Histoire de la croisade du roi Louis VII – Odon de Deuil

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Odon (ou Eudes) est né vers 1100, très certainement à Deuil-la-Barre, du côté de Montmorency. Moine à l’abbaye de Saint-Denis, l’Abbé Suger le remarqua et exploita ses talents. Il en devint le confident. Il fut appelé pour accompagner le roi Louis VII en Terre sainte. Il en fut le chapelain et le secrétaire. À la mort de Suger, le 13 janvier 1151, Odon fut élu à l’unanimité comme Abbé de Saint-Denis. Les premières années ne furent pas des plus calmes. Il fut accusé de dettes.

Son récit montre les deux années désastreuses de Louis VII en croisade (1147-1149). Il précise dans sa préface que son récit n’est qu’une contribution au récit de Suger : « Vous donc, à qui il appartient de droit d’écrire la vie du fils, après avoir auparavant mis en lumière, par votre plume, la vie du père ; vous qui devez vos hommages à l’un et à l’autre, ayant joui de la plus grande faveur auprès de chacun d’eux, écrivez aussi pour le fils, à partir de son enfance et du moment où la vertu a commencé à paraître en lui. Vous le savez mieux que tout autre, car vous l’avez vu, comme un père nourricier, dans la plus intime familiarité. Pour moi, quoique je sois embarrassé pour écrire, comme je n’ignore point les choses qui se sont passées dans le voyage vers le saint sépulcre (car, en ma qualité de chapelain, j’ai été habituellement auprès du roi, et lorsqu’il se levait et lorsqu’il se couchait), je vais, pour ainsi dire, en balbutiant, vous présenter la vérité, que vous ornerez ensuite de votre éloquence littéraire. Ne craignez donc point de faire ce que vous devez faire, quand même vous apprendriez que beaucoup d’autres veulent usurper cette tâche ; mais plutôt ayez pour agréable qu’il obtienne les louanges de beaucoup d’hommes, celui qui a mérité les louanges de tous. »

Bien entendu, le texte n’est pas objectif, on s’en doute. Odon fait la part belle au roi et accuse les grecs et les germaniques d’être à la source de la défaite de cette croisade. Il répète à tout-va que les grecs sont perfides. Quant aux germaniques, il les fait passer pour des imbéciles. Son style est remarquable par sa virulence. Son témoignage apporte énormément aux historiens car il est précis.

Odon mourut le 08 avril 1162.

Le texte, en latin, fut traduit en français dès le XIIIe siècle. Il est, à ce jour, conservé dans un manuscrit unique du XVe siècle.

Extrait :

Après cette petite digression, occupons-nous maintenant de conduire les Allemands à Constantinople, et même de les faire traverser au delà, car ces faits doivent être racontés comme ils se sont passés. Les Allemands donc s’avancèrent avec assez d’audace et peu de prudence ; car tandis qu’ils trouvaient sur ce territoire toutes sortes de richesses, et n’observaient aucune modération, leurs hommes de pied demeuraient en arrière dans un état d’ivresse, étaient massacrés, et leurs cadavres restant sans sépulture infectaient tout le pays. Aussi les Grecs armés étaient-ils moins dangereux que les Allemands morts pour les Français qui marchaient à leur suite. Arrivés à Andrinople, les Allemands trouvèrent des hommes qui voulurent leur interdire le passage par Constantinople, tantôt en leur résistant, tantôt en leur donnant des conseils, et qui leur assurèrent qu’ils trouveraient à Saint-Georges de Sestos un bras de mer plus étroit et un sol plus fertile. Mais l’empereur des Allemands dédaigna également et ceux qui voulaient résister et les donneurs de conseil. Poursuivant sa marche comme il avait commencé, à peu près au milieu de son chemin, il trouva une prairie arrosée par une certaine petite rivière ou plutôt un torrent, qui se jetait tout près de là dans la mer. Ils dressèrent leurs tentes pour passer la nuit en ce lieu ; mais bientôt il tomba sur eux une pluie qui ne fut pas bien forte sur ce point, à ce que j’ai entendu dire, mais qui fut telle dans les montagnes, qu’ils en furent emportés, plus encore que mouillés. Le torrent gonflé et coulant rapidement, enveloppant et enlevant dans sa marche toutes les tentes qu’il rencontrait, et tout ce qu’elles contenaient, les précipita dans la mer voisine, et noya même plusieurs milliers d’hommes.

