Avenue des géants – Marc Dugain

Marc Dugain [XXe - XXIe] Avenuedesgeants

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Connaissez-vous Edmund Kemper ? De mon côté, j’ignorais son existence jusqu’à la lecture de ce livre. Cet homme est un tueur en série américain, ayant commencé ses crimes à l’âge de 15 ans. Ses grands-parents furent ses premières victimes. Surnommé « l’Ogre de Santa Cruz », il est toujours emprisonné à l’heure actuelle. Marc Dugain, dans ce roman, va largement s’inspirer de la vie de Kemper afin de créer son personnage, Al Kenner. Création ? Peut-être pas finalement car le destin de son personnage est semblable en tous points, ou presque, à celui du tueur. Ce serait presque une biographie romancée si ce n’était un ou deux événements qui changent. Mais alors, me demanderez-vous, qu’a-t-il d’original, ce roman ?

Ce qui m’a le plus étonnée, c’est que bien que sachant ce qu’il s’est passé, après recherches, je me suis mise, au fur et à mesure, à douter, à me demander si Al était vraiment le meurtrier. Le roman est conçu de telle sorte que le lecteur entre dans la psychologie (romancée, cette fois, je vous l’accorde) du jeune homme. Et c’est justement ce qui fait froid dans le dos. Al est d’un calme olympien, relatant les choses sans une once de pitié, sans aucun scrupule ni esquisse de regret. 😱

L’enfant aux cailloux – Sophie Loubière

Sophie Loubière [XXe / XXIe s] Image

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Elsa Préau, ancienne directrice d’école à la retraite, a voué sa vie aux enfants. Pourtant, elle n’a pas forcément été heureuse avec le sien, parti au Canada en amenant femme et enfant. Et dieu sait que son petit-fils, Bastien, a pu lui manquer ! Aussi, lorsqu’elle remarque ce petit garçon dans le jardin des voisins, elle ne peut s’empêcher de suivre ses faits et gestes. Non seulement il ressemble à son petit Bastien mais s’il attire autant la vieille dame c’est qu’il paraît être maltraité. Il ne sort qu’à des heures où personne ne pourrait le voir, ne semble pas être scolarisé et son hygiène est déplorable. Aussi, Elsa va employer tous les moyens pour alarmer son entourage, les autorités compétentes etc. Mais attention car les apparences sont trompeuses !

Si, au début, j’ai trouvé le récit un peu « poussif », tout s’est enchaîné à la vitesse grand V par la suite. Et ce que je pensais être un brin longuet au départ a pris tout son sens au final. On assiste à de multiples rebondissements dans cette histoire où nos certitudes sont mises à mal en permanence par les nombreuses actions n’allant pas du tout dans notre sens.
J’ai vraiment aimé ce roman qui est un petit bijou d’ingéniosité dans son déroulement.

L’été du secret – Michèle Gazier

Michèle Gazier [XXe-XXIe s] Mich%C3%A8le-gazier

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Quatrième de couverture : 

Le pire n’est jamais sûr, répète Lisa. Pourtant, le séjour linguistique en Espagne imposé par son père tombe mal. Quand on est en Terminale et qu’on a des copains qui partent à la mer, on a mieux à faire que de réviser ses conjugaisons. Même lorsqu’on est fille et petite-fille d’immigrés espagnols. Difficile d’imaginer ce qui va se jouer dans cette vallée brûlée, berceau de la famille de Lisa, où tant de vieux secrets vont se mettre à transpirer. La jeune fille comprendra enfin pourquoi sa grand-mère n’a jamais voulu parler de sa vie passée, de son mari, mort pendant la construction d’un barrage dont il était le maître d’œuvre. Le pire n’est jamais sûr, c’est vrai. Mais pourquoi la vérité est-elle si difficile à dire ? 

Mon avis : 

Lorsque Lisa, lycéenne en terminale littéraire, ramène de médiocres résultats en langue vivante, et notamment en espagnol, son père explose. Lui qui est né de l’autre côté des Pyrénées ne saurait accepter que la chair de sa chair ne sache pas parler cette langue qui lui est si chère. Lisa est donc envoyée chez Juan et Teresa Bohigas, les cousins paternels, près de Lérida (ou Lleida), en Catalogne, afin de faire une immersion totale et de progresser. Une seule règle : ne jamais parler français. Si Lisa n’est que peu charmée de cette nouvelle, elle est loin de s’attendre au tournant que vont prendre ses vacances linguistiques. 

En effet, un secret pèse dans cette maison autant que dans cette famille : la mort de Federico Loma, le grand-père de Lisa. Personne ne veut en parler, les photos sont soigneusement cachées… Et lorsque la jeune fille se promène dans le petit village de Trisco, les habitants font de suite référence à son grand-père sans en dire plus. L’atmosphère devient pénible et Lisa tente d’en savoir plus, notamment avec le neveu de Juan, Julio. Mais la tâche s’avère ardue et Lisa est d’imaginer ce qui l’attendait…

Voici un roman très intéressant qui se lit très vite, d’autant plus vite que le suspense devient vite un moteur et que l’on a envie de savoir ce qu’il est réellement arrivé à Federico Loma. Le style est très fluide, très agréable. Il ne s’embarrasse pas de fioritures, ce qui est totalement en accord avec l’histoire racontée. Michèle Gazier joue beaucoup sur les non-dits, sur la psychologie des personnages, donnant ainsi une certaine dimension à ce texte. 

