Campus Stellae, T1 – P-R Saint-Dizier & A. Mutti

Le Premier chemin

J’ai été attirée par la couverture et par le titre. Vous le savez, le Moyen Âge, c’est mon dada ! Aussi, je vous entraîne avec moi sur les chemins de Compostelle dans cette série de 4 tomes qui, je le sens à la lecture du premier, ne va pas nous laisser de répit !

1255. Deux personnes entrent dans la cathédrale du Puy, visiblement à la recherche de quelque chose de particulier. Gaudry, l’un des deux, se dirige vers une statuette et en sort un document. Ce serait un indice pour découvrir un trésor ramené d’Égypte pendant la 7ème croisade. Mais il ne se méfie pas de Paul, son compagnon, qui sort une dague. Il se défend et, sans le vouloir, le fait passer de vie à trépas. Quelques décennies plus tard, l’affaire reprend de l’ampleur lorsqu’un meurtre a lieu à Aubrac, au monastère. Le père abbé décède non sans avoir confié son secret au fils de Gaudry, Amaury, qui va se lancer dans cette quête.

Je suis un peu mitigée quant à cet album. Autant j’ai trouvé les dessins et les couleurs plutôt en accord avec l’histoire, autant celle-ci m’a paru, à certains moments, assez confuse. J’ai dû revenir en arrière, certaines fois, pour bien en comprendre toute la teneur. On verra si cela perdure…

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Cet album entre dans le challenge Les textes courts (51 pages)

La Croisade des innocents – Chloé Cruchaudet

Ce bel album de 172 pages nous raconte l’histoire de Colas, un jeune garçon vivant au XIIIe siècle. Les temps sont durs et ses parents le sont encore plus. Il faut dire qu’il n’est pas des plus sages. Un soir, ayant fait tomber sa soeur Margotte au milieu des cochons, il fuit le foyer, craignant le courroux paternel. Croyant trouver l’hospitalité dans un logis, il se retrouve, parmi d’autres enfants, à faire de la bière. Le dimanche, il suit tout le monde à l’église et découvre l’histoire sainte. Et c’est en ayant la vision du christ sous la glace d’un lac gelé qu’il décide de partir à Jérusalem en ralliant les autres enfants à lui. Il en est sûr, ce dernier lui a demandé d’aller délivrer son tombeau…

Attention, cet album a beau parler d’enfants, de coeurs purs et innocents, il met en scène des choses assez cruelles. Mais cela est bien normal puisque l’histoire se passe au Moyen âge. Les codes sociaux n’étaient pas les mêmes que maintenant, la vie était plus rude, notamment chez les paysans, et les enfants n’étaient pas choyés comme aujourd’hui. J’ai trouvé l’atmosphère bien représentée. Beaucoup de choses sont implicites et cela laisse ainsi une place à l’imagination. Les dessins sont dans un dégradé de gris-bleu qui colle vraiment à la narration. J’ai trouvé le sujet très intéressant et sa façon de le traiter assez original. L’album est découpé en quatre saisons et l’on suit ainsi la troupe de façon chronologique.

J’ai vraiment aimé cet album et je vais lire les autres (Mauvais genre et Groenland-Manhattan) afin de voir si je retrouve le même attrait. Il me reste à ajouter que Chloé Cruchaudet s’est inspirée d’un fait historique : en 1212, des miséreux venant de France, d’Allemagne et d’Italie du Nord arrivèrent jusqu’aux rives de la Méditerranée, voulant atteindre la Terre Sainte.

La prophétie de Guilhem de Montpellier – Jean-Luc Fabre

Quatrième de couverture :

Quand le comte Bernard de Mauguio lègue le Montpestelario à Guilhem, son fidèle vassal et chevalier, ce n’est qu’une terre aride. Mais le jeune propriétaire veut en faire une grande cité, dont il édicte une prophétie : quiconque l’aidera à la bâtir jouira de la protection de ses murs, qu’importe sa religion ou son métier. Et c’est ce qu’il s’escrime à réaliser avec l’évêque de Substantion, son voisin, et le comte de Mauguio, au gré des aléas politiques et économiques.