Visages de femmes au Moyen Âge – Régine Pernoud 📜

Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] Image
Fiche écrite le 15/01/2014

S’il y a bien un cliché qui perdure, c’est celui qui réduit, dans l’Histoire, le rôle des femmes à néant. Pourtant, nous savons, à l’aide de textes et de différentes études, que celles-ci avaient une place importante et que, très souvent, c’était leur avis que l’on prenait, même si on ne le criait pas sur tous les toits pour ne pas s’attirer la honte de ses congénères masculins. Et inutile aux machos de tout poil de venir aboyer ici ! Je suis loin d’être une féministe telle que nous les voyons à l’heure actuelle. Pour autant, il est toujours agréable, quand même, de lire ce genre de chose et de redorer le blason statut féminin. 

Régine Pernoud livre tout d’abord un tableau socio-historique mettant en parallèle l’Antiquité et le Moyen Âge. Alors, je vais vous dire : le premier qui osera venir m’ânonner, la bouche en cœur, comme j’ai pu l’entendre (ou le voir) à plusieurs reprises, que les gens de l’Antiquité étaient plus civilisés que ceux de la période médiévale, je lui fais manger le livre, feuille par feuille (264 pages de papier bien épais, ça laisse à réfléchir !)  Régine Pernoud [XXe s / France ; Essais] 2799054494   La femme n’avait pas sa place dans la société gréco-romaine. Tout était géré à sa place, y compris ses biens et même parfois sa vie. Par qui ? Par le père puis par l’époux. Tout ceci va changer dès le haut Moyen Âge avec la christianisation et les Évangiles qui donnent à la femme un autre statut. Malheureusement, à partir du XVe siècle, on retrouve de l’intérêt pour l’Antiquité et son droit romain et… je ne vous fais pas un dessin… que pensez-vous qu’il arriva ? Il faudra attendre le XXe siècle pour que la femme puisse accéder à certains postes de l’institution.

En parallèle, l’Historienne nous fait découvrir ou redécouvrir des femmes ayant joué un rôle majeur dans leur époque : Clotilde, Geneviève, Radegonde ou encore Hildegarde de Bingen. Je laisse le mot de la fin à Régine Pernoud : 

« Il n’était donc pas inutile de rappeler par le texte et par l’image la place tenue dans l’expression littéraire comme dans la vie artistique par les femmes de cette époque encore si mal connue que nous appelons le « Moyen Âge ». (P256)

Le Chevalier au cygne – Rémi Usseil / Nicolas Doucet

Quatrième de couverture :

Lorsque le jeune duc Lothaire rencontre, au coeur de la forêt d’Ardenne, l’envoûtante et mystérieuse dame Elioxe, il tombe aussitôt sous son charme. Quelle n’est pas sa joie lorsque sa belle lui accorde à la fois et son coeur et sa main! Il ignore qu’un danger, tapi au sein de sa propre famille, menace leur bonheur, et que de dures épreuves attendent sa propre descendance…

Redécouvrez la légende du Chevalier au cygne à travers un récit plein de poésie, accompagné de superbes illustrations.

Mon avis :

Un mot, en premier lieu, sur le livre lui-même : c’est un roman-graphique magnifique en grand format, de 96 pages. En l’ouvrant, j’ai eu un flash : 40 ans plus tôt, chez mes grands-parents, je lisais de gros livres de contes illustrés de la même manière. Décidément, ce livre ne pouvait que me plaire !

J’ai passé un bon moment à lire ce Chevalier au cygne. Et là, je me suis vraiment retrouvée dans la peau de la gamine que j’étais lisant les contes de Perrault ou de Grimm. Quel travail de la part de Rémi Usseil que d’adapter ainsi en français un ensemble de textes ! Et quelles magnifiques illustrations de Nicolas Doucet ! Ce tome n’est que la première partie. Je suis donc restée sur ma faim, attendant avec impatience la suite. Je serai bien restée en compagnie de Dame Elioxe et de ses charmants bambins. Quant à Lothaire, la prochaine fois, il n’écoutera pas sa mère !

Allez, vivement le deuxième tome, hein !

Un grand merci à Rémi Usseil qui me fait toujours connaître ses oeuvres ; des petits bijoux à chaque fois.

Deviens le héros : Au temps des châteaux forts – Katherine Quenot

Deviens le héros : Au temps des châteaux forts par Quenot

Quatrième de couverture :

En plein Moyen Âge, le lecteur aura le choix entre plusieurs destins : suivre l’apprentissage d’un chevalier, commencer une carrière d’architecte, mener la vie de château entouré de seigneurs ou encore découvrir le quotidien trépidant d’une troupe de comédiens. Quelle(s) vie(s) choisira-t-il ?



