Au bord de la rivière (T4) – Michel David

Tome 4 : Constant

 

Ce dernier tome n’a pas pour titre – et donc, personnage principal,- un enfant de la famille. Peut-être, justement, pour ouvrir sur une perspective d’avenir. Il faut dire qu’en parlant d’avenir, ce pauvre Constant ne voyait pas le sien avec Bernadette, qui l’avait envoyé sur les roses, pensant qu’elle avait toutes ses chances avec l’inspecteur. Ah, l’image d’Épinal : bel homme, bonne situation… et une belle idiote qui ne se rend pas compte que Constant est vraiment celui qui la rendrait heureuse. N’avait-il pas toujours été là, même dans les situations les plus rudes ?

Quant au couple Camille / Liam, qui faisait parler de lui, il a fait du chemin. Et des événements imprévus peuvent parfois arranger un couple…

Au final, nous avons suivi, dans ces quatre tomes, l’évolution de toute la famille mais aussi du rang, devenu une paroisse. J’ai appris beaucoup de choses sur la vie de ce Québec du XIXe siècle.


Extrait : 

« — Je pense qu’Ann aimerait retourner à l’école cette année, avoua-t-elle en baissant un peu la voix.

— Tu m’as dit qu’elle sait lire et écrire, c’est ben assez.

— Elle voudrait avoir son diplôme, insista Camille.

— Pourquoi ? dit Liam sèchement.

— Une femme qui en sait trop devient vite pas endurable, intervint Paddy Connolly toujours aussi pompeux. Il y a rien de pire qu’une femme trop instruite.

— Mon oncle, vous en savez rien, le rembarra sèchement sa nièce par alliance. Vous avez jamais été marié. »

Au bord de la rivière (T3) – Michel David

Tome 3 : Xavier

 

Ce tome est consacré à Xavier, le fils rebelle qui ne veut pas entendre raison lorsqu’il s’agit de sa vie privée. En effet, il aime plus que tout Catherine et cette annonce avait déjà provoqué du remous au sein de la famille. Oh, pas une simple petite dispute, non ! Baptiste, le père, en avait fait une attaque ! Mais pourquoi ? Tout simplement parce que cette Catherine s’est retrouvée, quelques mois plus tôt, fille-mère. Et personne n’a cherché à savoir pourquoi, comment. Marie, la mère de Xavier, a décrété qu’une « Jézabel » n’entrerait jamais dans sa famille…

En parlant d’amours malheureuses, il y a deux autres membres qui en subissent les affres : Camille, tout d’abord, dont le mari est une brute épaisse et Bernadette ensuite, qui a rompu ses relations avec Constant.

Décidément, il y a toujours de l’action dans la famille Beauchemin !

J’ai commencé le quatrième tome. Snifff, je suis déjà triste en sachant qu’il s’agit du dernier.


Extrait : 

Marie Beauchemin avait subitement réalisé au départ des nouveaux époux que son fils avait uni pour de bon sa destinée à celle de Catherine Benoît, et elle était loin d’être rassurée sur l’avenir du couple. Qui sait quelle sorte d’épouse et de mère une fille comme ça allait faire ? Si son mari avait encore été vivant, il n’aurait jamais accepté une telle union, elle en était persuadée. En participant à ce mariage, elle avait un peu l’impression de l’avoir trahi.

Au bord de la rivière (T2) – Michel David

Tome 2 : Camille

 

Camille va bientôt avoir trente ans. Et son seul défaut est de ne pas être mariée. A cette époque, on était alors considérée comme une vieille fille. Aussi, accepte-t-elle d’épouser son voisin irlandais, Liam Connolly, qu’elle connaît bien, s’étant occupée de ses enfants à la mort de sa femme. Mais celle-ci ne fait pas cela de gaieté de coeur. En effet, autant elle apprécie de plus en plus Ann, Patrick, Duncan et la petite Rose, autant elle déteste le côté rustre et violent de leur père. On aura bien compris que ce ne sera pas la plus chanceuse en amour. Et Bernadette, sa cadette, qui fait la fine bouche alors que Constant Aubé lui manifeste une attention forçant le respect ! Bref, la famille s’agrandit et nous partageons leurs joies et leurs peines.

Parallèlement aux personnages, nous voyons également, dans ce second tome, le rang évoluer. La paroisse est désormais en place mais ce ne sera pas de tout repos.

Je suis toujours aussi fan de cette saga familiale qui ne s’essouffle pas. Allez, j’attaque le tome 3 !

 

 

Extrait : 

 

 Alors que les trois femmes se mettaient en route vers l’entrée du temple, Bernadette aperçut soudain Constant Aubé en grande conversation avec Aurélie Jutras, une grande et jolie jeune fille du rang Saint-Paul. Le propriétaire du moulin à farine semblait si absorbé qu’il ne sembla même pas la voir.Bernadette piqua un fard et accéléra le pas pour ne pas laisser voir à sa mère et à sa sœur à quel point elle encaissait mal le coup. Cependant, sa réaction n’échappa pas à sa sœur.

— Sainte misère ! s’exclama Camille à voix basse en s’adressant à sa sœur cadette. On dirait bien que l’ancien homme engagé de Thomas Hyland est pas mal moins gêné avec les filles qu’il l’était avant.

— Tant mieux pour lui, murmura sa mère en feignant d’ignorer le trouble de sa fille cadette. C’est un bon garçon et il a un cœur en or. S’il a trouvé une belle fille qui s’intéresse à lui, qu’il en profite.

— Une belle fille, il faut le dire vite, ne put s’empêcher de dire Bernadette, incapable de cacher plus longtemps sa jalousie.