Mais si l’opulence et la puissance de la nouvelle cité attirent de plus en plus d’artisans, de commerçants et de voyageurs, elles ne tardent pas non plus à susciter de nombreuses jalousies…

Mon avis :

Voici un livre dont je vais avoir du mal à faire la chronique tant je me suis régalée !

Evidemment, on est dans ma période de prédilection, le Moyen-Âge et, cerise sur le gâteau, dans une ville que je connais pour y avoir été à de nombreuses reprises, Montpellier. Et c’est avec une belle écriture, fluide et romanesque, que Jean-Luc Fabre va nous raconter, à travers des personnages, pour la plupart, historiques, la création de cette ville.

J’ai littéralement dévoré ce livre ! Il est certain que le fait de connaître la région permet également de visualiser les lieux et de s’intéresser à leur histoire mais même si l’on n’a jamais mis un orteil à Montpellier, ce livre est à lire. Il permet de s’évader, d’aller dans un autre temps, d’autres lieux et, surtout, de vibrer avec ces personnages si bien décrits.

Je lirai sans nul doute d’autres romans de cet auteur car cette découverte ne me laisse pas de marbre. Un grand merci aux Editions de Borée de m’avoir permis de lire cette petite pépite !

Histoire de la croisade du roi Louis VII – Odon de Deuil

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Odon (ou Eudes) est né vers 1100, très certainement à Deuil-la-Barre, du côté de Montmorency. Moine à l’abbaye de Saint-Denis, l’Abbé Suger le remarqua et exploita ses talents. Il en devint le confident. Il fut appelé pour accompagner le roi Louis VII en Terre sainte. Il en fut le chapelain et le secrétaire. À la mort de Suger, le 13 janvier 1151, Odon fut élu à l’unanimité comme Abbé de Saint-Denis. Les premières années ne furent pas des plus calmes. Il fut accusé de dettes.

Son récit montre les deux années désastreuses de Louis VII en croisade (1147-1149). Il précise dans sa préface que son récit n’est qu’une contribution au récit de Suger : « Vous donc, à qui il appartient de droit d’écrire la vie du fils, après avoir auparavant mis en lumière, par votre plume, la vie du père ; vous qui devez vos hommages à l’un et à l’autre, ayant joui de la plus grande faveur auprès de chacun d’eux, écrivez aussi pour le fils, à partir de son enfance et du moment où la vertu a commencé à paraître en lui. Vous le savez mieux que tout autre, car vous l’avez vu, comme un père nourricier, dans la plus intime familiarité. Pour moi, quoique je sois embarrassé pour écrire, comme je n’ignore point les choses qui se sont passées dans le voyage vers le saint sépulcre (car, en ma qualité de chapelain, j’ai été habituellement auprès du roi, et lorsqu’il se levait et lorsqu’il se couchait), je vais, pour ainsi dire, en balbutiant, vous présenter la vérité, que vous ornerez ensuite de votre éloquence littéraire. Ne craignez donc point de faire ce que vous devez faire, quand même vous apprendriez que beaucoup d’autres veulent usurper cette tâche ; mais plutôt ayez pour agréable qu’il obtienne les louanges de beaucoup d’hommes, celui qui a mérité les louanges de tous. »

Bien entendu, le texte n’est pas objectif, on s’en doute. Odon fait la part belle au roi et accuse les grecs et les germaniques d’être à la source de la défaite de cette croisade. Il répète à tout-va que les grecs sont perfides. Quant aux germaniques, il les fait passer pour des imbéciles. Son style est remarquable par sa virulence. Son témoignage apporte énormément aux historiens car il est précis.

Odon mourut le 08 avril 1162.

Le texte, en latin, fut traduit en français dès le XIIIe siècle. Il est, à ce jour, conservé dans un manuscrit unique du XVe siècle.