Mon avis : 

Lorsque j’ai vu ce livre dans l’opération Masse Critique de Babelio, je n’ai pas pu m’empêcher, vous imaginez bien, de le sélectionner. Dès qu’il y a du Moyen Âge quelque part, vous me voyez arriver ! Et quelle joie de l’avoir entre mes mains. Un grand merci à toute l’équipe et aux éditions Auzou.

Je n’ai jamais pu lire, étant enfant, ces fameux livres dont nous sommes les héros, pour la bonne raison qu’ils sont parus bien plus tard sur le marché… Ceci ne nous rajeunit pas :deuxvieux: !

Mieux vaut tard que jamais, dit le dicton. J’avoue qu’à la lecture des premières pages, je me suis demandé ce que c’était que cet ovni. D’abord parce que j’étais perturbée que l’on s’adresse ainsi à moi sans une véritable écriture littéraire derrière. « Tu fais ce, tu fais ça… » Eh, oh ! Mollo, hein ! tongue Ensuite, parce que je trouvais que ce n’était pas assez fouillé sur le plan médiéval.  Enfin, parce que j’avais fini l’histoire très vite, au bout de quelques pages. Mais comment ça mon aventure s’arrête là ? 

MAIS… ma légère irritation passée, je me suis remise en question. C’est un livre jeunesse qui s’adresse à des enfants à partir de 9 ans, pas à des adultes de 45 ans dont la passion est le Moyen Âge, reprends-toi ! Evidemment, on voit de suite les choses différemment. Alors, on fait un « reset » du cerveau, on se met en mode « enfance », et on relit avec plaisir cet ouvrage qui en apprend beaucoup à l’enfant sur la société de l’époque et sa structure, de façon ludique. Oubliez donc ma première réaction et n’hésitez pas à l’offrir à vos enfants.

 

Rolandin – Rémi Usseil

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Quatrième de couverture :

La belle Gisèle, sœur de Charlemagne, et le fringant Milon, duc d’Anjou, sont éperdument épris l’un de l’autre. Hélas, le roi de France s’oppose à leur union. Hors des liens du mariage, la princesse se donne à son amant et tombe enceinte : son fils sera Roland, le légendaire paladin, futur héros de la bataille de Roncevaux. Fuyant la colère de Charlemagne, mais protégés par de mystérieuses demoiselles drapées de lumière, les amants cherchent refuge en Italie et s’installent près de la ville de Sutre. C’est là que l’enfant, surnommé Rolandin, vivra ses premières années comme un simple fils de bûcheron, partageant ses journées entre l’école du docte maître Pierre et la forêt sauvage. Bien des épreuves attendent le jeune garçon, mais Rolandin n’a peur de rien, et ce ne sont pas quelques garnements, un cochon glouton, un clerc érudit, un seigneur mesquin ou un ogre affamé qui sauront l’impressionner ! Il se jettera tête baissée dans toutes les aventures, en espérant quand même être rentré chez ses parents à temps pour le souper.

 

Mon avis : 

C’est définitif, je pense que Rémi Usseil est la réincarnation d’un trouvère. Oui, je sais, je me répète mais il n’en est pas possible autrement. Encore une fois, ce livre (le troisième de cette collection après Berthe au grand pied et Les enfances de Charlemagne) est une pépite, un petit bijou que l’on croirait tout droit sorti d’une bibliothèque médiévale… un texte oublié qui ressortirait pour notre plus grand plaisir. Mais non, il s’agit bien d’un auteur moderne écrivant comme à l’époque (il a beau se cacher derrière un narrateur, on perçoit sa plume) et c’est vraiment ce qui me laisse pantoise à chaque fois. Cependant, on reconnaît tout de même quelques mots de notre siècle et c’est aussi cela qui fait la prouesse de ce livre. Lorsque « torgnole » rime avec « guibolle », j’applaudis car il fallait oser. De même, il m’a semblé reconnaître un vers du Cid de Corneille… Oui, le lecteur n’est pas passif en lisant un tel livre, vous pouvez me croire. On traque la référence culturelle, on se laisse emporter par l’humour mais aussi par les valeurs qui sont mises en relief : l’amour, la famille, la fidélité.

D’autre part, vouloir essayer de recréer le puzzle de la vie de personnages historiques ou mythiques, c’est s’atteler à un travail monstrueux mais ô combien intéressant ! Très cher Rémi, vous réussissez ce pari à merveille !

Si vous cherchez un beau cadeau à offrir pour les étrennes… n’hésitez pas !