En classe avec Anne Frank – Théo Coster

Traduit de l’anglais par Marie Boudewyn

Qui n’a pas lu le fameux journal d’Anne Frank, que ce soit dans son intégralité ou en extraits ? J’ai eu l’occasion, lors d’un voyage scolaire aux Pays-Bas, de pouvoir visiter la maison des Frank. Bon, certes au pas de course car les gamins que je surveillais faisaient la visite à un rythme effréné, mais quand même, c’est une visite qui marque. En voyant ce livre, je me suis dit que c’était l’occasion d’en apprendre plus sur cette histoire.

Theo Coster nous fait part de ses souvenirs. Il fait également appel à d’autres camarades de classe, rescapés, pour raviver la mémoire d’Anne Frank qui, au final, n’apparait que par petites touches successives. Elle est ainsi décrite par Hannah Goslar comme « irritante ! Une vraie mademoiselle Je-sais-tout »(P29). Il ressort d’elle un côté un peu excentrique, un caractère bien affirmé (« Anne s’est dressée contre ses parents, en particulier sa mère. » P89) mais également une certaine gaieté. Malheureusement pour elle, elle était dotée d’une santé bien fragile. Elle mourra du Typhus, tout comme sa soeur, Margot, au camp de Bergen-Belsen, en 1945.

J’ai trouvé ce livre très intéressant car il permet de mieux comprendre ce qu’ont vécu ces enfants, ces familles pendant la Seconde Guerre Mondiale. Je laisse le mot de la fin à l’auteur : « Il semblerait que peu de gens aient conscience aujourd’hui de ce à quoi ressemble la vie en temps de guerre et qu’il ne faudrait surtout pas qu’un autre conflit d’une telle ampleur éclate. » (P210-211)

Le Talisman – Vaikom Muhammad Basheer

Traduction : Dominique Vitalyos

Ce recueil est composé de 12 nouvelles. Je viens de lire « Le Talisman » et j’ai vraiment apprécié. À travers une famille, le chien, et leurs amis, on retrouve toute la société indienne avec ses us et coutumes et ses complexités. Ainsi, Khan, le molosse musulman, était amoureux de la chienne hindoue de la voisine. Mais il se fit sauter dessus par six chiens hindous et se fit arracher la moitié de l’oreille, sans compter les nombreuses morsures. Khan se mit alors à mordre toutes les femmes hindoues. On retrouve ici, à travers cette histoire, l’Histoire de l’Inde après la décolonisation, après la fameuse partition. Mais comme l’auteur se veut être un conteur hors pair, il nous raconte également comment le maître de Khan, Abdul Aziz, complexé par sa calvitie, croise la route d’un homme qui lui vend des talismans : un pour le chien, un pour lui et un pour son ami, aussi fixé sur son crâne chauve que lui. Cet homme se fait passer pour quelqu’un de très religieux. Marchera, marchera pas ?

En tous les cas, ce qui a marché, c’est l’écriture de cet auteur ! J’ai aimé sa plume qui, sous des tons légers, nous fait voyager et nous amène en Inde non sans une certaine réflexion. C’est futé !

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Vaikom Muhammad Basheer

Pays : Inde

Nombre de pages : 15

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Cette nouvelle entre également dans Les Etapes indiennes chez Hilde.

Le goût âpre des kakis – Zoyâ Pirzâd

Traduction : Christophe Balaÿ

C’est la première fois que je lis de la littérature iranienne. Cette nouvelle, Le goût âpre des Kakis, fait partie d’un recueil éponyme de 5 textes ayant, d’après ce que j’ai pu voir, un fil conducteur : le couple tiraillé entre la tradition et la modernité.

Dans cette nouvelle, j’ai aimé la façon dont est décrite la société iranienne, ses us et coutumes, et son évolution. L’histoire ne nous donne pas de date précise, certainement pour nous perdre encore plus et adhérer au plus juste avec les personnages. La maîtresse de maison ne peut pas avoir d’enfant, tout le monde cancane mais elle résiste. Son mari, le prince, ne la quitte pas pour autant. Le couple est connu et apprécié pour sa générosité, notamment quand les kakis sont mûrs.

J’ai trouvé cette nouvelle très intéressante, très enrichissante. Cependant, une petite chose me chiffonne : la fin. Il n’y a pas de chute, ou alors je ne l’ai pas comprise… et une nouvelle sans chute, ce n’est pas une nouvelle ! Ceci dit, je ne reste pas sur cette note légèrement négative. J’ai apprécié le style de Zoyâ Pirzâd et je vais aller de ce pas me renseigner un peu plus sur ses ouvrages.

Challenge Les textes courts. 

