-vous pas que votre préparation est à mille lieues du sujet ? C’est un parfait exemple de…de…

– De délinquance juvénile, m’sieur ? proposa Mortimer.

– Silence, Mortimer ! gronda M.Wilkinson.

– Pardon, m’sieur, dit Mortimer d’une voix douce.

– L’ennui avec vous, Bennett, reprit le professeur, c’est que vous êtes toujours à moitié endormi. Il faut absolument vous réveiller ! Allez donc mettre votre tête sous le robinet, dans les lavabos, et voyez si ça ne vous éclaircit pas un peu les idées.