La soupe aux cailloux – Martine Provis

Sans qu’elle comprenne pourquoi, la petite Marthe est arrachée à celle qu’elle appelait « maman Cathy » pour atterrir chez deux personnes dont les Thénardier n’auraient pas à rougir. Fini l’amour, les petites attentions, les jeux d’enfant. Marthe est confrontée, au même titre que les deux autres enfants, Pierre, et sa soeur Alberte, aux brimades et sévices. Mais elle a l’espoir de revoir sa mère… Espoir qui s’écroule lorsqu’elle apprend que ses bourreaux sont ses vrais parents et que maman Cathy n’était qu’une personne qui l’avait recueillie temporairement. 

Marthe… Martine… on comprendra facilement que la romancière nous livre ici un douloureux souvenir d’enfance. Si douloureux, je pense, qu’elle a préféré mettre en scène son propre personnage avec un autre prénom. Peut-être est-ce là un moyen de prendre du recul, de ne pas rouvrir des blessures cicatrisées en surface. 

Lorsque Victor Hugo avait inventé son personnage de Cosette, livrée aux mains des aubergistes dont je parlais, il était loin de s’imaginer qu’un siècle plus tard cela serait toujours d’actualité… L’être humain peut se montrer si pervers, si dénué d’humanisme, de cœur, que l’on en pleurerait… 

Le voyageur immobile – Jean Giono

Que je lise Giono ou Pagnol, c’est toujours pour moi un agréable moment de lecture. Le Voyageur immobile fait partie du recueil Rondeur des jours. Après L’eau vive, nouvelle dans laquelle il faisait l’éloge des artisans d’autrefois, ceux qui éprouvaient un véritable amour pour le travail, qui le transcendaient pour le faire devenir un art, bref, ceux qui transformaient la matière en merveille, ce texte rend hommage à une ancienne épicerie, très certainement celle de son enfance si le narrateur est bien l’auteur. Mais peu importe car là n’est pas le problème. La poésie de Giono rend ce court texte magique. On croit apercevoir toutes les senteurs de cette épicerie mais également toutes les senteurs de son enfance. On fait un retour en arrière formidable. Merci Monsieur Giono !

Extrait :


Il n’y avait qu’une lampe à pétrole pendue dans un cadran de cuivre. On semblait être dans la poitrine d’un oiseau: le plafond montait en voûte aiguë dans l’ombre. La poitrine d’un oiseau ? Non, la cale d’un navire. Des sacs de riz, des paquets de sucre, le pot de la moutarde, des marmites à trois pieds, la jarre aux olives, les fromages blancs sur des éclisses, le tonneau aux harengs. Des morues sèches pendues à une solive jetaient de grandes ombres sur les vitrines à cartonnages où dormait la paisible mercerie, et, en me haussant sur la pointe des pieds, je regardais la belle étiquette du «fil au Chinois». Alors, je m’avançais doucement doucement ; le plancher en latte souple ondulait sous mon pied. La mer, déjà, portait le navire. Je relevais le couvercle de la boîte au poivre. L’odeur. Ah ! cette plage aux palmiers avec le Chinois et ses moustaches. J’éternuais. «Ne t’enrhume pas, Janot. – Non, mademoiselle.» Je tirais le tiroir au café. L’odeur. Sous le plancher l’eau molle ondulait: on la sentait profonde, émue de vents magnifiques. On n’entend plus les cris du port.
Dehors, le vent tirait sur les pavés un long câble de feuilles sèches. J’allais à la cachette de la cassonade. Je choisissais une petite bille de sucre roux. Pendant que ça fondait sur ma langue, je m’accroupissais dans la logette entre le sac des pois chiches et la corbeille des oignons; l’ombre m’engloutissait : j’étais parti.