— La fille d’Adjutor Jutras est pas laide pantoute, la reprit sa mère en se glissant sur le banc loué par les Beauchemin. En plus, j’ai entendu dire que c’était une ménagère dépareillée…

Le genre de fille que j’aimerais bien voir ton frère marier.

Bernadette choisit de ne rien dire et s’abîma dans des pensées moroses, regrettant plus que jamais d’avoir éconduit Amable Fréchette.

Au bord de la rivière (T1) – Michel David

Tome 1 : Baptiste

Bagatême ! Je suis tombée en amour avec les sagas québécoises ! Après celle de Micheline Bail, Pain noir, pain blanc, que j’avais adorée et « avalée » en un temps record, voici Au bord de la rivière de Michel David, qui nous embarque dans la famille de Baptiste, Marie et leurs enfants. Nous sommes vers la fin du XIXe siècle, en 1870 plus précisément. On ne parle pas encore de villages mais de rangs. Ces derniers, qui étaient, en fait, une division des terres, se situaient auprès des cours d’eau. Baptiste rêve de créer une paroisse dans le sien, ce qui lui éviterait de faire des kilomètres pour assister à l’office. Tout ce tome va y être consacré. On va voir les différentes « guerres » intrinsèques des habitants voulant tirer la couverture à eux. Mais, bien plus que cela, on va prendre conscience de la vie à cette époque où les gens savaient se contenter de peu.

Les personnages de Michel David sont attachants. Il a su leur donner une profondeur suffisante et nous livrer leurs émotions, leurs ressentis, afin que l’on puisse les suivre dans leurs différentes pérégrinations. On a l’impression de vivre à cette époque, de faire partie du rang, de la famille de Baptiste.

Allez, j’ai le tome 2 sur le feu. Je vous laisse ! Correct ?


Extrait : 

— Le pont vient de partir avec les glaces.

— Hein ? fit Xavier, sidéré. On n’a plus de pont ?

— Arrête donc ça, toi ! renchérit Baptiste, incrédule.

— Je te le dis. J’en reviens. Je m’en allais chez Dionne chercher des clous. En m’approchant du pont, j’ai ben vu qu’il y avait un embâcle. Juste au moment où j’allais monter sur le pont avec le boghei, j’ai entendu un craquement. Le temps de faire reculer la voiture, les glaces l’ont soulevé comme si c’était rien et elles sont parties avec. Il reste plus rien. J’ai jamais eu aussi peur de ma vie, torrieu !

— Ah ben, bonyeu, il nous manquait plus que ça ! s’emporta Baptiste.

— Je viens d’aller avertir le gros Tancrède qu’il a plus de pont.

— Là, on a l’air fin ! Comment on va faire pour traverser ? Je veux ben croire que ce pont-là avait même pas cent pieds de long, mais on peut tout de même pas marcher sur l’eau comme Notre-Seigneur, pour aller à la forge ou au magasin général.

Pain noir, pain blanc (tome 3) – Micheline Bail

Cette fois, le récit va surtout se focaliser sur la vie de Marie-Blanche. Celle-ci est désormais mariée et mère de famille. Elle découvre le modernisme, les Trente Glorieuses ayant été bénéfiques pour le confort des ménages. Mais il ne faut pas croire pour autant qu’elle va mener une vie paisible. Le malheur est toujours là, à nous guetter et à nous sauter dessus au moment où l’on s’y attend le moins.

J’ai terminé à présent cette saga familiale qui aurait pu s’intituler « chronique d’une vie ordinaire ». En effet, Micheline Bail a choisi de camper ses personnages dans une classe sociale peu aisée mais c’est justement ce qui est intéressant. Si vous aimez Zola, alors vous aimerez cette romancière car on retrouve cette mise en relief de la société avec ses joies et ses peines, ses progrès, les événements marquants. J’ai essayé de freiner ma lecture pour ne pas avoir la déception de tourner la dernière page… car c’est le seul défaut que j’y trouve (on le lit trop vite). Mais ce qui me rassure, c’est que Micheline Bail a écrit bon nombre d’autres livres. Je ne regrette pas de l’avoir découverte !

 

Extrait : 

La voix d’Eugénie était lointaine. Marie-Blanche lui demanda de parler plus fort, car elle l’entendait mal ; il y avait de la friture sur la ligne. Sa mère haussa la voix.

— Simone va pas bien du tout, lui répondit-elle rapidement, consciente que la communication était tarifée à la minute et que ça coûtait cher. Je l’ai vue à matin. Elle était couchée, blanche comme un drap, pis elle parlait plus. J’ai essayé de savoir ce qu’elle avait. J’ai posé des questions, mais elle répondait pas. On aurait dit qu’elle était plus là. Ses yeux étaient comme fous. J’ai peur, Marie-Blanche, de ce qu’elle peut faire… Elle me voyait pas, on aurait dit. Y a juste toi qui peux lui parler. Elle a confiance en toi. Tu pourrais pas prendre le train pis t’en venir à Québec tout de suite ? Je vais te payer ton voyage. Mon Dieu, si tu pouvais faire ça pour ta petite sœur…

Marie-Blanche n’hésita pas longtemps.

— Oui, maman, je vais venir, je sais pas si ça peut changer quelque chose, mais je m’en viens. Arrêtez de vous inquiéter, là. Je vais prendre le train, mais y va falloir que vous me remboursiez parce qu’on est pas riches, riches, nous autres. Pis va falloir trouver une gardienne, mais je fais le plus vite que je peux.

— Inquiète-toi pas, lui répondit Eugénie, soulagée. J’ai ce qu’y faut. Je t’attends, ma fille. Fais attention à toi, hein, pis apporte-moi des photos des enfants, si t’en as.

La communication fut interrompue.