Genre : Nouvelle

Auteur : Zoyâ Pirzâd

Pays : Iran

Nombre de pages : 35

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Le puits – Eduardo Antonio Parra

Traduction : François Gaudry

Cette nouvelle appartient au recueil Les Limites de la nuit. Eduardo Antonio Parra est un écrivain mexicain que je découvre. Et quelle découverte ! Un uppercut !

Le narrateur semble apprécier l’ombre (on notera la référence au titre du recueil). Il est avec un garçon et l’amène quelque part. Visiblement, le chemin est rude et le garçon a du mal à avancer. Pendant ce périple, il lui raconte sa vie et notamment un certain épisode : voulant se faire de l’argent avec un copain, ils ont arnaqué des paysans. Mais on n’extorque pas de l’argent à de pauvres cultivateurs sans que ça se retourne contre les escrocs… Et le garçon est bien loin de se douter qu’il va lui aussi subir les conséquences de cet épisode.

Je n’en dis pas plus ! Mais sachez que cette nouvelle associe tout ce que j’aime : une attente et une chute à la fin qui laisse sur le derrière ! En revanche, âmes sensibles s’abstenir.

Challenge Les textes courts.

Genre : Nouvelle

Auteur : Eduardo Antonio Parra

Pays : Mexique

Nombre de pages : 14

L’homme au canon – Dritëro Agolli

L'Homme au canon
Date de publication : 1998
Littérature albanaise
Traduit de l’albanais par Alexandre Zotos

Quatrième de couverture : 

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, en Albanie, dans un village tenu par quatre familles, un homme s’approprie un canon abandonné par l’armée italienne en déroute. Ce canon devra être l’instrument de sa vengeance. L’homme au canon nous montre un pays, l’Albanie, à une période cruciale de son histoire où les tensions sont extrêmes. La lutte qui oppose les nationalistes aux communistes et tous aux armées étrangères (l’Italie qui fuit et l’armée nazie qui menace), se mêle à la lutte qui, de vendetta en vendetta, oppose les principales familles du village. Dans cette société au bord de l’effondrement, Dritëro Agolli ne perd pas ses héros. Les passions ne sont pas que politiques ou militaires, c’est aussi tout le prisme des sentiments qui éclaire ce magnifique roman.

Mon avis : 

Je ne suis pas mécontente du tout d’avoir lu cet auteur albanais. Il faut dire que Dritëro Agolli remporte autant voire plus de succès dans son pays qu’Ismail Kadare. Ce n’est donc pas le premier venu.

Dans ce roman, L’Homme au canon, il met en scène Mato Gruda, homme dont le père a été tué par une autre famille du village, les Fiz. Alors qu’il coupait du bois dans la forêt, Mato est obligé d’abandonner sa mule et d’aller se réfugier dans une grotte en attendant que les tirs cessent. L’histoire se passe sur fond de seconde guerre mondiale. Les italiens et les allemands tirent à tout va. Lorsque le calme est enfin revenu, Mato récupère sa mule, se félicitant qu’elle n’ait rien et parcourt la forêt. Il tombe alors sur le corps d’un soldat italien et sur le fameux canon. Il emporte ce dernier chez lui, au grand dam de sa femme, Zara, qui se demande bien ce qu’il va pouvoir en faire. Sa tante Esma, en revanche, ne dit rien mais on pressent qu’elle soutient Mato… et pour cause : ce canon sera l’instrument de la vengeance. Et si je disais que ce roman se passe sur fond de seconde guerre mondiale, c’est parce que toute l’attention du lecteur se porte sur cette vendetta. On se croirait dans du Shakespeare avec Les Montaigu et les Capulet, l’amour en moins. Bien entendu, Mato ne parle à personne de sa trouvaille, pas même à son meilleur ami, Mourad.

Mato fait partie d’un groupe de partisans qui va accueillir des italiens. Lorsque le sien arrive, Augusto, rebaptisé Agush, Mato va en profiter pour lui demander de lui apprendre à tirer au canon. C’est ce que fait l’italien, ne s’imaginant pas que ses leçons pourraient avoir un dessein de vengeance. Et il ne comprend pas qu’un soir, son élève tire en direction de la maison des Fiz. Lorsqu’une fumée s’élève de la maison, Mato et Esma sont ravis. Augusto est affolé. Cependant, au petit matin, Mato découvre qu’il a raté la maison et qu’il n’a touché qu’une meule de foin. Son acte ne sera pas sans conséquence et Mato ne s’imagine même pas les dégâts que cela va causer…

Je le disais au début de cette critique, je ne regrette vraiment pas d’avoir lu cet auteur. Le style est limpide et il n’y a nul besoin de connaitre l’Albanie pour comprendre. Bien au contraire, ce roman est riche d’enseignement et donne envie d’en savoir un peu plus. 

Challenge Voisins Voisines 2021