Je ne connaissais pas du tout cette romancière mais il va sans dire que je lirai ses autres romans.

La Chatte – Colette

Colette [XIXe-XXe s] Image

Fiche rédigée le 15 mars 2013

Quatrième de couverture :

Lorsque débute leur vie commune, Alain et Camille sont deux amis d’enfance que tout en apparence rapproche. Mais leurs secrètes rêveries les divisent.  » Mon mariage, reconnaît Alain, contente tout le monde et Camille, et il y a des moments où il me contente aussi, mais…  » Ce qu’Alain aime en Camille, c’est une beauté idéalisée, faite d’immobilité et de silence. Aussi est-il déconcerté par son exubérance. Comme l’arrivée d’une saison nouvelle, la découverte de leur intime division le met à la merci d’autres rêves. Et c’est alors que le drame se noue. La chatte Saha sera désormais pour Alain la chimère sublime qui domine sa vie et pour Camille la rivale détestée contre laquelle aucun procédé n’est trop brutal. Avec une maîtrise et une sobriété sans égales, Colette a composé, en suivant les règles de l’art classique, une véritable tragédie d’amour à trois personnages.


Mon avis :

On le sait, Colette était une fervente admiratrice des félins, au point d’écrire en leur compagnie, et, surtout, de les transposer dans ses romans. Ce court texte est d’abord paru, d’avril à juin 1933, sous la forme d’un feuilleton dans le journal Marianne. Le livre sortit en septembre de la même année. Les critiques furent divisées. Il faut dire qu’au premier abord, l’histoire semble un peu ridicule : Camille, jeune épouse est jalouse de Saha, la chatte de son mari Alain, car celui-ci y prête un peu trop d’attention à son goût. Elle en arrive à vouloir la tuer… Alain supportera-t-il cet affront ?

Bien évidemment, il ne faut pas en rester là. Ce texte est bien plus profond que ça. Le mariage de ces deux personnes a été arrangé. Alain n’est pas heureux dans son couple, lui qui se refuse à grandir. Sa jeune épouse lui fait peur. Elle est trop moderne, trop sexy pour quelqu’un de si peu sûr de lui. Son compagnon à quatre pattes représente un monde dans lequel il voudrait se réfugier, celui de son enfance. Et c’est justement ce que ne comprend pas Camille qui traite le félin comme une rivale sans se rendre compte qu’elle ne représente aux yeux de son époux qu’un passé révolu, « une chimère » selon la mère d’Alain.

Ce texte est d’autant plus intense qu’il se déroule pratiquement à huis-clos. Toute l’intensité dramatique est là. Si les personnages sont réduits à l’essentiel, les actions sont rapides : on observe, on agit. Et n’est-ce pas mimétique de l’écriture de Colette ?

La Rapsodie des cloportes – Guy SEMBIC

Quatrième de couverture :

Ils s’éveillent seuls au milieu de la nuit dans de grands lits défaits, un traversin tordu entre leurs jambes repliées… Celui ou celle qui dort auprès d’eux a disparu, les volets battent, la tapisserie cloque telle une peau ébouillantée, la lampe sous le plafond se balance et, du grand lit défait, montent des ondes de suées… Ils s’endorment sur des échelles dont les barreaux n’ont plus aucune consistance, et le plafond au dessus d’eux, goutte comme du chocolat blanc fondu… Ils peignent à l’aube sur des draps tendus entre deux lampadaires, d’étranges visages et de grandes lettres déformées… Mais les couleurs se diluent à la lumière du jour se levant, les étranges visages et les grandes lettres se déforment et se meuvent tout au long des draps tendus qui se déchirent… Ils funambulent sur des cordes usées, à seulement quelques pieds au dessus du marais…

Mon avis :

Si l’on aime les romans un peu atypiques dans lesquels les mots dansent et virevoltent pour donner du sens à l’histoire, dans lesquels on passe de la prose poétique à un vocabulaire moins châtié mais dénonciateur, alors ce roman est parfait. J’ai vraiment apprécié ce livre qui ne ressemble à aucun autre. Guy SEMBIC est dans la même veine que tous ces auteurs de l’OULIPO, qui ont travaillé sur les mots. Je pense à Tardieu, à Queneau… à tous ces auteurs ayant utilisé la littérature pour en moderniser la langue.

L’auteur n’en est pas à son premier livre. Je vous avais déjà présenté son « Grand hôtel du merdier ». Vous pourrez remarquer à quel point les titres sont déjà truculents. Dans ce roman, le terme « rapsodie » est à double sens : « rapsodie » au sens de poème épique, chanté, et donc d’une certaine musicalité et « rapsodie » au sens d’ensemble disparate. J’ai lu que ce terme avait également été donné comme nom à un réacteur nucléaire. Je dois dire que cela pourrait également convenir, dans un sens métaphorique bien entendu… Ce roman est un séisme dans le monde littéraire !

Si vous souhaitez le lire, vous pouvez le faire gratuitement sur le site Edition999. Et si vous souhaitez connaître un peu mieux ce poète au grand coeur, allez visiter son blog et son forum.