Le Premier convoi (1848) – Michèle Perret

Quatrième de couverture :

Le 22 février 1848, Paris se soulève contre le roi Louis Philippe. La Deuxième République est proclamée ; Alphonse de Lamartine impose le drapeau tricolore. Des Ateliers Nationaux destinés à procurer du travail aux chômeurs parisiens sont créés puis fermés rapidement par l’assemblée conservatrice. Fin juin une nouvelle insurrection est réprimée dans le sang. Pour se débarrasser des fauteurs de troubles on leur propose de créer des colonies agricoles en Algérie. Un décret du 20 septembre 1848 stipule que les colons doivent partir le plus vite possible.

Mon avis :

« – Voici la terre, voici l’Algérie !

On se pressa à l’avant de l’Albatros, on ouvrait grand les yeux sur cette côte assez aride, on cherchait un peu de végétation, les palmeraies et les orangeraies promises (…) » (P 149)

Que faire lorsque c’est l’insurrection à Paris et que l’on vous promet le paradis ailleurs ? On ne réfléchit pas vraiment et on y va, même si l’on sait déjà que le voyage sera dur et que l’Eden convoité n’existe pas réellement.

Michèle Perret retrace ici, sous la forme d’un roman historique, le contexte du départ, le voyage en bateau, l’arrivée sur la « Terre promise » et la suite. Certes, il s’agit d’un roman mais les personnages sont tellement réalistes qu’on s’y croirait. Certains sont le symbole de cette misère qui s’est expatriée. D’autres doivent vite débarrasser le plancher s’ils ne veulent pas être fusillés…

Ce livre se lit avec aisance tant l’écriture est fluide. Je ne connais pas beaucoup l’histoire de l’Algérie, si ce n’est la guerre, est cela m’a permis d’apprendre avec facilité un épisode important qui déterminera le cours de l’Histoire. J’ai retrouvé dans ce livre le réalisme d’un Zola, auteur que j’adore, mais d’un Zola qui se serait débarrassé de certaines longues descriptions pour céder à un peu plus de fluidité additionnée d’un soupçon de truculence.

Et si on s’est laissé embarquer pendant les 250 pages, la postface nous remet face à la réalité. D’autant plus que vont s’ensuivre ensuite les noms de tous ceux qui ont fait partie de ce convoi. Quel bel hommage à ces derniers !

Un grand merci Michèle Perret !

Le collectionneur de sons – Anton Holban

Rien n’est plus difficile que d’écrire une critique sur un recueil de nouvelles, à moins d’en faire le résumé de chacune. Mais c’est quelque chose qui ne me plaît pas vraiment. A quoi bon essayer de condenser quelque chose qui, déjà, est court ? Non, je préfère de loin m’intéresser au style de l’auteur.

Inutile de se mentir, je ne connaissais pas Anton Holban et je pense que je n’en aurais jamais découvert l’existence si sa traductrice, Gabrielle Danoux, n’avait pas eu la gentillesse de le porter à ma connaissance. Et, en toute honnêteté, je serais passée à côté d’un écrivain de talent. Si, comme moi, vous aimez les auteurs du XIXe siècle, alors vous serez conquis par celui-ci. Non pas qu’il appartienne à ce siècle (il est né en 1902 et mort en 1937) mais je rapproche sa plume d’un Flaubert, d’un Stendhal ou d’un Balzac. La quatrième de couverture le compare à Proust. Ce n’est pas faux, effectivement. Même richesse d’écriture, mêmes procédés d’analyse psychologique des personnages, même poésie… D’ailleurs, la première nouvelle s’appelle À l’ombre des jeunes filles en fleurs, cela ne s’invente pas !

Un grand bravo pour la traduction car je me dis que cela n’a pas dû être facile de rendre d’une manière aussi éloquente les figures de style employées.

Extrait : 

Le cerisier s’est élancé, s’est enroulé pour s’ouvrir ensuite, frêle et gracieux comme une ballerine. Ses fleurs roses ont dansé et un bras s’est allongé jusqu’aux cimes, deux pétales tremblotant comme les ailes d’un oiseau. (P17 / À l’ombre des jeunes filles en fleurs).