Extrait :

Après cette petite digression, occupons-nous maintenant de conduire les Allemands à Constantinople, et même de les faire traverser au delà, car ces faits doivent être racontés comme ils se sont passés. Les Allemands donc s’avancèrent avec assez d’audace et peu de prudence ; car tandis qu’ils trouvaient sur ce territoire toutes sortes de richesses, et n’observaient aucune modération, leurs hommes de pied demeuraient en arrière dans un état d’ivresse, étaient massacrés, et leurs cadavres restant sans sépulture infectaient tout le pays. Aussi les Grecs armés étaient-ils moins dangereux que les Allemands morts pour les Français qui marchaient à leur suite. Arrivés à Andrinople, les Allemands trouvèrent des hommes qui voulurent leur interdire le passage par Constantinople, tantôt en leur résistant, tantôt en leur donnant des conseils, et qui leur assurèrent qu’ils trouveraient à Saint-Georges de Sestos un bras de mer plus étroit et un sol plus fertile. Mais l’empereur des Allemands dédaigna également et ceux qui voulaient résister et les donneurs de conseil. Poursuivant sa marche comme il avait commencé, à peu près au milieu de son chemin, il trouva une prairie arrosée par une certaine petite rivière ou plutôt un torrent, qui se jetait tout près de là dans la mer. Ils dressèrent leurs tentes pour passer la nuit en ce lieu ; mais bientôt il tomba sur eux une pluie qui ne fut pas bien forte sur ce point, à ce que j’ai entendu dire, mais qui fut telle dans les montagnes, qu’ils en furent emportés, plus encore que mouillés. Le torrent gonflé et coulant rapidement, enveloppant et enlevant dans sa marche toutes les tentes qu’il rencontrait, et tout ce qu’elles contenaient, les précipita dans la mer voisine, et noya même plusieurs milliers d’hommes.

Visages de femmes au Moyen Âge – Régine Pernoud 📜

Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] Image
Fiche écrite le 15/01/2014

S’il y a bien un cliché qui perdure, c’est celui qui réduit, dans l’Histoire, le rôle des femmes à néant. Pourtant, nous savons, à l’aide de textes et de différentes études, que celles-ci avaient une place importante et que, très souvent, c’était leur avis que l’on prenait, même si on ne le criait pas sur tous les toits pour ne pas s’attirer la honte de ses congénères masculins. Et inutile aux machos de tout poil de venir aboyer ici ! Je suis loin d’être une féministe telle que nous les voyons à l’heure actuelle. Pour autant, il est toujours agréable, quand même, de lire ce genre de chose et de redorer le blason statut féminin. 

Régine Pernoud livre tout d’abord un tableau socio-historique mettant en parallèle l’Antiquité et le Moyen Âge. Alors, je vais vous dire : le premier qui osera venir m’ânonner, la bouche en cœur, comme j’ai pu l’entendre (ou le voir) à plusieurs reprises, que les gens de l’Antiquité étaient plus civilisés que ceux de la période médiévale, je lui fais manger le livre, feuille par feuille (264 pages de papier bien épais, ça laisse à réfléchir !)  Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] 2799054494   La femme n’avait pas sa place dans la société gréco-romaine. Tout était géré à sa place, y compris ses biens et même parfois sa vie. Par qui ? Par le père puis par l’époux. Tout ceci va changer dès le haut Moyen Âge avec la christianisation et les Évangiles qui donnent à la femme un autre statut. Malheureusement, à partir du XVe siècle, on retrouve de l’intérêt pour l’Antiquité et son droit romain et… je ne vous fais pas un dessin… que pensez-vous qu’il arriva ? Il faudra attendre le XXe siècle pour que la femme puisse accéder à certains postes de l’institution.

En parallèle, l’Historienne nous fait découvrir ou redécouvrir des femmes ayant joué un rôle majeur dans leur époque : Clotilde, Geneviève, Radegonde ou encore Hildegarde de Bingen. Je laisse le mot de la fin à Régine Pernoud : 

« Il n’était donc pas inutile de rappeler par le texte et par l’image la place tenue dans l’expression littéraire comme dans la vie artistique par les femmes de cette époque encore si mal connue que nous appelons le « Moyen Âge ». (P256)