Marlock Brave – Katia Verba

Quatrième de couverture :

BRAVE vient d’intégrer l’agence de détectives privés « La Souricière ». On va lui confier sa première enquête au sein du cabinet. Marlock est aux anges, il s’en frise les moustaches… Quel panache ! Notre valeureux détective doit libérer la première danseuse du prestigieux « Cabaret Minette », Soussou la souris, qui a été enlevée. La prisonnière , capricieuse à souhait, va se montrer particulièrement récalcitrante. Marlock ne sait pas qu’il va se confronter à d’intrépides voyous prénommés Gringo et Galopin. Pour l’aider dans sa mission, il fera appel à un perroquet très loquace, Bla-Bla, qui a dû tomber dans un pot de peinture à la naissance, ainsi qu’au redoutable chien policier Rambo, un teckel, grand spécialiste pour pister et déloger les blaireaux de leurs terriers. L’enquête ne va pas être de tout repos.

Mon avis :

Je me fais toujours une joie de lire les oeuvres de Katia Verba, que ce soit des romans, des pièces de théâtre… Là, il ne s’agit pas de cela mais d’un roman jeunesse. Comme quoi, Katia en a décidément sous la plume ! Et… c’est génial ! Je me suis régalée ! Ce livre peut se lire de 7 à 77 ans sans aucun problème. Je suis pourtant difficile lorsque je lis des romans pour les jeunes. Je n’aime pas les textes mièvres ou ceux qui cèdent à la facilité. J’ai en tête notamment le fait que l’on ait retiré les passés-simples d’une certaine collection. Je crois qu’on n’a pas compris qu’au-delà de la lecture plaisir, les jeunes enregistrent aussi, inconsciemment, l’orthographe, la grammaire, la syntaxe… Mais pardon, je m’égare. Déformation professionnelle !

J’en reviens donc à ce livre qui, justement, est parfait pour les enfants car l’histoire est bien écrite, pas mièvre du tout, l’enquête bien ficelée. Les personnages ont du caractère. J’ai adoré cette petite peste de Soussou, même si j’avais envie, parfois, de lui coller deux claques sur le museau. Cerise sur le gâteau, Marlock étant en Angleterre, les enfants apprennent quelques rudiments de la langue de Shakespeare. C’est vraiment bien trouvé ! J’ai vraiment apprécié les péripéties qui s’enchaînent et qui conviennent parfaitement à un jeune lecteur (et moins jeune, hein !).

Que dire de plus si ce n’est que la couverture est superbe et que les illustrations sont un petit plaisir à chaque page… bref, c’est vraiment une petite pépite ! Je l’ai dévoré et je n’ai pas honte de dire que l’espace de ma lecture, mon coeur de petite fille battait la chamade pour la petite souris, espérant une fin heureuse.

N’hésitez surtout pas à lire ce roman ou à l’offrir à des enfants ou à des adolescents. Une idée de cadeau pour Noël (vous pouvez cliquer sur ce lien pour de plus amples renseignements) !

L’Île de la liberté – Jean-François Zimmermann

Quatrième de couverture :

Le Fortune est un navire de la Compagnie maritime hollandaise commandé par un pirate français humaniste, Olivier de L’Aubertière. Il rêve de fonder une république libre et égalitaire. Pour parvenir à ses fins, il lui faut des hommes, qu’il recrutera par un discours convaincant, et de l’argent, qu’il obtiendra en rançonnant des navires marchands.
Dans le même temps, Paul, sous couvert de sa soutane, intègre une expédition dans le but inavoué de s’approprier les richesses des mines d’or du sud de l’Afrique. Les deux frères tracent chacun leur route sans se douter que cela va les amener à se rejoindre en plein océan Indien…

Mon avis :

Je ne vous présente plus cet auteur dont je suis fan. Ce livre est en fait une réécriture de deux précédents ouvrages : La Rivière d’or et Libertas. Pourquoi une réécriture ? D’abord parce qu’un auteur n’est jamais satisfait de lui-même, ensuite parce qu’il est difficile de se séparer de ses personnages et enfin, parce que certains éditeurs le demandent.

Faire de deux romans une seule histoire, voilà un travail qui me laisse admirative car je ne sais pas très honnêtement si je pourrais le faire. Lorsque j’ai lu L’Île de la Liberté, je ne savais pas encore qu’il s’agissait de cela. Je pensais qu’il s’agissait d’un nouvel opus reprenant des personnages que j’aime tout particulièrement. Certains passages me parlaient mais sans pour autant avoir l’impression d’avoir déjà lu l’oeuvre. C’est vraiment réussi !

Bravo, très cher Jean-François, pour cet admirable travail. Si vous avez déjà lu les romans cités plus haut, n’hésitez pas, vous pouvez lire celui-ci sans problème.

Les clarificateurs – Eric Bourdon

Eric Bourdon [XXe / XXIe s] Eric-Bourdon-roman-thriller-Les-Clarificateurs

Je transfère mes anciennes fiches !

Présentation : 

Déjà six ans ! Six ans que Mike Jannings travaille sans relâche pour la puissante organisation américaine des Clarificateurs, qui diffuse des méthodes de développement personnel révolutionnaires aux quatre coins de la planète.
La disparition tragique de son père, possédé par une haine troublante des clarificateurs, lui a permis d’évoluer à toute vitesse dans la hiérarchie secrète de l’Organisation.
Mais alors que Mike va enfin pouvoir s’approcher de son mystérieux Fondateur, les traits de la personnalité qu’il commence peu à peu à distinguer lui semblent étrangement familiers…

Mon avis :

Les Clarificateurs… Mais qu’est-ce que c’est que cette bête-là ? Alors, je vais reprendre le sens qu’en donne Astrid, clarificatrice, à Mike : « le principe d’une clarification est de retraverser à deux les incidents que tu as traversés tout seul en leur temps, et la définition d’un incident est un moment de ton passé où tu as été mis en danger par une force qui t’était, à ce moment-là, exagérément supérieure et qui t’a submergé… Tant que tu restes seul, l’incident continue à te dominer, même des années ou des décennies après qu’il se soit produit. Tu ne peux l’analyser et en reprendre le contrôle qu’au moment où tu le retraverses en compagnie d’un clarificateur. »

Le lecteur va pouvoir suivre Mike à travers son parcours. Un incident a marqué son enfance : le père tambourine à sa porte en pleine nuit, voulant rentrer, le forcer à le faire se lever. Mais pourquoi ? Au fur et à mesure de cette thérapie pour le moins bizarre, Mike parvient à reconstituer le puzzle. On non alors, ne comptez pas sur moi pour vous donner des indices ! Il faudra le lire ! Mais ce que je peux vous dire, c’est que ce roman est prenant. On a envie de secouer Mike, de lui dire « mais allez, tu vas accoucher oui ? Pourquoi, oui POURQUOI ton père veut-il absolument que tu te lèves ? Qu’est-ce que cela cache ? » Bien évidemment, notre imagination fertile s’emballe. On imagine les pires scénarios. Pourtant… on ne sera pas au bout de nos surprises. Et lorsque que le psychanalyste du père de Mike est retrouvé mort à son domicile, on halète, on VEUT SAVOIR !!!

Le romancier joue très finement sur la psychologie. Celle de son personnage mais aussi celle de son lecteur qui dévore les pages pour connaître enfin cette vérité. Sur fond de société secrète, bien hiérarchisée, presque intemporelle, on frôle la folie. On se demande même comment Mike, à force d’être « clarifié », ne devient pas cinglé. Ce thriller donne à réfléchir sur tous ces groupuscules sectaires que rien n’arrête. Et c’est avec une écriture très agréable qu’Eric Bourdon parvient à nous amener dans ce monde.

Vous aurez compris que j’ai vraiment apprécié ce roman. Il me reste à ajouter que le roman contient également quelques textes intéressants de deux autres auteurs, Muriel Parsy et Antoine Defoort. Du deux en un que je considère comme un petit cadeau.


Depuis l’écriture de cette critique, Eric Bourdon a fait son chemin. Je vous propose de le retrouver sur son site.